dimanche 3 juillet 2016

Bouquin : Les étrangers dans la maison


[...]  Il y avait chez cet homme quelque chose de spécial.


À l'heure où Nottingham, comme beaucoup d'autres villes anglaises, vient de voter en faveur du Brexit, il est temps de retrouver le second épisode de la série Charles Resnick du britannique John Harvey (série qu'on avait débutée il y a quelques mois avec les Cœurs solitaires).
Ironie de la géopolitique, l'inspecteur Charles Resnick de Nottingham n'est certainement pas plombier mais il est bien d'origine ... polonaise !
On le retrouve donc avec plaisir, lui, ses chats et ses disques de jazz.
Côté intrigue policière de ces Étrangers dans la maison, rien de bien  transcendant :  quelques petits trafics donneront le prétexte à une visite guidée des villes de province anglaise et de l'england way of life.
Si l'on vient ici c'est plutôt pour la prose de toujours aussi soignée, fluide, intelligente, très agréable à lire, ...
Et peut-être encore plus que dans le premier opus, l'auteur montre ici qu'il s'intéresse d'abord et avant tout à ses personnages. À tous ses personnages : les malfrats, les collègues, les seconds rôles, les femmes qui tournent autour de Resnick, tous sont denses, fouillés.
La mise en scène soignée et détaillée donne richesse et épaisseur à chacun de ces personnages et leur laisse toute la place nécessaire sans se polariser sur le héros (pas si glorieux) ou le méchant (pas si terrible).
Tout cela confirme qu'on tient là une excellente (et longue) série à suivre.
On retrouve et on retrouvera donc avec plaisir l'inspecteur Resnick, ses chats, ses disques de jazz et ses sandwiches et l'humour so british de John Harvey :
[..] En fait, dit-il à Resnick en lui proposant le sachet de friandises, ce que vous me demandez c’est de balancer un petit peu.
– Tout de suite les grands mots, dit Resnick en refusant les chips.
– Donner des informations sur des types avec qui j’aurais prétendument été en cheville, vous appelez ça comment, vous ?
– Coopérer. Faire ton devoir d’honnête citoyen.
– Vous êtes drôle. Je débute seulement, moi, dans l’honnêteté.
L'intrigue se met lentement en place :
[...] Le cambriolage, laissa calmement tomber Resnick. Pourquoi ne pas commencer par là ? Et puis on en viendra au reste au fur et à mesure.
– D’accord, finit par dire Harold. Je vais commencer par le début.
Nous laissant tout le loisir de nous intéresser aux personnages et notamment le couple victime du premier cambriolage, une bourgeoise délaissée alcoolique et un type du showbiz survolté qui part(ent) en vrille :
[...] Certains hommes dans sa situation avaient quelque part où trouver refuge, quelqu’un pour leur apporter réconfort, compréhension, leur servir une vodka et mettre du baume sur leurs blessures. Lui n’avait qu’une épouse aigrie en pleine redécouverte de sa sexualité avec un voleur professionnel atteint du syndrome de Priape. Et un dealer haineux qui n’attendait qu’une occasion pour lui ouvrir la tronche au rasoir.


Pour celles et ceux qui aiment cette île désormais plus lointaine : l'Angleterre.
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