vendredi 31 janvier 2014

Cinoche : The Ryan initiative

L’espion qui l’aimait

His name is Ryan, Jack Ryan : c'est un peu l'espion de trop qui venait du froid et qui m'aimait.
Il nous aura fallu pas mal de courage pour braver la nuit, le froid, les mauvaises critiques et une bande annonce nullissime et finalement tout de même réussir à compter parmi les rares spectateurs de la toute dernière hollywooderie : The Ryan Initiative. Mais bon, une petite toile pas prise de tête le jeudi soir après un p'tit encas au café du coin, ça permet d'anticiper la fin de semaine.
Pourtant, après déjà une bande annonce des plus insipides, les critiques étaient vraiment peu engageantes : dézinguant à peu près tout, des acteurs au scénario, regrettant le bon vieux temps de la guerre froide (la vraie, pas le remake avec les barbus) et [je cite Filmosphere] regrettant même ce bon vieux Octobre Rouge. Bon d'accord c'était bien Octobre Rouge, d'accord on l'a vu pas loin de dix fois, mais dites les gars de Filmosphere, on n'est quand même pas condamnés à le regarder en boucle pendant les 300 prochaines années et les sept prochaines générations ?
Alors oui, le dernier film de Kenneth Branagh s'inspire un peu distraitement et très librement des personnages de Tom Clancy (toute façon, on n'a jamais été très fans de ses pavés), oui le scénario replace la guerre froide de nos jours, après le fameux 11 septembre, le KGB n'existe plus(1), les terroristes ont remplacé les espions venus du froid. Mais Jack Ryan sans les russkofs, ça n'aurait pas beaucoup de style et on quitte rapidement Kaboul pour revenir à Moscou où de vilains oligarques menacent de (re-)faire chuter le monde en général et les États-Unis en particulier, à coup de dollars et d'explosifs.
Heureusement, Jack Ryan est là qui veille au grain et qui va s'occuper de sauver le monde en général et les États-Unis en particulier. Ça va, on suit ?
Je pose la question parce que MAM s'est affolée pendant les premières minutes quand le petit génie des maths qu'est Jack Ryan, expose ses théories financières et dévoile le complot : MAM a cru qu'il y avait quelque chose à comprendre (mais kéceki dit ? cékoi le truc ? j'comprends rien ... chut, cool, ça va se tasser, y'a rien à comprendre, c'est pas Margin Call) : heureusement le stress n'a pas duré et ces spéculations fumeuses ont été vite évacuées par la suite du scénario. Revenons aux basics : le héros, le méchant, la femme, le tueur, la bagnole, le fric, le pistolet, etc ...
Après cette mise en place acrobatique qui veut s'affranchir de la guerre froide mais qui s'en inspire quand même, qui veut nous affranchir sur le financement international du terrorisme mais qui n'est guère inspirée, qui essaie de créer en cinq minutes (genre résumé des épisodes précédents d'une série télé) un lourd passé et une complexe motivation à l'ami Ryan(2), le film trouve finalement son rythme et nous avec.
Avec deux atouts : le méchant russkof joué par Kenneth Branagh lui-même et le mentor de Jack à la CIA interprété par Kevin Costner (en voilà un qui vieillit bien).
Quant à Chris Pine qui prête son sourire de boy-scout à Jack Ryan, il semble avoir plu à MAM et BMR ne fera pas de commentaire, non. Pas l'envie qui manque, mais ... non.
Par contre, on est tous les deux d'accord pour dire qu'on aurait pu se passer de Keira Knightley : une potiche qui joue un rôle de potiche ...  c’est même pas un rôle de composition.
Pour le reste, on l'a dit, c'est les basics : bastons, poursuites, bombinette, ... il ne manque pas grand-chose, et on a même droit à une sorte de hold-up hyper stressant façon Mission Impossible.
Au final (allez, pour une fois on dévoile la fin : Jack sauve le monde en général et les États-Unis en particulier), au final donc Jack Ryan sera remercié par le président du monde des États-Unis lui-même. Mais on le voit pas, le président ... pourquoi ? Il est black ? Futés, les scénaristes ont dû se dire que, exactement tout comme Octobre Rouge, on allait voir et revoir leur film pendant les 300 prochaines années et les sept prochaines générations et qu'un jour les spectateurs se diraient : non, mais c'est quoi c'te connerie ? t'as vu, ils avaient mis un black à la présidence dans leur film ! Les oufs !
Comment voulez-vous faire un film pour la postérité désormais : on maîtrise même plus la couleur du président, et même de dos ça se voit à l'écran, çà. Pfff...
Mouais, pas sûr que cet ingénieux artifice suffise à détrôner Octobre Rouge de l'étagère à dvd.

(1) - les scénaristes citent à plusieurs reprises le FSB (mais ce sera tout) pour bien montrer aux gars de Filmosphere qu'ils ont mis à jour leurs manuels
(2) - fastoche : le jeune étudiant Jackie tombe en arrêt, un  mardi matin, devant les écrans de télé quand défilent en boucle les images des tours jumelles. Chagrin, l'américain et patriote Jackie s'engage dans les Marines et s'en va canarder du terroriste en Afghanistan. Crash. La CIA prend sa rééducation en main et nous voici donc enfin de retour à Moscou. Risible et inutile, là, avouons que Filmosphere n'a pas tort.


Pour celles et ceux qui aiment les espions qui les aiment.

