vendredi 15 janvier 2016

Bouquin : Retour à Little Wing


[...] L’amitié facile et tranquille de notre jeunesse avait vécu.

Passés ses trente printemps, après avoir écumé divers petits boulots, Nickolas Butler fut touché par la grâce au fin fond du Wisconsin.
La grâce de ceux qui prennent la plume pour nous sortir un premier roman superbement écrit : Retour à Little Wing.
Loin des états d'âme éric des citadins de la Côte Ouest ou de la Côte Est, le Wisconsin de Butler est presque à contre-courant de la littérature contemporaine : il y souffle encore les vents des plaines du début du siècle dernier.
C'est pourtant une histoire très actuelle et bien contemporaine que nous raconte Butler : celle d'une petite ville du middle west, celle d'un groupe d'amis.
[...] Ces hommes qui se sont toujours connus. Ces hommes qui sont tous nés dans le même hôpital, qui ont été mis au monde par le même obstétricien. Ces hommes qui ont grandi ensemble, mangé la même chose, chanté dans les mêmes chorales, fréquenté les mêmes filles, respiré le même air. Ils ont développé une langue à eux, une communication par signes invisibles, comme des bêtes sauvages. Et parfois, être ensemble, tout simplement, leur suffit, quand ils se baladent en forêt, regardent la télé ou font griller des steaks. Je les ai vus faire. Des journées entières à débiter des stères de bois en échangeant une dizaine de mots à tout casser.
Il y a Hank, devenu ou resté agriculteur et éleveur.
Il y a Ronny, ancien cow-boy de rodéo, devenu en partie invalide après un accident ... de bouteille.
Il y a Kip, le gars qui a réussi dans la finance à la ville.
Il y a Lee, devenu chanteur à succès (N. Butler était au lycée avec Justin Vernon, le chanteur de Bon Iver).
Et il y a leurs femmes que cache bien mal cette histoire d'amitié virile.
C'est un roman à plusieurs voix (même si l'on sent peu de différences dans les intonations : la voix reste surtout celle de Butler), un roman choral comme l'on dit, où chaque personnage prend tout à tour la parole au fil des chapitres. Ces ruptures de ton et de temps permettent également de franchir les années et de voir évoluer les personnages au fil des déceptions, des écarts, des erreurs, des retours, des mariages et des divorces, ...
[...] Nous sentions tous les deux qu’à plus de trente ans nous étions enfin sortis de l’enfance. Que l’amitié facile et tranquille de notre jeunesse avait vécu. Nous avons passé une demi-heure sans échanger plus d’une centaine de mots. Pas même à propos de la pluie et du beau temps.
[...] Depuis notre mariage, je voudrais pouvoir recommencer et faire les choses différemment.
[...] – Alors quoi, tu veux te battre ? m’a-t-il demandé. C’est ça ? Parce que merde alors, vas-y, je suis prêt à ce que tu me casses la gueule si on peut recommencer à être amis après. J’en ai vraiment rien à foutre.
– Ça serait pas vraiment une bagarre dans ces conditions…
– Non, sans doute que non. Qu’est-ce qu’on peut faire, alors ?
On commence ce livre scotché au fauteuil par la qualité du travail d'écriture de Nickolas Butler : pour mieux l'apprécier, on vous livre ici [clic] les premières pages du bouquin.
Et puis peu à peu, au fil des chapitres un peu répétitifs, on commence à se lasser des ces histoires de bisounours à la campagne, à l'écart du stress des grandes villes perverties. Des états d'âme, il en sera finalement question : ceux de ces trentenaires et de ces couples qui se cherchent, se perdent et se retrouvent. Un sentiment mélancolique nous envahit peu à peu. Peut-être parce qu'il s'agit avant tout d'une nostalgie, celle d'une vie simple et naturelle, telle qu'on l'imagine à la campagne, telle qu'on l'idéalise dans le passé.
Et l'on en vient à se demander s'il n'a pas manqué à l'auteur la force d'une véritable histoire pour mieux employer sa belle plume. Un bel exercice littéraire qui, de peu, manque d'être un grand roman.
On va se permettre également de citer une voisine de blog, Sandrine qui a eu ces mots très justes :
[...] Et de m’interroger sur ce qui fait la force de tels romans. Pourquoi s’émeut-on des amours et amitiés de péquenots américains. Car soyons clairs : si le roman se déroulait dans la Creuse ou la Meurthe et Moselle, tous ces personnages ne seraient rien d’autres que des péquenots, des bouseux. Mais là, sublimés par l’attention que leur porte l’auteur, ils sont plus grands et plus vivants que n’importe qui. Ils sont aussi nourris de décennies de romans et de films qui dépeignent, peut-être plus grandioses que nature, les hommes et les femmes qui font l’Amérique.


Pour celles et ceux qui aiment la nostalgie de la campagne.
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