mardi 26 janvier 2016

Bouquin : Suburra


[...] Suburra, l’antique quartier des lupanars chanté par Pétrone.


On n'a jamais oublié Giancarlo de Cataldo, le magistrat italien qui connut son heure de gloire avec son Romanzo criminale, brillamment adapté au cinéma.
Le voici aidé du journaliste Carlo Bonini pour un nouveau gros coup : Suburra, évidemment déjà adapté au cinéma !
Et traduit par Serge Quadruppani que demander de plus ?
Hasard des lectures, on vient tout juste de plonger dans les années 70  (l'époque de Romanzo Criminale) pour découvrir quel Sale temps il faisait pour les pays du nord.
Nous voici plus au sud, à Rome, au jour d'aujourd'hui. Mais la météo est toujours aussi pourrie. Pire, peut-être.
[...] Suburra, l’antique quartier des lupanars chanté par Pétrone.
Quelques pages suffisent à Bonini et De Cataldo pour nous accrocher, nous aimanter : on ne décrochera plus de ce gros pavé de près de 500 pages.
Annoncé comme touffu, complexe, le bouquin avait de quoi nous effrayer comme s'il s'agissait de décrypter l'organigramme des mafias italiennes. Ça commence même par la liste des nombreux personnages !
Mais c'était sans compter sur le talent des deux auteurs : patients et pédagogues juste ce qu'il faut pour ne jamais perdre le lecteur sans jamais le prendre pour un demeuré. Le pavé s'avère très digeste et se dévore à la fois comme un reportage passionnant et comme un polar ronflant. Brillant.
Alors oui, nous voici plongés aujourd'hui dans les arcanes de la municipalité romaine, les dessous pas très chics, les couloirs mafieux, les arrière-cours de la corruption ...
[...] Comme si cette ville n’était pas en mesure de progresser sur ses ruines, mais seulement de les entasser les unes sur les autres.
[...] Tu veux changer le monde. Mais le monde ne se change pas. Il se gouverne.
[...] Ils vendent la dope des Anacleti et se prennent pour les rois du monde. Dommage que ça soit que des pauvres cons. Mais je vous l’ai dit. C’est plus Rome, ça. Même les oiseaux y sont devenus mauvais. L’autre jour, là devant, une mouette s’est bouffé un chat tout vif.
Une peinture (un film !) sordide des dessous de notre société. Oui, bien entendu on se dit pendant quelques chapitres que ça se passe à Rome, dans ce pays italien, que c'est la mafia et tout et tout ...
Mais le livre est long et ce fragile rempart ne résiste pas bien longtemps : Bonini et De Cataldo nous forcent à ouvrir les yeux.
[...] Il avait fait son nid à Rome, grâce à son mariage avec la fille d’un secrétaire d’État à la Défense. Une femme laide comme la mort, mais utile comme une assurance vie.
[...] Une sorte de confraternité nazistoïde qui se donnait un rendez-vous hebdomadaire dans un club de fitness japonais.
[...] Un vieux machin vorace du facholand du bon vieux temps romain qui, en raison de son aspect gélatineux et de son absence totale de scrupules, avait gagné le surnom de Jabba, le batracien criminel de la Guerre des Étoiles.
Heureusement, il y a de l'humour, parfois féroce, souvent ironique, un second degré d'auto-dérision comme cette fameuse liste de personnages qui ouvre le bouquin.
Alors oui, on y revient plusieurs fois à cette liste, non pas pour savoir qui est qui, nul besoin on l'a dit, mais bien pour savourer les épithètes dont ces personnages ont été affublés !
[... extraits piochés dans la liste - notez au passage le petit bijou de fille...]

L’ÉTAT :
Ses serviteurs  :
MARCO MALATESTA, lieutenant-colonel et tête brûlée
ALBA BRUNI, capitaine courageuse
EMANUELE THIERRY DE ROCHE, général et gentilhomme
MARIO RAPISARDA, carabinier à cheval
CARMINE TERENZI, pomme pourrie
MICHELANGELO DE CANDIA, procureur jazzeux
MANLIO SETOLA, procureur bronzé
Ses intouchables :
PERICLE MALGRADI, “Relève-toi, Rome”
TEMISTOCLE MALGRADI, profession : frère
MONSEIGNEUR MARIANO TEMPESTA, auteur de Éthique pour un nouveau millénaire
DOTTOR BENEDETTO UMILTÀ, porte-coton

BANDITS À ROME :
Ceux de la Romanina :
MARCO SUMMA, dit SPADINO, les yeux plus gros que le ventre
DARIO ZUPPA, dit PAILLE, gros bras
LUCA SCAVI, dit FOIN, autre gros bras (amateur de kebab)
MAX, dit NITCHÉ, philosophe de rue
Ceux d’Ostie :
CESARE ADAMI, dit NUMÉRO HUIT, le Néron du Ponant
NINO ADAMI, dit ONCLE NINO, empereur en cage
DENIS SALE, aspirant empereur
MORGANA, fée perverse

