lundi 28 juillet 2014

Miousik : Noa Moon

Sur la route …

Fraîcheur estivale venue, comme les vacanciers, de Belgique : Noa Moon alias Manon de Carvalho Coomans.
Bonne humeur contagieuse, rythme chaloupé un brin pop, un brin reggae et un tube enivrant :
- On my way (petite intro, version acoustique)
à enchaîner de suite avec :
- Paradise (version électrique).
Le reste de la production ne vaut peut-être pas le détour par le plat pays mais ces deux morceaux-là vont nous accompagner sur la route des vacances …

Yakakliker pour écouter notre playliste.

jeudi 24 juillet 2014

Bouquin : La pièce montée


Bas les masques.

Décidément, Blandine Le Callet sera notre découverte littéraire de l’année.
Après les Dix rêves de pierre lus fin 2013, et surtout le coup de cœur de La ballade de Lila K, lue il y a quelques semaines, voici un second coup de cœur pour Une pièce montée.
On notera au passage qu’il s’agit là de trois romans bien différents, dans le fond comme dans la forme, ce qui dénote un talent très sûr.
Cette pièce montée est son premier roman et date de 2006. C’est le plus connu et celui qui s’adresse au public le plus large.
Tout comme dans La ballade de Lila K (second roman qui date de 2010 et pour lequel on a un petit faible), on retrouve ici le sens aigu et maîtrisé de Blandine Le Callet pour des portraits féroces mais sans méchanceté et des personnages fouillés et attachants.
Hasard des lectures, ces retrouvailles familiales à l’occasion d’un mariage nous ont fait penser au roman américain de J.C. Sullivan : Maine. Même si les styles sont bien différents, de nombreux thèmes sont communs.
Ici aussi il est question de femmes (plus que d’hommes), de famille(s) et de maternité(s) et même d’aïeule impossible.
De mariage aussi donc puisque autour de la pièce montée se retrouvent, par nécessité et obligation, les familles, frères et sœurs, pièces rapportées, parents, enfants et petits-enfants.
Bérengère Clouet épouse le fils Le Clair.
[…] Fin janvier, les deux familles se rencontrent, lors du dîner de fiançailles organisé par les parents de Bérengère. Mme Le Clair est définitivement rassurée : chez les Clouet aussi, les fauteuils Louis XVI sont d’époque.
Les deux tourtereaux sont issus de bonnes familles mais l’auteure n’en fait pas trop dans le registre Le Quesnoy : tout cela se passe dans toutes les ‘bonnes familles’, fauteuils Louis XVI ou pas, dans toutes les familles qui se veulent ‘bonnes familles’, chez vous comme chez moi donc. On n’est pas chez ‘les autres’ et c’est bien sûr toute la force du roman que de vous décrire, qui votre belle sœur, qui votre mère ou votre frère, qui votre belle mère, … Difficile de ne pas s’y retrouver et donc de ne pas plonger avec Blandine Le Callet dans l’enfer familial.
[…] Ça doit être le plus beau jour de notre vie, Vincent, assène-t-elle en détachant les syllabes pour donner à ses paroles le poids nécessaire. C'est comme un spectacle, tu comprends ? Une pièce de théâtre. Nous sommes les personnages principaux, et les invités sont à la fois les figurants et les spectateurs. Pour que ce soit réussi, tout doit être réglé au millimètre !
Mais bien évidemment, comme dans la vraie vie, la réunion familiale ne se passe pas exactement comme on le voudrait …
À commencer par la messe (on n’est pas spécialement croyant mais pour un mariage, ça fait plus chic : que celui qui n’a pas déjà assisté à ‘ça’ jette la première pierre à Blandine Le Callet) :
[…] Elle pensait s’ennuyer à l’église, mais contre toute attente, la cérémonie ne manque pas de piquant. C’est la première fois qu’elle voit un curé bâcler une messe de mariage.
Ce bouquin est loin d’être une simple diatribe contre le mariage ou une critique acerbe de plus contre la bourgeoisie. Bien plus astucieusement que dans un simple roman choral, chaque chapitre est dédié à l’un des personnages avec qui nous revivons les moments de ce fameux mariage attendu par les uns, redouté par les autres : on (re-)découvre donc les uns et les autres au travers des regards des autres et des uns. Peu à peu, chaque personnage devient plus complexe, le plus haïssable se montre finalement attachant, le plus idéal apparait de moins en moins sympathique(1). Sous la férocité incisive et l’humour caustique, l’auteure n’oublie jamais qu’elle aime ses personnages, pour le meilleur et pour le pire.
Les secrets, les rancunes, les non-dits font peu à peu surface.
Bas les masques : familles je vous hais.
C’est si vivant, si habilement raconté que ça se dévore comme un polar tant on a hâte de voir tel ou telle sous un nouveau jour, plus ‘vrai’ que dans la précédente image.
De quoi nous faire regretter que Blandine Le Callet ne soit pas plus prolixe.
Si vous ne connaissez pas encore cette auteure, il faut impérativement vous rendre illico à ce mariage (n’oubliez pas le chapeau) et partir ensuite en bal(l)ade avec Lila K.
(1) - décidément, encore pas mal de points communs avec Maine dans cette construction


