mercredi 29 juin 2016

Bouquin : Le dernier amour d'Attila Kiss


[...] Et elle a gagné ma guerre.

Attention, on se répète : jeune talent français.
Julia Kerninon n’avait que 27 ans quand elle a publié son excellent premier roman : Buvard qui eu droit à un coup de cœur ici même.
La nantaise n'a toujours pas trente ans mais continue sans décevoir. Voici donc Le dernier amour d'Attila Kiss.
La demoiselle est coutumière des sujets casse-gueule qu'elle réussit à s'approprier avec brio, fraîcheur et nouveauté : après les affres de l'écrivain, voici celles des amoureux.
[...] Il était complètement bouleversé par sa présence, c’était comme s’il avait poussé la porte et trouvé un chevreuil dans sa cuisine.
L'amour qu'elle traite comme une guerre, une série de batailles et de conquêtes.
[...] Elle est venue, elle m’a conquis, petit à petit, centimètre par centimètre, elle a gravi mes montagnes, traversé mes fleuves, franchi mes ponts, convaincu mes interprètes, plié mes espions, déjoué mes pièges, trompé ma vigilance, et elle a gagné ma guerre.
[...] Tu es entrée dans mon lit comme tes ancêtres dans mon pays. Tu m’as conquis, comme les tiens toujours ont plié les miens.
Et quoi de mieux alors qu'un couple où l'une est une riche autrichienne et l'autre un piètre hongrois ?!
[...] Le Hongrois en lui avait reconnu dès le premier instant l’Autrichienne privilégiée.
[...] Que j’en finisse là, le jouet vivant d’une Viennoise de vingt-cinq ans ma cadette.
C'est une véritable cascade de mots qui s'écoule sans une seule baisse de rythme, de la plume de la demoiselle Kerninon. Un fluide et limpide écoulement de belles phrases.
L'eau de ce petit bouquin n'a peut-être pas la puissante clarté du Buvard mais mérite largement notre attention.
On retrouvera ici un peu les mêmes clés que dans le précédent roman : un duo, où l'homme prend les devants mais où l'on découvrira finalement un très beau portrait de femme. Ici, une jeune femme élevée dans la musique, l'opéra autrichien.
[...] La musique était trop puissante, à chaque fois c’était un rappel du temps que son père y avait consacré à ses dépens, c’était la musique de quelqu’un qui ne sait pas ce qu’est un enfant, qui ne sait pas ce qu’est la vie réelle, ni le temps perdu.
Il manque peut-être un petit quelque chose, un supplément d'âme, un souffle un peu magique pour élever ce petit bouquin original et très bien écrit au-dessus de l'élégant exercice de style.

Pour celles et ceux qui aiment les écrivains (et les femmes).
D’autres avis sur Babelio. Yue Yin et Cuné en parlent.

dimanche 26 juin 2016

Cinoche : Tout de suite maintenant


Un autre diamant noir.


Quel film a donc voulu faire Pascal Bonitzer avec ce Tout de suite maintenant ?
Pas facile pour le réalisateur d'emballer ce cadeau pour sa fille d'un rôle en or en compagnie d'un casting de choc.
Pas facile pour l'affiche de sortir en même temps qu'un autre film évoquant nos fantasmes et notre fascination pour les traders de la haute finance (je t'envie, moi non plus).
Pas facile pour le film de ne pas souffrir de la comparaison, Isabelle oblige, avec le Elle de Verhoeven.
Pas facile pour le spectateur de démêler tout ce que Bonitzer a voulu caser dans son film.
Une histoire de finance où les vieux requins et les jeunes loups feraient figure de doux agneaux à côté des personnages ici présentés. Même si cette 'fusion/acquisition' n'a rien d'un thriller, l’ambiguïté du personnage d'Agathe Bonitzer est plutôt réussie entre angélisme et machiavélisme redoutable, on ne sait trop de quel côté la balance doit pencher.
Une histoire d'amour(s) où ça couche à tout va (ou ça eut couché à tout va).
Une histoire de famille où les deux filles et leur papa Bacri forment un joli trio bien savoureux.
Une histoire étrange avec un chien fantôme et une femme de ménage vaudou.
Bref, chacun y verra ce qu'il peut et les commentaires dubitatifs à la sortie de la salle sont presque aussi savoureux que la séance elle-même !
Finalement, le film est bien loin de celui de Verhoeven, bien loin de l'affaire Kerviel et sans doute beaucoup plus proche du Diamant noir d'il y a quelques jours. Dommage que la réalisation théâtrale et distanciée ne nous permette pas d'apprécier suffisamment tout cela, même si ce froid cynisme convient bien à plusieurs scènes dont celles où Isabelle Huppert fait, comme toujours, merveille (ah ! la scène des esprits chevaucheurs - très belle scène aussi avec Bacri dans la cour de l'hôpital où elle nous montre qu'elle sait jouer autre chose que les bourgeoises imbues d'alcool).

Pour celles et ceux qui aiment les triangles.
D’autres avis sur Sens critique.

mercredi 22 juin 2016

Bouquin : Le fleuve des brumes


[...] Mais pourquoi avoir attendu cinquante ans ?

