vendredi 28 février 2014

Bouquin : Comme dans un rêve

The biggest cold case.

On avait déjà rencontré le suédois Leif Gustav Willy Persson avec un drôle de roman mi-polar, mi-espionnage. C’était il y a deux ans presque jour pour jour avec La nuit du 28 février, bien nommé en cette saison. Ce précédent bouquin dressait le portrait d’une sorte de J. Edgard Hoover suédois à la tête de la police secrète (la DST suédoise) et déjà évoquait le célèbre politicien, Olof Palme.
Du même auteur, voici un autre pavé : Comme dans un rêve et nous sommes toujours en février, ce même 28 février 1986, jour du traumatisme suédois, cette soirée où Olof Palme est assassiné en pleine rue.
Pour être exact nous sommes en 2006 : vingt ans après. L’assassinat n’a jamais été élucidé et c’est devenu l’une des affaires criminelles les plus célèbres et un peu la honte de la police suédoise.
Leif GW Persson imagine donc qu’en 2006, le directeur de cette police ré-ouvre le dossier (l’hénaurme dossier, le plus gros dossier criminel de toute la planète) et reprend l’enquête à zéro … avec ce qui reste des témoins car beaucoup sont décédés depuis.

[…] - Je ne sais pas si tu es passé chez nous jeter un coup d’ œil, mais il y a une quantité industrielle de documents. C’est tout simplement gigantesque. Le dossier occupe l’équivalent de six bureaux dans notre couloir. […] La salle est pleine à craquer de classeurs et de cartons, du sol au plafond.
[…] D’après ce que nous en savons, mes collègues du groupe et moi-même, c’est le plus gros dossier de l’histoire mondiale de la police. Apparemment, il est plus volumineux que le dossier d’instruction sur le meurtre de Kennedy, et que l’enquête sur l’attentat du Jumbo Jet de Lockerbie, en Écosse.

Olof Palme c’est un peu le Mitterrand suédois et son assassinat mystérieux est un peu à l’Europe, ce que celui de JFK est aux US.
Que ceux qui espéraient un polar à l’américaine, urbain et trépidant, passent leur chemin. La marque de fabrique de Leif GW Persson, c’est la procédure documentée, le dossier minutieux. Autant dire qu’avec les montagnes de cartons refroidis et d’archives poussiéreuses que représente le dossier Palme, il peut s’en donner à cœur joie !
La petite équipe mobilisée par le chef de la police nous est vite sympathique et l’on se passionne pour ce travail de fourmis qui consiste à éplucher, classer, archiver, indexer, tous ces dossiers, interrogatoires, procédures, … qui dorment depuis vingt ans dans les sous-sols.
Les conditions de l'assassinat du premier ministre sont scrupuleusement et fidèlement retracées.
Bien vite le manque de rigueur et les incohérences de l’enquête initiale refont surface et c’est de nouveau l’heure des hypothèses et des remises en cause.
Le reste de l'enquête n'est évidemment que pure fiction spéculative dont le principal intérêt est de nous emmener explorer les arcanes et les coulisses des milieux politico-policiers de la Suède : la Säpo (la DGSE ou la DST de la Couronne), le marchand de canons Bofors (le Dassault suédois) ...
Mais les amateurs de scoop fracassant ou de révélation croustillante en seront pour leurs frais.
Il faut même un peu de courage pour rester accroché au copieux dossier durant ses 600 pages, d'autant qu'à plusieurs reprises (à de trop nombreuses reprises) intervient un personnage imbuvable, un flic grossier et machiste, un beauf complet (oui, même là-haut y'en a) qui nous vaut quelques pages de grossièreté complaisante, assez désagréables à parcourir : on veut bien croire que Leif Persson a des comptes à régler avec peut-être quelques anciens collègues mais quel intérêt ici ? Autant dire qu'une fois qu'on a compris que l'affreux jojo n'apportait pas grand chose à l'enquête, on traverse ces marais nauséabonds en diagonale.
Reste l'équipe d'enquête on l’a dit : quelques filles et garçons sympas (ouf !), ravis de travailler pour le grand patron qui dirige les investigations en douce et en marge de l'enquête officielle, sous prétexte de ré-indexation des archives du dossier Palme. Cela nous vaut quelques pages savoureuses.


Pour celles et ceux qui aiment l’Histoire de leurs voisins.
D’autres avis sur Babelio. Namoureux et Jean-Marc en parlent.

vendredi 21 février 2014

Bouquin : Juste une ombre


Carnage au-dessus d’un nid de coucous.