mercredi 29 janvier 2014

Cinoche : Yeruldelgger


Les Experts à Oulan-Bator

Merci Père Noël (ou plus exactement merci Mère Noël Véro) de nous avoir apporté cette année dans ta hotte, tenez-vous bien, un polar mongol !
Yes ! Faites vos valises, on est partis !
Yeruldelgger de Ian Manook.
Dès la couverture ça sent déjà bon les steppes orientales.
Yeruldelgger Kahltar Guichyguinnken est le nom de notre nouveau héros. Et ça veut dire en VO : Cadeau d’abondance de la famille de la chienne au visage sale.
Un nom récupéré depuis peu …
[…] Trois générations avaient vécu sans nom de famille. Le régime d’avant les avait abolis pour casser l’organisation clanique de la société. Avant le “régime d’avant”, les familles tenaient leur nom du clan auquel elles appartenaient dans chaque province. […] Tout cela, le régime d’avant l’avait interdit au même titre que l’alphabet mongol ou le chamanisme.
Ian Manook, c’est un peu moins mongol et beaucoup plus prosaïque, doit-on dévoiler le mystère ? le pseudo astucieux de Patrick Manoukian, un journaliste bien de chez nous mais très globe-trotter et qui est donc allé trotter pour nous jusqu’en Mongolie.
Et ça commence très très fort, on ne résiste pas au plaisir de vous livrer les premières pages (qu’on pourrait intituler la parabole du flic, si je peux me permettre de souligner cet excellent jeu de mots), lorsque Yeruldelgger est appelé au fin fond de la steppe, sur une scène de crime où l’on a découvert un vélo enterré :
[…] - Et c’est pour ça que tu m’as fait venir ?
- Oui, commissaire …
- Tu m’as fait faire trois heures de piste depuis Oulan-Bator pour une pédale qui sort de terre ?
- Non, commissaire, c’est pour la main !
- La main ? Quelle main ?
- La main sous la pédale, commissaire.
- Quoi ? Il y a une main sous la pédale ?
- Oui, commissaire, là, sous la pédale, il y a une main !
Sans se relever, Yeruldelgger se tordit le cou pour regarder par en-dessous le visage du policier du district. Est-ce que ce type se foutait de lui ?
Mais le visage du policier ne reflétait aucune émotion. Aucun signe d’humour. Aucune trace d’intelligence. Rien qu’un visage respectueux de la hiérarchie et satisfait de sa propre incompétence. […]
- Et comment tu sais qu’il y a une main là-dessous ?
- Parce que les nomades l’ont déterrée, commissaire, répondit le policier.
- Déterrée ! ? Comment ça, ils l’ont déterrée ? s’emporta sourdement Yeruldelgger.
- Ils l’ont déterrée, commissaire. Ils ont creusé autour et ils ont enlevé la terre. Quand les enfants ont aperçu la pédale qui sortait de terre en jouant, ils ont creusé pour la dégager, et en creusant ils ont découvert la main.
- Une main ? Ils sont sûrs ? Une vraie main ?
- Une main d’enfant, oui, commissaire. […]
- Et elle est où cette main d’enfant maintenant ?
- En dessous, commissaire. […]
- Tu veux dire qu’ils l’on réenterrée ? Ils ont réenterrée la main ?
- Oui, commissaire. Et la pédale aussi, commissaire …
Yeruldelgger leva les yeux vers la famille de nomades aux deels bariolés toujours assis en ribambelle contre le bleu saturé du ciel. Ils le regardaient en hochant tous la tête avec de grands sourires pour confirmer le rapport du policier du district.
- Ils ont tout réenterré ! J’espère que tu leur as demandé pourquoi !
- Bien sûr, commissaire : pour ne pas polluer la scène de crime …
Yeruldelgger se figea dans son mouvement pour s’assurer qu’il avait bien entendu ce qu’il venait d’entendre.
- Pour quoi ! ?
- Pour ne pas polluer la scène de crime, répéta le policier du district, une pointe de  fierté dans la voix.
- Pour ne pas polluer la scène de crime !!! Mais où sont-ils allés chercher un truc comme ça ?
- Dans Les Experts Miami. Ils m’ont dit qu’ils regardaient toujours Les Experts Miami et que Horacio, le chef des Experts Miami, recommande toujours de ne pas polluer la scène de crime.
- Les Experts Miami ! s’exclama Yeruldelgger.
Il se releva lentement, dans un mouvement chargé de fatigue et de découragement. […]
Polar oblige, c’est vraiment pas joli sous le vélo et la suite sera évidemment beaucoup moins drôle, nous voici partis pour Oulan-Bator et les steppes mongoles derrière le commissaire Yeruldelgger.
Et, pour notre plus grand plaisir, Ian Manook qui sait ce que voyager veut dire, ne lésine pas sur le folklore local et la tradition nomade :
[…] Elle tenait à hauteur des yeux une petite coupelle qu'il savait rempli de lait de la dernière traite et, d'un geste croyant et respectueux, du bout des doigts, elle en aspergeait les quatre points cardinaux.
[…] Yeruldelgger ressentit une sorte de bonheur à appartenir à ce pays où on bénissait les voyageurs aux quatre vents et où on nommait les cercueils du même mot que les berceaux.
[…] On n’entre pas dans une yourte qui n’est pas la sienne. On se tient à quelques pas de la porte et on appelle. La tradition veut qu’on fasse allusion aux chiens. One ne dit pas : “Holà ?” parce que ceux de la yourte savent depuis longtemps déjà que quelqu’un vient. On ne dit pas non plus : “Il y a quelqu’un ?” parce que celui qui vient sait déjà, à mille détails, qu’il y a quelqu’un dans la yourte. On dit souvent : “Tiens tes chiens !” ou :  “Tes chiens sont bien nourris ?”, par un réflexe de prudence millénaire.
[…] Il aimait faire plaisir aux vieux. C’est ce qu’on leur devait pour ce qu’ils avaient souffert et vécu et qui nous attendait tous encore.
Yeruldelgger est un excellent enquêteur mais aussi un sacré personnage. Un flic coincé entre les séquelles de l’occupation soviétique et la corruption venue avec les nouveaux envahisseurs de Chine ou de Corée. Un homme brisé aussi, qui a perdu femme et enfant il y a quelques années dans des conditions un peu troubles.
[…] - Tu ne peux plus continuer ainsi, Yeruldelgger. Tu es en train de tout perdre. Tu es devenu un flic acariâtre et violent. Tu cognes des témoins, tu frappes ta propre fille, tu tires sur tes indics, tu ne respectes aucune hiérarchie, tu n’enquêtes que pour toi sans rendre compte à personne …
Un flic tourmenté et un peu braque, un flic comme on les aime quoi !
[…] - On ne fume pas dans une yourte ! se contenta-t-il de répondre.
- Ah oui, j’oubliais, c’est pas tradition !
- Non, c’est pas tradition.
- Et ficher le bordel partout où tu passes, c’est tradition ?
- Ça semble l’être devenu ces derniers temps, je l’avoue, concéda-t-il en souriant.
Au fil de la chevauchée dans les steppes mongoles, les différentes intrigues vont s’entremêler : le cadavre de la petite fille enterrée avec son vélo, le trouble passé du commissaire, les magouilles et la corruption qui poussent comme du chiendent dans le sillage des quads coréens et des 4x4 chinois. Il sera même question de “terres rares”(1): après les oligarques russes, voici les conglomérats chinois et coréens. Triste Mongolie.
Côté polar tout irait donc pour le mieux dans les plus beaux paysages du monde et on a cru pendant plusieurs chapitres au véritable coup de cœur ...
Las, Patrick Manoukian veut trop bien faire et accumule les maladresses (avis unanime et partagé de BMR & MAM).
Pour faire moderne (?) ou pour nous convaincre que les nomades sont branchés, l’auteur nous inonde d’iphone, ipad et autres igoogooleries. Ben voyons.
Et puis non content d’en faire des kilos au rayon folklore local (au point de convoquer les moines de Shaolin !), il en fait des tonnes au rayon polar. Plus américain tu meurs. À tel point que certains chapitres hyper-violents sont bien trop complaisants envers les sévices infligés aux corps des jeunes femmes : on retrouve là des relents nauséabonds de Millenium.  On n’aime pas du tout, du tout, cette tendance douteuse et dangereuse qui demande à être parfaitement maîtrisée, ce qui est loin d’être le cas chez Stieg Larsson comme chez Ian Manook.
Manoukian s’applique d’ailleurs soigneusement à imiter un peu tout le monde : commissaire à la Nesbo, fantômes à la Indridason, nazillons à la Mankell, légiste à la Patricia Cornwell, far-east à la Craig Johnson et j’en passe(2). Cette accumulation facile, commerciale et maladroite de clichés (et de violences gratuites) finira donc par nous gâcher le plaisir du voyage.
La fin de l’enquête nous laisserait bien entrevoir une suite mais Ian Manook semble avoir déjà voulu dans cette première livraison, nous fourguer tout, absolument tout son savoir-faire du polar ethnique.
Affolé par les grands espaces des steppes ou les perspectives du succès, Patrick Manoukian aura voulu courir trop de lièvres à la fois et s'est perdu en route.
Il reste que malgré ses descriptions terrifiantes d’Oulan-Bator, Manoukian le voyageur nous livre quelques belles pages et sait nous donner une envie irrésistible d’aller chercher des os de dinosaures dans les Flammings Cliffs ou d’aller chevaucher dans le Parc du Kenthii. De quoi nous faire regretter encore un peu plus d’avoir traversé ce pays en transmongolien sans nous y arrêter (notre photo date de 2006) !
Finalement, on aura préféré le petit polar moins ambitieux de Sarah Dars qui, malgré son titre à la con (Des myrtilles dans la yourte franchement !), nous avait déjà donné une plus belle occasion de rêver sur les traces de Gengis Khan dans les steppes mongoles.
(1) - à lire : un dossier des Échos [à ne pas manquer] sur les terres rares et la spéculation minière qui les accompagne - on y parle bien sûr de la Mongolie
(2) - et d’ailleurs la 4° de couv’ surfe allègrement sur cette mode commerciale de façon un peu trop facile et m’as-tu-vu, que la honte soit sur Albin Michel habituellement mieux avisé

Pour celle est ceux qui aiment les steppes.
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lundi 27 janvier 2014

Cinoche : L’amour est un crime parfait


Les seins de glace.