Cette infâme couverture (on en fait pourtant de si belles !) a bien failli nous tenir définitivement éloigné de ce bouquin et il aura fallu pas mal de billets de ci de là pour éveiller et maintenir notre intérêt pour Le fleuve des brumes.
Heureusement, la liseuse nous épargne finalement cette agression tous les soirs sur la table de chevet. Allez.
Encore un polar italien ! Un de plus [clic], la vague continue.
Et puisqu'il est question de flot justement, Valerio Varesi nous emmène sur les berges du Pô, en pleine crue (c'est d'actualité !).
Entre Crémone et Mantoue, une péniche qui part à la dérive, un batelier qui disparait, une défenestration peu naturelle, ...
[...] Mais le cadavre n’a jamais été retrouvé…
— Le fleuve, d’habitude, rend toujours ce qu’il prend. Mais ici on dit que celui qui ne sait pas nager de son vivant ne flotte pas non plus quand il est mort. »
Le commissaire Soneri va mener son enquête, au fil des eaux, au rythme lent de la crue et de la décrue, un rythme ponctué de temps en temps par sa fougueuse compagne Angela dont les débordements ne supportent pas l'amour entre deux tables de chevet et préfèrent des lieux incongrus.
[...] Le commissaire réfléchissait. Deux frères au centre de deux affaires à quelques kilomètres de distance. L’un qui vole par la fenêtre, l’autre qui disparaît alors que sa péniche dérive le long du fleuve en crue. Il se figura le Pô et toute cette eau lui rappela qu’il pleuvait sans trêve depuis cinq jours.
Des investigations patientes et obstinées, d'autant que la plaine du Pô est un pays de taiseux.
[...] Sur le Pô, il y a des gens farouches. On se tient à distance de tout le monde comme les bêtes dans les bois. Le seul moment de proximité est lorsqu’on se croise, mais on va dans des directions opposées.
[...] Quelqu'un sait et se tait.
Alors on se laisse porter par le rythme lent des rencontres du commissaire Soneri : histoires de familles, trafic fluvial, fantômes de Salò, vieilles rancunes entre chemises noires et bannière rouge de chaque côté du fleuve, ...
Les blessures de l'Histoire ne sont toujours pas cicatrisées.
Et ces pluies, et cette crue qui n'en finissent pas ...
[...] Vous avez bien choisi, le félicita-t-il en indiquant les pâtes aux haricots.
— J’ai du flair pour la nourriture. Plus que pour les enquêtes.
— Il faut de la patience, le consola le vieil homme. Ce n’est pas un don très répandu. Aujourd’hui tout le monde est pressé.
Le commissaire est d'une patience à toute épreuve, il laisse ces taiseux venir à lui, il passe d'une rive à l'autre, d'un camp à l'autre, suscite les confidences, attend les confessions. Pas vraiment une enquête, à peine une quête, plutôt une patiente attente des flux et reflux des eaux ...
[...] Il craignait qu’une question trop directe bloque le récit du vieil homme. Ce ne devait pas être un interrogatoire, mais une incitation à l’aveu.
[...] « Mais pourquoi avoir attendu cinquante ans ? »

Bref, ça valait le coup de fermer les yeux sur cette horrible couverture pour plonger avec Varesi dans le passé agité et douloureux de cette région italienne que l'on ne connait guère.

Pour celles et ceux qui aiment les débordements (de rivières).
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lundi 20 juin 2016

Cinoche : Un traitre ideal


L'honneur du traitre.


On avait bien aimé le bouquin de John Le Carré : Un traitre à notre goût et on attendait donc avec impatience l'adaptation ciné, après déjà Un homme très recherché et La Taupe.
Pas facile pourtant de trouver le mouvement cinéma d'un bouquin de Le Carré, plus à l'aise dans de longs dialogues tarabiscotés, lourds de sous-entendus et d'implications géo-politiques.
C'est une réalisatrice britannique qui s'y colle, Susanna White, inconnue au bataillon, venue plutôt du monde des séries.
Et la dame s'en tire plutôt bien qui réussit à rendre la tension du roman sans nous asséner de longs dialogues. Comme elle n'a aucun gadget à la James Bond sous la main, elle va utiliser des plans serrés, une série huis-clos dans une succession de lieux, tous très importants, tous très cinégéniques, tous très différents, mais dont elle sait soutirer toute la tension.
Elle est aidée par de bons acteurs bien dans leur rôle : le naïf et honnête professeur (Ewan McGregor), le trouble et british agent du MI6 (Damian Lewis), le rubicond et sympathique mafieux russe (le suédois Stellan Skarsgård).
Elle ne sera en revanche guère aidée ni par la musique au plomb ni par la seule fausse note du casting en l'épouse du professeur (Naomie Harris), plutôt inexistante et peu crédible.
Cela ne nous a guère empêché d'apprécier de revoir à l'écran un résumé très réussi de la riche intrigue du bouquin : un jeune couple (le côté bcbg du couple du bouquin a été un peu gommé) rencontre par hasard un mafieux russe et sa famille. Le mafieux veut passer à l'ouest pour échapper non plus au KGB (ça c'est fini) mais à ses collègues. Comme monnaie d'échange, il propose justement qu'on parle de monnaie : de blanchiment pour être précis, du blanchiment de l'argent de la mafia russe par les machines à laver de la City londonienne pour être encore plus exact.
Le blanchiment d'argent ou, comme on dit parfois : la légitimation de capitaux.
Des capitaux dont la croissance occidentale essoufflée a bien besoin, à n'importe quel prix.
Le russe ne fait confiance à personne et certainement pas aux agents du MI6 chargés d'évaluer son potentiel et le prix de sa protection.
Il ne fait confiance qu'au jeune professeur rencontré par hasard : l'homme ordinaire parachuté dans le nid d'espions, thème cher à Le Carré.
La suite dans le film de Susanna White dont la city londonienne ne sort ni grandie ni ... blanchie.