Pour celles et ceux qui aiment les histoires de famille.
D’autres avis sur Babelio.

lundi 21 juillet 2014

Cinoche : L’homme qu’on aimait trop

Téchiné, impair et manque.

Mais diantre, quel film André Téchiné a-t-il bien voulu faire avec cet Homme que l'on aimait trop ?
À notre époque qui aime tant être inspirée par les histoires vraies, l'idée de départ n'était peut-être pas si mauvaise de mettre en images ce que le 20h de TF1 nous avait jusqu'ici épargné : l'arrière boutique de l'affaire Leroux/Agnelet qui défraie les chroniques judiciaires depuis quarante ans et qu'un nouveau rebondissement vient tout juste de replacer sur le devant de la scène en ce début 2014.
Téchiné nous ramène dans les années 70 : la grande bourgeoise Renée Leroux perd de l'argent dans son casino de la promenade des anglais, les concurrents, un peu mafieux, un peu niçois, rodent autour de l'animale aux abois ... Le jeune Agnelet entreprend de séduire la fille Leroux (Agnès) pour mieux servir ses maîtres et faire chuter la mère et son casino.
Quarante après, la justice n'a pas vraiment été rendue (ou alors plusieurs fois, ce qui revient au même), la vérité vraie n'est toujours pas connue et Agnelet a été condamné pour le cadavre d'une Agnès que l'on n'a jamais retrouvée. Voilà pour ceux qui, comme BMR, avait zappé le 20h de TF1.
Reste le film de Téchiné. Classique, pesant et académique comme seuls les films dits français (un genre en soi), comme seuls les films français les plus chiants (encore un genre en soi) savent l'être.
À peine sauvé par ses trois acteurs : Catherine Deneuve joue Catherine Deneuve pardon Renée Leroux, un rôle taillé sur mesure pour elle, tout comme ses robes années 70, et son jeu un peu décalé s'accorde à merveille avec ce qui est peut-être le vrai personnage.
Guillaume Canet n'a pas le beau rôle, c'est le cas de le dire : à force de vouloir dépeindre Maurice Agnelet comme un homme trop poli pour être honnête, le pauvre Guillaume finit par se diluer dans son personnage lisse et insignifiant. Seules quelques rares fulgurances (quand Agnelet explique qu'il ne veut pas être trop aimé) nous laisse à peine entrevoir quelque chose sous le costume trois-pièces.
Et puis bien sûr, il y a la jeune Agnès et l'occasion de découvrir la jeune Adèle Haenel, dernière coqueluche en date du show-biz. Succès mérité sur lequel s'appuie lourdement Téchiné qui presse son actrice comme un citron (ou plutôt comme un oignion puisque des larmes et des pleurs il y a).
Face à ces deux partenaires, dans ce monde friqué et fabriqué qu'est la Côte d'Azur, Agnès Leroux/Adèle Haenel semble être la seule personne vivante.
Jusqu'à sa disparition.
Bien. Ok. Deux ou trois bons acteurs, bien dirigés. Mais la question initiale reste entière : quel film André Téchiné a-t-il bien voulu faire ? Question pour un prochain quizz cinéma peut-être.
MAM aime bien les bons acteurs : elle n'a pas été déçue.
BMR aime bien les bonnes histoires, il aurait bien aimé en trouver une ici.


