dimanche 12 juin 2016

Bouquin : Les milices du Kalahari


[...] On ne déconne pas avec un Boer dans tous ses états.



Deon Meyer a longtemps éclipsé chez nous les autres voix du polar SudAf. Alors quand une autre se fait entendre, on prête l'oreille. Une oreille d'autant plus attentive que la voix est féminine. Et d'autant plus intéressée que Karin Brynard
nous propose de quitter les townships et les villes surpeuplées pour la région du Cap-Nord à l'ouest du pays, à l'ouest même de Kimberley célèbre pour son Big Hole et son processus, aux frontières de la Namibie et du Bostwana.
Une région où les fermiers blancs ont toujours la nostalgie de leurs anciens commandos, Les milices du Kalahari.
Alors quand on retrouve égorgées une femme et une enfant dans une ferme isolée ...
[...] Elle l’invita à boire un café à l’intérieur et le bombarda immédiatement de questions :
– Inspecteur, qui a fait ça ? Vous croyez qu’il s’agit des mêmes personnes que celles qui ont déposé ces trucs de sorcier ici samedi dernier ? Pourquoi ont-ils laissé le babouin devant chez Dam ? Vous croyez que ça a un rapport avec Freddie ? Pourrait-il s’agir du sangoma dont parlait Outanna ?
– Écoutez, dit-il, je n’exclus aucune possibilité à ce stade. Mais je continue à penser que vous ne devriez pas rester seule ici. Elle ouvrit la bouche mais il ne la laissa pas parler.
– L’endroit n’est pas sûr. Et personnellement, je crois que ce n’est pas bon pour vous.
S'agit-il d'un meurtre de fermiers de plus (Kill the Boer, Kill the farmer, dit la chanson ...) ? D'une affaire de sorcellerie ? D'un règlement de comptes ? Ou peut-être d'une bataille pour toujours plus de terres ?
[...] Ils n’arrêtent pas de répéter qu’on est une nation arc-en-ciel à présent, et que le passé est oublié. Mais ils laissent les criminels nous exterminer les uns après les autres.
[...] Et où est-ce qu’on pourrait fuir ? On ne va pas tous partir en Australie !
[...] On ne déconne pas avec un Boer dans tous ses états. Encore moins quand il agite un fusil.
[...] – C’est ce pays, Harry, dit-elle, le visage enfoui dans sa chemise. On a tous été abandonnés.
[...] C’est pour ça que je dis que cette terre est gorgée de sang. Nous avons tous du sang sur les mains.
Le seul flic blanc de ce petit commissariat du bush, l'inspecteur Beeslaar, tout récemment muté de Jo'burg (suite à une sombre histoire apparemment) se retrouve avec une drôle d'affaire sur les bras.
[...] Si on se montre trop dur, on est le flic blanc qui essaie de lécher le cul des patrons noirs. Si on laisse courir, on donne l’impression à des types comme Hanekom qu’ils peuvent continuer quand même. Et aux yeux des patrons noirs, on passe pour un raciste qui n’assume pas.
Nous voici plongés dans un polar 'country', bien loin des ambiances survoltées du Cap ou de Jo'burg.
Malheureusement on peine un peu à suivre l'inspecteur déchu dans sa découverte des us et coutumes des culs-terreux du Cap-Nord. On revient sans cesse d'une fausse piste à une autre, on saute du poulet au babouin (cela semble être l'équivalent local de notre coq à l'âne), d'un personnage à un autre, d'un dialogue inachevé à un autre ... On comprend bien qu'il s'agit des errements de l'inspecteur, de son incompréhension face à la situation, peut-être même des difficultés de communication entre différents personnages d'origines, de cultures et de conditions si différentes, mais tout cela donne au bouquin un ton étrangement décousu.
[...] Une bande de criminels terrorise la communauté juste sous votre nez. Et vous n’avez pas arrêté une seule personne… pas encore une seule. Vous n’avez même pas de suspect. Ils vous font tourner en bourrique. Et à présent, des gens se font tuer… des cambriolages continuent impunément et virent au meurtre et les Blancs extrémistes fomentent un soulèvement. Remettent sur pied les anciens commandos.
Prêtons tout de même à l'avenir une oreille attentive à la voix de Karin Brynard (journaliste comme l'une des personnages) qui s'affirmera peut-être au fil des prochaines traductions.

Pour celles et ceux qui aiment les fermiers.
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