Le niveau intellectuel de ce blog baisse lentement mais régulièrement, c’est désormais évident : après Avant d’aller dormir lu il y a peu, voici maintenant Juste une ombre de Karine Giebel, qu’on pourrait sous-titrer : il ne faut surtout pas s’endormir.
Encore un polar tgv écrit et lu à vive allure, peut-être encore plus vite que le précédent. On se surprend même à lire en diagonale de nombreux passages : c’est dire que ces pages ne laissent pas un souvenir impérissable et qu’on se demande à quoi pensaient les jurés de Cognac en lui décernant le prix du meilleur polar français en 2012.
Mais comme tous ces ‘page-turner’, une fois de temps à autre (bon, là d’accord, ça fait deux fois), ça permet de se relaxer les neurones et de se vider la tête. De quoi apprécier d’autant plus le prochain bon bouquin !
Voici donc l’histoire de Cloé. Une drôle de bonne femme, genre cadre parisienne bcbg, une vraie tueuse au boulot comme en amour, pas vraiment sympa, une garce pourrait-on dire, qu’on est même presque content qu’il lui arrive des choses pas sympas.
Elle a vu juste une ombre. Une ombre qui rentre chez elle, la nuit quand elle dort. Qui la suit. Qui fouille dans ses affaires. Pire encore.
Personne ne la croit évidemment, ni ses amis (si elle en a), ni la police. Peu à peu l’ombre se rapproche.
Avis à ceux qui ne sont pas paranos, non pas du tout, mais qui ont quand même plein d’ennemis partout.
[…] Tu mènes une vie normale, banale, plutôt enviable. Tu sembles avoir réussi, au moins sur le plan professionnel, peut-être même sur le plan personnel. Question de point de vue. Tu as su t’imposer dans ce monde, y trouver ta place. Et puis un jour… Un jour, tu te retournes et tu vois une ombre derrière toi. Juste une ombre.
[…] Une ombre, vingt mètres derrière moi. Un homme, je crois. Pas le temps de voir s’il est grand, petit, gros ou maigre. Juste une ombre, surgie de nulle part. Qui me suit, dans une rue déserte, à 2 heures du matin. Juste une ombre …
[…] Elle ne sait pas ce qui l’effraie le plus : être victime d’hallucinations ou réellement poursuivie par un inconnu. 
À l’autre bout du bouquin voici Gomez, un flic border-line, et même un peu de l’autre côté de la border-line. Il est en train de perdre sa femme, phase terminale. Pas gai. Il pète un peu les plombs, foire une planque avec son coéquipier, le voici suspendu.
En congés forcés. Dont il ne sait pas quoi faire.
Alors évidemment (z’aviez compris hein ? futés !) le flic border-line va rencontrer la garce parano. L’auteure n’en est plus à une invraisemblance près et le bouquin se terminera dans un carnage apothéotique. On se demande même parfois si Miss Giebel ne flirte pas avec le second degré, on guette quelque indice, mais non, tant pis, c’est juste too much.
Ah, j’oubliais : une petite pirouette finale avec une dernière demi-page toujours aussi invraisemblable mais plutôt bien vue.
Voilà : fin de l’histoire qu’on aura dévoré à vive allure. On peut enfin aller au lit en prenant soin de bien fermer les portes à double-tour. Et passer le livre à son voisin. Qui ronflait déjà et a bien fait d’en profiter : demain soir c’est lui qui pourra pas fermer l’œil.


Pour celles et ceux qui aiment se faire peur.
D’autres avis chez Babelio.

lundi 17 février 2014

Cinoche : Abus de faiblesse

Insupportables.