Pour celles et ceux qui aiment les actrices, les nouvelles et les anciennes.
D'autres avis sur SensCritique. Celui de Perle&Navet.

mardi 15 juillet 2014

Bouquin : Une vérité si délicate

Quand la raison d’État passe au privé.

Pas souvent fan de John Le Carré (on le dit à chaque fois !), voilà qu’on a bien aimé cet épisode qui pourtant avait tout pour déraper sur une pente dangereuse.
Le Carré entendait en effet explorer deux thèmes très à la mode : celui des lanceurs d’alerte, façon Snowden ou Wikileaks et celui des officines privées qui jouent les mercenaires pour les états devenus frileux, façon Blackwater ou Halliburton(1).
Autant dire qu’on pouvait craindre racolage et effets de mode, bref le pire.
Mais non, avec Une vérité si délicate, John Le Carré signe certainement l’un de ses meilleurs romans, même si on ne prétend pas être expert en bibliographie Carré.
L’auteur ne cède donc pas à la facilité médiatique que l’on craignait et reste fidèle à sa méthode : pas d’héroïques journalistes mais des hommes (presque) ordinaires embarqués dans une histoire d’espionnage qui va les dépasser.
Ça commence par une opération musclée sur le rocher de Gibraltar. C’est palpitant et on ne se croirait pas dans une chose écrite mais devant un écran de cinéma où tout se passe partout en même temps.
Bien entendu l’opération Wildlife va lamentablement foirer. Kolossale erreur, grosse bavure. Les mercenaires privés sont aux commandes et n’ont pas les mêmes scrupules que leurs collègues d’État.
On (re-)découvre au passage ce monde du renseignement, devenu un marché privé où certaines entreprises n’hésitent pas à s’emparer (parfois de manière musclée) des informations (ou des informateurs) disponibles pour en tirer profit ensuite. Avec la lutte anti-terroriste c’est devenu un marché très lucratif où (on l’a vu en Irak) l’offre crée parfois la demande.

[…] On a des mercenaires surentraînés en stand-by qui piaffent d’impatience, on a pour un demi-million de dollars de renseignements, tout le financement bouclé, des monceaux d’or de la part des bailleurs de fonds si on réussit le coup, et juste ce qu’il faut de feu vert des autorités en place pour ouvrir le parapluie, mais pas plus. D’accord, il y a eu des doutes sur nos sources de renseignements. Mais c’est toujours plus ou moins le cas, non ?
– C’était ça, Wildlife ?
– En gros, oui.
– Et les dommages collatéraux ?
– Désolants, comme toujours. C’est le pire aspect de ce métier.

Quelques années après le cafouillage de Gibraltar, certains protagonistes ont bien du mal à se remettre de leurs émotions tandis que le reste de l’appareil s’est efforcé de colmater les brèches et d’étouffer soigneusement toute l’affaire.

[…] L’opération Wildlife a été un foirage complet. Une méga-boulette. Les renseignements sur la foi desquels elle a été montée étaient un monceau de conneries, deux personnes innocentes ont été tuées et cela fait trois ans que toutes les parties impliquées étouffent l’affaire, y compris ce ministère, je le soupçonne fortement. Et le seul et unique homme qui avait la volonté de parler a connu une fin prématurée, évènement qui mériterait une très sérieuse enquête. Une vraie enquête, bordel !

Car bien sûr, la raison d’État commande de ne pas divulguer ce qui s’est passé et surtout pourquoi ça s’est mal passé :

[…] Que je le sache ou que vous le sachiez n’a aucune espèce d’importance. Ce qui compte, c’est si le monde le sait ou non et s’il doit le savoir ou non. Et la réponse à ces deux questions, très cher, réponse qui crèverait les yeux à un hérisson aveugle, sans parler d’un diplomate aguerri comme vous, est très clairement non, merci, jamais de la vie. Le temps ne guérit rien, dans ce genre d’affaire. Il pourrit les choses. Pour chaque année de démenti britannique officiel, vous pouvez compter des centaines de décibels de vindicte populaire moralisatrice.