Avec L'amour est un crime parfait, les frères Larrieu nous proposent un polar franchement étrange, très cynique et un peu cocasse, avec une ambiance aigre-doux à la Chabrol (plutôt qu'à la Hitchcock comme il est parfois dit de ci delà).
Sexe, mensonges et littérature.
Mathieu Amalric enseigne la littérature au paradis fiscal universitaire.
Entendez : à Lausanne, le prof vit dans un somptueux chalet (on est en Suisse, donc on est riche ?), au pied des somptueux sommets qui bordent le Léman, et il enseigne au sein des somptueux décors vitrés de l'EPFL (l'école polytechnique des petits suisses).
Et c'est le paradis pas que pour les somptueux décors : après l'art d'écrire, toutes les jeunes femmes de l'atelier de littérature ne demandent qu'à apprendre l'art d'aimer et rivalisent d'effets de gambettes et harcèlent le prof à qui mieux mieux pour monter ... dans son chalet. Et lui, prof par vocation, ne dit pas souvent non aux cours particuliers.
À vous faire regretter une carrière d'écrivain raté en Suisse.
Sauf que ça commence à jaser dans Landerneau Lausanne, d'autant plus que la dernière trop jeune conquête de l'enseignant est portée disparue. Ah zut.
Le prof se rappelle plus trop la soirée, encore moins la nuit (sauf votre respect mademoiselle) et tourne en solitaire dans la neige autour d'une faille profonde dans ses montagnes. Et dans son esprit aussi, la faille : ne serais-je pas un peu somnambule, ne l'aurais-je pas balancer dans le trou, ... ?
Heureusement, la sœur incestueuse (Karin Viard, bien plus à sa place ici que sur la plage de Lulu) veille sur son frère. Parce que le patron de l'université (Denis Podalydès, égal à lui-même donc très bon) lui cherche des ennuis et lui tourne autour mais surtout autour de la sœur. Joli triangle pervers !
Le film est très verbeux (prof de littérature on vous a dit) et très contemplatif (somptueux paysages on vous a dit) : faut aimer se faire balader ainsi par les frères Larrieu dans les dédales tortueux du cerveau torturé de Mathieu Amalric qui ressemble de plus en plus à Polanski.
Le prof givré des montagnes glacées est-il franchement schizophrène, très amnésique et un peu somnambule ou bien juste parano parce qu'on lui veut pas du bien ? Le doute est soigneusement entretenu au fil d'une intrigue indolente et de dialogues curieusement distanciés.
BMR regrette d'ailleurs à mi-parcours la conclusion hâtive de la scène avec le motard qui réduit soudain le champ des possibles et ne laisse alors plus grand place aux questions.
Hormis le coup de théâtre final que personne ne voit venir(1).
C'est quoi qu'il y a au fond du trou sous la neige ? Mais que fait la police ?
Et ben justement la police ... bon faut aller voir le film, on peut pas vous raconter.
Contrairement à l'amour et au crime, le film est loin d'être parfait mais se laisse patiemment regarder.
Un cinéma salutaire en plus : on y apprend tout le danger qui se cache dans les paquets de clopes.

(1) - ceux qui veulent en savoir un (tout petit) peu plus, peuvent aller lire le commentaire



Pour celles et ceux qui aiment les montagnes suisses et Mathieu Amalric.
Perle et navet n'a pas aimé du tout.

samedi 25 janvier 2014

Cinoche : Lulu femme nue

C’est raté !

Une adaptation cinoche de l’excellentissime BD d’Etienne Davodeau avec Karin Viard ? !
Ouaaaah ! On ne pouvait pas manquer ça !
Et on a été très déçu.
BMR qui venait juste de relire la BD avant la séance (quel sérieux) et MAM à qui le film a donné envie de relire la BD lue … en 2009.
Égale déception de part et d’autre : la cinéaste d’origine islandaise, Sólveig Anspach, à qui on devait déjà le gentil mais très moyen Queen of Montreuil, vient de rater l’affaire du siècle en gâchant cette Lulu femme nue.
On lui en veut beaucoup d’avoir manqué cette belle occasion.
Et ça ratatouille dès l’ouverture : la BD racontait une bonne partie de l’histoire de Lulu au travers des dialogues de la bande d’amis qui s’étaient retrouvés chez elle après sa ‘fuite’. Cette double mise en scène de l’album, un peu mystérieuse et piquante (les errances de Lulu et ce que ses amis en savent ou en disent), n’est pas du tout exploitée au cinéma. On se contente de suivre bêtement Lulu qui rate bêtement son train. Exposition pesante et poussive. On attend en vain le décollage pour plus tard, qui ne viendra pas. Quelques belles images (comme les frangins et la sœur en contre-jour sur la promenade du bord de mer) mais sans plus.
Et puis Karin Viard, qu’on aime bien pourtant, est trop intello pour être vraiment crédible. On la sent gênée et empruntée, un peu comme Lulu peut-être mais ça ne suffit pas.
Reste Bouli Lanners et ses deux inénarrables frangins pieds-nickelés, ou encore la savoureuse Claude Gensac en vieille mamie, façon Carmen Cru pour rester au rayon BD. On note aussi la jeune Solène Rigot qui joue la Morgane de Lulu. Belle brochette mais film très ennuyeux. On se demande bien ce que vont en penser celles et ceusses qui n’ont pas lu la BD et qui ne pourront pas remplir les blancs, les trous et les longueurs.
Du coup on se dit que réaliser une bande dessinée est un sacré boulot, pas forcément tape-à-l’œil (les dessins de Davodeau sont tout en discrétion raffinée), et que tout un travail magique se cache derrière les cases et les bulles.
Alors, honte à Sólveig Anspach pour nous avoir foiré ce rendez-vous dont on attendait beaucoup (trop sans doute).
Et honte à vous qui n’auriez pas encore lu la BD de Davodeau ! Que la sortie de ce film manqué vous soit la dernière occasion à ne pas manquer pour vous rattraper et vous éviter de rejoindre les ignorants (autre excellentissime BD du même).


Pour celles et ceux qui aiment les BD.
L’avis de Critikat.

jeudi 23 janvier 2014

Bouquin : Au revoir là-haut


Morts (ou presque) pour la France.