On n’est pas des fidèles du cinéma de Catherine Breillat.
Et parfois Isabelle Huppert nous énerve un peu (on se souvient de l’ennuyeux White Material par exemple).
Mais on a été attirés par cet Abus de faiblesse qui nous raconte l’histoire vraie de la cinéaste elle-même (oui, Catherine Breillat) qui après un AVC, s’est trouvée dans cette position de faiblesse, embringuée avec (et plumée par !) l’un de ses acteurs (Christophe Rocancourt).
Hélas, mauvaise pioche !
MAM s'est franchement ennuyée et BMR a dû puiser loin dans ses ressources pour concocter ce billet pour un film qu'on aurait volontiers passé carrément sous silence.
Après un démarrage laborieux (l'accident de l'héroïne), le film décrit avec forces détails, la galère d'Isabelle Huppert (dans le rôle de Catherine Breillat donc) à demi paralysée par son AVC, en butte à tous les obstacles de la vie quotidienne : se lever ou s'asseoir, ouvrir une porte ou un paquet de jambon, traverser une rue pavée, ... On connait malheureusement tous quelqu'un de notre entourage familial ou professionnel, victime de cet AVC qui frappe à tout âge et à toute heure et les images du film sont plutôt stressantes.
Malheureusement, l'autre volet du film c'est le fameux abus de faiblesse de la cinéaste qui profite à l'un de ses acteurs, escroc notoire (elle le connait comme tel, dès le début).
Fascination malsaine. Et pourtant ils ne couchent même pas ensemble. On a beau se dire que tout cela est sans doute arrivé pour de vrai et que Breillat raconte sa propre histoire, on n'arrive pas à croire un seul instant à cette embrouille que la cinéaste ne se donne même pas la peine de rendre crédible pour le spectateur. Peut-être est-ce justement cela qui est incroyable, ces abus de faiblesse qu'on ne comprend pas, justement. Oui, peut-être mais franchement au cinoche, là, ça ne passe pas.
D'autant que l'actrice-cinéaste et son escroc préféré n'y vont pas avec le dos de la main morte (c'est le cas de le dire) et il est question de chèques avec beaucoup de zéros (Catherine Breillat a été escroquée de 700.000 euros). Alors là, excusez hein, mais voir quelqu'un signer, plusieurs années durant, des chèques de 200.000 euros sans être inquiété ... ben franchement non, ça ne passe pas, même en Belgique. Le personnage du banquier manque cruellement dans le scénario : on ne prête qu'aux riches, dit-on ...
Bref, on est en plein dans la série mieux vaut être riche et hémiplégique que pauvre et handicapé.
Ce n'est plus Intouchables mais Insupportable(1).
Catherine Breillat filme les malheurs de Catherine Breillat : c'est tout à fait indécent et on se dit en sortant que ce n'est pas les 4 ou 5 entrées de la salle qui vont renflouer ses finances et rembourser son avance sur recettes. Sans compter que tout cela ne donne pas une très belle image de la production ciné.
Bref, ne faites pas comme nous et ne laisser pas Catherine Breillat abuser de votre faiblesse, il y a sûrement d'autres films à voir.

(1) - oui, bien sûr on pourrait croire que c'est une bonne action que de montrer les ravages malheureux de l'AVC ou les abimes insondables de l'abus de faiblesse mais non, ici la démonstration est complètement foirée et contreproductive.


Pour celles et ceux qui aiment Catherine Breillat.
Critikat et Les Inrocks en disaient pourtant du bien.

jeudi 13 février 2014

Bouquin : Le papillon de Siam


À la chasse au papillon.

