lundi 20 juin 2016

Cinoche : Un traitre ideal


L'honneur du traitre.


On avait bien aimé le bouquin de John Le Carré : Un traitre à notre goût et on attendait donc avec impatience l'adaptation ciné, après déjà Un homme très recherché et La Taupe.
Pas facile pourtant de trouver le mouvement cinéma d'un bouquin de Le Carré, plus à l'aise dans de longs dialogues tarabiscotés, lourds de sous-entendus et d'implications géo-politiques.
C'est une réalisatrice britannique qui s'y colle, Susanna White, inconnue au bataillon, venue plutôt du monde des séries.
Et la dame s'en tire plutôt bien qui réussit à rendre la tension du roman sans nous asséner de longs dialogues. Comme elle n'a aucun gadget à la James Bond sous la main, elle va utiliser des plans serrés, une série huis-clos dans une succession de lieux, tous très importants, tous très cinégéniques, tous très différents, mais dont elle sait soutirer toute la tension.
Elle est aidée par de bons acteurs bien dans leur rôle : le naïf et honnête professeur (Ewan McGregor), le trouble et british agent du MI6 (Damian Lewis), le rubicond et sympathique mafieux russe (le suédois Stellan Skarsgård).
Elle ne sera en revanche guère aidée ni par la musique au plomb ni par la seule fausse note du casting en l'épouse du professeur (Naomie Harris), plutôt inexistante et peu crédible.
Cela ne nous a guère empêché d'apprécier de revoir à l'écran un résumé très réussi de la riche intrigue du bouquin : un jeune couple (le côté bcbg du couple du bouquin a été un peu gommé) rencontre par hasard un mafieux russe et sa famille. Le mafieux veut passer à l'ouest pour échapper non plus au KGB (ça c'est fini) mais à ses collègues. Comme monnaie d'échange, il propose justement qu'on parle de monnaie : de blanchiment pour être précis, du blanchiment de l'argent de la mafia russe par les machines à laver de la City londonienne pour être encore plus exact.
Le blanchiment d'argent ou, comme on dit parfois : la légitimation de capitaux.
Des capitaux dont la croissance occidentale essoufflée a bien besoin, à n'importe quel prix.
Le russe ne fait confiance à personne et certainement pas aux agents du MI6 chargés d'évaluer son potentiel et le prix de sa protection.
Il ne fait confiance qu'au jeune professeur rencontré par hasard : l'homme ordinaire parachuté dans le nid d'espions, thème cher à Le Carré.
La suite dans le film de Susanna White dont la city londonienne ne sort ni grandie ni ... blanchie.

Pour celles et ceux qui aiment les traitres et machines à laver.
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