LES REBELLES :
ALICE SAVELLI, esprit libre
ABBAS MURAD, ébéniste combattant
FARIDEH MURAD, l’amour blessé
SEBASTIANO LAURENTI, le fils de l’ingénieur
KERION KEMANI, Albanais aux ressources multiples

LES RICHES :
EUGENIO BROWN, un regard depuis la terrasse
SABRINA PROIETTI, nom de scène Lara, un petit bijou de fille
SPARTACO LIBERATI, the Voice of Rome
TITO MAGGIO, cordon-bleu

AUTRES PERSONNAGES :
Bandits, demoiselles, trafiquants d’indulgences, lascars et trans’ Rombières, gauche caviar et cinéphiles Condés, tiques et zammammeri, Les casseurs de San Giovanni Supporters, nazis, boxeurs, infiltrés et banlieusards Banquiers, usuriers, avocats et Chevaliers de Constantin Chiens, chevaux de trait et mouettes DANDY, LE FROID, LE LIBANAIS, fantômes.
Il y a du règlement de compte dans l'air et quand on dit compte ... c'est qu'il y a beaucoup beaucoup, énormément d'argent à blanchir et à gagner. De quoi exciter les convoitises des plus honnêtes.
[...] Ce qui était en jeu, c’était une guerre de la pègre comme on n’en voyait plus depuis longtemps à Rome.
[...] Pour quelle raison le parquet devait s’en prendre à ceux qui travaillaient pour procurer pain et travail à une ville durement frappée par la crise ? Ce n’était quand même pas un délit de bâtir des maisons et des ports. Qui les croirait s’ils essayaient d’expliquer qu’il n’y aurait pas d’expansion mais de la corruption, pas d’emplois mais de l’esclavage.
Politique (la pègre a fleuri dans le lit du fascisme), corruption ... difficile de délimiter la frontière entre le bien et le mal, le bon et le truand ...
[...] La vérité, c’est qu’ici, ce sont les méchants qui pensent aux plus humbles. Ils donnent du travail et un brin d’espérance à ceux qui n’en ont pas.
Une lecture coup de poing et qui déménage. Un début d'année en fanfare même si c'est celle qui accompagne le corbillard bling-bling d'un mafieux sur le bord de mer d'Ostie.
Juste un (tout petit) regret pour les flics pas trop ripoux, Marco et Alba, les gentils (il en faut bien pour garder le lecteur en piste !), qui paraissent un peu falots à côté de la galerie dantesque de cette cour des miracles qu'était l'antique Subure et qu'est la Rome d'aujourd'hui.


Pour celles et ceux qui aiment qu'on les réveille.
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jeudi 21 janvier 2016

Bouquin : Sale temps pour le pays


[...] Anarchy in the U.K. Sale temps pour la Reine.


Un petit polar qui nous (re-)plonge à la fin des années 70 en Grande-Bretagne où, en ces années-là, il faisait un Sale temps pour le pays (je cite) : les chocs pétroliers se suivent et se ressemblent, les manifs également, l'endive Roger Moore joue James Bond, l'IRA continue d'attenter, les murs sont revêtus de tapisseries kaléidoscopiques aux losanges orange et marron, l'extrême-droite ronge le pays tel un cancer des valeurs britanniques, les travaillistes merdent de plus en plus et préparent le terrain pour dame Thatcher, ...
 [...] – Une femme ? s’esclaffe l’économiste en chef. À la tête du pays ?
– Ne riez pas, Sanders. Au regard des derniers sondages, c’est une éventualité fort probable…
Et qui donc nous évoque (brillamment) ce pays et cette époque ?
Un jeune auteur ... français (marseillais !), Michaël Mention, qui n'était même pas né lorsque les Sex Pistols éructaient Anarchy in the UK !
Et qui nous sort un polar plutôt original et pour le moins inhabituel : à moitié reportage social sur l'Angleterre et ces seventies, à moitié thriller avec tueur en série qui se prend pour Jack l’Éventreur, à moitié enquête sur les méthodes d'investigation des services de police, ...
Sale temps pour le pays mais sale temps aussi pour les prostituées que Jack éventre régulièrement au fil des années pendant que les enquêteurs piétinent et tournent en rond ...
Un chaos policier qui renvoie à celui du pays, les deux facettes d'un même miroir :
[...] Leeds-Manchester-Bradford : jadis richissime cœur de l’Empire, aujourd’hui friche industrielle et terrain de chasse d’un tueur en série.
[...] Un chaos à l’image d’une société ébranlée par un million et demi de chômeurs, d’interminables grèves de mineurs et d’ouvriers, des émeutes raciales, ainsi que des attentats perpétrés par l’I.R.A. Bref, une Angleterre loin, bien loin de ses sixties euphoriques et de son Swinging London.
Quelques flics obstinés, parfois borderline, s'entêtent d'années en années, obstinés et obsédés, au point de nous faire songer plusieurs fois à Zodiac (même époque, autres lieux), d'autant que l'histoire qui nous est contée ici s'inspire elle aussi d'une histoire vraie, celle de la chasse au tueur du Yorkshire Peter William Sutcliffe.
[...] Une affaire de cette ampleur, tant sur le plan criminel que sur celui de la durée, Rubin n’en avait jamais vu.
[...] Je suis fatigué… ça fait deux ans qu’on fait chou blanc, je commence vraiment à en avoir marre.
Un étrange bouquin où l'on parcourt les années d'enquête à grandes enjambées sans même avoir le temps de s'attacher aux personnages : le côté reportage s'en trouve accentué.
Un polar hyper-réaliste en quelque sorte.