En souvenir d’un excellent bouquin lu de Maxence Fermine il y a quelques années (c’était Neige et c’était en 2007, presque jour pour jour), et en prévision d’un tout prochain voyage dans le delta du Mékong jusqu’à Angkor, nous voici embarqués sur les traces d’Henri Mouhot à la recherche du Papillon de Siam.
Vous ne connaissez pas ? Nous non plus, jusqu’à il y a quelques semaines, lorsque nous sommes allés à l’expo du musée Guimet sur la naissance du mythe d’Angkor.
L’explorateur (et dessinateur) de l’expo c’était Louis Delaporte qui marcha quelques années plus tard sur les traces d’Henri Mouhot, le premier découvreur occidental du site d’Angkor.
Maxence Fermine nous raconte donc l’histoire, la biographie à peine romancée, de cet Henri Mouhot, né en 1826 au fin fond de la France froide et profonde, à Montbéliard.
Tout jeune, encouragé dans ses lectures par un professeur que Fermine compare à celui de Rimbaud, pressé de quitter sa grise et froide Franche-Comté natale, le jeune Henri est fasciné par les voyages,  l’orient en général et le Siam en particulier (à cause de l’une de ses lectures).
[…] Déjà, il est fasciné par l’immensité de la surface de la terre et se dit, avec raison, qu’il n’aura jamais assez d’une seule vie pour en faire le tour.
Bientôt il réussit à faire financer une expédition par … les anglais.
En 1858, le voici missionné pour ramener un papillon rarissime.
À l’arrivée, point de papillon mais les dessins et le récit de la cité oubliée d’Angkor que, à peine six ans plus tard, Louis Delaporte rendra célèbre (et réciproquement).
[…] - Votre mission est donc une réussite.
Henri Mouhot lui adresse un regard las et désabusé.
- Au contraire, il s’agit d’un échec. J’ai trouvé ce que je n’attendais pas, tandis que m’a été refusé ce que j’espérais.
- En somme, […] vous venez de faire connaissance avec l’ironie de l’existence.
Voilà pour le décor historique et colonial, rendu fidèlement par Maxence Fermine dans son petit bouquin.
On repense évidemment à notre coup de cœur 2012 : c’était Peste et choléra, où Patrick Deville nous romançait la vie du suisse Alexandre Yersin, parti lui aussi en Asie du sud-est (mais ce sera plus tard, au début du XX° siècle).
Cet orient mystérieux et lointain a de tout temps fasciné les occidentaux (et nous ne sommes pas les derniers).
Ces explorateurs aventureux et capables de tout plaquer pour leur passion ont toujours suscité admiration et envie (et nous ne sommes pas les derniers).
Alors que dire de l’irrésistible attraction  qu’exercent ces explorateurs téméraires partis jusqu’en extrême-orient chercher gloriole et palud, à une époque où l’avion ne mettait pas encore les plages de Thaïlande à portée d’une semaine de congés payés !
[…] - Si d’aventure mon récit de voyage devait être publié, ce n’est pas moi qui deviendrait célèbre, mais la cité d’Angkor !
La prose de Maxence Fermine n’a ni le souffle épique ni la verve pétillante de celle de Patrick Deville.
Mais on retrouve avec grand plaisir une belle écriture pleine de poésie que l’on avait découverte dans Neige. Fluidité et légèreté de la langue française : une plume contemporaine et française à découvrir, vraiment.
On a encore d’autres petits bouquins de cet auteur dans la pile et on en reparle donc très bientôt.
Pour conclure avec un brin de mélancolie, on regrette déjà que notre futur voyage ne nous conduise pas jusqu’à Luang Prabang (c’est au Laos, découvert avec Colin Cotterill) où, depuis 1861, repose en paix ce fascinant Henri Mouhot …
De quoi nous motiver plus tard pour repartir à la chasse au papillon …


Pour celles et ceux qui aiment les voyages et l’orient.
D’autres avis sur Babelio.

lundi 10 février 2014

Cinoche : American bluff

Cheikh en blanc

[2/2] Bis, on remet ça :
Il est des films comme ça qui ne nous attirent pas. Mais alors pas du tout.
American bluff était de ceux-là : un titre à la noix, une bande annonce foutraque, une histoire pas claire, le tout en mode rétro avec les barbichettes …
Sauf que après la très bonne surprise de Dallas buyers club, on a eu envie de pousser notre chance et de jouer encore une fois. Ouikende quitte ou double !


Bingo !
Mais la comparaison avec Dallas s'arrête là. On quitte le registre sérieux et dramatique pour plonger dans la comédie foutraque et bon enfant. Un film inclassable, fait de bric et de broc, d’agitation désordonnée (en apparence du moins, c’est le titre en VO) mais que l'on ne peut s'empêcher d'apprécier tant les acteurs s'amusent et nous amusent et tant les personnages sont sympathiques.
Nous voici revenus dans les années 70. Un couple d'arnaqueurs (quelque part entre escrocs de haute voltige et losers de bas étage) se fait piéger par le FBI qui lui-même, voudrait bien monter une arnaque pour piéger des politiciens corrompus(1).
Et nous voici embringués pour plus de deux heures (c'est effectivement un peu longuet par moments) deux heures d'emberlificotages et d'entourloupes : l'arnaqueur des arnaqueurs arnaqué par les arnaqueurs etc ...
Ce côté arnaque, c'est toujours sympa au cinéma, y'a eu de nombreux précédents et celui-ci qui ne se prend pas au sérieux, se laisse regarder avec grand plaisir(2).
Le côté rétro des années 70, c'est aussi bien sûr amusant et l'on revoit avec honte ces affreux costards (excepté celui de Amy Adams évidemment très réussi) et l'on ré-écoute avec nostalgie ces bons vieux rocks (y'a même le White Rabbit du Jefferson Airplane ! yeah !).
Et puis y'a ces quatre personnages, deux mecs, deux nanas qui se croisent et s'entrecroisent, qui s'aiment et se mentent à qui mieux mieux, rira bien qui arnaquera le dernier et embrassera le premier. Généreux, ils semblent s'en donner à cœur joie tous les quatre, et dans leur histoire et dans le film, et on se plait et on s'amuse en leur compagnie. On oublie vite les ressorts mécaniques des arnaques pour se délecter de leurs scènes de ménage(s).
Et puis ces running gags qui viennent régulièrement secouer la salle : les bigoudis(3), l'histoire de la pêche sur glace, ...
Critikat dit du réalisateur David O. Russel qu'il est "dénué de génie apparent mais d’une polyvalence à toute épreuve". C'est un excellent résumé du film et ce mélange des genres est ici vraiment très heureux.
Un réalisateur sans prétention (mais plutôt virtuose : le cinéaste n'est dénué de génie qu'en apparence seulement) qui nous donne une comédie réussie qui ne prétend pas délivrer de message et n'entend pas donner de leçon. Juste cette morale immorale : rira bien qui arnaquera le dernier et embrassera le premier !

