vendredi 1 avril 2016

Bouquin : En attendant Robert Capa


[...] Ce n'était que des photographes. Des témoins.

À notre époque submergée d'images animées et où les mots ont perdu tout leur poids, on constate toujours qu'une simple photo garde encore toute sa puissance de choc [clic].
L'agence Magnum fête ses soixante ans, la valise mexicaine a été retrouvée et il nous a paru tout naturel de passer un moment en compagnie de l'espagnole Susana Fortes, en attendant Robert Capa.
Une biographie romancée du photographe hongrois André Friedmann (aka Robert Capa) et surtout de sa muse, l'allemande Gerta Pohorylle (aka Gerda Taro). Tous deux juifs et réfugiés à Paris au moment où les bruits de bottes se faisaient trop forts dans leurs pays respectifs.
[...] Ça puait la fumée d'incendie, le cuir. Les bottes bien cirées, la buffleterie, les chemises brunes, les ceintures à boucle, les harnachements militaires.
Comme une évidence, c'est Rive Gauche que va naître leur idylle, dans les cafés de Montparnasse, dans le bouillonnement intellectuel de l'entre-deux guerres, aux côtés des personnalités qui marquèrent la deuxième moitié du siècle.
Un amour qui changera et la vie et la carrière de Robert Capa.
Et qui aurait sans doute pu changer celles de Gerta ...
[...] Il lui parut un peu présomptueux, beau, ambitieux, parfois comme les autres trop prévisible, séducteur évidemment, quelque peu vulgaire aussi, pas très raffiné, manquant de manières.
[...] Et c'est moi qui vais être ton manager.
[...] Les grandes horloges avaient alors déjà prévu leur dernière heure à chacun, et sans doute chacun le savait-il déjà, d'une façon ou d'une autre.
Ils partirent pour l'Espagne en guerre, armés de leurs Leica.

[...] Ce n'était que des photographes, des individus dont l'occupation est de regarder. Des témoins.
[...] Une cause sans images, ce n'est pas seulement une cause oubliée. C'est aussi une cause perdue.
Une courte et belle histoire d'amour comme on sait les idéaliser chez les intellectuels de cette période, sur fond d'une guerre d'Espagne finalement assez méconnue.
André et Gerta sont exaspérants de suffisance et d'aveuglement. Jeunes, beaux, amoureux, talentueux et bientôt célèbres, ils croyaient changer le monde sans se rendre compte qu'il était en train de s'écrouler autour d'eux.
Une dernière salve d'artifice avant que la nuit tombe.
Curieusement ce livre très documenté tant sur la guerre d'Espagne que sur le couple de photographes, s'avère finalement assez superficiel et l'on apprend finalement peu de choses sur le travail de ces reporters en pleine guerre d'Espagne.
Comme si l'auteure s'était contentée de trouver un beau décor historique pour nous raconter une belle histoire d'amour sous le soleil de son pays ou si elle s'était trop effacée derrière l'Histoire de ses Personnages.
Et sa prose se laisse parfois emportée par le lyrisme maladroit que voulait peut-être l'époque.
[...] Cette image lui restait comme un hématome à la mémoire.
[...] Les pupilles brillantes et constellées de braises vertes de colère.
Finalement, on retiendra surtout de ce bouquin un très beau portrait de femme : encore une créature trop moderne et trop vivante pour son époque.
Un portrait qui, toutes proportions modestement gardées, serait un peu comme une vie supplémentaire d'Amory Clay, une vie fulgurante et trop courte.

Pour celles et ceux qui aiment la photo.
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