Pour celles et ceux qui aiment les banlieues anglaises.
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dimanche 17 janvier 2016

Bouquin : Sur la mauvaise pente


[...] On aurait pu se croire chez le boucher.


Le britannique Graham Hurley nous entraîne Sur la mauvaise pente en compagnie de son flic récurrent, l'inspecteur Faraday.
Pour une fois on a décidé de prendre la série en route : cet épisode qui date de 2009 n'est que le septième de la série et il y en a déjà presque autant à venir.
D'entrée de jeu, Graham Hurley nous accroche avec une scène de crime qui aura sa place dans les annales : au petit matin le conducteur d'un train de la grande banlieue londonienne écrabouille un type attaché sur les rails dans un tunnel.
Haché menu chair à pâtée ...
[...] Un type enchaîné à une voie ferrée ? Pour que ce soit le train qui ne le rate pas ? Était-ce prometteur ?
[...] Pour l’heure, le sergent était heureux que presque toute la victime ait été ensachée et étiquetée.
[...] On aurait pu se croire chez le boucher.
Mais le côté gore s'arrêtera là (et c'est déjà pas mal !) car Graham Hurley préfère nous détailler par le menu non pas d'autres victimes, mais plutôt l'enquête policière qui suivra.
Nous voici donc au cœur de l'équipe rassemblée pour mener les investigations.
Les procédures, les scènes de crime, les pièces à conviction, les enquêtes de voisinage, c'est tout ce travail rigoureux, minutieux, fastidieux que l'on va partager avec Faraday, son acolyte Winter et tous leurs collègues.
On apprendra beaucoup de choses sur l'Angleterre, la ville de Portsmouth (surnommée Pompey), la Special Branch (l'équivalent de nos anciens RG).
[...] Les dernières gouttes de pluie s’étaient dissipées, et la promesse d’un somptueux coucher de soleil pointait par-delà l’ombre des tours qui dominaient le bord de mer. Savourant la fraîcheur de l’air, Faraday s’engagea dans Millenium Walk, la promenade qui contournait le port. En ce début de soirée, sur l’autre rive, Pompey se montrait sous son meilleur jour, les douces circonvolutions blanches comme de l’os de la récente tour Spinnaker tranchant sur la grisaille du chantier naval en contrebas, l’amas de pubs et de maisons dans le vieux Portsmouth, à deux pas, luisant sous les dorures de la fin du jour.
Beaucoup de choses aussi sur les agissements mafieux de certains parvenus de Pompey, qui nous rappellent le film-reportage de Donal McIntyre : A very british gangster. Un portrait décalé de cette Angleterre que certains idéalisent.
Mais on apprendra cependant peu de choses sur l'inspecteur Faraday : visiblement cet épisode laisse beaucoup de places aux 'seconds rôles' dont celui de l'acolyte Winter. Il faudra donc revenir visiter Portsmouth pour mieux lier connaissance avec l'inspecteur Faraday.
[...] Faraday, entre sa barbe et ses bouquins d’ornithologie, était un peu décalé. On voyait l’étiquette, on ouvrait la boîte, mais ce qu’elle contenait n’était pas un enquêteur, pas stricto sensu. Non, c’était plutôt un vrai solitaire.
Bientôt une autre disparition viendra corser le tableau. Et on aura droit à deux enquêtes pour le prix d'une.
[...] – Et où est le corps ?
– Bonne question. On n’en a pas la moindre idée.
– Donc, on laisse tomber ?
– Oh, que non ! Bien sûr que non. On continue de chercher. On finira bien par y arriver, je le sais. Il y a plus intelligent que l’ADN en ce monde.
[...] Pas d’ADN. Pas de témoin. Ni vu ni connu. Tu sais comment ça s’appelle, ça ? Le crime parfait.
– Mais on ne sait même pas si ce type est mort, Paul.
– Exactement, répondit Winter, hilare. C’est ce que je viens de dire.
[...] Winter n’avait jamais perdu de temps à élaborer des théories sur le crime parfait, mais, pour une fois, il était prêt à faire une exception.
Finalement les intrigues policières resteront en arrière-plan : ce qui intéresse Hurley et ses lecteurs c'est bien le minutieux travail d'enquête et la peinture décalée d'une Angleterre que l'on croyait connaître mieux que cela mais que l'on découvre sous un jour inhabituel.
Une série qui s'annonce instructive.