(1) - une histoire (très librement) empruntée à la vraie Histoire : c'était l'affaire Abscam
(2) - BMR a parfois eu bien du mal à rester concentré sur l'intrigue à étages et les arnaques à répétition, tant il était fasciné par le jeu admirable de l'excellente actrice principale Amy Adams que la nature a doté d'excellents atouts, particulièrement bien mis en valeur dans ce film par les costumes d'époque. Au point de se demander s'il n'avait pas fallu tourner certaines scènes plusieurs fois et si ces ‘atouts’ arrivaient à rester en place pendant le tournage sans sortir inopinément du trop léger costume au moindre mouvement. MAM s'est évidemment empressé de lui gâcher méchamment le film à la sortie de la salle : “ben mon grand, y'a forcément un trucage hein, ça devait être tout scotché de partout”.
Pfff ... et BMR qui comptait justement demander à MAM de renouveler sa garde-robe ...
(3) - on peut même dire que l'intrigue du film est franchement tirée par les cheveux


Pour celles qui aiment les comédies et ceux qui aiment les comédiennes.
Critikat en parle.

dimanche 9 février 2014

Cinoche : Dallas buyers club

Rodéo médical.

[1/2] Il est des films comme ça qui ne nous attirent pas. Mais alors pas du tout.
Dallas buyers club était de ceux-là : un titre à la noix, une bande annonce foutraque, une histoire de sida pas bien folichonne, le tout en mode rétro avec les moustaches …
Et puis ce Matthew MacConaughey méconnaissable depuis Mud(1) ?
Bof. Franchement, non.
Et puis y’a quand même des supers critiques presque partout. Depuis la sortie.
Et puis y’a encore cette re-manif qui s’affiche ouvertement (et sous nos fenêtres en plus !) comme n’étant pas pour tous.
Et puis à Sotchi, y’a les premiers J.hO. (les premiers Jeux hOmophobes) avec en contrepoint, toute une campagne de soutien à la communauté LGBT russe(2) (même gougoule s’y est mis, histoire de redorer son blason olympique à peu de frais).
Alors au bout de deux semaines on se dit que quand même (et puis y’a pas beaucoup d’autres toiles ce ouikende) il faut aller le voir, ce film, ne serait-ce que pour lutter contre les obscurantismes qui nous assaillent de tous bords.


