dimanche 28 janvier 2007

Cinoche : Pars vite et reviens tard

Nous vous avions annoncé le film après avoir relu tout exprès le bouquin de Fred Vargas et nous avons donc été obligés de passer outre la méchante critique de Télérama sur le film de Régis Wargnier : Pars vite et reviens tard.
Et ma foi, bien nous en a pris, car voilà un excellent film !
Les fans du bouquin ne seront pas déçus et retrouveront bien l'écho et toute la saveur des personnages de Fred Vargas : Olivier Gourmet est Le Guern (le crieur), Lucas Belvaux est Danglard (l'adjoint) et Michel Serault donne un truculent Decambrais (l'érudit).
Enfin, José Garcia campe un commissaire Adamsberg plus vrai que nature dont le film sait fort bien retracer les circonvolutions tant dans le domaine de l'amour que celui de la police.
Bien sûr, il a fallu adapter certains points du roman, mais avec habilité et juste ce qu'il faut de modernité pour entrer dans les standards ciné du polar. D'ailleurs le décor de l'intrigue (rien de moins que la peste) s'inscrit aisément dans ce nouveau siècle inquiet du bioterrorisme.
Quant à ceux qui n'ont pas lu le bouquin, ils découvriront un film policier original au rythme ample qui ne cède pas à la frénésie habituelle des cow-boys du FBI.
Un film où le scénario, même s'il est complexe et ménage le suspense jusqu'au bout, laisse largement la place à une riche galerie de personnages. Ainsi qu'à un Paris insolite filmé tout en clair-obscur.
Courez-y vite avant qu'il ne soit trop tard !

samedi 27 janvier 2007

Bouquin : Fils unique

Après la Vénus anatomique de X. Mauméjean dont nous avions parlé il y a peu de temps (enfin, l'an passé quand même !) voici, pour les amateurs, une autre uchronie, sous la forme des fausses mémoires du vrai frère de Jean-Jacques Rousseau : Fils unique de Stéphane Audeguy.
Même période (le début du XVIII° et Louis XV) et même air du temps : les Lumières d'avant les bouleversements révolutionnaires et les automates (on y croise de nouveau Vaucanson et son canard qui crotte, décidément !).
Le tout sur un ton très libertin puisque ce frère coquin de JJ. Rousseau s'essaye consciencieusement à toutes les polissonneries de son époque, et va même jusqu'à côtoyer le marquis de Sade à la Bastille.
Le style de S. Audeguy est plus travaillé que celui de X. Mauméjean, son roman historique est plus classique mais aussi plus rigoureux.

[...] La France sait reconnaître ses penseurs, mais c'est quand ils sont morts. Ainsi elle épargne aux vivants la peine de les lire. 
[...] Je crois que la variété des cons et des corps n'est pas moins grande ou moins plaisante que celle des visages. Une tête après tout a moins de plis charmants qu'un con; il est des sexes imbéciles, mornes et sans expression, d'autres, au contraire, avenants et joyeux comme des visages amis. Enfin jai trouvé que cette face-là mentait moins que l'autre; et c'est peut-être pourquoi l'on cache la première et que l'on montre la seconde. 
[...] J'assistai donc, d'une des fenêtres de l'Hôtel municipal, au premier usage de la guillotine. Lorsque le couperet tomba, il y eut une rumeur sinistre dans la foule. Je crus qu'elle s'indignait, et je me méprenais. Un vieil officier municipal me détrompa : la foule grondait devant un spectacle aussi bref et aussi dépouillé, et elle regrettait les potences, les tortures, les cris et les contorsions des condamnés. [...] D'ailleurs l'inhumanité du procédé m'apparut dans toute son horreur; l'avenir montra que cette mécanisation poussait les juges plus facilement à la condamnation.

D'autres en parlent sur Agora et Volovent aussi.

BD : Enchaînés

Enchaînés : voici une BD à lire comme un polar, sombre et désabusé.
Un scénario original et des dessins agréables et modernes : rien à redire à ce roman noir mis en images dans 4 albums.
Une histoire plutôt sombre mais des dessins clairs et agréables qui accompagnent un texte fort bien écrit.
4 personnages un peu paumés sont manipulés par un mystérieux et diabolique inconnu qui leur propose tout simplement de s'entretuer pour la modique somme d'un million de dollars.
Lequel franchira le pas et basculera du côté obscur ?
Bien sûr, rien ne se déroule comme on pourrait s'y attendre ...
L'esprit de cette série rappelle un peu celui de la Berceuse assassine dont on avait déjà parlé.
Comme d'habitude pour les BD : cliquer sur l'imagette à gauche pour visualiser une planche de l'album.