Le dernier roman de Pierre Lemaître, Au revoir là-haut, était tombé dans notre pile à lire juste avant d’être couronné par le Goncourt, judicieuse offrande.
On venait tout juste de découvrir Pierre Lemaître comme auteur de polars et déclarer notre coup de cœur pour la série du petit commandant Camille Verhoeven.
C’est donc avec pas mal d’attente(s) qu’on s’est jeté dans la bataille des tranchées racontée par Pierre Lemaître.
En réalité on arrive juste pour la fin, en novembre 1918, à quelques jours seulement de l’armistice et de la démobilisation. Pas le moment de se faire tuer.
[…] Mourir le dernier, se disait Albert, c'est comme mourir le premier, rien de plus con.
Sauf que si ou presque. Albert et Édouard ont bien failli être les derniers cadavres de la grande boucherie. Édouard y laissera d’ailleurs la moitié de sa tête, au physique (manque le bas) comme au figuré (morphine oblige). Les deux gars ont été envoyés au casse-pipe comme tant d’autres par un officier ambitieux. Ambitieux et pas net. Retors même. Prêt à enterrer vivants un ou deux de ses hommes si besoin.
[…] Somme toute, une guerre mondiale, ça n’était jamais qu’une tentative de meurtre généralisée à un continent. Sauf que cette tentative-là lui avait été personnellement destinée. En regardant Édouard Péricourt, Ambert revivait parfois l’instant où l’air s’était raréfié, et sa colère bouillonnait. Deux jours plus tard, il était prêt, lui aussi, à devenir un assassin. Après quatre années de guerre, il était temps.
On retrouve l’écriture incisive, ironique, féroce de Pierre Lemaître et son humour un peu noir. Il faut bien tout cela pour mettre un peu de distance entre le lecteur et les horreurs des tranchées et de la Grande Boucherie.
Lorsque l’hécatombe aura enfin cessé et que les survivants, les gueules cassées pourront rentrer chez eux (non, finalement ce n’est plus vraiment possible), ce sera les traficotages en tout genre, ces petits arrangements entre amis qui font que la guerre est une très bonne chose. Pour le commerce et les affaires notamment.
Tout cela a un parfum de déjà lu. On se rappelle par exemple les enquêtes de Thierry Bourcy.
Et donc malgré cette belle écriture, ce bouquin un peu trop volumineux et cette histoire de vengeance pas très originale se traînent en longueur.
Bien sûr on est sincèrement ravis que le Goncourt vienne couronner cette histoire d’une guerre qu’on a déjà commencé à oublier (Lemaître a été prof d’histoire-géo).
Et on est sincèrement ravis que le Goncourt vienne saluer un bouquin de cet auteur, même si le bouquin en question est moins bon que ses polars auxquels il nous a habitués.
Mais on est tout aussi sincèrement convaincus que le jury du Goncourt(1) a voulu faire passer là un étrange message, du genre : tu vois Pierrot, quand tu laisse tes polars, t’es même capable d’écrire des vrais bouquins, de la vraie littérature. Et ça on n’aime pas.
Mais ceux qui nous suivent, connaissent bien maintenant notre mauvaise foi concernant les prix littéraires en général et le prix qu’on court en particulier !
Une bonne nouvelle quand même : le polar Alex va être adapté au cinoche par un cinéaste américain James B. Harris (mais tournage à Paris avec une française dans le rôle d’Alex. Julie Gayet ?).
(1) - un machin désuet au parfum suranné que seuls les anglais ne nous envient pas, parce qu’ils ont déjà la reine d’Angleterre et le Man Booker Prize.

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lundi 20 janvier 2014

Bouquin : Avant d’aller dormir

Quand la nuit ne porte pas conseil.

Encore un bouquin TGV, écrit à grande vitesse et lu à vive allure. Il a d’ailleurs eu le prix polar SNCF en 2012 !
Rien de transcendant donc, dans la lignée des Harlan Coben et autres Denis Lahanne.
Précisément, à ne pas lire Avant d’aller dormir.
De Steve J Watson.
Quelques longueurs, une écriture parfois un peu bâclée, quelques idées pas toujours bien exploitées, ce n’est pas de la belle littérature (et d’ailleurs ça n’y prétend pas).
Mais de temps en temps, c’est le genre de bouquin idéal pour se vider la tête : un page-turner qu’on ne lâche pas de la nuit. Bon, deux nuits peut-être, y’en a pour près de 500 pages.
Deux nuits accros à l’histoire de Christine.
Qui tous les matins se réveille amnésique. Qui est le type à côté d’elle dans le lit ? Pourquoi ces rides au coin des yeux et ces cheveux blancs ? etc …
Tous les matins, son mari lui raconte : je suis ton mari, voici nos photos, … Ça fait près de vingt ans qu’il répète ça tous les matins. L’horreur. Pour eux deux.
Le soir Christine s’endort … et oublie tout.
Jusqu’au jour où elle entreprend d’écrire dans un cahier tout ce qu’elle apprend la journée : le lendemain elle relit et ne repart pas tout à fait de zéro. Façon Memento ou Le jour de la marmotte.
Elle soupçonne même d’étranges mystères. Paranoïaque ou amnésique, un peu des deux ?

[…] - Il n’y a pas beaucoup de photos, dans l’album. Il n’y a pas de photos de nous le jour de notre mariage.
- Nous avons eu un incendie, dans la précédente maison où nous vivions.

Ce mari inquiétant qui ne lui raconte pas toujours la même histoire tous les jours. Et puis ce toubib étrange qui vient la voir en cachette du mari …
Mais d’un autre côté, est-ce vraiment aussi simple que cela paraît ?

[…] Je me suis interrogée sur ce qu’il pensait de mes activités de la journée. Il ne sait pas que je passe des heures à lire mon journal et parfois des heures à l’écrire. Il ne sait pas qu’il y a des jours où je vois le Dr. Nash.

Bien vite on se doute que ça ne tourne pas rond et pas que dans la tête de la pauvre Christine.
L’histoire est tout à fait invraisemblable et tout à fait horrifique. Mais on ne peut pas s’empêcher de lire cela compulsivement et même si on devine assez vite le mot de la fin, on veut le voir écrit là, noir sur blanc, sur le papier de la dernière page.
Et le livre enfin refermé, on va se coucher enfin, l’esprit tranquille.
Presque tranquille. Avec la vague crainte que demain au réveil, on pourrait peut-être se dire : tiens, sympa ce bouquin là sur la table de chevet, ça m’a l’air passionnant, faudra que je lise ça ce soir …


Pour celles et ceux qui aiment les cauchemars.
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jeudi 16 janvier 2014

Bouquin : Princesse Bari


Émigration et intégration ?

