mardi 7 juin 2016

Cinoche : Elle


Le point de vue du chat.


Oh ! s'il y en a un qui doit se frotter les mains c'est bien Philippe Djian : plus personne ne lisait ses bouquins jusqu'à ce que le hollandais violent s'empare de son dernier ouvrage et décide d'en faire un film autour d'Isabelle Huppert.
Car dans Elle il y a IsabELLE. Et c'est bien elle qui porte, qui est le dernier film de Paul Verhoeven.
Un festival Isabelle Huppert et sans doute l'un de ses meilleurs rôles.
Mais tout comme elle, Elle est un film grinçant et dérangeant qui ne plaira pas à tout le monde ...
Ça commence très fort, directement par la fameuse scène du viol ... observée depuis le chat de la maison, posé là, énigmatique, qui observe sans bouger sa maîtresse se faire tabasser et plus si affinités. Le cinéaste nous indique là comment regarder son film. Avec recul, second et troisième degré.
D'ailleurs, une fois l'affaire conclue et le cagoulé enfui, la dame se relève, ramasse les bris de verre à la balayette et se commande des sushis par téléphone. Quoi et alors ?
Tout le film se jouera dans cet espace étroit en demi-teinte, sur le fil entre absurde et déni, entre crudité des mots et bien-pensance bourgeoise, entre choc des scènes et ordinaire quotidien.
Le film du hollandais est en partie produit par les allemands mais c'est un film très français, très chabrolien qui vient dynamiter à sa façon, des codes bourgeois qui n'existent peut-être nulle part ailleurs que dans nos banlieues ouest - Verhoeven semble l'avoir bien compris et s'en être délecté.
Évidemment c'est le genre d'ambiance dans laquelle le jeu un peu décalé d'Isabelle Huppert fait merveille. Il n'y avait qu'elle sans doute pour déclarer le lendemain au resto entre amis, juste avant que le serveur ne sabre le champagne, qu'elle vient de se faire violer. Ça jette un froid à l'apéro.
Mais cette Elle c'est avant tout un sacré portrait d'une sacré bonne femme. Une femme riche, autoritaire qui contrôle tout son monde ou mieux possède tout le monde, dans tous les sens du mot.
Son ex mari, son grand tanguy de fils, sa propre mère, le mari de sa meilleure amie, une classe entière de geeks boutonneux qui n'ont d'yeux que pour elle (elle dirige une boîte de jeux vidéos), la meilleure amie elle-même, et on vous en passe ...
Et son violeur même ... puisque là est un peu l'intrigue du film, dans son côté thriller. Petit côté sans grand intérêt car l'on devine assez vite qui se cache sous la cagoule et qui mène l'autre par le bout de la queue.
Une femme redoutable, qui souffle le chaud comme le froid, qui mène tout le monde par le fric et par le sexe (quoi d'autre sinon ?), une maîtresse femme un peu fêlée dans le sens où elle aura eu une enfance un peu secouée : papa était serial-killer et sa fille chérie l'aidait à faire du feu dans le jardin pour brûler ce qu'il fallait. Un papa juste un peu excentrique dont on évite de trop parler lors des réunions de famille (qui a parlé de déni ?). On n'ose même pas imaginer le reste.
Alors si on accepte ce parti pris et le point de vue du chat, on se régale d'un bout à l'autre, on se marre tout du long (franchement), à savourer la belle Isabelle en train déclamer de ce ton unique, ou pire encore : commettre, les pires incongruités au pire moment avec un aplomb qui n'appartient qu'à elle.
Et l'on se rend compte combien notre cinéma est habituellement bien-pensant.
[...] C'est tordu (dira-t-elle).

Pour celles et ceux qui aiment les sushis et Isabelle Huppert.
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