vendredi 27 février 2009

Bouquin : La voix

Quelques enquêtes du Simenon japonais.

On avait déjà parlé ici de Matsumoto Seicho avec son roman Tokyo Express qui était même candidat à notre best-of polars 2007.
Avec La voix, revoici cet auteur réputé au Japon (le Simenon japonais, dit-on) avec un recueil de six nouvelles, six petites enquêtes policières pleines de charme.
On y retrouve toutes les caractéristiques déjà découvertes dans Tokyo Express.
L'attention portée aux petits riens, aux choses ordinaires de la vie ordinaire.
La fascination pour les chemins de fers japonais : il est vrai que le Japon est un petit pays [par la superficie] et que, là-bas, on prends le Shinkansen [le TGV local] avec autant de facilité et de simplicité qu'on prend le métro à Paris, on l'a constaté nous-mêmes lors de notre dernier voyage.
Et bien sûr, l'intérêt pour les crimes parfaits, aux alibis imparables ... qu'une enquête approfondie ou tout bonnement le hasard ordinaire viendra démonter de manière tout aussi imparable.

[...] J'imaginai diverses manières de le tuer. Le meurtre en soi ne posait pas de problème ; il y a de nombreux moyens de commettre un crime. Mais il me fallait mettre au point une méthode à toute épreuve, digne de l'auteur d'un meurtre, afin que je ne sois pas découvert. Car, mon objectif atteint et l'homme tué, à quoi cela servirait-il si j'étais pris ? Sa revanche prendrait finalement le pas sur la mienne.
Je consultai de nombreux livres sur la question. Beaucoup de criminels font des efforts démesurés pour dissimuler leur forfait. Pourtant, ce sont souvent leurs méthodes puériles qui les perdent. Il est vrai que la plupart des cas décrits dans les livres relatent ceux de criminels qui finissent par être arrêtés. Mais à travers le monde, il doit bien y avoir de nombreux crimes restés ignorés et des meurtriers qui courent toujours.
Le crime parfait existe, j'en suis persuadé.

Dans ces quelques nouvelles, c'est bien souvent le hasard qui viendra mettre à mal ces crimes presque parfaits : un visage apparu sur un écran de cinéma, un article de journal lu rapidement, une voix reconnue au téléphone, ... à chaque fois un petit détail vient remettre le crime à sa place (et le criminel !).
Comme on le disait déjà pour Tokyo Express, un moyen bien agréable de découvrir la littérature japonaise et la vie quotidienne au pays du soleil levant.


Pour celles et ceux qui aiment Simenon et les policiers au rythme sage.
Picquier Poche édite ces 253 pages qui datent de 1956-1958 en VO et qui sont traduites du japonais par Karine Chesneau.
Cottet en parle.

mercredi 18 février 2009

Bouquin : La conspiration Darwin

Révisionnisme.

En cette année du 200ème anniversaire de la naissance de Charles Darwin, permettez qu'on ressorte ce billet publié ici il y a plus de deux ans.
Le bouquin n'est pas extraordinaire, notre billet était insignifiant, mais c'est surtout l'occasion de promouvoir la théorie de la sélection naturelle et de parler plus fort que les révisionnistes et créationnistes de tout bord. Na !
On trouvera
ici un article de Courrier International sur la propagation nauséabonde du créationnisme.


Amateurs d'intrigues et de romans historiques, ne manquez pas La Conspiration Darwin.
Bien sûr, il ne faut pas chercher là une quelconque vérité historique ou scientifique mais plutôt le prétexte à un roman intelligent où l'on se promène entre le récit de voyage de l'ancien explorateur, l'enquête contemporaine de chercheurs - détectives amateurs, et le supposé journal de la fille de Darwin.

[...] L'exercice était peu commun : reconstituer une existence cent cinquante ans après les faits, pour tenter de donner un sens aux évènements. Parfois les pièces s'emboîtent, parfois elles résistent. Et parfois l'historien en connait plus que son sujet.

On pense bien entendu à Umberto Eco même si l'on reste ici bien loin de la prose savante de l'italien : l'intrigue policière très accessible de Darwin nous fait passer un agréable moment, comme quoi on peut s'instruire en s'amusant.