On avait rencontré l'auteur coréen Hwang Sok-yong avec le si remarquable Vieux jardin (adapté au cinéma), et nous voici de nouveau en Corée avec cette Princesse Bari.
Là-bas, la Princesse Bari est une figure de légende dont le nom signifie abandonnée.
Dans les années 80, au nord du pays, la famille de Bari voit naître une septième fille : autant dire une catastrophe alors qu'on espérait enfin un garçon pour subvenir aux besoins de la famille. Avant même le retour du père, la mère abandonne cette fille de trop. Ce sont la grand-mère et le chien qui prendront soin de cette abandonnée et la baptiseront Bari tout comme dans le conte traditionnel.
Quelques années plus tard, le pays est décimé par la grande famine des années 90 (plusieurs millions de morts !).  Intempéries et incurie du régime en sont à l'origine. Comme tant d'autres, la famille de Bari sera broyée et dévastée par ces terribles évènements : la jeune fille réussira à passer le fleuve-frontière avec la Chine (le Tumen). Après quelques périlleuses aventures, Bari prendra un bateau (à moitié de gré, à moitié de force) et débarquera en Angleterre où de nouvelles péripéties l'attendront comme tous les boat-people qui l'accompagnent.
Avouons tout de suite une forte déception après le Vieux jardin : on n'a pas vraiment accroché à cette (habile) transposition moderne du contre traditionnel. Malgré la richesse et la maîtrise du style poétique de Hwang Sok-yong, l'écriture façon "contes et légendes" ne nous a pas emballés.
D'autant que Bari est à moitié chamane (ou sorcière, comme on veut) et parvient à “voir” les morts et les traumatismes qui font l'histoire de ceux qu'elle croise : le début du livre est sur ce plan tout à fait intéressant et maîtrisé, tout à fait dans la manière de l'italien Maurizio de Giovanni avec son commissaire Ricciardi. Mais peu à peu, les rêves et les visions de Bari prennent de plus en plus de place et on finit par lire ces passages en diagonale.
Il reste toutefois deux aspects particulièrement intéressants dans ce roman.
La première partie du livre tout d'abord qui met en scène cette famille nord-coréenne pendant ces évènements terribles : il est rare que nous soit donnée l'occasion de découvrir ce pays, sans concession mais sans polémique politique, comme de l'intérieur. C'est passionnant et, avec Bari, on passe facilement le fleuve-frontière dans un sens ou dans l'autre, à gué(1).
Avec quelques images typiquement coréennes, bien loin de nous :
[…] La grand-mère et la femme du fermier me tournaient le dos pour dissimuler leurs larmes.
[…] Le monde change, comme tu le vois : dès que l’électricité et l’argent arrivent, les gens perdent toute humanité.
Plus tard dans le roman, on sera également très intéressé par la description du petit monde des immigrants londoniens : asiatiques de différents pays (coréens, chinois, vietnamiens, ...) qui cohabitent avec des pakistanais ou des africains. Langues, couleurs, nationalités, cuisines, croyances, coutumes et religions se mélangent à qui mieux mieux. Melting-pot britannique.
[…] Je voyais des peaux jaunes, des grises, des noires, même quelquefois des blanches … non pas d’Anglais mais de travailleurs d’origine polonaise ou tchèque engagés sur les chantiers de construction.
Mais la description est presque trop idyllique : on en vient à soupçonner un Hwank Sok-yong vieillissant de vouloir réconcilier la terre entière et nous vendre à tout prix du bon sentiment.
Au point qu'on trouve un peu dérangeant qu'il abandonne en chemin, sans regret, sans mansuétude ni empathie, celles ou ceux(2) qui n'ont eu ni la chance, ni la force, de garder la tête hors de l'eau et qui ont succombé dans l'aventure. Une prostituée droguée, ça ferait désordre aux côtés de la jeune et jolie Bari, emblème de l'émigration douloureuse mais assumée, symbole de l'intégration difficile mais réussie ?
Voilà de quoi plomber sérieusement la seconde partie de cette histoire trop moralisatrice et trop imprégnée de bons sentiments pour qu'on y adhère vraiment. Dommage.
(1) - les coréens du nord passent en Corée du sud via la Chine, sur des routes plus sûres que celles de leur propre pays
(2) - c'est le cas de Shang, l'amie qui avait plus tôt protégé la jeune Bari en Corée


D'autres avis sur Babelio.
Pour celles et ceux qui aiment les contes et légendes revisités.

lundi 13 janvier 2014

Cinoche : Philomena

My name is Philomena, Philomena Lee.

On ne pouvait pas manquer ce film avec Judi Dench, la madame "M" de James Bond.
Et puis avec Stephen Frears aux commandes ...
En réalité, c'est plutôt Steve Coogan (l'autre acteur) qui aura commandité le film après avoir été conquis par le bouquin qui racontait l'histoire de la vraie Philomena (Philomena Lee).
Dans les années cinquante, l'Irlande n'est pas encore tout à fait sortie du moyen-âge dans lequel l'église catholique enferme la population, loin s'en faut. Les jeunes filles qui ont la malchance de tomber enceintes trop jeunes avant leur mariage sont vouées à l'enfer. Plus exactement à l'enfermement dans des institutions (le mot couvent sonne bien trop beau) menées d'une main de fer par des nonnes qui n'ont plus de Sacré-cœur que le sacré, le cœur ayant séché depuis longtemps(1).
Et tant qu'à faire, ces institutions bien pensantes et surtout bien pensées, profitent (dans tous les sens du mot) profitent de l'occasion pour fournir l'upper-class en jeunes enfants prêts à élever. De riches américains viennent ici s'approvisionner à un prix raisonnable mais substantiel.
Philomena Lee verra son tout jeune fils ainsi emporté outre-Atlantique.
De nos jours, cinquante plus tard, on retrouve une Philomena vieillissante (Judi Dench donc) qui entreprend de retrouver la trace de son premier fils.
Elle sera aidée dans sa quête par Steve Coogan qui endosse le costume taillé sur mesure d'un pur produit du show-biz londonien, mi-journaliste mi-politique. À des lieues du bon sens provincial de Philomena (ses seules lectures sont des romans à l'eau de rose, façon arlequin).
On a donc deux films pour le prix d'un : en arrière-plan, l'histoire pas très reluisante de ces institutions moyenâgeuses (fucking catholics, je ne peux résister au plaisir de citer) et sur le devant de la scène, la relation de Philomena et du journaliste. C'est d'ailleurs ce superbe duo (d'acteurs et de personnages) qui sauve le film et aide à digérer quelques passages un peu trop mélos.
En évitant de surjouer l'opposition facile entre l'intellectuel cynique et la naïve provinciale, leur relation incongrue est pleine de sel, d'humour finaud et de respect humain. Jusqu'à la dernière réplique ils sont toujours à contre-pied l'un de l'autre, et pourtant on les devine faits pour s'entendre. Peut-être parce qu'ils s'écoutent, tout simplement.
Une comédie humaine très plaisante.

(1) - des dizaines de milliers de jeunes femmes furent enfermées dans les institutions des Magdelene Sisters, des "femmes perdues" souvent exploitées comme blanchisseuses (à défaut de laver les pieds du Christ). En 2002, un film de Peter Mullan raconte cette sombre histoire. La dernière blanchisserie des Sœurs de la Madeleine fut fermée ... en 1996 !


Pour celles et ceux qui aiment Judi Dench.
Keisha parle du livre. Cluny et Critikat parlent du film.

vendredi 10 janvier 2014

Bouquin : Dernière nuit à Montréal



Gens du voyage, SDF.

Cette transition 2013-2014 était sans aucun doute placée sous le signe des disparitions : après le final émouvant de la série islandaise Erlendur, après les évaporés de Fukushima, voici maintenant Dernière nuit à Montréal de la canadienne Emily St-John Mandel(1).
À sept ans, Lilia a été enlevée par son père américain : la mère québécoise semble avoir été une mauvaise mère et le demi-frère semble rassuré d'avoir vu sa sœur s'échapper. Depuis, Lilia et son père, fuyards permanents, courent les routes des États-Unis. Un road trip sans issue dont on aura seulement quelques bribes au fil du livre. Un voyage sans fin, à tel point que devenue adulte, Lilia poursuivra seule sa fuite éperdue et abandonnera régulièrement ses petit(e)s-ami(e)s. Sans attache, sans domicile.
Le livre se construit autour de Lilia ... mais pratiquement sans elle : c'est l'arlésienne et l'on devine son portrait en creux à travers les quelques personnages qu'elle a obsédés.
Eli, le dernier petit-ami en date, un new-yorkais désemparé qu'elle vient de larguer.
Christopher, un détective privé québécois qui pourchassa les fuyards à travers les routes US, obstinément et pendant des années.
Michaela, la fille de ce détective qui sacrifia femme et enfant à son idée fixe.
Tous errent dans le sillage de Lilia, emportés par leur obsession, se retrouvant comme elle sans domicile fixe. Errant tels des gens du voyage (certains ont encore les gènes du cirque dans le sang), mais d'un voyage sans but, sans autre but que l'insaisissable Lilia.
Voilà un roman bien étrange(2), plein de mystères qui semblent insondables : la figure fantomatique et inquiétante de la mère de Lilia, la famille désintégrée du détective (telle un miroir déformé de la famille de Lilia), le mystérieux accident de Christopher, ...
Un bouquin plein de bonnes trouvailles, à la fois littéraires et scénaristiques, comme le travail de Eli sur les langues qui disparaissent, les acrobaties de funambule de Michaela ou encore les petits mots que griffonnait la petite Lilia dans les bibles des motels lorsqu'elle était en cavale avec son père.

