mercredi 13 février 2013

Cinoche : Wadjda


C'est où dites ?

Quand on était petit, on disait : l'Arabie, c'est où dites ?
Maintenant on peut répondre : alors, tu vois le Moyen-Âge, tout là-bas là-bas, et ben l'Arabie c'est encore un peu plus loin, loin derrière encore.
Et venu de tout là-bas, voici le deuxième coup de coeur cinoche de la semaine avec Wadjda, de la réalisatrice Haifaa al-Mansour.
Premier film tourné en Arabie(1), premier film de la réalisatrice(2).
L'histoire d'une petite fille (la douzaine d'années) qui rêve de faire la course à vélo avec son copain Abdallah ... sauf que le vélo, au Moyen-Âge, c'est pas pour les filles.
Mais Wadjda, campée droite dans ses baskets, est obstinée et finira par obtenir gain de cause, quitte à apprendre par coeur les sourates du Coran pour gagner le concours stupide qui lui donnera l'argent pour s'acheter son vélo.
On pouvait craindre le mélo jouant de la corde sensible avec cette pauvre enfant perdue dans un monde intégriste.
Mais non, la réalisatrice évite soigneusement les deux écueils : pas d'enfance larmoyante(2) et pas de procès à charge trop facile.
Bien sûr l'étouffement organisé des filles et des femmes du royaume de Riyad est minutieusement décrit : interdiction d'apparaître en public, interdiction de conduire(3), polygamie, soumission aux hommes(4), etc ... La sourate est bien (trop) connue. Mais, l'air de rien, Haifaa al-Mansour a l'intelligence de nous montrer tout cela au quotidien, sans polémique ni caricature(5). Et c'est diaboliquement efficace !
Et au travers de cette description intéressante de la vie quotidienne d'une famille aisée à Riyad, le film s'avère être bien autre chose qu'un pamphlet de plus contre l'obscurantisme religieux et surtout traditionnel(6).
Comme par opposition à ce monde impitoyable, Haifaa al-Mansour nous dépeint l'humaine chaleur du monde féminin et du riche lien qui unit la mère et à la fille. Ces quelques scènes-là donnent une très très belle histoire ... dont par construction, les hommes sont exclus, évidemment !
[extrait interview de Haifa al-Mansour] Wadjda, c'est ma nièce, ou à peu près. Enfant, elle était incroyablement fougueuse, elle adorait le foot ! En grandissant, elle s’est résignée à faire ce que ses parents conservateurs attendaient d’elle : se marier et abandonner ses rêves d’épanouissement personnel. C’est triste. Mais en Arabie saoudite, il y a beaucoup de jeunes filles pleines d'allant et de potentiel qui, demain, seront appelées à jouer un rôle de premier plan dans le royaume. L'adolescente qui interprète Wadjda est de cette trempe : elle est arrivée au casting en jeans, baskets, avec ses écouteurs dans les oreilles. 
Heureusement ça finit bien (on s'en doute !) et Wadjda qui va certainement s'en sortir un peu mieux que sa mère, finira par pédaler comme une dératée dans les rues de la banlieue de Riyad : visiblement, Haifaa al-Mansour a l'espoir que la nouvelle génération vive des jours meilleurs ...
Au vu de la marche récente du monde, qu'on nous permette juste de douter que ce soit vraiment pour bientôt.
Qui sait, pour la génération suivante et les enfants de Wadjda et Abdallah peut-être ? 
   
(1) - un pays où, oui, oui, il n'y a pas de salle de cinéma ...
(2) - la dame fut autorisée à filmer ... cachée (on dit voilée, je crois ?) dans une camionnette !
(2) - les seules larmes versées par Wadjda sont des larmes de crocodile pour extorquer quelques finances à son pote Abdallah !
(3) - c'est le seul pays moyen-âgeux au monde où la sécurité routière est ainsi préservée !
(4) - même le chauffeur analphabète de la professeure peut se permettre de l'insulter
(5) - comme avec par exemple, les scènes de l'hôpital ou la bienveillance du marchand de vélos
(6) - pas un seul imam dans le film : on comprend que tout cela est plus une question de traditions et d'usages que de religion intégriste au sens strict. Pas sûr que ce soit plus facile à s'en dépêtrer ...

Pour celles et ceux qui aiment rêver à des jours meilleurs.
Cluny et Critikat en parlent.

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