lundi 22 janvier 2007

BD : Black OP

Un dessin nerveux et moderne dans les tons orangés ou sépia qui privilégie les expressions des personnages.
Un scénario qui met aux prises CIA et mafia russe.
On aime bien la série Black OP qui démarre avec ces deux premiers épisodes qui entremêlent habilement de longs flashbacks du temps de la guerre froide et un épisode contemporain ... scénario prometteur, à découvrir et à suivre.
Comme d'habitude, une planche de la BD derrière l'imagette à gauche.

vendredi 19 janvier 2007

Bouquin : Soie

Soie, la délicieuse histoire au XIX° siècle d'un négociant sériculteur racontée par un inclassable italien Alessandro Baricco.
Un tout petit bijou de quelques pages, quasiment une nouvelle.
Presqu'un poème en réalité.
Ou même une chanson puisque le voyage du négociant d'Ardèche au Japon est tracé en quelques lignes seulement (une demi-page) qui se répètent, telles un refrain, au long des années, au fil des allers et retours de France au Japon et du Japon en France.
Ce n'est donc pas le voyage qui importe mais les deux extrémités de ce périple, les deux faces cachées du personnage ... les deux femmes cachées du personnage, jusqu'à l'étonnant dénouement, véritable cerise sur ce délicieux gateau qui se déguste en trop peu de temps.
Baricco écrit avec de petites phrases courtes qui s'enchaînent avec bonheur et poésie. Mais l'essentiel est sans doute ce qui n'est pas dit.
Entre les phrases et entre les mots.
L'histoire est superbe et l'écriture est de toute beauté sachant, malgré tout, rester très épurée, sans effets de style superflus. On aime d'autant plus.
Le libraire Livre Sterling surtitrait : ce livre contient une des plus belles lettres d'amour jamais écrite.
[...] Il noircissait des feuilles et des feuilles de dessins bizarres, on aurait dit des machines. Un soir, Hélène lui demanda : 
- Qu'est-ce que c'est ? 
- C'est une volière. 
- Une volière ? 
- Oui. 
- Et pour servir à quoi ? 
Hervé Joncour gardait les yeux fixés sur ces dessins. 
- Tu la remplis d'oiseaux, le plus que tu peux, et le jour où il t'arrive quelque chose d'heureux, tu ouvres la porte en grand et tu les regardes s'envoler. 

[...] La jeune fille souleva légèrement la tête. Pour la première fois elle détacha son regard d'Hervé Joncour, et le posa sur la tasse. Lentement elle la tourna jusqu'à avoir sous ses lèvres l'endroit exact où il avait bu. En fermant à demi les yeux, elle but une gorgée de thé. Elle écarta la tasse de ses lèvres. La replaça doucement où elle l'avait prise. Fit disparaître sa main sous son vêtement.

BD : La légende des nuées écarlates (1)

La catégorie BD 2007 commence très très fort avec La légende des nuées écarlates, une superbe japonaiserie de l'italien Saverio Tenuta.
Le tome 1, sorti en octobre 2006 chez les Humanoïdes, est déjà épuisé et il faut courir les librairies ou le web pour le dénicher.
Succès mérité.
Les dessins (les peintures, devrait-on dire) sont absolument splendides et plutôt qu'un long discours, voici deux planches extraites pour vous ici et qui rappellent bien entendu estampes et calligraphies japonaises. Trop beau !
D'autres planches sont également visibles sur le site des Humanoïdes (derrière l'imagette à gauche).
Le scénario semble prometteur et devrait se montrer à la hauteur des dessins puisque, après seulement ces quelques pages du volume 1, se met en place toute une alchimie complexe entre passé et présent.
L'histoire commence dans le Japon médiéval par un théâtre de bunraku puis la jeune marionnettiste doit prendre rapidement la fuite avec un ronin manchot et amnésique, en proie à des voix intérieures.
Le côté fantastique offre une belle toile de fond mais reste suffisamment discret pour ne pas étouffer l'histoire et les personnages qui vont peu à peu retrouver leur passé et ainsi nouer l'intrigue.
Ce premier album plante le décor (magnifique) et les personnages (complexes).
On attend avec impatience la suite dont on reparlera dès la sortie du volume 2, c'est promis !
Les nuées écarlates en question sont les sabres du ronin.
Une autre critique ici.

dimanche 14 janvier 2007

BD : Bételgeuse

Après avoir arpenté les rivages d'Aldébaran, nous venons de parcourir les canyons de Bételgeuse, le second cycle de la BD du brésilien Léo, pour y suivre la jeune Kim à la recherche de la mystérieuse Mantrisse.
On y a retrouvé le charme naïf et le dessin très clair que nous avions déjà appréciés dans Aldebaran.
Le scénario est même plus soutenu que celui de la première série, avec une action plus dynamique et bien sûr plein de révélations sur ces mondes nouveaux, ces colonies lointaines, leurs grosses bêtes et leur écologie.
On attend même avec impatience le prochain cycle, Antarès, qui devrait paraitre prochainement.
Comme d'habitude pour les BD : cliquer sur l'imagette à gauche pour visualiser une planche de l'album.