[…] Elle griffonna rapidement en travers du texte : "Je n'ai pas disparu. Arrêtez de me chercher. Je veux rester avec mon père. Arrêtez de me chercher. Laissez-moi tranquille". Elle signa de son prénom, d'une main qui tremblait, parce qu'il y avait encore dans le monde des gens qui voulaient qu'on la retrouve : elle laissait pourtant ses messages dans des bibles depuis si longtemps, si longtemps, mais personne ne les recevait. 

Au fil des aller et retour entre passé (qui s'éclaire peu à peu) et présent (de plus en plus complexe), l'auteure nous fait croiser de beaux personnages, intrigants et complexes, troublants et troublés.
Une histoire où l'on s'attache à la personnalité insaisissable de Lilia tout autant qu'aux destins désemparés des êtres qu'elle a croisés et obsédés, ...
Un roman triste et mélancolique(3), poignant et plein d'émotions. Original également.
Vous l'avez compris, c'est notre coup de cœur de ce début 2014.
C'était en  2009 (en VO) le premier roman de cette jeune auteure (chapeau !) et un autre ouvrage est désormais disponible en français : On ne joue pas avec la mort (mais pas encore en poche, ni en ebook). Nul doute qu'on reparlera de cette canadienne.
(1) - Emily St-John Mandel est une anglophone de Colombie-Britannique qui a vécu quelques années à Montréal, ce qui explique certains passages (un peu appuyés à notre goût) sur la "solitude" des anglophones chez leurs cousins du Québec !
(2) - ce n'est pas vraiment un psycho-thriller, encore moins un polar, tout au plus un roman à suspense même si ce n'est pas le but premier de l'auteure
(3) - on pense parfois au film de Philippe Lioret avec Mélanie Laurent, peut-être sous l'association des prénoms



D'autres avis sur Babelio.
Pour celles et ceux qui aiment les voyages sans but.

mercredi 8 janvier 2014

Cinoche : Tel père, tel fils


Photo de familles.

Beau début d’année 2014 avec, on en a parlé, notre coup de cœur pour les gamelles de Mumbai, c’était The lunchbox, et puis maintenant, un autre voyage, au Japon cette fois, avec ce Tel père, tel fils.
Même prévenus, on a bien un petit peu de mal au début à entrer dans l’histoire incroyable qui sert de déclencheur : un échange de bébés à la maternité mais qui ne sera découvert que cinq ou six ans plus tard, tout à fait par hasard.
C’est le drame : les deux familles se sont déjà approprié leurs “faux” enfants. Certes on sait bien que ça existe de temps en temps et pour de vrai, mais le départ est raide.
Une fois la mise en place effectuée et ce présupposé accepté, Hirokazu nous embarque pour une analyse précise, complète et minutieuse des sentiments engendrés par l’onde de choc qui va traverser tout ce petit monde.
À gauche sur la photo, la famille Nonomiya : père architecte, mère au foyer et fils unique. Le père est un accro au boulot et à la réussite sociale, quitte à sacrifier femme, enfant et vie de famille. Berline haut de gamme, appartement haut de gamme dans une haute tour. Le japonais type, exactement tel qu’il est fantasmé par les occidentaux.
À droite, la famille Saiki : père bricoleur, mère en CDD et trois enfants (pas tous sur la photo). Petite camionnette japonaise et petite maison mal foutue dans une petite rue de banlieue.
Bien sûr, on se dit un peu que la vie au Japon n’est pas non plus un long fleuve tranquille, mais la comparaison avec les familles Groseille et Le Quesnoy tourne court : ce qui intéresse Hirokazu n’est pas tant la différence de classe sociale (on parle bien un peu d’argent, mais ce n’est pas le thème central) que la différence d’humanité et d’amour qui baigne les deux familles.
D’un côté, l’appartement des Nonomiya est aussi bien rangé que leur vie, un appart aussi froid et impersonnel qu’une suite d’hôtel. De l’autre, la vie de la famille Saiki est gentiment bordélique et l’on y prend le bain tous ensemble.
Tout cela nous est détaillé peu à peu et par le menu : les discussions entre les deux familles, puis avec la maternité fautive, le procès, les indemnités, l’instinct maternel, la filiation par le sang ou par l’éducation, … en évitant assez adroitement les différents écueils : ni mélo, ni sentence philosophique, ni caricature facile.
Tous les acteurs, des deux familles, sonnent on ne peut plus juste. C’est vraiment remarquable.
Le personnage clé est Ryota, le père Nonomiya : accro au boulot et à l’ascenseur social on l’a dit. Il pousse son “fils” dans une école privée, lui fait jouer du piano, … La pression !
Peu à peu, on devine que Ryota a souffert et souffre encore lui-même de relations difficiles avec son propre père.
Tel père, tel fils … C’est bien le titre et le sens de ce film sur l’amour filial.
Ce qui intéresse Kore-Eda Hirokazu (et le spectateur) n’est pas la description facile de ces deux familles que tout oppose mais plutôt le chemin qui sera parcouru par chacun d’eux (et le spectateur) tout au long du film.
Pour revenir au précédent coup de cœur indien (The lunchbox), on remarquera quelques échos entre les deux films : la maîtrise totale des acteurs et des sentiments exprimés, la découverte passionnante du quotidien de ces lointains voisins (en Inde et au Japon), le questionnement de notre humanité.
Le parallèle s’arrête là : Tel père, tel fils est un film sérieux, grave et appliqué. C’est juste peut-être ce qui nous retient d’en faire un second coup de cœur. Une belle leçon de cinéma et d’humanité comme les asiatiques savent si bien nous en donner.


Pour celles et ceux qui aiment les enfants.
L’avis de Cluny et celui de Critikat.

dimanche 5 janvier 2014

Cinoche : The lunchbox


The mailbox.