Pour celles et ceux qui aiment les banlieues anglaises.
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vendredi 15 janvier 2016

Bouquin : Retour à Little Wing


[...] L’amitié facile et tranquille de notre jeunesse avait vécu.

Passés ses trente printemps, après avoir écumé divers petits boulots, Nickolas Butler fut touché par la grâce au fin fond du Wisconsin.
La grâce de ceux qui prennent la plume pour nous sortir un premier roman superbement écrit : Retour à Little Wing.
Loin des états d'âme éric des citadins de la Côte Ouest ou de la Côte Est, le Wisconsin de Butler est presque à contre-courant de la littérature contemporaine : il y souffle encore les vents des plaines du début du siècle dernier.
C'est pourtant une histoire très actuelle et bien contemporaine que nous raconte Butler : celle d'une petite ville du middle west, celle d'un groupe d'amis.
[...] Ces hommes qui se sont toujours connus. Ces hommes qui sont tous nés dans le même hôpital, qui ont été mis au monde par le même obstétricien. Ces hommes qui ont grandi ensemble, mangé la même chose, chanté dans les mêmes chorales, fréquenté les mêmes filles, respiré le même air. Ils ont développé une langue à eux, une communication par signes invisibles, comme des bêtes sauvages. Et parfois, être ensemble, tout simplement, leur suffit, quand ils se baladent en forêt, regardent la télé ou font griller des steaks. Je les ai vus faire. Des journées entières à débiter des stères de bois en échangeant une dizaine de mots à tout casser.
Il y a Hank, devenu ou resté agriculteur et éleveur.
Il y a Ronny, ancien cow-boy de rodéo, devenu en partie invalide après un accident ... de bouteille.
Il y a Kip, le gars qui a réussi dans la finance à la ville.
Il y a Lee, devenu chanteur à succès (N. Butler était au lycée avec Justin Vernon, le chanteur de Bon Iver).
Et il y a leurs femmes que cache bien mal cette histoire d'amitié virile.
C'est un roman à plusieurs voix (même si l'on sent peu de différences dans les intonations : la voix reste surtout celle de Butler), un roman choral comme l'on dit, où chaque personnage prend tout à tour la parole au fil des chapitres. Ces ruptures de ton et de temps permettent également de franchir les années et de voir évoluer les personnages au fil des déceptions, des écarts, des erreurs, des retours, des mariages et des divorces, ...
[...] Nous sentions tous les deux qu’à plus de trente ans nous étions enfin sortis de l’enfance. Que l’amitié facile et tranquille de notre jeunesse avait vécu. Nous avons passé une demi-heure sans échanger plus d’une centaine de mots. Pas même à propos de la pluie et du beau temps.
[...] Depuis notre mariage, je voudrais pouvoir recommencer et faire les choses différemment.
[...] – Alors quoi, tu veux te battre ? m’a-t-il demandé. C’est ça ? Parce que merde alors, vas-y, je suis prêt à ce que tu me casses la gueule si on peut recommencer à être amis après. J’en ai vraiment rien à foutre.
– Ça serait pas vraiment une bagarre dans ces conditions…
– Non, sans doute que non. Qu’est-ce qu’on peut faire, alors ?
On commence ce livre scotché au fauteuil par la qualité du travail d'écriture de Nickolas Butler : pour mieux l'apprécier, on vous livre ici [clic] les premières pages du bouquin.
Et puis peu à peu, au fil des chapitres un peu répétitifs, on commence à se lasser des ces histoires de bisounours à la campagne, à l'écart du stress des grandes villes perverties. Des états d'âme, il en sera finalement question : ceux de ces trentenaires et de ces couples qui se cherchent, se perdent et se retrouvent. Un sentiment mélancolique nous envahit peu à peu. Peut-être parce qu'il s'agit avant tout d'une nostalgie, celle d'une vie simple et naturelle, telle qu'on l'imagine à la campagne, telle qu'on l'idéalise dans le passé.
Et l'on en vient à se demander s'il n'a pas manqué à l'auteur la force d'une véritable histoire pour mieux employer sa belle plume. Un bel exercice littéraire qui, de peu, manque d'être un grand roman.
On va se permettre également de citer une voisine de blog, Sandrine qui a eu ces mots très justes :
[...] Et de m’interroger sur ce qui fait la force de tels romans. Pourquoi s’émeut-on des amours et amitiés de péquenots américains. Car soyons clairs : si le roman se déroulait dans la Creuse ou la Meurthe et Moselle, tous ces personnages ne seraient rien d’autres que des péquenots, des bouseux. Mais là, sublimés par l’attention que leur porte l’auteur, ils sont plus grands et plus vivants que n’importe qui. Ils sont aussi nourris de décennies de romans et de films qui dépeignent, peut-être plus grandioses que nature, les hommes et les femmes qui font l’Amérique.