[...] Le jour où le Beagle prit enfin la mer, Charles et le commandant Fitzroy passèrent l'après-midi dans une taverne, à se gaver de mouton et de champagne, puis ils quittèrent la digue à la rame pour rejoindre le navire. Ils le voyaient s'avancer majestueux dans la Manche, sa mâture fièrement dressée, gonflant ses voiles dans la brise généreuse. Stupéfait, Charles constata que cette vision ne l'émouvait point. Où était l'euphorie attendue. Après des mois de reports et de sorties avortées, il allait enfin embarquer pour sa grande aventure et il n'éprouvait que de la peur !


Pour celles et ceux qui aiment la vérité.
Michel Lafon édite ces 306 pages qui datent de 2005 en VO et qui sont traduites de l'anglais par Jean-Pascal Bernard.

dimanche 15 février 2009

Cinoche : L’étrange histoire de Benjamin Button

Nous ne vieillirons pas ensemble.

Benjamin Button nait vieillard et rajeunit au fur et à mesure qu'il grandit ...
Comme un Dorian Gray cinéphile.
Nombreux sont ceux qui se seraient cassés les dents (et nous auraient cassé les pieds) avec un sujet aussi scabreux.
Et bien, non, ne manquez surtout pas cette Étrange histoire de Benjamin Button, racontée de manière magistrale par David Fincher, Eric Roth le scénariste et enfin l'auteur de l'histoire originale, Francis Scott Fitzgerald (oui, celui de Gatsby).
Le film s'ouvre sur une très belle anecdote : en 1918, l'horloger chargé de la fabrication de l'horloge monumentale de la gare de New-Orleans a monté son mécanisme à l'envers.
Dans l'espoir vain que le temps inverse son cours et fasse revenir les enfants de l'Amérique partis en guerre.
Une autre clé du film est cette pension de retraite de la Nouvelle-Orléans, tenue par une mama-black : Benjamin, enfant-vieillard, y est recueilli orphelin.
Il (Brad Pitt) y finira également ces jours dans les bras de celle qu'il aura croisé plusieurs fois dans sa vie.
Elle (Cate Blanchett) n'a pas la chance de rajeunir.
Vite passée la surprise des maquillages et des effets spéciaux, tout sonne juste dans ce conte : l'histoire des passions humaines, du temps qui passe et des amours qui fuient.
Pas une seule fausse note et on goûte l'art de raconter une histoire, une très belle histoire.
On aimerait que cela ne s'arrête pas (pourtant le film est long) mais hélas rien ne dure : c'est précisément le propos de ce film ...
Il restera quelques "ambiances" que ce long film prend la peine d'installer et de nous faire partager : l'hôpital de la Nouvelle-Orléans alors que Katrina s'apprête à frapper (comme la foudre ou le destin ?), la pension de retraite de Mama Queenie et ses galeries coloniales, l'hôtel russe de Mourmansk et son menu nocturne caviar-vodka, le remorqueur du capitaine Mike et ses décors de carton-pâte, ...


Pour celles et ceux qui aiment la vie et ses mélodrames.
D'autres avis sur Critico-Blog.

vendredi 13 février 2009

BD : Jazz Maynard

La trilogie barcelonaise.

Les BD au dessin très «moderne» ne sont pas toujours très lisibles, du moins à notre goût plutôt conformiste en ce domaine, avouons-le.
Alors il nous faut dire du bien de cette trilogie qui nous vient d'Espagne : un peu dans la même veine que l'excellent Tueur dont nous avions parlé à plusieurs reprises, voici Jazz Maynard.
Le dessin y est résolument moderne et toujours en mouvement, vif et nerveux, qu'on en juge sur cette planche.
Cette BD est d'ailleurs plutôt violente, bien plus que Le Tueur où l'ironie nonchalante maintenait une certaine distance avec le propos.
Aux côtés de Jazz Maynard, le mauvais garçon (mais bon joueur de trompette jazzy), nous voici plongés dans les bas-fonds de Barcelone, dans le quartier d'El Raval.
Entre prévarication des autorités municipales et mainmise de divers gangs sur le barrio, ça castagne à tout va (ça castagnette même, puisque nous sommes au pays ibère - ah ah) et Jazz Maynard a bien du mal a sauver sa sœur, quelques diamants et sa propre peau des griffes des méchants.
Voilà donc trois albums menés à grand rythme et qu'on dévore tout aussi vite.
Peut-être aurait-on aimé un peu plus d'épaisseur à l'intrigue et aux personnages, mais ne faisons pas la fine bouche.
Pour conclure, qu'on nous permette au passage de relever cet aphorisme au cœur de l'actualité, pénétré de sagesse et tagué sur l'un des murs de Barcelone, du moins sur l'un des murs de la BD :
[...] Nous croirons à la crise quand les riches se suicideront en masse.
Difficile de mieux dire.

