lundi 24 octobre 2016

Cinoche : La fille inconnue


La fausse commune.


Adèle Haenel ne nous est pas inconnue puisqu'elle nous avait déjà bluffés dans Les combattants (un rôle difficile et étonnant) et qu'elle avait déjà auparavant  contribué à sortir un Téchiné de l'oubli.
Deux ans plus tard elle est toujours aussi jeune (27 ans) mais la voici de nouveau en tête d'affiche avec les frères Dardenne pour La fille inconnue.
L'inconnue, c'est plutôt celle qui un jour frappe à sa porte et qu'elle refuse de prendre en charge, il est tard, on ferme.
Le lendemain, on découvrira le cadavre de l'inconnue ...
On peut voir plusieurs films dans celui des frères Dardenne.
Un film sur ces inconnus dont personne ne se préoccupe : personne ne sait qui était la jeune femme venue chercher de l'aide après l'heure. Une inconnue sans nom qui sera enterrée dans la fosse commune (on appelle cela le carré des indigents).
En contre-point, un film sur le sentiment de culpabilité qui s'empare d'Adèle Haenel qui n'a pas voulu ouvrir sa porte après l'heure et qui veut endosser notre faute sociale commune pour mener sa propre enquête : qui était donc cette jeune femme dont tout le monde se fout ?
Étonnamment, c'est aussi un film capable de susciter des vocations de médecin généraliste (il en sera d'ailleurs explicitement question dans le scénario), ces médecins de banlieue (maintenant qu'il n'y a plus de campagnes) qui soignent les corps et les âmes. Adèle Haenel réussit à nous faire toucher l'empathie et la compassion dont font preuve ces toubibs.
Enfin, et peut-être surtout, c'est un film sur la solitude qui semble de règle dans cette banlieue de Liège : une désespérante solitude où chacun erre comme une âme en peine. Pas de famille (sinon éclatée), pas d'amis, même pas de parents. Chaque personnage est désespérément seul au monde.
Ce film sombre et gris comme une journée de pluie en Belgique est agrémenté d'une bande son peuplée de voitures qui passent sans discontinuer, jusqu'au générique de fin : de deux choses l'une, ou bien les belges n'ont pas encore découvert le double-vitrage, ou bien il y a là une métaphore symbolique au sens profondément caché.
Un film à voir pour Adèle.

Pour celles et ceux qui aiment les généralistes.
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