Pour celles et ceux qui aiment la nostalgie de la campagne.
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mardi 12 janvier 2016

BD : Cher pays de notre enfance


[...] Un lieu où les non-dits se portent bien.


Il y a des livres qu'on préférerait oubliés au fond de la hotte du Père Noël, qu'on laisserait bien enfouis dans les esprits brumeux de leurs auteurs.
Le dernier album d'Etienne Davodeau est de ces livres-là. Des livres qu'on aimerait ne pas avoir à lire.
Davodeau est l'un de nos auteurs de BD préférés et certainement l'un des auteurs français des plus originaux : il réussit à effacer la ligne de démarcation entre ses albums et la vraie vie, il se met en scène dans ses cases, lui et ses rencontres avec les vrais gens, lui et ses histoires-reportages.
Avec Cher pays de notre enfance, il renouvelle la recette qui avait fait la réussite et le succès des Ignorants : la BD met en page le travail commun du dessinateur Davodeau avec un ami qui fait un tout autre métier. Et l'on apprend plein de choses et sur le travail de l'un et surtout sur celui de l'autre.
Mais cette fois le partenaire de Davodeau est Benoit Collombat reporter à France Inter et si Les Ignorants nous faisaient découvrir le monde chaleureux de la viticulture, le nouveau tandem nous fait visiter cette fois les égouts nauséabonds de notre République.
L'art de Davodeau nous permet de partager le travail d'enquête rigoureux et minutieux des journalistes d'investigation (on pense un peu à L'enquête, le film sur l'affaire Clearstream) : les témoins qui veulent rewriter leurs déclarations, les témoins qui ne veulent pas se faire dessiner (le coup de crayon inquisiteur ferait-il plus peur que l'appareil photo ?).
[...] Tout au long de la réalisation de ce récit, nous envoyons à chacun de nos témoins les pages où ils s’expriment. Leurs réactions nous permettent de vérifier que nous ne trahissons pas leur parole.
On sait que les journalistes publient régulièrement de gros pavés qui détaillent le résultat de leurs enquêtes et qui font la une des médias pendant quelques jours : des bouquins trop épais, trop rébarbatifs, trop peu lus ...
Mais cette BD se lit comme un polar et Davodeau sait parfaitement comment nous prendre par la main et nous guider pas à pas, tout au long de la visite (nul besoin de connaître l'Histoire de cette période, juste de s'y intéresser).
Un résultat remarquable et une alchimie très réussie entre le travail du dessinateur et celui du journaliste. Entre le poids des mots et la force des dessins.
Ok, mais ça parle de quoi ?
Depuis seulement deux ou trois ans, les dossiers concernant le SAC, le Service d'Action Civique, sont peu à peu déclassifiés. Enfin : certaines pages de certains de ces dossiers.
Les derniers protagonistes disparaissent également (Charles Pasqua est décédé en juillet 2015).
Le 30 juin 1971, le Gang des Lyonnais braquait l'Hôtel des Postes à Strasbourg.
Le 3 juillet 1975, le juge Renaud était assassiné à Lyon.
Le 30 octobre 1979, le ministre Robert Boulin était suicidé dans quelques centimètres d'eau.
Le 18 juillet 1981, le responsable marseillais du SAC Jacques Massié et sa famille étaient massacrés, ce fut la tuerie d'Auriol.
Le SAC, milice gaulliste qui prend ses racines dans la Libération puis la Guerre d'Algérie, est le fil conducteur qui relie toutes ces affaires, toujours étouffées, jamais élucidées : quelques assassins courent encore, beaucoup ont disparu, certains y ont été aidés.
Pour les auteurs, le SAC est en quelque sorte inscrit dans l'ADN de notre République.

[...] Le SAC c'était cette zone grise de la V° République dont on aime pas vraiment se souvenir.
Le temps a passé. Mais de nombreux membres du personnel politique français, d'une façon ou d'une autre, ont été formés par cette histoire et y ont gardé des attaches, plus ou moins avouées.
Le gaullisme de la deuxième guerre mondiale, celui de la guerre d'Algérie, celui de 1968, et ce qu'il est devenu après l'alternance de 1981 portent en eux l'histoire du SAC.

[...] Vous le voyez, presque 35 ans après la dissolution du SAC, son histoire reste un lieu où les non-dits se portent bien.
L'album évoque toutes ces affaires et les auteurs établissent les connexions entre elles, les cadavres s'empilent comme dans un mauvais polar.
On regrette juste que les chapitres s'enchaînent parfois sans lien véritable (autre que le SAC à l’œuvre bien sûr) comme ces pages sur l'histoire ouvrière des usines PSA : des pages instructives et réussies mais sans connexion directe avec les autres affaires. Les auteurs semblent avoir hésité entre une 'petite' histoire du SAC et le décorticage des 'grandes' affaires Renaud et Boulin.
Cette lecture est passionnante, effarante et obligatoire.