Dans les années 80, c’est le début de la reconnaissance de l’épidémie du Sida. Aux États-Unis, la FDA autorise les expérimentations à hautes doses d’AZT(3). Un médicament antirétroviral, contesté depuis, aux effets secondaires parfois plus importants que le sida lui-même. Et surtout, la FDA (sous la pression des labos qui gagnent des fortunes avec ce médicament) se refuse à homologuer toute autre thérapie.
Alors à l’époque, pour les malades souvent en phase terminale, tous les moyens sont bons pour prolonger la survie de quelques mois et tenter d’autres médecines que l’on est prêt à aller chercher jusqu’au Mexique, au Japon ou en Israël.
La vente de ces médicaments restant illégale, les “clubs” fleurissent qui, moyennant une adhésion, fournissent leurs “adhérents” (d’où le titre) en diverses substances : protéine miracle, interféron, …
La tri-thérapie n’arrivera que bien longtemps plus tard.
Matthew MacConaughey est un macho texan pur-souche, roi du rodéo et des paris foireux, fêtard invétéré à la vie dissolue, toujours prêt à sauter sur la première bière ou la première bimbo qui  passe à portée de main, de préférence en mini-short (la bimbo, pas la bière).
Après un banal accident de chantier, les toubibs de l’hôpital lui annoncent sans ménagement qu’il est atteint du VIH et que au vu de son état déjà bien avancé, il en a tout au plus pour une trentaine de jours. Ooops.
Qu’à cela ne tienne, notre cow-boy se rebiffe et organise son propre “club” pour échapper à l’AZT et faire la nique à la FDA (voir plus haut) et c’est donc l’histoire vraie de Ron Woodroof qui nous est contée ici [photo ci-contre].
Et voici le macho texan plongé au cœur de la communauté LGBT, gravement touchée par l’épidémie - le sida ça n’arrive pas qu’aux autres. Habitué du rodéo à chevaucher les montures les plus rétives sur lesquelles la survie se compte en secondes, son énergie, son envie de vivre et ses trafics de médecines, l’amèneront à survivre bien au-delà des 30 jours qui lui étaient promis par la science officielle.
Ce film mené tambour battant (pas mal d’ellipses accélèrent le rythme) est tout d’abord un devoir de mémoire sur les terribles débuts de cette sinistre maladie du siècle.
C’est aussi un très beau film (du québécois Jean-Marc Vallée à qui l’on devait déjà C.R.A.Z.Y.) sur ces malades dont les jours sont comptés par le virus mais qui ne veulent pas s’en laisser compter par les labos officiels.  Des malades en train de partir, aux corps déliquescents : Matthew MacConaughey et Jared Leto ont tous deux perdu plusieurs dizaines de kilos pour le tournage.
Saluons ces acteurs qui, pour un film, sont capables de ces prouesses physiques et jouent de leur corps comme d’un instrument - un violon déchirant ici.
Un film qui devrait être obligatoire pour tous les jeunes (largement présents dans la salle d’ailleurs).
Parce que pour les vieux cons homophobes, il est de toute façon trop tard : on n’a plus qu’à leur souhaiter de surtout ne jamais se retrouver dans la position du père de Jared Leto dans le film.

(1) - tellement méconnaissable … qu’on l’avait pas reconnu tout de suite !
(2) - en Russie, l'homosexualité a été considérée comme un crime jusqu'en 1993 (en France … 1791 !) et les lois homophobes ont été récemment renforcées.
(3) - les laboratoires Burroughs-Wellcome rachetés plus tard par Glaxo.


Critikat, Filmosphere, Perle&Navet, bref tout le monde en parle.

samedi 8 février 2014

Miousik : Greg Brown

The Voice !

Il est des voix comme ça, des titres comme ça qui, à peine les quelques premières mesures entendues vous élargissent le sourire, la banane jusqu’aux oreilles.
Greg Brown est de ceux là.
Dès les premières notes, on est en zone sûre, en terrain connu, plaisir assuré d’écouter un bon vieux blues comme on les aime.
Une voix née en Iowa comme on n’en fait plus, grasseyante à souhait. Plus qu’à souhait. Too much !
Il faut quand même faire preuve d’un peu de patience pour aller farfouiller dans son abondante discographie : il y a beaucoup de country, un peu trop, et avec cette voix là, c’est souvent too much, on l’a dit.
Mais cachées dans ces mornes plaines, il y a aussi deux ou trois pépites, des chansons comme ça qui appellent la banane, irrésistiblement.
Et tout d’abord, un blues comme on n’en fait plus : Bones, bones.

I got bones bones, old bones, stiff old bones

Et puis un autre morceau, beaucoup plus musical malgré son titre à donner le cafard : Cold, dark and wet.
Encore un blues sombre et grasseyant mais avec un très beau fond de piano qui tente d’alléger l’ambiance plombée. Et puis bientôt, quelques belles envolées de guitare.

I'm standing in the rain smoking my last cigarette.
Morning in America is cold and dark and wet.

Il est des voix comme ça, des chansons comme ça qui, à peine les quelques premières mesures entendues vous élargissent le sourire, la banane jusqu’aux oreilles. Hmmm hmmm.


Pour celles (et ceux aussi hein quand même ?!) qui aiment les gorges profondes.

jeudi 6 février 2014

Bouquin : La ferme du crime

Le rapport de Schenkel.

L’allemande Andrea Maria Schenkel s’est emparée d’un fait divers des années 20 qui avait vu une famille sauvagement assassinée dans sa ferme au fin fond de la Bavière.
Son petit bouquin La ferme du crime, replace cette sombre histoire à une sombre époque : juste après guerre, les survivants à peine libérés ou démobilisés.
On découvre le drame (et plus tard ses raisons) par touches successives, on tourne autour, en spirale, au fil des témoignages des uns et des autres.
Chaque court chapitre donne la parole à l’un des acteurs du drame. Peu à peu, on découvre la triste vie de cette famille à l’ombre écrasante du père Danner.