Pour celles et ceux qui aiment les traitres et machines à laver.
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samedi 18 juin 2016

BD : Corps et âme


[...] Cacher une balle sous mon talon ...

 
Walter Hill ? Que vient faire le producteur et réalisateur US dans cette BD française ?
Pour ceux qui, comme nous, ne savaient pas, la collaboration entre Walter Hill et le scénariste Matz ne date pas d'aujourd'hui : Du plomb dans la tête au cinéma,  Balles perdues en BD.
Matz (aka Alexis Nolent) c'est le scénariste de la série fleuve Le tueur (déjà un de nos coups de cœur).
Et pour compléter le trio, ce sera Jef (aka Jean-François Martinez) le dessinateur de Balles perdues et de la série 9/11.
Une fine équipe aux commandes de cette BD (un seul volume one-shot, ouf !) : Corps et Âme.
Et donc encore une histoire de tueur :
[...] C'est ça c'est mon boulot. Assassiner des gens, les dessouder, les refroidir, les buter ou quelle que soit la manière dont voulez le dire ...
[...] Et je sais qu'à un moment ou un autre, il faut payer l'addition. Je l'ai toujours su.
[...] Cacher une balle sous mon talon ... c'est un vieux truc ... mais je le fais toujours, ça peut servir ...
Mais une histoire de tueur pas comme les autres (ni l'histoire, ni surtout le tueur) car Franck, le tueur, le mauvais garçon, va se transformer sous nos yeux et c'est rien de le dire ... donc on n'en dit pas beaucoup plus mais vous devinez peut-être déjà ce qui va lui arriver.
Le dessin de Jef est nerveux mais pas trop, les ambiances sont sombres mais pas trop : les planches sont superbes et certaines très sexy. Le texte est au rendez-vous (on connait Matz), le scénario qui combine plusieurs vengeances est riche, sans faille et particulièrement bien monté (la patte ciné de W. Hill peut-être ? qui prévoit d'adapter cela au grand écran l'an prochain) et tout cela donne un très bel objet.
Un scénario à la précision chirurgicale et des planches au dessin esthétique (ah, ah).
Un bel album très réussi, qui tombe vraiment à pic au moment où les obscurantismes de tous bords s'acharnent à réglementer les genres et les transgenres. À faire connaître d'urgence !
Si certaines planches n'étaient pas si sexy, cette BD aurait pu être au programme scolaire !
Images : [1] [2]

Pour celles et ceux qui aiment les Bd de genres.
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jeudi 16 juin 2016

Bouquin : Disparue à Las Vegas


[...] L’Amérique, c’est de l’huile et de l’eau. Les choses se mélangent, bien sûr ...