Cinoche: Le destin d'Harold Crick

Belle illustration d'une maxime de Fernando Pessoa que l'on aime bien : la littérature est l'aveu que la vie ne suffit pas.
On sait que la vie est un roman, certes, mais est-ce que le roman c'est la vie ?
L'incroyable destin de Harold Crick (Stranger than fiction en VO) tente de répondre à cette question : un beau jour (un mercredi pour être précis) Harold Crick, modeste et obsessionnel contrôleur fiscal, entend une voix en train de raconter ce qu'il fait.
Il se rend compte alors que c'est la narration même du roman de sa propre vie. On vous laisse découvrir la suite.
Le pauvre Crick hésite entre tragédie et comédie, mais toute la salle de ciné est persuadée qu'il s'agit bel et bien d'une comédie puisqu'on y rit parfois (et de bon coeur) et qu'on y sourit très souvent.
On en ressort persuadé qu'il faut bien profiter de la vie aujourd'hui et maintenant, avant que le scénariste n'y mette un point final ! Sympathique et rafraîchissant début d'année au cinéma.
à noter : tous les personnages (de Eiffel à Escher ou Kronecker en passant par Pascal ou Hilbert) se sont vus attribuer des noms de mathématiciens. 
Une autre critique ici.

Miousik : Dolores O'Riordan

Dolores O'Riordan, l'égérie des Cranberries, est connue pour ses prises de position plutôt réactionnaires (peine de mort, avortement avec la chanson Icicle Melt) mais notre conscience politique n'est pas ici assez forte pour nous empêcher d'apprécier la musique des frères Hogan et la voix de l'irlandaise.
A titre de mesquines représailles, on évitera juste le petit coeur clignotant !
Cette voix est reconnaissable entre toutes, avec ces aspirations puissantes qui surfent sur la musique qui, elle, roque et roule en boucle.
Le groupe s'est depuis séparé mais la belle Dolores a sorti un album solo dont on a parlé début 2007 ...
Cliquer pour écouter :

Quelques clics en plus avec Wikipédia et les paroles (et encore).

samedi 6 janvier 2007

Bouquin : La Vénus anatomique

Parution en Poche de la Vénus anatomique de Xavier Meauméjean.
Un conte philosophique étrange, écrit sous la forme des mémoires d'un savant du XVIII° siècle, qui rappelle le style steampunk.
Au fil de cette curieuse balade pleine d'esprit, on a toutes les occasions de s'instruire en croisant Diderot, Vaucanson et son canard qui crotte (sic, c'est historique), le chevalier d'Eon, Casanova, Louis XV, sa Pompadour, et bien d'autres encore.
Une équipe de savants est chargée de créer un androïde dans une sorte de concours des Lumières.
Mais l'Europe est à la veille de grands bouleversements : les Lumières vacillent, tremblotent et ont encore bien du mal à percer les ténèbres.
On est un peu à la croisée des chemins entre la SF de Jules Verne, les mousquetaires de Dumas (la première partie du bouquin à Paris), le docteur Frankenstein de Mary Shelley et les contes philosophiques de Wells ou Orwell (la seconde partie, dans un Berlin très sombre).
On reviendra bientôt sur cette période avec une autre uchronie.
[...] - Les machines naturelles sont supérieures aux mécaniques artificielles. Et vos habiles reproductions n'y pourront rien changer. 
- Je ne vois pas en quoi réside la supériorité. 
- Prenez une horloge. Si vous la démontez jusqu'à parvenir aux éléments simples, rouages et ressorts, elle n'est plus machine. Tandis qu'un être vivant est en tout point mécanique. Jusqu'aux animalcules observables dans le sang ou la liqueur spermatique qui sont comme des automates naturels. Toute créature dotée de la vie est un assemblage de corps fabriqués. 
- Que la mort disperse. 
- Vos fabrications se détraquent. 
- Je puis les réparer. 
- Un être humain peut se soigner, ou faire appel à son semblable. N'oubliez pas que je suis médecin. Et le vivant engendre le vivant. Lorsque vos poupées ou une simple montre auront des petits, prévenez-moi.