The lunchbox.
Chaque jour de la semaine, la corporation des 5.000 dabbawallas de Mumbai achemine tous les matins plus de 400.000 lunchboxes ou gamelles préparées par les mères, épouses, petits restos et bouibouis jusque sur le lieu de travail des frères, fils, clients ou maris.
Et l’après-midi, les lunchboxes vides repartent dans l’autre sens.
Le taux d’erreur n’est que de un repas sur plus de 15 millions (!) et même les chercheurs de Harvard se sont penchés sur ce système de livraison unique au monde (et les dabbawallas sont illettrés !).
Comme chaque matin, Ila, une épouse un peu délaissée, prépare avec amour (et fortes épices, et recettes et conseils dispensés par la voisine du dessus) le déjeuner de son mari parti travailler et l’on va suivre le trajet, à peine imaginable, de la gamelle : vélo, charrette, train, charriot, triporteur, re-train, re-vélo …
Scénario oblige, cette lunchbox est la quinze-millionième … et s’en va régaler un inconnu !
Cet inconnu est un gratte-papier (il est comptable), un vieil ours bougon (il est veuf) qui va torcher la gamelle dont le contenu savoureux préparé avec amour (Ila veut reconquérir son mari), le change agréablement de son frichti habituel.
Bientôt les deux inconnus s’échangent quelques mots avec la lunchbox “égarée”(1) qui tisse le lien jour après jour.
Car Ritesh Batra nous dépeint une Mumbai grouillante et surpeuplée bien sûr, où tout le monde s’entasse comme il peut, à la maison, dans la rue, dans le train, dans les bureaux, … mais où chacun, malgré cette promiscuité et cette densité, est désespérément seul.
Le vieux Sajaan est veuf et s’enferme dans son silence en bougonnant, méprisant ses collègues mais lorgnant avec envie sur la vie de famille de ses voisins.
La jeune et belle Ila (Nimrat Kaur, superbe et convaincante actrice) est délaissée par son mari et rêve du bonheur au Bouthan.
Personne ne se cause vraiment.
On ne parle pas à son voisin (de table, de bureau, de train, …) - Ila communique avec sa vieille voisine du dessus en criant par la fenêtre et par panier de commissions attaché à une ficelle - les bientôt veuves prennent soin de vieillards grabataires et comateux - Ila et Sajaan échangeront plus facilement et des choses plus intimes par petits mots et lunchbox interposés que “de vive voix”.
Mumbai est exotique, pittoresque, extraordinaire, curieuse, inimaginable, lointaine … mais semble souffrir des mêmes tourments que nos sociétés occidentales.
Ce petit film étrange fait l’unanimité des critiques (chose rare) et rencontre un succès fou : les petites salles qui le diffusent sont combles ! Très beau début d’année au cinéma qui nous permet de découvrir plein de choses sur la vie quotidienne de la classe moyenne de Mumbai, bien loin des clichés de Bollywood.
Un joli film subtil et plein d’humour et de nostalgie (même si le spectateur occidental doit laisser échapper quelques subtilités), une VO au mélange d’hindi et d’anglais savoureux, un montage astucieux et une rigueur narrative sans faille.
Un petit film plein de douceur et de tendresse pour ses personnages et sa ville : on se laisse bercer par le rythme lent des aller-retour de la lunchbox et des trains.
Malgré une très belle “fin”, on voudrait que cela dure encore et encore : la salle (comble) ne s’y trompe pas qui reste sagement assise en écoutant le chant des dabbawallas pendant le générique de fin.
(1) - un proverbe indien est cité qui nous enseigne que le mauvais train peut parfois nous mener à la bonne gare … tout un poème à Mumbai !



Pour celles et ceux qui aiment la cuisine home-made.
L’avis de Cluny et celui de Critikat.

mercredi 1 janvier 2014

Best-of 2013


Excellente année 2014 !

Allez, c'est parti pour le traditionnel exercice du best-of annuel qui est surtout là pour nous rappeler quelques bons souvenirs et l'occasion pour les retardataires de peut-être rattraper l'année qui a filé trop vite.
Voici les coups de cœur parmi les coups de cœur de 2013.
Rien que du très très bon donc !

Cliquez sur les images ou les liens pour accéder au texte complet des billets.


Du côté des romans, il nous faut récompenser cette année Julie Otsuka pour l’ensemble de son œuvre comme on dit et plus particulièrement pour son roman lu en cette année 2013 : Certaines n’avaient jamais vu la mer.
L'histoire d'un bateau de jeunes femmes venues du pays du soleil levant, pour les US : mariages arrangés, photos arrangées des futurs maris au courrier postal, rêve occidental pour échapper aux rizières, ...
Évidemment la déception sera grande ...
Julie Otsuka poursuit son travail de mémoire au rythme (trop lent à notre goût) d'un excellent bouquin tous les dix ans.

Une autre récompense s’impose pour la fougue du roman de Tom McNab et la course folle de Flanagan à travers les États-Unis des années 30. Un livre qui fait partie de ces bouquins magiques qui vous emportent au loin, à une autre époque, dans un autre milieu, vers une autre culture. Ailleurs.
Et même si l’on est ni sportif ni accro au jogging, avec La grande course de Flanagan et Tom McNab, c’est pire qu’un polar, on ne lâche plus le bouquin et on lit, on lit, matin, midi, soir, comme les coureurs, de défi en défi, on veut savoir, on court avec eux, qui va y arriver, qui va craquer, qui va tenir, quand vont cesser les souffrances, allez, allez, tiens bon ! Nom d’un chien quelle histoire !


Après les coureurs de Flanagan, ce sont cette fois les pêcheurs du Danemark qui nous emmènent ailleurs …
À la Noël 1902, un bateau fait naufrage. Il ne survivra qu’un seul rescapé, échoué sur la plage : Le marin américain.
Il passera la nuit au village, aimablement soigné, hébergé et réconforté par une femme de pêcheur, Ane, dont le mari, Jens Peter, est parti en campagne.
Neuf mois après le passage du marin américain, Ane accouche d’un beau garçon aux yeux et cheveux noirs (pas courant là-haut évidemment).
Karsten Lund sait écrire et tout cela est tout passionnant : on suit avec intérêt la famille Christensen au fil des années, une véritable aventure, une saga, celle d’une famille, d’un village et de toute une région. Avec la découverte de ce monde de pêcheurs du début du siècle.
Mais le secret qui nous est dévoilé au tout début en cache peut-être un autre …


Du côté des polars, il faut saluer cette année trois excellentes découvertes.

Et tout d’abord, celle de Ramón Díaz Eterovic  : un auteur de polars à ranger définitivement aux côtés des meilleurs : Indridason, Nesbo, Mankell, ...
Avec en prime, ce petit côté chilien qui nous éloigne agréablement des rivages nordiques devenus par nous, trop fréquentés.
Avec ce charme inégalé des bonnes séries : on connait bien désormais le détective Heredia, un privé vieillissant aux finances erratiques, son chat Simenon, un bavard impénitent aux aphorismes philosophiques, et leur ami Anselmo, un vendeur de journaux bienveillant aux fructueux paris hippiques, ...
Comme tout bon auteur de polars un peu désabusé, Ramòn Dìaz Eterovic a entrepris d'explorer les zones d'ombre de la société contemporaine : après le racisme chilien qui servait de décor à La couleur de la peau, la double enquête du Deuxième vœu nous mène sur les traces de ceux qui exploitent la misère du troisième âge, allant jusqu'à rançonner les petits vieux pour faire main basse sur leurs pensions.
Comme d'habitude, les enquêtes policières ne sont ici qu'un prétexte à peine nécessaire : prétexte à côtoyer pendant quelques pages Heredia et ses amis, à découvrir quelque face cachée de notre société, à parcourir les rues de Santiago. En somme, un prétexte pour passer un agréable et intelligent moment.

Autre découverte, française cette fois et c’est plutôt rare dans ces colonnes, celle de Pierre Lemaître, qui n’a rien à envier à, disons par exemple Fred Vargas.
L’écriture de Pierre Lemaitre est du même niveau que celle de la dame. Travail soigné, c’est le titre de cet épisode mais aussi notre conclusion : travail soigné.
Il ne faut que quelques lignes à cet auteur pour brosser un portrait bien typé de ses personnages, quelques coups de pinceau et voilà, on se fait une idée bien précise de tel ou tel.
Quant au héros-flic, le commandant Camille Verhoeven, voilà un flic pas banal ! Le bonhomme, le petit bonhomme, ne mesure que un mètre quarante-cinq ! De quoi fournir quelques pages amusantes, cocasses, curieuses, ou … dérangeantes.
Mais c’est la construction même des bouquins de Lemaître qui mérite la lecture : retournement de perspective, bouquin dans le bouquin, et j’en passe ! Un maître es littérature !
On a lu également le second épisode de la trilogie : Alex, tout aussi bon et travail aussi soigné.