Pour celles et ceux qui aiment savoir (un peu).
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samedi 9 janvier 2016

Miousik : Sophie Tapie

https://c2.staticflickr.com/2/1551/24196596185_3f337a2043_n.jpgEncore une fille de.



Histoire de commencer 2016 en musique et avec la banane, le grand sourire en travers, voici une sympathique chanson : Noël Lachance, un air de country qui nous vient du Québec (arrangé par Steve Marin).
Une chanson qui a la pèche en dépit de son sujet.
[...] J'demande pas la lune
Juste parfois
Sortir de chez moi
Sans m'casser un bras
Pour que ces infortunes
S'éloignent de moi
Je croiserai les doigts
Je toucherai du bois pour qu'ça s'arrête là !
Mais attendez, on a gardé le meilleur pour la fin : qui est donc cette jolie chanteuse fleurie émigrée au Canada ?
Sophie Tapie, oui, la fille de son père ! Ah, ah, ah !
Encore plus fort que Carla Sarko.
Heureusement, on a découvert cette filiation diabolique seulement après avoir écouté la chanson !
On s'attend prochainement à écouter Marine Platini (rigolez pas, elle fait déjà du théâtre, c'est pas impossible !).

Yakakaliker pour écouter notre playliste.

Pour celles et ceux qui aiment se faire surprendre les oreilles.

jeudi 7 janvier 2016

Cinoche : Béliers


Blizzard, cette histoire de moutons ...


Dans la famille Béliers, je voudrais Rams, le film islandais de Grímur Hákonarson celui qui réunit plein de noms en -dottir et -sson sur son affiche (à la fin du film, les spectateurs restent debout dans la petite salle pour voir défiler le générique !).
Et tout d'abord ces deux trognes de trolls islandais : Sigurður Sigurjónsson et Theodór Júlíusson. Tous deux dotés d'un système pileux digne des toisons de leurs moutons.
Le bélier héros du film, Garpur, est lui-même crédité au générique !
Les deux -sson incarnent des frères ennemis, Gummi et Kiddi, vieux garçons fâchés depuis plus de 40 ans : ils vivent à cinquante mètres l'un de l'autre au fin fond d'une vallée reculée mais ne s'adressent plus la parole (si tant est que les éleveurs islandais ne soient pas taiseux de nature !). Ils ne se passent que de rares messages par le truchement de leur chien (le facteur aboie toujours deux fois).
Ce vieil équilibre de haine silencieuse va se trouver chamboulé lorsqu'on découvrira que les troupeaux de la région sont atteints de la tremblante ...
On vous laisse découvrir la suite et notamment quelques spécialités islandaises comme le tractopelle-ambulance ou encore le réveillon de Noël du vieux-garçon-éleveur-de-moutons-au-fond-de-sa-vallée-fâché-avec-son-seul-voisin (une scène tellement amusante que le réalisateur a été obligé de la couper au montage pour éviter que le film vire à la farce).
On en apprendra beaucoup en quelques minutes sur la vie des éleveurs : Grímur Hákonarson vient du documentaire et réussit à nous raconter beaucoup de choses avec peu d'images et encore moins de mots. Ce n'est pas le Tarantino islandais et son film lent, poétique et rude est à l'image des paysages austères de l'île.
On sera aussi surpris par cette façon de filmer les corps vieux et flasques, blêmes et tremblotants : même s'il s'agit évidemment de préparer la très belle scène finale, il y a là un certain regard sur les corps nus auquel nous ne sommes guère habitués.
Mais le film vire bientôt au drame avec la chevauchée fantastique des moutons dans la tempête de neige : et là on se dit que aïe, ça tourne à cette tragédie fraternelle typiquement islandaise à laquelle tous les bouquins d'Indridason nous ont longuement préparés ...
Un conte de Noël parfois drôle, souvent tragique, toujours profondément humain ... même s'il y est question de bêtes !

Pour celles et ceux qui aiment les moutons, y compris en gigot.
D’autres avis sur Sens Critique et une interview du réalisateur.

vendredi 1 janvier 2016

Best-of 2015

Le moment est venu du traditionnel best-of annuel : l'occasion de nous rappeler quelques bons souvenirs de 2015 (en dépit d'un début et d'une fin trop mouvementés) et pour les retardataires de peut-être rattraper quelques bonnes idées culturelles.
Cliquez sur les images ou les liens pour accéder au texte complet des billets.

Du côté des romans, l'année ne fut guère ici abondante.
Mais la quantité n'est guère nécessaire à la qualité et on a donc quand même eu droit à quelques rares mais excellents moments de lecture.