Ce bouquin est un peu tout sauf un des polars de l'étagère sur laquelle il est souvent rangé.
Même si ça commence de la même façon : Robert, un flic d'Oakland ne vit pas très bien depuis que sa femme (une vietnamienne qu'il appelle Suzy) l'a quitté.
Un beau jour il est contacté par un mafieux de Las Vegas : c'est lui que Suzy avait rejoint mais elle vient à nouveau de disparaître. Le mafieux (un vietnamien lui aussi) fait appel à Robert pour retrouver 'leur' femme.
Il l'appelait Suzy. Eux l'appellent Hong. Mais de toute façon on ne la verra jamais : c'est un peu l'arlésienne du bouquin. Et aussi tout l'intérêt de ce roman où tout le monde court après Suzy, où tout le monde parle de Miss Hong, mais qui est-elle vraiment, et quels sont ses secrets ?
Vu Tran, né à Saïgon en 75, est lui-même un vietnamien immigré aux States et son roman (son premier roman) est certainement nourri d'histoires de famille.
[...] — Il y a vingt ans, dit-il, mes parents et moi avons fui le Vietnam par bateau. Quatre-vingt-dix personnes dans un petit rafiot de pêche conçu pour une vingtaine de passagers, peut-être. Nous avions mis le cap sur la Malaisie.
[...] L’Amérique, Monsieur Robert, n’est pas le melting-pot que vous, les Américains, aimez montrer au monde. L’Amérique, c’est de l’huile et de l’eau. Les choses se mélangent, bien sûr, mais elles finissent toujours par se séparer, et ceux qui se ressemblent se retrouvent toujours.
Et Vu Tran va nous entraîner dans une histoire très forte, marquée de l'empreinte de Suzy-Hong, celle que l'on ne verra jamais mais qui attire tous les papillons autour d'elle.
Qui était réellement cette femme, qu'a-t-elle vécu, quelle fut son histoire depuis qu'elle a quitté Saïgon sur un petit bateau pour la Malaisie, qui a-t-elle laissé derrière elle ?
Ce bouquin est un superbe portrait de femme - et de mère - un portrait en contre-jour.
Heureusement, Suzy-Hong a laissé quelques pages d'un carnet qui nous en apprendra beaucoup sur ce que fut son périple lorsqu'elle a été obligée de fuir la fin de la guerre.
[...] Un jour, le garçon m’a demandé ce que j’écrivais et quand je lui ai dit que c’étaient des lettres, il m’a demandé à qui elles étaient adressées. J’ai simplement souri et j’ai dit : À quelqu’un qui ne les lira jamais. Ça l’a satisfait, comme s’il comprenait exactement ce que je voulais dire.
[...] Qui sait ce qui rend quelqu’un heureux ? m’a-t-elle dit. Le plus souvent, ce n’est pas ce qu’on pense, et presque jamais ce qu’on veut.
Un bouquin inclassable qui navigue dans des mers troubles entre enquête policière et histoires d'amour. Où le lecteur suit les différents personnages dans le sillage laissé derrière elle par l'énigmatique et inaccessible Suzy-Hong.
Au loin la silhouette de cette femme semble s'éloigner quand on pense s'en approcher et se fait plus compliquée quand on croit deviner une partie des secrets.
Qu'est-ce donc qui pousse le lecteur et les personnages (et peut-être l'auteur ?) à courir ainsi après l'énigmatique Suzy-Hong comme d'autres courent après les poissons-dragons arowana (Dragonfish est le titre du bouquin en VO), le poisson le plus cher du monde [clic], connu pour apporter le bonheur dans le foyer de celui qui le possède ?
[...] Un poisson-dragon. Une espèce très menacée à l’état sauvage. Ils sont censés porter bonheur, chasser les démons, réunir les familles. Les Asiatiques y croient toujours, ils adorent ça. Nos clients sont prêts à débourser plus de dix mille dollars pour un spécimen rouge tel que lui.
Mais si l'on peut certainement casser sa tirelire pour le bonheur de posséder un poisson-dragon, croit-on pouvoir 'posséder' Suzy-Hong ?

Pour celles et ceux qui aiment le Vietnam et les poissons-rouges.
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mercredi 15 juin 2016

Cinoche : Le diamant noir


L'Anvers du décor.


On savait déjà depuis Edward Zwick que les diamants avaient le prix du sang en Afrique.
Voici en quelque sorte l'Anvers du décor, du côté des diamantaires. Eux aussi vont payer le prix du sang avec ce Diamant noir de Arthur Harari.
Un film difficile à classer : pas vraiment un pamphlet politique (les destins sont très individualisés), pas vraiment un polar (même s'il est un peu question de braquage), plutôt une histoire de famille. L'histoire sombre d'une famille très pesante, presque l'histoire d'une malédiction.
Lorsqu'on les verra réunis dans leur maison un peu étouffante où les chambres ressemblent à des tombeaux ... de pierre, on n'aura qu'une envie, celle de fuir le plus loin possible d'Anvers.
Aucun des personnages ne laisse prise à notre empathie, pas même le 'héros'.
L'argent ne fait pas le bonheur mais visiblement les diamants non plus (n'en déplaise à MAM).
C'est donc l'histoire d'une vengeance, celle du fils d'un mouton noir d'une riche famille de diamantaires belges. On n'en dira pas beaucoup plus parce que la fin réserve quelques surprises ou plutôt quelques échappées ambigües. L'histoire est comme les diamants : tout est dans l’œil de celui qui regarde.
Le côté étouffant de cette histoire est encore accentué par une caméra loin de tout spectaculaire à l'américaine et plus proche d'un téléfilm nordique, de ceux qui grattent patiemment les âmes jusqu'à l'os.
Et puis des acteurs peu connus, tous très crédibles (et très physiques) dans des rôles pas faciles.
Seul Niels Schneider en fait un peu trop dans le registre Hamlet-pleurnichard et c'est dommage.
À noter, la présence au casting de Abdel Benotman, curieux bonhomme au curieux cv, ancien bandit, ancien écrivain, décédé l'an passé et qui joue ici ... le rôle d'un braqueur !
On découvrira également la légende à l'origine du nom de la ville : Antwerpen.

Pour celles et ceux qui aiment les trucs qui brillent.
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dimanche 12 juin 2016

Bouquin : Les milices du Kalahari


[...] On ne déconne pas avec un Boer dans tous ses états.