On finira ce podium tout en douceur subtile avec l’espagnol (de Galice) Domingo Villar et sa Plage des noyés.
L'inspecteur Caldas mène son enquête au ralenti tout en essayant de faire parler les marins du coin. Il aurait presque des allures d'Adamsberg même si le ton est moins à la rigolade que chez Vargas (dès les premières pages il est d'ailleurs rendu hommage à la dame).
L'adjoint de Caldas, c'est Estevez, un gars qui n'est pas du coin et ne croit ni au retour des fantômes ni à la vertu de la patience : il vient d'Arragon, bref c'est une sorte d'alien en Galice.
On se laisse donc balader lentement dans les ports de Galice accrochés aux basques de ce tandem mal assorti. Et les dialogues laborieux avec les taiseux du coin sont autant de tranches de gâteau à déguster lentement.

Il nous manque un peu de place sur le podium pour citer l’italien Maurizio de Giovanni avec sa série napolitaine au temps de Mussolini et son commissaire Ricciardi aux yeux verts … alors on va le garder sans doute pour l’année prochaine !

Enfin, on ajoutera cette année une mention spéciale pour ce qui semble bien être la dernière enquête d’Erlendur (le policier islandais d’Arnaldur Indridason) : ces Étranges Rivages viennent couronner une mémorable série déjà saluée plusieurs fois ici.


L’année cinoche 2013 fut bien inégale avec quelques sincères déceptions (le woody allen, frances ha, le dernier asghar farhadi, robin wright et naomi watts, …) mais aussi quelques pépites, fort heureusement.

 
Et à tout seigneur, tout honneur, c’est Quentin Tarentino qui ouvrit le bal 2013 en janvier et en fanfare avec son Django.
Indiscutablement, la réussite du film vient des deux personnages clés : le Dr Schulz (impayable Christoph Waltz), un allemand devenu chasseur de primes qui s'associe avec Django l'esclave noir rebelle (Jamie Foxx).
Les dialogues sont comme toujours avec QT, taillés au cordeau, un régal pour l'esprit, aussi soignés que les images (un régal pour les yeux) et que la musique (un régal pour les oreilles). Et quand les mots ne suffisent plus, ce sont les balles qui fusent : car sous des dialogues policés et mondains, couve une tension d'une violence incroyable.

Quelques semaines après, ce fut l’excellente surprise (et le succès inattendu) de Wadja, la petite fille avec laquelle la réalisatrice Haifaa-al-Mansour nous a tous emmenés an Arabie Saoudite.
Une belle romance où la réalisatrice évite soigneusement deux écueils : pas d'enfance larmoyante et pas de procès à charge trop facile, même si l'étouffement organisé des filles et des femmes du royaume de Riyad y est minutieusement décrit.
Mais, l'air de rien, Haifaa al-Mansour a l'intelligence de nous montrer tout cela au quotidien, sans polémique ni caricature. Et c'est diaboliquement efficace !
Un film plein d’espoir, auquel on aimerait bien croire un peu … et qu’on prolonge un peu avec ce petit film coup de cœur sur le podium d’arrivée.
Il n’était d’ailleurs pas prévu d’être rattrapé par l’actualité de cette fin d’année !

Aïe, aïe, aïe … jusque là tout allait bien, mais on n’est rendu qu’en février 2013 et comment faire pour la troisième place sur le podium ? Ça se bouscule à l’arrivée.
Le jury a eu bien du mal à départager le peloton :
- l’étonnant polar
Goodbye Morocco de Nadir Moknèche avec l’admirable Lubna Azabal ?
- la belle histoire dans le bayou de Jeff Nichols avec le beau
Mud ?
- la
Vie simple à Hong Kong de Ann Hui ?
- la superbe rencontre de Benicio del Toro et Mathieu Amalric dans
Jimmy P. de Desplechin ?
- et encore on n’a même pas évoqué les secousses de
Hijacking ou Metro Manila
Aïe, aïe, aïe … quel débat comme c’est souvent le cas pour la dernière marche du podium cinoche.

Bon allez fin du suspense, MAM et BMR se sont finalement entendus pour attribuer la troisième palme 2013 au passionnant No ! du chilien Pablo Larrain avec Gael García Bernal , pour son originalité.
Chili, 1988. Sous la pression internationale, Pinochet  tente de se refaire une virginité et une légitimité en organisant un semblant de processus démocratique après quinze ans de dictature. Ce sera un réferendum (plebiscito) ... qui finira à la De Gaulle : un jeune publiciste talentueux  prend en charge le clip de la campagne du No!
Entre la tension constante et les images très typées, ce film nous avait laissé une très forte impression, durable.
Un film très original dans sa forme et passionnant sur le fond.


Après un long silence, les BD sont de nouveau à l'affiche en 2013 et avec quelques albums originaux qui nous changent des habituelles images colorées et glacées.

Et côté BD, pas de débat pour la palme qui revient à Étienne Davodeau avec Les ignorants.
Comme d'habitude la magie Davodeau opère : qu'on soit fan ou ignorant de BD, qu'on soit amateur ou néophyte en œnologie, tout le monde tombe sous le charme extraordinaire de cette histoire ordinaire.

 

 



Sur le podium, il nous faut également citer Herr Haarmann, connu dans les années vingt comme le Boucher de Hanovre, dont les desseins étaient encore plus sombres que les dessins de Isabel Kreitz et les dialogues de Peer Meter qui sont tous deux aux commandes de cette remarquable BD.
Les dessins justement sont admirables et rendent particulièrement bien l'ambiance glauque des petites rues de Hanovre. Histoire, ambiance, suspense, tueur en série, ... tout est au rendez-vous pour un bon moment de lecture.


Mais faute d’assiduité au rayon BD, nous n’avons malheureusement personne pour la troisième place. Il va falloir se reprendre !


Coté miousik, l’année fut propice en petites découvertes agréables, de ci de là, et même plutôt variées. Mais rien de transcendant reconnaissons-le.

Citons quand même la frenchy girl Chloé Swann qui ressort aisément de la cuvée 2013.
Certains comparent la demoiselle à Lou Doillon (et y’a des rapprochements moins flatteurs !).
Et c’est vrai qu’on tient là encore un tout petit minois de parisienne fluette d’où sort, on ne sait trop comment,  une voix grave et profonde.




Saluons ensuite The be good Tanyas et l’une d’entre elles plus particulièrement : Frazey Ford.
Du folk qui balance, la joie aigrelette du banjo, et une ambiance bluesy.
Vraiment very good, les Tanyas !  

 



Difficile de distinguer un candidat pour la troisième place du podium Miousik. On l’a dit, pas mal de découvertes de ci de là mais rien d’extraordinaire.
Alors ce sera peut-être Passenger et Mike Rosenberg.
C’est moins larmoyant que Asaf Davidan et moins variété que James Blunt.
Bref, c’est très bien avec même un petit parfum nostalgique à la Cat Stevens.




Allez, le ban est fermé pour 2013 : vive 2014 !
BMR & MAM vous souhaitent à toutes et à tous une excellente nouvelle année, pleine de bons films, de belles musiques et de bons bouquins. Bref, tout plein de coups de cœur et tout plein d’autres bonnes choses aussi !