Commençons par un voyage au Sud-Tyrol, en compagnie de l'italienne Francesca Melandri et de son Eva dort.
Une région du nord de l'Italie qui appartenait à l'Autriche jadis, au pied du col du Brenner, qui serait un peu l'Alsace italienne. Ses habitants étaient germanophones et bizarrement accoutrés lors des dimanches de fête.
Mais après la première Guerre, le Haut-Adige bascula du côté italien : le fascisme romain des années 20-30 entrepris alors une italianisation forcée de ces montagnes.
C'est dans l'une de ces vallées que naquirent Vera et sa mère Gerda.
Et c'est l'histoire de ces deux femmes, l'Histoire de ces vallées et de ces années, que nous raconte Melandri, alternant avec équilibre et précision les chapitres, le présent de la moderne Vera et le passé de la savoureuse Gerda.
D'une belle écriture ronde et puissante, et avec une force évocatrice peu commune.
Parti avec l'envie de découvrir la géographie et l'histoire d'une région, on s'est laissé surprendre et attraper par une belle plume et un très beau roman.

Poursuivons les voyages. Jocelyne Saucier est québécoise, plus exactement elle vient de l’Abitibi-Témiscamingue, tout là-haut, une région de forêts marbrées de lacs, entre la baie d’Hudson et les Grands Lacs de l’Ontario.
Avec Il pleuvait des oiseaux, la dame part à la recherche des survivants des Grands Feux qui ravagèrent ces régions il y a cent ans et qui firent pleuvoir des oiseaux (qui mourraient asphyxiés en plein vol).
Aucune mièvrerie, aucun angélisme dans l’histoire de ces vieux épris de liberté et de fausse solitude qui vieillissent et apprivoisent la mort prochaine. Mais de l’humour, un réalisme parfois cru et beaucoup, beaucoup d’humanité.
Ce bouquin donne à lire une autre face de ce nature-writing devenu tellement à la mode dans nos vies citadines, une face plus intime, plus chaleureuse.
Et puis surtout, Jocelyne Saucier fait preuve d’une grande tendresse pour ses personnages ce qu’on apprécie beaucoup, tout autant que ses talents de conteuse.
Frais, tendre et lumineux. Jouissif.

On se méfie toujours (trop sans doute) des bouquins aux succès retentissants et des enthousiasmes qui saturent la blogoboule.
Le théorème du homard de l'australien Graeme Simsion avait donc tout pour qu'on cherche à l'éviter.
Soyons beau joueur : même s'il est clairement formaté pour le succès qu'il a connu, ce roman (cette romance) est un vrai plaisir de lecture, quelques heures de rire et d'émotion, de réflexion légère aussi. On en ressort donc le cœur léger et il faut bien reconnaitre que ce cœur a battu plus vite pendant quelques heures.
La recette est connue : prenez un homme et une femme que tout, mais alors tout, vraiment tout oppose, mettez-les sur un même grill, assaisonnez copieusement d'humour et d'amour, surveillez la cuisson, retournez de temps en temps.
La vraie originalité du plat cuisiné par Simsion, ce n'est pas le homard mais son personnage masculin : un professeur de génétique, maniaco-obsessionnel, souffrant de quelque chose qui ressemble bien au syndrome d'Asperger. Le message des bisounours down under est très simple et très sucré : le bonheur c'est ici et maintenant, avec cette fille-ci, avec ce gars-là.

Abondance par contre au rayon Polars 2015 avec au-dessus du panier, quelques belles découvertes.

Indiscutablement, la palme Polar de l'année revient au brésilien Edyr Augusto et à son polar coup de point : Belém, qui nous fait découvrir cet état du nord du Brésil, près du Suriname et de la Guyane, là où l'Amazone forme son delta, le Pará. Une région où l'on rêve beaucoup, où l'on frime un max et où l'on déchante forcément encore plus.
Edyr Augusto excelle dans l'art du portrait et toutes sortes de personnages, plus ou moins importants, plus ou moins sympas, plus ou moins ragoûtants vont défiler devant nous comme on défile dans les écoles de samba. Quasi nus.
Peu à peu on s'habitue à cette écriture sèche et nerveuse, à cette violence qui semble imprégner et le Pará et le bouquin.
Amateurs de polars, précipitez-vous sur celui-ci, un bouquin qui ne s'oublie pas une fois refermé.
Après la vague nordique, ce vent qui souffle sur les plages amazoniennes, ça décoiffe !

L'année polars 2015 sera donc sud-américaine !
Après le Brésil, voici donc le Chili avec deux voyages cette année en compagnie de Boris Quercia et de son flic ténébreux Santiago (évidemment) Quiñones : Les rues de Santiago et Tant de chiens.
Les bouquins sont petits, il faut donc les lire tous les deux et dans cet ordre (un troisième arrive).
Des petites phrases courtes, sèches, shootées à l'humanité, filmées à hauteur d'homme. Des chapitres courts, comme autant de petites nouvelles, avec un sens consommé de la chute, le petit truc anodin, sans rapport avec l'essentiel du récit, le petit truc qui vous grave au burin la scène en mémoire.
Tous les ingrédients sont là, tous ceux de la recette classique du polar noir, hardboiled comme dit désormais chez nous.
Embrouilles tordues, balles perdues mais pas pour tout le monde, collègues flics pas très cleans, femme(s) fatale(s) ...
Boris Quercia met en scène un flic comme on les aime : ténébreux et solitaire, dur et maladroit en amours comme en affaires, un flic qui boit pas mal (sans surprise) et qui même ne dédaigne pas une ligne de coke de temps à autre. En suivant les traces de Quiñones dans les rues de Santiago, on s’intéresse plus au personnage et à ceux qu’il va croiser au gré de ses déambulations, qu'au fil de l'intrigue.

