mardi 1 novembre 2016

Cinoche : Moi, Daniel Blake


La loi du marché (bis).

Du haut de ses 80 ans, Grand Indigné devant l'éternelle crise sociale, Ken Loach n'arrive pas à raccrocher sa caméra et nous invite à partager quelques moments de la vie de Daniel Blake.
Un menuisier victime d'une crise cardiaque : plus question de bosser pendant quelques mois. Comment alors toucher les allocations chômage quand on ne peut pas chercher un nouveau job (s'il cherche, il trouve mais ne peut pas bosser, alors ...). Mais ce n'est pas non plus suffisamment handicapant pour justifier les allocations invalidité, alors ... Le voici donc ballotté de guichet en guichet de pôle emploi : un purgatoire administratif soigneusement organisé (privatisé et sous-traité à une boîte US) pour décourager les plus tenaces de rester inscrits sur les listes ... et à coups de sanctions, les pousser lentement mais sûrement vers l'enfer de la précarité.
On connait bien l'engagement de Ken Loach pour défendre la cause des petites gens.
Ici, sa nouvelle démonstration atteint un sommet : voici de braves gens très ordinaires, qui avaient un job, qui n'étaient ni des losers ni des profiteurs. Le film n'est pas un pamphlet revendicateur, il montre tout simplement. Un quasi documentaire qui nous ouvre les yeux pendant 1h30 et c'est en se sens peut-être que ce film 'ordinaire' est encore meilleur et plus convainquant que Free world.
C'est en quelque sorte, la version british de La loi du marché.
Certaines scènes sont insoutenables (la banque alimentaire ...) habilement préparées.
D'autres sont plus attendues (l'atelier cv ...), d'autres un peu larmoyantes, mais Ken Loach s'en fout : il persiste et signe.
Tous les acteurs (dont un remarquable Dave Johns) sont, as usual avec ce cinéaste, excellents et particulièrement crédibles.
C'est un véritable coup de poing dans l'estomac que nous envoie le vieux cinéaste.
Au spectateur sonné, il ne reste plus qu'à sortir du ring et refermer au plus vite les yeux sur notre épouvantable réalité sociale : la machine à broyer n'a jamais aussi bien porté son nom, qui nous guette au moindre faux pas.
Merci, Monsieur Ken Loach, pour votre film (et pour vos précédents).

Pour celles et ceux qui aiment la météo marine.
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