Deon Meyer a longtemps éclipsé chez nous les autres voix du polar SudAf. Alors quand une autre se fait entendre, on prête l'oreille. Une oreille d'autant plus attentive que la voix est féminine. Et d'autant plus intéressée que Karin Brynard
nous propose de quitter les townships et les villes surpeuplées pour la région du Cap-Nord à l'ouest du pays, à l'ouest même de Kimberley célèbre pour son Big Hole et son processus, aux frontières de la Namibie et du Bostwana.
Une région où les fermiers blancs ont toujours la nostalgie de leurs anciens commandos, Les milices du Kalahari.
Alors quand on retrouve égorgées une femme et une enfant dans une ferme isolée ...
[...] Elle l’invita à boire un café à l’intérieur et le bombarda immédiatement de questions :
– Inspecteur, qui a fait ça ? Vous croyez qu’il s’agit des mêmes personnes que celles qui ont déposé ces trucs de sorcier ici samedi dernier ? Pourquoi ont-ils laissé le babouin devant chez Dam ? Vous croyez que ça a un rapport avec Freddie ? Pourrait-il s’agir du sangoma dont parlait Outanna ?
– Écoutez, dit-il, je n’exclus aucune possibilité à ce stade. Mais je continue à penser que vous ne devriez pas rester seule ici. Elle ouvrit la bouche mais il ne la laissa pas parler.
– L’endroit n’est pas sûr. Et personnellement, je crois que ce n’est pas bon pour vous.
S'agit-il d'un meurtre de fermiers de plus (Kill the Boer, Kill the farmer, dit la chanson ...) ? D'une affaire de sorcellerie ? D'un règlement de comptes ? Ou peut-être d'une bataille pour toujours plus de terres ?
[...] Ils n’arrêtent pas de répéter qu’on est une nation arc-en-ciel à présent, et que le passé est oublié. Mais ils laissent les criminels nous exterminer les uns après les autres.
[...] Et où est-ce qu’on pourrait fuir ? On ne va pas tous partir en Australie !
[...] On ne déconne pas avec un Boer dans tous ses états. Encore moins quand il agite un fusil.
[...] – C’est ce pays, Harry, dit-elle, le visage enfoui dans sa chemise. On a tous été abandonnés.
[...] C’est pour ça que je dis que cette terre est gorgée de sang. Nous avons tous du sang sur les mains.
Le seul flic blanc de ce petit commissariat du bush, l'inspecteur Beeslaar, tout récemment muté de Jo'burg (suite à une sombre histoire apparemment) se retrouve avec une drôle d'affaire sur les bras.
[...] Si on se montre trop dur, on est le flic blanc qui essaie de lécher le cul des patrons noirs. Si on laisse courir, on donne l’impression à des types comme Hanekom qu’ils peuvent continuer quand même. Et aux yeux des patrons noirs, on passe pour un raciste qui n’assume pas.
Nous voici plongés dans un polar 'country', bien loin des ambiances survoltées du Cap ou de Jo'burg.
Malheureusement on peine un peu à suivre l'inspecteur déchu dans sa découverte des us et coutumes des culs-terreux du Cap-Nord. On revient sans cesse d'une fausse piste à une autre, on saute du poulet au babouin (cela semble être l'équivalent local de notre coq à l'âne), d'un personnage à un autre, d'un dialogue inachevé à un autre ... On comprend bien qu'il s'agit des errements de l'inspecteur, de son incompréhension face à la situation, peut-être même des difficultés de communication entre différents personnages d'origines, de cultures et de conditions si différentes, mais tout cela donne au bouquin un ton étrangement décousu.
[...] Une bande de criminels terrorise la communauté juste sous votre nez. Et vous n’avez pas arrêté une seule personne… pas encore une seule. Vous n’avez même pas de suspect. Ils vous font tourner en bourrique. Et à présent, des gens se font tuer… des cambriolages continuent impunément et virent au meurtre et les Blancs extrémistes fomentent un soulèvement. Remettent sur pied les anciens commandos.
Prêtons tout de même à l'avenir une oreille attentive à la voix de Karin Brynard (journaliste comme l'une des personnages) qui s'affirmera peut-être au fil des prochaines traductions.

Pour celles et ceux qui aiment les fermiers.
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vendredi 10 juin 2016

Bouquin : Une contrée paisible et froide


[...] – Elle a volé ta musique », dit Liz.