Pour celles et ceux qui aiment les voyous et les mauvais garçons.
D'autres images chez Bédéthèque.
Riffhifi et Nicolas en parlent.

Miousik : Justin Nozuka

Le nippon de Toronto.

Juré, promis, c'est pas parce que Justin s'appelle Tokimitsu Nozuka qu'on s'est précipité sur sa miousik.

Mais bon, on ne va quand même pas lui reprocher son papa japonais !
Justin Nozuka est donc un chanteur canadien de tout juste vingt ans qui nous offre une belle voix et quelques douces mélodies.
On apprécie particulièrement : Lullabye  .
Et comme d'hab', une version intégrale sur YouTube en vidéo d'une autre chanson : After tonight.
Justin Nozuka est en concert à Lyon et à Paris fin avril ...


Pour celles et ceux qui aiment les petits jeunes.

jeudi 12 février 2009

Cinoche : Espion(s)

Jeux de dupes.

Après le Secret Défense d'il y a à peine quelques semaines, un nouveau film d'espionnage à la française ?
Si on avait déjà bien apprécié Secret Défense, force est de constater que Espion(s) se situe un cran au-dessus.
On y retrouve une partie de la trame de Secret Défense : ici c'est le garçon (la fille dans Secret Défense) qui est enrôlé de force dans les services secrets français (procédure standard de chantage pour effacer une grosse bêtise) et qui se retrouve malgré lui chargé d'une mission d'infiltration chez les terroristes.
L'un des atouts d'Espion(s) est de s'offrir un décor basé sur des faits récents : l'indélicatesse des bagagistes de Roissy et les attentats meurtriers de Londres (c'était en juillet 2005).
Mais là où Secret Défense lorgnait du côté du thriller américain, Espion(s) s'offre le luxe d'une amourette.
Enfin, une histoire d'amour impossible. C'est plus tragique et ça donne du corps à cette intrigue.
Le garçon est chargé de séduire la femme d'un méchant. Bien sûr ça fonctionne presque entre les deux tourtereaux mais comment vivre une histoire démarrée sur un tel mensonge ? Et des mensonges il y en a, of course on est chez les espions.
Le garçon est manipulé, qui manipule la belle, qui est l'épouse d'un vilain, qui s'avère manipulé par des plus vilains que lui. Mal partie, l'amourette.
Guillaume Canet (le garçon) et Géraldine Pailhas (la femme du méchant), tous deux excellents, traversent ce film comme deux âmes perdues, traversent la ville comme deux fantômes (belle musique sur la BOF) : et cette histoire d'amour impossible devient vite le cœur du film, reléguant au second plan l'espionnite.
Nos parents avaient connu un cinéma nourri de la guerre mondiale, nous avions grandi avec celui de la guerre froide.
Après quelques Mensonges d'état, un Secret Défense et ces Espion(s), il est clair que les enfants de ce siècle naissent dans la culture des attentats terroristes. Ainsi va le monde et sa politique.


Pour celles et ceux qui aiment les histoires d'amour, même impossibles, et les histoires d'espions un peu aussi.
D'autres avis sur Critico-Blog.

vendredi 6 février 2009

Bouquin : Sous les vents de Neptune

Le pelleteux de nuages.