[…] Quand Loïs et mon mari sont revenus à la ferme, ils ont rien eu besoin de me raconter. De loin déjà, à la façon dont ils marchaient, j’ai compris qu’il avait dû se passer quelque chose de terrible. Quand ils se sont assis dans la salle à manger, tous pâles, j’en ai été convaincue. On pouvait lire l’horreur sur leurs visages. Dans les nuits qui ont suivi, mon mari s’est souvent réveillé en sursaut. La vision de ces morts ne lui laissait pas de répit.
On a du mal à imaginer qu’une chose pareille arrive chez nous. Mais que Danner soit pas mort dans son lit, ça m’étonne pas plus que ça.
Il faut pas dire du mal des morts, c’est pour ça que j’aime pas parler d’eux. Vous savez, on vit dans un petit village. les commérages vont bon train, je préfère pas trop en dire.

Et oui, un petit village où l’on n’en dit pas trop même si chacun sait bien ce qui se passe à Tannöd, derrière les murs de la ferme des Danner. Une sombre famille dans une sombre région à une sombre époque. Il y avait de quoi en vouloir à cette famille, certainement de quoi vouloir venger quelque chose ou quelqu’un ?
Dès les premières pages tous les ingrédients du massacre sont réunis, haine, envie, désir. Ce n’est qu’une question de temps, une question de pages.

[…] Quand j’ai vu les corps, je me suis senti mal.
Et c’est pas que je sois tellement impressionnable. À la guerre, j’en ai vu plus qu’assez, vous pouvez me croire. Tous ceux qui ont fait la guerre, ils ont bien vu assez de morts, ça devrait suffire pour toute une vie.

Une ambiance pesante, étouffante (on repense aux images du Ruban blanc, on songe aussi parfois au Rapport de Brodeck dont l’ombre imposante écrase un peu ce petit livre).
Pas un seul des personnages n’est vraiment sympathique. Finalement leur silence les rend tous plus ou moins complices ou pire, de ce qui se passait chez les Danner et donc de ce qui terminera cette histoire.
Heureusement le livre est court : quelques pages pour apprécier l’écriture d’Andrea Maria Schenkel mais pas trop pour ne pas nous happer complètement dans cette horreur moyenâgeuse.
Certainement pas une promotion pour le tourisme rural en Bavière.


Pour celles et ceux qui aiment les sombres histoires, même si elles sont vraies.
D’autres avis sur Babelio.

lundi 3 février 2014

Cinoche : Le vent se lève

Le vent des dieux.