mardi 2 janvier 2007

Bouquin : L'élégance du hérisson

Que ceux qui abhorrent la branchitude post-moderne des intellectuels parisiens poussent leur souris plus loin sur la toile !
Mais que les autres prennent la peine de dépasser l'agacement qui nait à la lecture des petites phrases assassines et des effets de style de Muriel Barbery pour découvrir derrière l'élégance du hérisson quelques moments de pure poésie.
Après avoir beaucoup appris sur la phénoménologie de Husserl ou la pensée théologique de Guillaume d'Ockham.
Car dans ce petit roman qui met en scène une ado surdouée et suicidaire et une concierge amoureuse de la grammaire, il faudra attendre à mi-parcours l'arrivée d'un étrange japonais et la rencontre des deux héroïnes pour vraiment goûter à l'élégance du hérisson.
La patience sera finalement récompensée : une auteure qui, au chapitre 8, déclare aimer Mankell et Connelly, ne peut pas être foncièrement mauvaise !
L'ado : Le seul intérêt des chats, c'est qu'ils constituent des objets décoratifs mouvants, un concept que je trouve intellectuellement intéressant, mais les nôtres ont le ventre qui pend trop pour que ça s'applique à eux.
La concierge : il décrivait un titulaire de l'agrégation de lettres classiques qui eût autrefois écouté du Bach, lu du Mauriac et regardé des films d'art et essai, et qui, aujourd'hui, écoute Haendel et MC Solaar, lit Flaubert et John le Carré, s'en va voir Visconti et le dernier Die Hard et mange des hamburgers à midi et des sashimis le soir.
Pour finir : C'est peut-être ça être vivant : traquer des instants qui meurent.

lundi 1 janvier 2007

Best-of 2007

Comme l'an passé, notre blog sacrifie à la tradition du «best-of» de l'année.
Pour les plus pressés d'entre nous, c'est aussi l'assurance de ne pas louper ce qu'on pourrait appeler «les coups de coeur de nos coups de coeur».
Même s'il est toujours difficile de faire un choix parmi les meilleurs,  car le tri a déjà été fait une première fois avant d'arriver sur le blog  ...


  • Dans la catégorie bouquins, Soie d'Alessandro Baricco fait l'unanimité chez nous comme ailleurs. Même ovation tous ensemble pour 84, Charing Cross Road de l'américaine Hélène Hanff. Mais il nous a été impossible de choisir pour la troisième place. MAM voulait distinguer Là-bas de Peter Cameron, BMR ne voulait pas que Brady Udall et Lâchons les chiens se retrouve out à la quatrième place. Mais vous pourrez retrouver tous les autres candidats nomminés dans le best-of bouquins.
  • Dans la catégorie cinoche, l'année avait commencé en beauté avec La vie des autres en février. Depuis sa sortie, ce film a fait beaucoup parler de lui mais c'est sans conteste le premier de la classe 2007. À ces côtés, deux films intimistes et très humanistes : Ceux qui restent , un exercice d'équilibre difficile et réussi d'Anne le Ny (l'occasion de saluer au passage la présence incomparable d'Emmanuelle Devos) et tout récemment, De l'autre côté un film mi-turc mi-allemand de Fatih Akin. D'autres auraient pu prétendre également à une place sur le podium trop étroit : Dans la vallée d'Elah ou 7h58 ce samedi-là par exemple.
  • Si l'on en croit le palmarès de Télérama, on regrettera d'avoir manqué : Paranoid Park, Le fils de l'épicier et 4 mois, 3 semaines et 2 jours.
  • Dans la catégorie cinéma asiatique (on ruse pour pouvoir rajouter des lauréats !), il ne fallait surtout pas manquer L'étoile imaginaire (un film ... italien, mais qui se passe en Chine quand même !), ni La cité interdite transfigurée par Gong Li (BMR est allé la voir deux fois ! la ?  la Cité ou Gong Li ?). À la troisième place, Le vieux jardin coréen fait cette année un écho cinéphile à un lauréat littéraire de l'an passé.
  • Dans la catégorie documentaire (alors là ! c'est de la tricherie éhontée ! en plus y'avait que deux candidats), deux films remarquables ont été remarqués cette année : L'avocat de la terreur sur Jacques Vergès et A very british gangster.
Voilà, c'est dit, c'est fait, vive 2008 !

Et pour ceux qui auraient raté le best-of 2006 : c'est !

Best-of 2006

La période est propice aux rétrospectives et best-of de toutes sortes et notre blog, pour rester branché, doit certainement sacrifier à cette tradition.
Pour les plus pressés d'entre nous, c'est aussi l'assurance de ne pas louper ce qu'on pourrait appeler "les coups de coeur de nos coups de coeur".
Même s'il est toujours difficile de faire un choix parmi les meilleurs, car tous les films qu'on a vus, tous les bouquins ou BD qu'on a lus, toutes les musiques qu'on a écoutées, n'ont pas tous eu droit aux honneurs de ce blog et le tri a déjà été fait une première fois ...


  • Dans la catégorie bouquins, Le vieux jardin du coréen Hwang Sok-Yong et Terre des oublis de la vietnamienne Duong Thu Huong se partagent le podium avec la relecture des romans de l'américain Thomas Savage.
Ouf, c'est dit, c'est fait, vive 2007 !