On vient donc de lire les deux dernières aventures du commissaire Adamsberg de Fred Vargas dans le désordre.
Après Un lieu incertain qu'on a beaucoup aimé, voici Sous les vents de Neptune, réputé comme l'un des meilleurs Vargas à ce jour.
Plus construit que le Lieu incertain, Les vents de Neptune fait la part belle à l'intrigue policière qui est au cœur du récit.
Intrigue policière au premier plan puisque dans cet épisode, Adamsberg se retrouve même ... au banc des accusés !
Mais c'est aussi ce qui laisse moins de liberté aux délires quasi absurdes qui émaillaient la première partie du Lieu incertain et faisaient le charme ce cet épisode. Mais bien entendu, les deux valent la lecture et ce sera donc selon les goûts !
Récemment, Adamsberg s'est donc mis à voyager, et après la Serbie du Lieu incertain, le voici au Canada pour visiter les cousins québécois.
Ce qui nous vaut quelques belles pages (même si elles sont un peu convenues) sur le choc des cultures et bien sûr les incompréhensions du langage fleuri de nos cousins d'outre-Atlantique.
On en profite pour découvrir un trouble passé à l'ami Adamsberg, avec un accident fraternel qui rappelle inévitablement le poids que traîne également le commissaire Erlendur de l'islandais Indridason. Même si les styles (des flics et des auteurs) sont très différents, ces deux-là ont plus d'un point et d'un frère en commun.
Dans la famille des personnages un peu déjantés qui entourent Adamsberg, on distinguera cette fois la figure inoubliable de Josette, la géniale et septuagénaire hackeuse, qui passe son temps à réguler discrètement les flux financiers de la planète et à restituer aux pauvres ce qui pèsent aux riches. Elle égalise !

[...] - Josette, elle va où elle veut dans ses souterrains, déclara Clémentine. Et des foyes la voilà à Hambourg, et des foyes la voilà à New-York.
- Pirate informatique ? demanda Adamsberg, stupéfait. Hacker ?
- Aqueuse, exactement, confirma Clémentine avec satisfaction. Josette, elle pique aux gros et elle donne aux maigres. Par les tunnels. Faut me boire ce verre, Adamsberg.

- C'était cela, Josette, les "transferts" et les "répartitions" ? demanda Adamsberg.
- Oui, dit-elle en croisant rapidement son regard. J'égalise.

Trop forte, la Josette !
On regrette qu'elle ne soit pas intervenue plus tôt et pour de vrai dans la finance mondiale !


Pour celles et ceux qui aiment les cousins du Québec.
J'ai lu édite ces 442 pages qui datent de 2004.
D'autres avis sur Critiques Libres.
Pitou en parle, Sylvie, Sole également.

mardi 3 février 2009

Bouquin : La trilogie berlinoise

Nestor Burma chez les SS.

Décidément le millésime 2009 de la cuvée polars s'annonce comme un bon cru.
Après les deux Fred Vargas dont on parlé tout récemment (Un lieu incertain et Sous les vents de Neptune), voici une belle trouvaille (coup de coeur Fnac) : La trilogie berlinoise de l'écossais Philip Kerr.
La ré-édition réunit trois épisodes de la série qui met en scène un privé au goût de Philip Marlowe, à l'odeur de Nestor Burma (celui de la télé plutôt que l'original de Léo) mais aux relents de Gestapo puisque la série se passe à Berlin, avant et après guerre.
Ce qu'évoque d'ailleurs la couverture avec une photo qu'on jurerait tirée des cartons de Leni Riefenstahl, l'équivoque photographe du Reich aux sujets troubles, du genre un esprit sain dans un corps sain ...
Le premier épisode, L'été de cristal, se déroule en 1936 pendant les JO de Berlin (filmés par Leni Riefenstahl justement), en pleine ascension du parti National-Socialiste.
Le titre en VO (March violets) évoque «les violettes de mars 1933» lorsque fleurirent toutes les adhésions spontanées à ce parti NAZI, et lorsqu'on traficotait pour obtenir un «petit» numéro d'adhérent prouvant ainsi sa longue fidélité à la doctrine en vogue.
Le privé c'est Bernie Gunther (ancien flic, ancien détective de l'hôtel Adlon, aah l'hôtel Adlon de Berlin ...) qui fanfaronne avec un humour grinçant et caracole avec une belle inconscience entre les pattes des monstres des SS ou de la Gestapo.
On croisera même Goering au détour d'une soirée mondaine ou encore Himmler à un enterrement.
Bernie essaie de surnager dans ces eaux nauséabondes égratignant au passage tous les profiteurs du nouveau régime.
Sur les traces de Bernie on parcourt Berlin en tous sens, de la Friedrichstrasse au Kürfürstendamm et du quartier de Schöneberg au Kreuzberg, oubliant un instant dans quelle horreur s'enfonce la belle capitale (nos photos de Berlin).
Mais la radio se charge de nous rappeler aux sombres réalités.
[...] Ce soir-là, on eût dit que tout Berlin s'était donné rendez-vous à Neukölln, où Goebbels devait parler. Comme à son habitude il jouerait de sa voix en chef d'orchestre accompli, faisant alterner la douceur persuasive du violon et le son alerte et moqueur de la trompette. Des mesures avaient par ailleurs été prises pour que les malchanceux ne pouvant aller voir de leurs propres yeux le Flambeau du Peuple puissent au moins entendre son discours. En plus des postes de radio qu'une loi récente obligeait à installer dans les restaurants et les cafés, on avait fixé des haut-parleurs sur les réverbères et les façades de la plupart des rues. Enfin, la brigade de surveillance radiophonique avait pour tâche de frapper aux portes des appartements afin de vérifier se chacun observait son devoir civique en écoutant cette importante émission du Parti.