Chouette ! Encore un dessin animé des studios Ghibli. On ne pouvait pas le manquer évidemment, d’autant plus que papy Miyazaki (73 ans !) annonce que (cette fois, c’est sûr) c’est son dernier film (encore une fois, me direz-vous, espérons que … ce ne sera pas la dernière !).
On connait bien Hayao Miyazaki pour être branché et connecté aux éléments de la nature : l’eau, la terre, le feu et l’air.
Après les eaux de l’excellent Ponyo en 2009, c’est au tour des vents d’être convoqués dans cette dernière histoire du studio Ghibli : Le vent se lève.
L’histoire de Jirō Horikoshi qui ne pouvant voler lui-même (mauvaise vue) voulut embrasser la même carrière que Gianni Caproni, un italien qui construisit un bi-moteur surnommé Ghibli (tiens ! ?), l’un des noms arabes du sirocco.
Quelques années plus tard, Jirō Horikoshi inventera le tristement célèbre Mitsubishi Zero, l’avion des kamikaze(1) durant la guerre du Pacifique(2).
Décidément cette histoire est pleine de courants d’air et visiblement, des quatre éléments, c’est le vent qui tient la place de choix dans l’imaginaire de Hayao Miyazaki.
En dépit de ces références éoliennes et en quasi rupture avec une production passée très fantasmagorique, l'histoire que nous raconte ici, longuement et en détails, Miyazaki est  sérieusement et prosaïquement ancrée au plus près du réel japonais d'avant guerre. C'est donc (encore) une occasion idéale de faire connaissance avec le quotidien nippon (celui de la vie de couple par exemple ou encore celui, plus rare à l'écran, du milieu professionnel puisque Jirō est ingénieur chez Mitsubishi).
On y découvre (on y partage même !) la passion un peu égoïste et tout à fait aveugle de ces scientifiques et ingénieurs d'entre les deux guerres(3) qui fabriquaient la technologie d'après-demain tout en sachant très bien de quoi serait fait demain.
Une histoire d'innocents et naïfs rêveurs (?) qui imaginaient le Progrès et préparaient la Guerre.
Le sujet est sensible et le propos pourrait même passer pour ambigu, mais il est remarquablement maîtrisé par Miyazaki qui évite tout autant l'hagiographie que le procès à charge. On y retrouve plutôt les échos de ses films précédents où l'homme veut jouer à l'apprenti sorcier et prétend dompter les forces de la nature.
D'ailleurs, comme pour mieux souligner ce propos, le film (après de telles images, on n'ose plus parler de ‘dessin animé’, tellement cela semble réducteur !), le film commence et s'achève dans la destruction massive : du terrible tremblement de terre du Kantō de 1923 jusqu'aux ravages de la guerre (avec justement, ces avions ...).
Le vent se lève (Kaze tachinu en VO) ne fait évidemment pas référence à Ken Loach (une histoire pourtant quasi contemporaine de celle-ci) mais à un poème de Paul Valéry cité dans le film (en français  s'il vous plait !) : Le vent se lève ... il faut tenter de vivre.
Peut-être faut-il y voir un signe des ‘kami’ : les débuts du projet dans le studio Ghibli ont coïncidé avec le tsunami du 11 mars 2011 (celui de Fukushima).
De ce film presqu'un peu trop sérieux et appliqué, à un souffle de vent du coup de cœur, on regrettera peut-être quelques longueurs durant ces deux heures (comme le passage à l'hôtel de montagne ?) et un Joe Hisaishi qu'on a trouvé pas très inspiré aux violons (lui aussi vieillit ? !).
Mais on se rappellera surtout une superbe histoire et d'amour et d'industrie, sur fond de destructions guerrières ou naturelles.
Avec quelques scènes animées absolument magnifiques, dignes des plus grands cinéastes (ceux des ‘vrais’ films) : comme cette rencontre de Jirō avec sa dulcinée sur le quai de la gare - un sens du mouvement, de la foule, de la mise en scène, qui fait qu'on oublie souvent qu'on est dans un ‘dessin animé’.
En dépit du fait que cette histoire ressemble fort à un testament artistique(4), il ne nous reste plus qu'à espérer que Hayao Miyazaki nous a menti encore une fois, qu'il a encore voulu faire son intéressant, et que non, il ne prend pas déjà une retraite pourtant méritée et que oui, il nous donnera peut-être encore une autre dernière belle histoire avant de poser ses crayons et ses pinceaux. Comme Jirō, on peut rêver !
Alors si vous êtes curieux du Japon ou si vous aimez (en vrac) : les histoires d'avion, les histoires d'Histoire, les histoires d'amour(5), ... allez vite voir ce film avant que le vent se lève.

À noter encore :
Le magnifique hydravion multiplans transatlantique de Caproni qui capote dans le lac Majeur a bien existé : c'était le Ca.60 dont le seul prototype hélas, connut bien le même sort que celui du film (c'était en 1921).

(1) -  le vent (kazé) des dieux (kami) ou : kami-kazé, en hommage au vent typhonesque qui sauva le Japon d’une invasion des bateaux mongols au XIII° siècle mais les kamikaze ne commencèrent leurs missions suicides qu'à partir de la fin de la guerre, en 1944, ils ne sont d'ailleurs pas évoqués dans le film de Miyazaki
(2) - Hayao Miyazaki est né en 1941 l’année de l’attaque de Pearl Harbor par les ‘zero’ japonais … et son père travaillait dans une usine qui produisait des pièces pour les ‘zero’ …
(3) - des ingénieurs boostés par la technologie d'une première guerre et préparant les technologies de la suivante. Ils n'étaient pas uniquement nippons : Miyazaki prend bien soin de connecter Jirō Horikoshi à ses homologues avionneurs occidentaux : Gianni Caproni en Italie on l'a dit, et Hugo Junkers en Allemagne. Et comme on est dans les avions, on ne croise pas Louis Renault !
(4) - il y est dit que comme pour Jirō Hirokoshi, tout artiste ou ingénieur dispose de dix ans de créativité, pas plus, dont il lui faut tirer le meilleur parti. Et si Jirō est ingénieur, son amie Nahoko est artiste peintre.
(5) - on ne vous en dit pas plus sur l'amour de Jirō et Nahoko, mais cette petite histoire là apparaitra elle-aussi vouée à la destruction, comme en miroir de la grande Histoire, celle des avions et du Japon de l'époque ...


Pour celles et ceux qui aiment les histoires animées de Miyazaki.
L’avis de Critikat (nouveau look !).