Pas de chance en ce moment avec les 'romans noirs' : après une Corrosion peu convaincante, nous voici également un peu déçus de notre voyage en compagnie de Clayton Lindemuth dans Une contrée paisible et froide.
On se croirait propulsé au siècle dernier, enfin je veux dire au début du siècle dernier, dans un moyen-âge américain digne des plus sombres far-west sans foi ni loi.
Non, nous sommes hier, dans les années 70 où les seuls signes de modernité viendront de quelques motoneiges mais certainement pas des mentalités obtuses avec qui nous allons partager quelques pages.
Une petite bourgade perdue sous la neige au fin fond du Wyoming.
Un trou paumé où l'on vit sous la coupe de Milices (on sentirait presque des relents du KKK en dépit de la latitude) et sous celle du shériff Bittersmith. Une ville qui s'appelle ... Bittersmith et où l'on est shériff de père en fils depuis la fondation de Bittersmith par Bittersmith.
[...] Les motoneiges entourent la maison en rugissant, des deux côtés. Depuis le début j’ai l’impression qu’il n’y a pas moyen que ça se termine bien.
[...] Souvent, on sait d’avance ce qui va vous détruire et l’on a parfaitement raison.
Ça commence très mal : même pas besoin de se dire que tout cela va très mal finir (le déroulé habituel du roman noir), tout débute presque par la fin avec les premiers cadavres (mais y'en aura d'autres, rassurez-vous, beaucoup d'autres) et l'on va plutôt remonter dans le passé des protagonistes.
C'est peut-être justement du côté des personnages que ça pèche un peu : les gentils sont vraiment trop naïfs pour susciter notre empathie et les méchants, alors là, les méchants sont vraiment mais vraiment trop dégueulasses (sans recul ni second degré) pour nous inquiéter véritablement. Une galerie de caricatures.
On a même droit à un ou deux coups de théâtre à mi-parcours, à la Hercule Poirot, façon : mais qui donc est qui ?
La seule personne suffisamment ambigüe pour que l'on s'y intéresse est la jeune fille par qui tout arrive. Elle restera malheureusement en retrait, dans l'ombre, et sera celle dont on parle beaucoup mais que l'on connait si peu, celle qui garde son mystère. Trouble et troublante, innocente et diabolique, un peu sorcière même, puisqu'elle entend une étrange musique quand quelqu'un s'apprête à mourir ...
[...] J’ai entendu parler d’un chat qui aime se promener chez les vieux et s’installer sur les cuisses de la personne qui va mourir bientôt, et j’ai entendu parler de chiens qui flairent le cancer. Une fille qui entend de la musique avant que quelqu’un meure, sans doute qu’un jour les scientifiques trouveront une explication à ce phénomène.
Mais à Bittersmith, les pères sont de gros dégueulasses qui tripotent (enfin tripotent ...) tout ce qui passe en général à portée de queue et leurs propres filles en particulier.
[...] Je n’allais pas avoir la vie facile si je me dressais comme la statue de la justice pour lui dire de laisser sa fille tranquille.
[...] - Burt, vous ne pouvez pas continuer éternellement de faire ce que vous faites avec elle. Ce n’est pas dans l’ordre des choses.
[...] – Vous allez encore essayer de me tuer ? Parce que j’aime votre fille et que je veux prendre soin d’elle ? Qu’est-ce qui va pas chez vous ? »
Mais comme on l'a dit, on a quelque peu peiné derrière la motoneige de Lindemuth (et c'est pourtant pas faute d'entraînement en ce moment [1] [2] !) et cette lecture n'aura pas été vraiment plaisante.
C'est pourtant plutôt bien écrit en dépit de quelques métaphores un peu lourdingues qui dérapent parfois sur la neige :
[...] Regarder devant ou derrière revient à ajouter de l’eau à un verre à demi plein en essayant de distinguer l’eau qu’on vient d’y verser.
Au fond, à la réflexion, ce qui dérange dans ce bouquin c'est qu'il est foncièrement déprimant.
L'ami Lindemuth donne ici une troublante image de son monde et de ses compatriotes.
À sa décharge, faut dire qu'il sait de quoi il parle (au ton rageur de son bouquin vengeur, on s'en était un peu douté, ça sentait le règlement de compte) : son propre grand-père abusa longtemps de toutes les jeunes filles de la famille avant de mourir tranquillement de sa belle mort.
Les propos du jeune héros du bouquin prennent alors un tout autre sens :
[...] Pour la première fois, j’ai compris que tout le monde savait, sauf moi.


Pour celles et ceux qui aiment les trucs déprimants
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mardi 7 juin 2016

Cinoche : Elle


Le point de vue du chat.


