mercredi 18 mars 2015

Bouquin : Les héritiers de la mine


Des enfants comme s’il en pleuvait.

Après notre gros coup de cœur pour la pluie des oiseaux, on ne pouvait pas quitter tout bêtement cette charmante dame qu’est Jocelyne Saucier.
On a voulu faire une autre balade en son agréable compagnie.
Et franchement, l’accroche des Héritiers de la mine ne peut laisser personne indifférent :

[…] Mais combien étiez-vous donc? La question appelle le prodige et j’en ai plein qui m’étourdissent. Je ne sais pas si j’arrive à dissimuler ma fierté quand je les vois répéter en chœur, ahuris et stupides:
— Vingt et un ? Vingt et un enfants ?
Les autres questions arrivent aussitôt, toujours les mêmes, ou à peu près : comment nous faisions pour les repas (la dimension de la table, inévitablement, une femme veut savoir), comment nous parvenions à nous loger (combien de chambres ?), comment c’était à Noël, à la rentrée des classes, à l’arrivée d’un nouveau bébé, et votre mère, elle n’était pas épuisée par tous ces bébés ?
Alors je raconte.
Alors Jocelyne Saucier raconte l’histoire des Cardinal. Une famille ordinaire pas tout à fait ordinaire.
Une famille qui transpire la vie à grosses gouttes. L’exubérance anarchique et le désordre joyeux de la vie.
Tout comme transpire de toutes ses pages, ce bouquin de Dame Saucier qui, décidément, sait (bien) raconter de belles histoires. Une vraie conteuse.
Dans les années 50-60 au fin fond du Québec, le père était prospecteur de mines et jouait de la dynamite. La mère sortait rarement de sa cuisine, il lui fallait nourrir ses vingt et un rejetons.
Eux ont presque oublié leurs prénoms à force de s’appeler autrement : LaPucelle, LesJumelles, LeGrandJaune, Geronimo, Zorro, LePatriarche, LaTommy, les Titis, ElToro, … forcément avec vingt et un, y’a de quoi en faire des surnoms !
LaMère, elle, passait son temps à les compter. À table, quand ils mangeaient (le seul endroit où chacun avait sa place et où il n’y avait pas de bagarre pour s’assoir). La nuit elle parcourait les chambres et comptait les endormis dans leurs lits.
[…] Je le sais, moi qui attendais l’instant sublime où son regard se poserait sur moi, à table quand elle nous servait et faisait le compte de ses enfants, la nuit quand elle allait d’un lit à l’autre et que, ô bonheur des anges, je la sentais se pencher sur mes angoisses de la journée.
Comme si vingt et un c’était trop pour les embrasser d'un seul et même regard et qu’une mère ne pouvait pas vivre sereine sans avoir tous ses enfants sous les yeux.
Bien des années plus tard, tout le monde se retrouve, pour la première fois depuis longtemps, à l’occasion d’un congrès où LePère doit être décoré du mérite des prospecteurs. Tout le monde a grandi, est devenu adulte. Tout le monde y va de ses souvenirs, les plus cocasses, les plus épiques.
Tout le monde ou presque : l’un des vingt et un Cardinal manque à l’appel.
Toute la troupe est de mèche, on tait le drame, on cache l’absence : si LaMère venait à compter ses petits devenus grands, c’est sûr, elle ne s’en remettrait pas.
Car il y a eu un drame dans la tribu des Cardinal.
[…] «Regarde, regarde-moi, vois ce que tu as fait.» J’ai traversé le pont avec lenteur à cause des planches disjointes du tablier et de la voix qui me poursuivait. «Regarde où l’ont menée tes jeux cruels.» En sortant de la pénombre du pont couvert, je nous ai vus, Émilien, LaTommy et moi, là, en plein soleil, en plein cauchemar, dans la vieille auto d’Émilien. «Regarde-la bien maintenant. Entends son cri. Vois toutes ces tonnes de roches qui s’abattent sur elle. Regarde la chair qui se déchire, le sang qui gicle, le ventre qui s’ouvre, le cerveau qui éclate. Vois ce que tu as fait.»
Que s’est-il passé ce funeste jour ? Qui ne puisse être dit, qui doive être tû ?
[…] Il nous faudrait attendre d’autres rencontres pour que nos âmes soient prêtes à recevoir ce qui devait être dit.
[…] LaTommy est sortie de l’auto, emportant avec elle le pantalon et la chemise qui devaient mettre fin à l’horrible jeu de rôle auquel elle s’était livrée. Nous savions dès lors, Émilien et moi, qu’elle s’était chargée de sauver la famille. Ou qu’on l’en avait chargée.
[…] Il y avait eu enquête après l’explosion. Des policiers étaient venus, avaient interrogé tout le monde, et s’en étaient retournés avec leurs tonnes de soupçons et pas une once de preuve contre nous.


Pour celles et ceux qui aiment les familles nombreuses.
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