dimanche 22 septembre 2013

Cinoche : Jimmy P.

Le divan de l’indien.

Décidément après Le divan de Staline, le fantôme de papa Freud a décidé de venir hanter les colonnes de ce blog !
Pourtant sur l’affiche et le papier, a priori ce film Jimmy P. n’avait pas que des atouts :
- une histoire de psy,
- l’adaptation à l’écran d’une thèse (Psychothérapie d'un indien des plaines) d’un obscur anthropologue qui se piquait de psychanalyse,
- un film de l’érudit et cérébral Arnaud Desplechin,
- la séance de 21h30 après l’apéro du samedi …
Et ben non : on ne s’est pas endormis ni même ennuyés un seul instant !
Non pas le coup de pompe, mais bel et bien le coup de cœur !
Alors voici la mise en images de la rencontre de Georges Devereux, né Győrgy Dobó dans une ville de Roumanie, de sa rencontre avec Jimmy Picard un indien démobilisé de la guerre (on est en 1945) qui souffre de maux de tête insupportables.
Les médecins d’un hôpital militaire du Kansas qui tentent de “réparer” les têtes cassées par la guerre, ne diagnostiquent aucun trouble physiologique chez Jimmy malgré une vilaine blessure à la tête(1).
L’anthropologue Devereux débarque dans le Kansas, fasciné par tout ce qui touche aux ethnies indiennes et entreprend ses conversations analytiques avec Jimmy.
On sent Desplechin intrigué par l’étrange roumain, juif renégat, qui se fait désormais passer pour un français, pour un médecin aussi (aucun titre !), pour un psychanalyste encore (récusé par ses pairs !), une personnalité complexe et tourmentée, à la limite de l’usurpation. Un touche à tout de génie (pianiste, libraire, analyste, polyglotte, anthropologue, …) qui se fera enterrer chez les indiens mohaves.
C’est Mathieu Amalric qui donne corps et cœur à ce petit bonhomme bigleux et enrhumé(2).
En face, l’imposante carrure de l’indien Benicio Del Toro, régulièrement terrassé par ses crises et tourmenté par ses rêves (et l’on sait combien les indiens sont versés dans les sciences oniriques).
Mais le vrai personnage du film n’est ni le petit clone de Freud, ni l’ours sauvage de l’ouest : c’est bien la rencontre entre ces deux incroyables personnages, entre ces deux formidables acteurs.
Dès la première scène entre eux deux, ça fuse, chaque dialogue, chaque séance est un régal d’intelligence et d’humanité. Mise en scène et acteurs sont entièrement dédiés au seul service de ces propos. Remarquable.
Bientôt, comme dans toute bonne psychanalyse bien menée, on se prend à regretter de ne pas pouvoir prolonger ces moments quand Devereux regarde sa montre et nous dit : Well, see you tomorrow ?
Au fil des séances, l’échange se tisse entre ces deux hommes que tout sépare mais qui deviendront amis. Devereux apportera la sérénité à l’indien tourmenté par des blessures de l’âme qui datent de bien avant guerre. Et Jimmy Picard apportera la reconnaissance professionnelle à l’apprenti psy qui trouva avec lui, enfin, la justification de ses thèses peu orthodoxes : inventeur de l’ethnopsychanalyse et partisan de l’intervention du thérapeute dans la cure.
On s’est rappelé bien sûr le Discours d’un roi, où l’on avait savouré également de beaux dialogues entre un être souffrant et son thérapeute, un thérapeute (le “docteur” Logue) qui lui aussi était considéré par tous comme un charlatan.
On a pu apprécier également l’apparition si lumineuse de la britannique  Gina McKee qui interprète Madeleine, l’amie de Devereux (à la vie décidément aussi compliquée que celle de ses patients !) venue lui rendre visite quelques jours : un très joli portrait de dame.

(1) - pittoresques moments que ces images de la psychiatrie en 1945 ! façon, vol au-dessous d’un nid de coucous ! des toubibs de bonne volonté mais démunis !
(2) - ah savoureuse réplique du patient Jimmy P. lorsque les médecins militaires de l’hôpital lui demandent après quelques séances, alors comment ça se passe avec le petit français : “il va beaucoup mieux” !!! Cela montre à quel point est large et profond le fossé qui sépare les uns et les autres. Devereux avait entrepris de le franchir, ce fossé.


Pour celles et ceux qui aiment les échanges culturels.
L’avis de Filmosphere.

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