samedi 6 juin 2015

Bouquin : L'assassin est à la plage


la Cadémicienne et le Gigolo
ou le syndrome de la page 1

Il aura fallu pas mal de recommandations de ci de là pour nous inciter à passer outre cette couverture affublée d’un titre à la noix, L’assassin est à la plage, et d’une signature tout à fait inconnue de nos services, celle d’Arlette Aguillon.
Peux pas dire que ça sente l’opération marketing !
Mais les premières pages (miracle du ebooking) nous auront convaincus que ce choix improbable n’était finalement pas mauvais et pouvait même être LE bouquin idéal pour les plages cet été et pas seulement à cause du titre et pas seulement parce que ça se passe dans le Var.
Non, plutôt parce que c’est frais, bourré d’humour souvent finaud, parce que c’est sans prétention (ça c’est appréciable) ni prise de tête.
En prime, c’est plutôt bien écrit et derrière l’humour potache qui sait rester de bon ton, se cache à peine une plume fort bien maîtrisée et joliment travaillée.
[...] J’étais petit. Je devais avoir quatre ou cinq ans. On visitait l’abbaye de Fontevraud. Papa et maman me tenaient chacun par une main. Une famille heureuse. La veille, maman avait donné un concert dans un château du voisinage. Faut dire que maman joue du clavecin. Elle n’est pas très connue, elle n’est même pas connue du tout ; aussi, hors saison, pour mettre un peu de beurre dans les coquillettes (on n’aime pas les épinards, à la maison), elle donne des leçons de piano. Entre nous, si tu veux gagner de la thune, mieux vaut te lancer dans l’électro. Le clavecin, Mozart trouvait déjà ça ringard.
Dame Aguillon, plutôt habituée des romans historiques et de terroir, fait preuve ici d’un humour savoureux mais sa prose hilarante sait rester élégante.
D’ailleurs il est pas mal question d’écriture dans ce bouquin : un journaliste, une académicienne, un mystérieux manuscrit, … et même le roman lui-même ponctué de pages 2 hilarantes et successives car il est beaucoup plus difficile d’écrire la page 1 qui va bien, tout le monde sait cela.
On se bidonne tout du long de ce roman farceur qui n’a de polar que l’étiquette car il s’agit surtout de passer un très bon moment, plein de bonne humeur et de francs sourires, en compagnie de Dame Aguillon et de toute une galerie de personnages.
À commencer par l’académicienne Madeleine et le jeune gigolo Maxime.
Citons une interview d’Arlette Aguillon :
Madeleine est une synthèse d’Edmonde Charles-Roux, Liliane Bettencourt et Jane Fonda.
Maxime doit beaucoup, et jusqu’à son prénom, à un adorable petit élève que j’ai eu il y a une vingtaine d’années.
Et puis il y a Jasmine, la jeune ado passionnée de photo.
[...] Jasmine. L’ado dans toute son insolente verdeur : des jambes, des cheveux et un œil. Un seul. Noirs les cheveux, avec une mèche violette. Noir l’œil. Et barbouillé de noir gothique tout autour. Des jambes jusqu’aux oreilles. Elle a quatorze ans à tout casser.
L’auteure derechef :
Jasmine a le langage châtié d’une jeune voisine, le délicieux physique de l’une de mes petites filles et le caractère intrépide de l’autre (jusqu’à sa passion pour la photographie).
Alors un polar quand même ?
[...] — Si je comprends bien, c’est un roman policier ?
— Pas seulement, monsieur… pas seulement… Et elle repart de plus belle : de l’action, du suspense, mais aussi de l’amour et même du sexe.
Oui un polar, s’il l’on insiste un peu pour s’intéresser à la mince intrigue qui sert de prétexte à toutes sortes de rencontres puisqu’un serial-killer sème des cadavres à tous les ronds-points du village, au grand dam de la maréchaussée …
[...] — Chef ! Chef ! Le docteur dit que le pendu… c’est une femme !
— M’étonne pas, y a qu’une gonzesse pour foutre un bordel pareil !
[...] Résumons. Nous avons en effet plusieurs éléments récurrents : rond-point, suicide, corde, étiquettes, survêtements, objets personnels, crânes chauves ou rasés. Il faut trouver un mobile. Ou un rituel. Pourquoi éliminer une série de suicidaires en les étouffant avec un sac ? Pourquoi les tondre, leur enfiler un hideux survêtement, les numéroter, leur passer une corde au cou et aller les planquer dans des ronds-points ? Il est gravement dérangé, le bonhomme.
[...] Aussitôt, je redeviens journaliste : — C’est une femme ?
— Non. Un bonhomme. Un prof du collège.
Un mec ? Fait vraiment n’importe quoi ce serial killer !
À notre tour donc, on ne saurait trop vous recommander de franchir le pas de cette couverture qui cache bien son jeu, pour une savoureuse et amusante balade dans le Midi en compagnie de Dame Aguillon et de tous ses personnages.
[...] Quand tu vois les mannequins d’aujourd’hui, 1,80 mètre, quarante kilos, qui font la gueule avec leurs yeux cernés, leur coiffure en pétard, leurs genoux cagneux et leurs pieds en dedans montés sur des échasses, tu te dis qu’à cette époque les couturiers ne cherchaient pas à dégoûter les hétéros des femmes. J’aime bien les femmes en robe. C’est frais… aérien… mystérieux… Mais c’est rare.

Pour celles et ceux qui aiment les vacances dans le Midi.
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