C'est tout l'intérêt de ce bouquin que de nous plonger dans la vie quotidienne berlinoise juste avant-guerre et de nous montrer les plus petits rouages de la mécanique nazie en marche.
Instructif et édifiant.
[...] Je commençai par aller voir au X Bar, un club de jazz illégal dont l'orchestre glissait des morceaux américains au beau milieu de la soupe aryenne ayant l'aval des autorités. Les musiciens se livraient à ces acrobaties avec suffisamment de finesse pour ménager les consciences nazies qu'aurait pu choquer cette musique dite inférieure.


Le second épisode, La pâle figure, nous amène en 1938 alors que l'Allemagne envahit les Sudètes.
Cette aventure est plus classique : le privé a réintégré la police officielle, pour un temps, et part sur les traces d'un serial killer ... et sur celles de la propagande qui prépare la nuit de cristal ...
Le dernier épisode, Un requiem allemand, nous propulse en 1947 à la fin de la guerre, où l'on retrouve Bernie, marié (si, si !) dans Berlin en ruines.

[...] Dans beaucoup de quartiers, un plan des rues n'était guère plus utile qu'une éponge de laveur de carreaux. Les artères principales zigzaguaient comme des rivières au mileu de monceaux de décombres. Des sentiers escaladaient d'instables et traîtresses montagnes de gravats d'où, l'été, s'élevait une puanteur indiquant sans erreur possible qu'il n'y avait pas que du mobilier et des briques ensevelis dessous.
Les boussoles étaient introuvables, il fallait beaucoup de patience pour s'orienter dans ces fantômes de rues le long desquelles ne subsistaient, comme un décor abandonné, que des façades de boutiques et d'hôtels : il fallait également une bonne mémoire pour se souvenir des immeubles dont ne restaient que des caves humides où des gens s'abritaient encore.
Un Berlin dévasté où les femmes rescapées tentent de survivre et où la peur de la soldatesque russe est de règle.
[...] Pourtant, certains disaient que les Popovs prenaient seulement de force ce que les femmes allemandes ne demandaient pas mieux que de vendre aux Anglais et aux Américains.
On suit donc Bernie jusqu'à Vienne (Autriche) en pleine dénazification, lorsque les Américains tentent de récupérer les «meilleurs éléments» allemands pour constituer, face aux soviétiques, les forces d'espionnage qui feront bientôt les beaux jours de la guerre froide.
Mais Bernie garde son sens de l'humour et sa condescendance berlinoise qui n'est pas sans rappeler notre propre arrogance parisienne !
[...] Tard le soir, Vienne ne soutenait la comparaison avec aucune autre ville, sauf peut-être la capitale engloutie de l'Atlantide. N'importe quel vieux parapluie restait ouvert plus longtemps que les établissements nocturnes de Vienne.
Une excellente idée que de ré-éditer ces trois épisodes, passionnants, pertinents, prenants, qui améliorent notre compréhension de cette Allemagne, avant, pendant et après.
La visite est terminée, n'oubliez pas le guide ! Il s'appelle Philip Ballantyne Kerr (ou Bernie, c'est selon).

Pour celles et ceux qui aiment Berlin.
Le Masque édite ces 836 pages qui datent de 1989-1991 en VO et qui sont traduites de l'anglais par Gilles Berton.

lundi 2 février 2009

Cinoche : Walkyrie

Coup d’éclat.