Oh ! s'il y en a un qui doit se frotter les mains c'est bien Philippe Djian : plus personne ne lisait ses bouquins jusqu'à ce que le hollandais violent s'empare de son dernier ouvrage et décide d'en faire un film autour d'Isabelle Huppert.
Car dans Elle il y a IsabELLE. Et c'est bien elle qui porte, qui est le dernier film de Paul Verhoeven.
Un festival Isabelle Huppert et sans doute l'un de ses meilleurs rôles.
Mais tout comme elle, Elle est un film grinçant et dérangeant qui ne plaira pas à tout le monde ...
Ça commence très fort, directement par la fameuse scène du viol ... observée depuis le chat de la maison, posé là, énigmatique, qui observe sans bouger sa maîtresse se faire tabasser et plus si affinités. Le cinéaste nous indique là comment regarder son film. Avec recul, second et troisième degré.
D'ailleurs, une fois l'affaire conclue et le cagoulé enfui, la dame se relève, ramasse les bris de verre à la balayette et se commande des sushis par téléphone. Quoi et alors ?
Tout le film se jouera dans cet espace étroit en demi-teinte, sur le fil entre absurde et déni, entre crudité des mots et bien-pensance bourgeoise, entre choc des scènes et ordinaire quotidien.
Le film du hollandais est en partie produit par les allemands mais c'est un film très français, très chabrolien qui vient dynamiter à sa façon, des codes bourgeois qui n'existent peut-être nulle part ailleurs que dans nos banlieues ouest - Verhoeven semble l'avoir bien compris et s'en être délecté.
Évidemment c'est le genre d'ambiance dans laquelle le jeu un peu décalé d'Isabelle Huppert fait merveille. Il n'y avait qu'elle sans doute pour déclarer le lendemain au resto entre amis, juste avant que le serveur ne sabre le champagne, qu'elle vient de se faire violer. Ça jette un froid à l'apéro.
Mais cette Elle c'est avant tout un sacré portrait d'une sacré bonne femme. Une femme riche, autoritaire qui contrôle tout son monde ou mieux possède tout le monde, dans tous les sens du mot.
Son ex mari, son grand tanguy de fils, sa propre mère, le mari de sa meilleure amie, une classe entière de geeks boutonneux qui n'ont d'yeux que pour elle (elle dirige une boîte de jeux vidéos), la meilleure amie elle-même, et on vous en passe ...
Et son violeur même ... puisque là est un peu l'intrigue du film, dans son côté thriller. Petit côté sans grand intérêt car l'on devine assez vite qui se cache sous la cagoule et qui mène l'autre par le bout de la queue.
Une femme redoutable, qui souffle le chaud comme le froid, qui mène tout le monde par le fric et par le sexe (quoi d'autre sinon ?), une maîtresse femme un peu fêlée dans le sens où elle aura eu une enfance un peu secouée : papa était serial-killer et sa fille chérie l'aidait à faire du feu dans le jardin pour brûler ce qu'il fallait. Un papa juste un peu excentrique dont on évite de trop parler lors des réunions de famille (qui a parlé de déni ?). On n'ose même pas imaginer le reste.
Alors si on accepte ce parti pris et le point de vue du chat, on se régale d'un bout à l'autre, on se marre tout du long (franchement), à savourer la belle Isabelle en train déclamer de ce ton unique, ou pire encore : commettre, les pires incongruités au pire moment avec un aplomb qui n'appartient qu'à elle.
Et l'on se rend compte combien notre cinéma est habituellement bien-pensant.
[...] C'est tordu (dira-t-elle).

Pour celles et ceux qui aiment les sushis et Isabelle Huppert.
D’autres avis sur Sens critique.

dimanche 5 juin 2016

Cinoche : A war


Quelque chose de pourri dans notre royaume du Danemark.


Encore un film de guerre en Afghanistan ? Bof ...
Oui, mais c'est un film danois. Ah ?
Oui, un film de Tobias Lindholm. Attends, ça me dit quelque chose ...
Ah purée, c'est celui de Hijacking ! Allez, on y va.
Bien sûr, oui, il faut aller voir ce film qui n'est pas un film américain de plus sur la guerre en Afghanistan.
Non, c'est une pièce de théâtre, une tragédie grecque où les héros sont emportés par des destins plus forts qu'eux.
Comme Ubu était déjà pris, la pièce s'appelle Krigen (la guerre en VO, A war en ... VF).
Car il s'agit bien d'une guerre, de la guerre, où qu'elle soit et quelle qu'elle soit, la guerre de l'Absurde. Et Allah sait que celle de l'Afghanistan est l'archétype de la guerre absurde, le choix est judicieux (il est utile d'avoir les livres de Cédric Bannel en arrière plan pour mieux savourer cette absurdité).
Lindholm reprend exactement la recette qui avait fait ses preuves avec son Hijacking : un film en deux lieux simultanés ou presque.
D'un côté, au loin, une situation éprouvante, c'est rien de le dire et on y reviendra : le bateau piraté laisse place ici à une compagnie danoise de la Coalition chargée de patrouiller dans des villages, en essayant de pas sauter sur une mine, pour protéger des talibans une population qui a besoin de tout sauf de ça.
De l'autre côté au Danemark, bien au chaud, la famille du commandant de la patrouille, femme et enfants qui attendent avec angoisse et difficultés le retour du mari et du père.
Pour accentuer le côté 'remake', Lindholm va jusqu'à faire jouer les mêmes acteurs (le gars, bien sûr, Johan Philip "Pilou" Asbæk) mais aussi l'avocat (qui était l'armateur) dans des rôles et des positions quasi identiques. Mention spéciale cette fois-ci pour l'épouse : Tuva Novotny.
Hijacking, on en garde le souvenir d'un film hyper dur, d'une violence contenue, maintenu tout du long sous très haute tension. Ouais, en fait une bluette à côté de Krigen, 3 ans après.
La première partie du film, la patrouille en Afghanistan, est filmée sous stress comme le sont ces danois perdus, caméra à l'épaule, bande son au diapason, on nous explique pas tout, eux non plus ne comprennent pas tout, ni pourquoi ils sont là (ah, le briefing, ...), ni ce qu'ils doivent faire et surtout ne pas faire. Exactement comme dans cet autre film de guerre : Battle for Haditha dont on garde le même genre de souvenir et de leçon (un film remarquable et anglais).
Tout comme pour Haditha, il y aura bavure : pour sauver ses hommes, le commandant ordonne un appui aérien (faites comme eux, accrochez vous les uns aux autres ...) sans trop savoir ce qu'il y avait dans la maison désignée comme cible.
En fait, beaucoup de civils, une famille, des enfants.
Le commandant n'avait pas vraiment de PID Positive IDentification comme on dit dans le jargon militaire international. Et ça c'est pas bien.
S'ensuivra donc un procès, de retour au pays. Passionnant, bigrement intéressant et instructif, presque aussi stressant que les scènes de guerre. On ne vous en dévoile pas les clés.
Comme dans Hijacking, il sera ici question du prix relatif de la vie qui dépend de quel côté de la barrière on se trouve. Ici la vie d'un soldat danois blessé contre celles d'une douzaine d'Afghans plus ou moins civils. Le commandant n'a pas vraiment choisi. Le spectateur non plus.
Faut-il rendre des comptes pour cela à la justice ? Faut-il rendre des comptes pour avoir été envoyé là-bas faire le sale boulot d'une sale guerre ?
Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark, notre royaume, celui d'Ubu.
La France participe au même Otan et aux mêmes coalitions que le Danemark mais, visiblement, nos soldats sont plus malins : ni stressés, ni traumatisés, ils ne commettent pas de bavures. Cela permet à nos cinéastes de se consacrer à d'autres sujets.
Tobias Lindholm fait partie de ces quelques réalisateurs qui font des films obligatoires.

