lundi 7 décembre 2015

Cinoche : Le pont des espions


Oh, come on, counsellor ...


Inutile de présenter Steven Spielberg l'un des plus grands faiseurs de cinéma de notre génération, brillant touche à tout, qui délaisse depuis quelques années ses/nos jouets de science-fiction pour revisiter notre Histoire.
Inutile de présenter Tom Hanks l'un des plus grands acteurs de cette même génération, au mieux de son génie lorsqu'on lui demande d'incarner un américain moyen mieux que l'américain moyen lui-même.
La collaboration des deux ne date pas d'hier et Le pont des espions est une nouvelle preuve de leur(s) talent(s).
Et une fois de plus devant un Tom Hanks, empâté et vieillissant, très fifties, on se dit que ce rôle n'attendait que lui.
Un rôle d'avocat ('LE' métier du rêve américain ?) habile et retors, qui manie la langue et ses interlocuteurs comme seul un avocat habile et retors sait le faire. Une petite scène d'exposition nous le fait comprendre en peu de mots quand Tom Hanks, avocat d'assurances, explique à son adversaire que demander trop d'indemnités à la compagnie qu'il représente finirait par nuire à l'humanité toute entière si les assurances ne pouvaient plus assurer leur métier d'assureurs ! Le gars qui arriverait à vous convaincre de vendre vos gosses en vous persuadant de faire une bonne action, et à bas prix encore.
Mais en 1957, l'avocat d'assurances Tom Hanks/James B. Donovan va accepter une affaire dont personne ne veut : la défense de Rudolf Abel, un espion russe pris en flagrant délit ou presque (très belles scènes d'ouvertures).
La Constitution des États-Unis et Tom Hanks sont tous deux persuadés que chaque homme a droit à un procès équitable, même un espion pris la main dans le sac en pleine Guerre Froide. James B. Donovan va donc devenir l'homme le plus haï d'Amérique. Juste après son client.
Bien sûr, en dépit des efforts de  Donovan, le procès sera perdu : le verdict était écrit d'avance, par les autorités, la presse et même le juge (Oh, come on, counsellor ...), et l'avocat réussira seulement à sauver son client de la chaise électrique ... grâce à ses réflexes d'assureur - on vous laisse découvrir l'argumentaire !
Mais le film n'en est encore qu'à sa moitié : Spielberg continue de dérouler l'histoire vraie (pardon l'Histoire vraie) de James B. Donovan qui sera bientôt appelé par les soviétiques et les allemands de l'est pour négocier un échange entre Rudolf Abel et un pilote américain capturé de l'autre côté du Rideau de fer.
Nous suivons donc Tom Hanks à Berlin et on jubile de le voir négocier à nouveau, tout seul contre les russes et la RDA (sans même ses compatriotes américains qui déclinent toute responsabilité et ne veulent pas apparaitre officiellement).
Dans la vraie vie, James B. Donovan semble même s'être pris à ce jeu diplomatique puisqu'il deviendra peu à peu une sorte de négociateur officieux : quelques années plus tard, on le verra même obtenir de Castro la libération de plus de mille prisonniers américains après le désastre de la Baie des Cochons !
Mais revenons au film.
Si le premier volet est sans défaut, BMR s'est un peu irrité de voir une seconde partie empesée de séquences un peu lourdingues et explicatives (et d'une musique à émotions) : l'avion espion, les décors de carton-pâte à Berlin-Est, les scènes édifiantes le long du Mur, ... jusqu'à ce que MAM lui fasse remarquer la moyenne d'âge de la salle à qui il faut bien expliquer ce qu'était la Guerre Froide. Ah bon, tout le monde n'a pas grandi avec ? Ok, alors.
Mais c'est aussi cette seconde moitié du film qui nous vaut les scènes les plus savoureuses puisque l'on y découvre ces fameuses négociations : épique ! Tom Hanks/James B. Donovan est vraiment redoutable lorsqu'il entame sa partie de billard à trois bandes !
Le film est bourré d'humour et pour une fois, ce ne sont pas les États-Unis qui sauvent le Monde : bien au contraire, les compatriotes de James B. Donovan (juges, collègues, CIA, famille, armée, ...) sont soigneusement épinglés pour leur manque d'humanité et leurs manquements à leur propre Constitution, celle que saluent pourtant les petits élèves chaque matin devant le drapeau de leur école.
Ce ne sont pas les États-Unis qui sauvent le Monde, mais un homme seul, droit dans ses bottes, un standing man (le sous-tire de la VO).
Et puis il y a cette amitié qui naitra entre le petit espion silencieux et son bavard. Elle nous vaudra les plus belles répliques du film comme ce running joke, Would it help ? que prononce Rudolf Abel chaque fois que Donovan lui fait remarquer qu'il n'a pas vraiment l'air inquiet de son sort.
Ou encore ce I can wait, prononcé (par Rudolf toujours) sur le fameux pont, dans des circonstances finales qu'on ne peut pas dévoiler. Tout le film est truffé de dialogues savoureux, taillés au cordeau (avec l'aide des frères Cohen crédités au générique) et face au géant Tom Hanks, Mark Rylance n'a pas à rougir et réussit à camper un petit espion calme et silencieux dont on se souviendra longtemps.
La salle comble ne s'y trompe pas qui applaudit généreusement le clap de fin.

Pour celles et ceux qui aiment les avocats.
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