Voilà bien un début d'année studieux et riche en leçons d'Histoire.
Après la guérilla du Che, voici que nous est raconté l'attentat de juillet 44 contre Hitler, attentat fomenté par l'état-major de la Wehrmacht en général et le colonel von Stauffenberg en particulier.
Un film un peu trop critiqué (est-ce dû à l'aura scientologiste qui précède Tom Cruise ?) alors qu'il ne s'agit que d'une mise en scène très fidèle des évènements historiques.
On lira avec intérêt un commentaire du Frankfurter Allgemeine Zeitung repris dans Courrier International et qu'on vous livre ici.
Comme dans les deux épisodes du Che, le film expose les faits bruts sans y ajouter la dimension mélodramatique que l'on aurait pu craindre d'Hollywood.
La Walkyrie de Bryan Singer relève presque du huis-clos théâtral : quelques vues des forêts bavaroises, quelques autres des rues de Berlin, mais l'essentiel est dans les dialogues entre les conjurés en uniforme.
Ces conjurés que le film se garde bien de poser en héros de la résistance allemande au führer : ce ne sont pas des enfants de cœur mais plutôt des aristocrates de l'armée allemande sentant le vent de l'Histoire tourner et voulant se ménager la possibilité de négocier avec les Alliés.
Bien sûr, il y a eu plusieurs tentatives et l'attentat a été préparé depuis plusieurs mois, mais il est grand temps de se poser des questions : on est quand même déjà en juillet 44, Hitler n'a pas pris le pouvoir la veille et les Alliés viennent justement de débarquer en Normandie ...
Malgré tout, la moitié de ces putschistes hésite encore à choisir le meilleur camp (ce qui explique en partie l'échec de l'opération).
Au-delà de l'aspect historique ou pédagogique évident, l'intérêt du film est aussi de nous plonger au beau milieu d'un putsch, d'un coup d'état (a coup comme ils disent en VO). Car il ne suffit pas d'assassiner le dictateur, il faut également prendre le pouvoir. C'était l'objet de cette fameuse opération Walkyrie, initialement conçue pour contrer un coup d'état et détournée ici par le colonel von Stauffenberg pour neutraliser les SS.
En ce sens, la dernière partie du film est passionnante : après l'explosion, pour différentes raisons, les conspirateurs font croire à la mort d'Hitler (certains y croient encore, d'autres s'obstinent pour mener le plan à son terme) et déclenchent cette opération Walkyrie destinée à mettre aux arrêts les chefs de la Gestapo et ceux de la SS, à prendre le contrôle de Berlin (Prague et Paris également) ainsi que des centres névralgiques du pays (radios, ...). On s'y croirait.


Pour celles et ceux qui aiment toujours les leçons d'Histoire.
Yohan et Pascale ont vu également. D'autres avis sur Critico-Blog.
L'article de Courrier International. L'article de Wikipédia sur cet attentat.

dimanche 1 février 2009

Cinoche : Le Che (2)

La fin d’une icône.

La leçon d'histoire continue avec le deuxième volet du Che de Soderbergh.
Ou plutôt non : autant le premier épisode nous plongeait avec intérêt dans l'histoire de la révolution cubaine débutante, autant ce second volet s'éloigne du propos historique.
Le premier volet mettait en scène la gloire montante du Che, la naissance d'une icône révolutionnaire.
On zappe ensuite sur les années controversées de la révolution cubaine et sur l'expédition au Congo.
Et l'on retrouve ici Ernesto Guevara essayant de propager la guérilla en Bolivie.
Mais c'est le début de la fin : les guérilleros sont affamés, peu nombreux, lâchés par le Parti, malades et pourchassés par les rangers de l'armée bolivienne qui eux sont aidés et entraînés par les américains.
Même les paysans ne semblent plus adhérer aux thèses révolutionnaires.
Et cet encombrant Che finira sommairement exécuté.
Soderbergh continue à filmer ces companeros dans les montagnes boliviennes au plus près des hommes, avec brio, comme il le faisait dans la sierra cubaine. Chaque regard de la caméra est plein de tendresse pour ces guérilleros.
C'est une dangereuse mais belle randonnée.
Un peu longue tout de même.
Une randonnée menée par le Che, toujours capable de mener tous ses hommes au-delà de leurs forces et de leurs peurs, à commencer par lui-même, vieilli, amaigri, asthmatique.
Même enchainé, il reste encore capable de faire douter ses geôliers.


Pour celles et ceux qui aiment encore les leçons d'Histoire.
Pascale partage.
D'autres avis sur Critico-Blog, L'article de Wikipédia sur le Che.