Pour celles et ceux qui aiment le côté absurde des guerres.
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mercredi 1 juin 2016

Bouquin : Le col du chaman


[...] Taggaqvik ? Ça veut dire “le pays des ombres”.
Aujourd’hui, ça s’appelle le col du Chaman.


On est à peine descendu de la motoneige d'Olivier Truc qui nous avait emmené à deux reprises en balade dans les neiges de Laponie chez les samis, que l'américain Stan Jones nous propose de renfourcher nos machines et de franchir Le col du chaman pour une virée en Alaska.
C'est le deuxième bouquin de Stan Jones (le premier pour nous) chez les Esquimaux ou encore les Inuits ou plus précisément encore, chez les Inupiat.
À quelques milliers de kilomètres de distance mais sous les mêmes latitudes polaires, les romans des deux auteurs partagent de nombreux points communs (autres que les motoneiges) : la recette désormais classique du polar ethnique, le choc entre la culture occidentale et celle des 'premières nations', une légère intrigue policière fortement ancrée dans le folklore et la culture locale, une visite guidée des réalités sociales et économiques de ces pays méconnus.
Alors qu'Olivier Truc mettait en scène une fliquette venue du 'sud' pour nous servir de guide aux côtés du héros-flic (un lapon de la police des rennes), chez Jones c'est le héros-flic lui-même, Nathan Active, qui vient du 'sud' (enfin du sud : Anchorage, donc c'est le grand nord quand même) et qui se confronte aux us et coutumes du conseil tribal et des 'locaux'.
[...] Bien qu’ayant grandi à Anchorage, il était né à Chukchi et, mieux encore, il était entièrement inupiaq. Il avait quitté le village à dix-huit mois quand ses parents adoptifs, des enseignants blancs, avaient choisi de s’installer dans la principale ville d’Alaska parce qu’ils en avaient assez de la cambrousse. Certes, il ne serait jamais revenu à Chukchi si sa hiérarchie ne l’y avait affecté pour son premier poste, et il sauterait dans le premier avion pour Anchorage dès qu’il obtiendrait sa mutation. Malgré tout, voilà deux ans qu’il vivait sur place.
[...] Souvent, il ne voyait pas bien où voulaient en venir les Esquimaux. Peut-être était-il trop borné, ou bien les vingt ans passés à Anchorage avaient-ils créé un fossé culturel infranchissable.
Tout commence par une bonne action du Smithsonian Institute qui entreprend de restituer aux autochtones une momie Inupiaq datant des années 20, communément appelée Tonton-des-glaces.
À peine arrivée dans le petit musée du folklore local, la momie est volée et l'on retrouve bientôt un vrai cadavre, encore bien frais celui-ci, poignardé par le harpon qui accompagnait la momie.
Meurtre rituel d'un descendant de la momie ? Règlement de comptes sur la banquise ? Œuvre du kikituq d'un angatquq (l'esprit un ancien chaman) ? Malédiction ancestrale ?
[...] Des fois, quand quelqu’un meurt et qu’on le respecte pas, y va pas dans l’au-delà. L’univers le refroidit, c’est comme ça qu’ils disent, les anciens. Ces morts-là ont une très bonne oreille, même qu’ils peuvent entendre les renards et les lapins dans les fourrés. Ils sentent plus le froid et leur corps est tout léger, ils sont capables de marcher au sommet des arbres et de franchir une rivière sans se mouiller.
Refroidi par l’univers, c’est comme ça qu’ils disent.
Attention, c'est un bouquin à lire discrètement chez soi (évitez les transports en commun) : au fil des pages on se surprend à essayer toutes sortes de grimaces pour 'parler' Inupiaq ...
[...] Maiyumerak se détendit, sourit et arqua les sourcils derrière les verres miroir, acquiescement à la manière inupiaq.
[...]  La secouriste se releva et fronça le nez, signe de négation chez les Inupiat.
Une belle balade dans les neiges et les glaces mais des personnages peut-être moins attachants que les lapons d'Olivier Truc.

Pour celles et ceux qui aiment les motoneiges.
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