Coup de cœur de rattrapage : l'inspecteur John Rebus est une vieille connaissance qui n'avait pas encore reçu les honneurs de ce blog.
Justice est donc rendue ici, sinon aux victimes écossaises, du moins à cet auteur calédonien qu'est Ian Rankin.
Un auteur ici au mieux de sa forme pour un polar très dense.
Pas de préliminaire, pas d'exposition ni de présentation des acteurs, mieux vaut déjà connaître John Rebus et le contexte.
Dès les premières pages, nous voici plongés au cœur de plusieurs intrigues policières et même de plusieurs enquêtes qui vont s'entrecroiser pour notre plus grand plaisir. Rankin ne prend pas son lecteur pour un demeuré et le laisse faire son chemin au milieu de tout cela.
John Rebus est le cousin transatlantique de Harry Bosch et comme les précédents, cet épisode baigne dans les thèmes chers à Ian Rankin : polar urbain entre deux âges et entre deux eaux, la Leith et la Clyde, compromissions policières, mafieuses, politiciennes ou affairistes, quelque part entre chien et loup ...

L'année 2015 fut d'une rare sécheresse cinématographique et notre manque d'assiduité dans les salles obscures n'a fait qu'aggraver les choses.
Du coup, le palmarès n'en est que plus facile à rappeler ...

Après le déjà bien remarquable Tel père, tel fils, (rappelez-vous l'an passé, juste après The lunchbox), Kore-Heda Hirokazu nous offre tout simplement un des plus beaux films de cette année : Notre petite sœur.
La pellicule de Hirokazu a été trempée dans un filtre de douceur de vivre, de gentillesse charmante et de féminité attendrissante. C'est un film de femmes où les hommes brillent par leur absence et leurs faiblesses. Un film de femmes ... avec maison.
Au bout d'un quart d'heure, on n'a plus qu'une seule envie : se faire jardinier, blanchisseuse, cuisinier ou femme de ménage et aller donner un coup de main pour tenir la maison des quatre sœurs, là tout de suite, histoire de partager leur quotidien au moins quelques heures par semaine.
Un quotidien nippon où modernité et traditions constituent un mélange particulièrement réussi.

Stéphane Brizé, tout auréolé de palmes, nous a servi en milieu d'année un film beaucoup moins sympathique, judicieusement intitulé La loi du marché.
Ce qui nous est donné à voir, c’est la machine à broyer qu’est devenue notre société dans sa course sans fin vers toujours plus de profit.
Pour autant, Stéphane Brizé ne donne pas un seul instant dans le pamphlet politique, la colère sociale, la démonstration indignée : non, il nous plonge dans tout cela sans aucune distance. Il n’y a là aucun cinéma : pas de scénario, pas de personnage, …
Ce n’est même pas un documentaire où le regard du reporter apporterait sa propre distance.
À la limite du supportable, vraiment.
Car ce n’est que stress et angoisse qui sourdent mécaniquement de ces images d’apparence banale et a priori sans intérêt filmique.
Vincent Lindon est notre œil et notre regard, il est allé remplir son office de vigile au cœur même du temple de la consommation qu’est le centre commercial.
Aucune échappatoire à tout cela. Très beau. Très dur.


Et puisque l'on évoquait The lunchbox, voici en quelque sorte la suite avec Masaan de Neeraj Ghaywan, une très forte histoire d'amour qui dépeint ... une incroyable violence sociale : corruption, bastonnade, exploitation des uns et des autres, difficultés économiques, poids des traditions, mirages de la modernité, ...
L'histoire se termine d'ailleurs sur des propos ambigus où il semble bien que tout le monde retrouve la place qui était la sienne et qu'il n'aurait pas dû quitter ...
En dépit de ce pessimisme, le film réussit malgré tout à nous donner une furieuse envie d'aller voir de plus près les ghats de Bénarès !
Une prouesse sans doute due à la poésie qui baigne toute cette histoire comme les eaux troubles du Gange et à la spiritualité qui berce ce film.

Allez, la page 2015 est maintenant refermée qui vit ce blog endeuillé par deux fois le 7 janvier et le 13 novembre : ouvrons donc celle de 2016 !
MAM & BMR vous souhaitent à toutes et à tous une excellente nouvelle année, pleine de bons films, de belles musiques et de bons bouquins. Bref, tout plein de coups de cœur et tout plein d’autres bonnes choses aussi !
Et histoire de commencer l'année tout en douceur, on vous propose la très très belle chanson de Claire Denamur qui servait de BOF au film L'Hermine.