Parler ou ne pas parler, et surtout à qui parler, that is the question.
La mécanique Le Carré est en marche, toujours aussi bien huilée en dépit de l’âge : des personnages fouillés et nombreux(2), des dialogues passionnants et tracés au cordeau, …
Quelques passages un peu longuets aussi, on a l’habitude.
Et au final un récit passionnant malgré une toute dernière fin un peu rocambolesque : faut bien finir cette histoire - la vraie Histoire, elle continue sans cesse.

(1) - déjà évoquées ici : [clic] [reclic]
(2) - on dirait bien qu’avec l’âge, l’auteur se rapproche un peu plus de ses personnages, ce qui fait très certainement qu’on apprécie mieux ses derniers bouquins (on avait lu il y a peu : Un traître à notre goût)


Pour celles et ceux qui aiment les diplomates et les espions.
D’autres avis sur Babelio.

mardi 8 juillet 2014

Bouquin : Baignade surveillée

Camping.

Voilà longtemps qu’on n’était pas tombé sur un roman typiquement français au style si spécifiquement hexagonal.
C’est grâce à Brize que l’on découvre donc (tardivement, le bonhomme écrit depuis plus de quinze ans) Guillaume Guéraud et son dernier roman : Baignade surveillée.
Officiellement classé dans les polars, il est à conseiller à ceux qui associeraient encore ce genre avec serial killer, enquête de police, american way of life et écriture industrielle.
Comme chaque année, Estelle et Arnaud partent faire du camping du côté d’Arcachon. Leur couple part en quenouille.
Mais alors bien.

[…] - Où tu vas ?
– Me baigner.
– Avec ton téléphone ? je lui ai fait remarquer.
– Lâche-moi la grappe !
Elle s’est tirée – la plage entière aurait pu entendre la porte claquer. Mon frère a pris les tenailles qui lui servaient de pincettes pour me demander :
– Est-ce que vous baisez ?
– Je vois pas en quoi ça te regarde.
– Vous baisez pas ! il en a conclu.

Pour ne pas arranger les choses, Max le frère d’Arnaud débarque sur la plage, à peine sorti de prison. Un révolté typique de nos romans franchouillards, tendance anar (le frangin Arnaud, lui, représente la tendance cgt canal historique).
Max est un gars marginal et fracassé.
Mais alors bien.
Un frangin trop sympa pour être honnête qui n’a jamais su rester dans les clous.

[…] Je revois même mon frère faire ses premiers pas sur la plage. Il a appris à marcher dans le sable et, des années plus tard, notre mère riait en disant que c’était pour ça qu’il filait de travers.

Une écriture sèche et sans esbroufe, sans tics stylistiques ni effets racoleurs. De la prose un peu brute (mais soigneusement écrite) comme la vie d’Arnaud et Max.  La pression sociale qui rôde aux alentours (d’où le titre finement vu).
Une construction qui crée un peu de suspense (d’où l’étiquette polar) et qui nous laisse découvrir pourquoi cet été-là Max est venu retrouver Arnaud sur la plage.
Des personnages à la limite de la caricature mais une petite histoire très attachante.
Deux losers mais des personnages très humains, une rencontre toute en délicatesse et une fin très triste et très poétique.
Un roman très court, presqu’une nouvelle par le style et l’épaisseur.
Guillaume Guéraud volait jusqu’ici en dessous des radars avec toute une série de romans plus ou moins classés dans le rayon des romans pour djeun’s, ceux qui ont la haine. Celui-ci serait son premier roman pour adultes. De quoi nous donner envie d’aller voir plus loin ce qui se cache derrière les étiquettes.


Pour celles et ceux qui aiment le camping et les jeux dans le sable.
D’autres avis sur Babelio. Celui de Brize à qui l’on doit cette découverte.

lundi 7 juillet 2014

Cinoche : Under the skin

Chasse à l’homme.

Avec Under the skin, Jonathan Glazer livre un conte fantastique et surtout psychologique (amateurs de SF gore, passez votre chemin).
La belle Scarlett Johansson prête son joli minois (et le reste, oui) à une aliène qui a revêtu son enveloppe. La nuit venue, elle erre dans les rues sombres de Glasgow à la recherche d’hommes seuls faciles à séduire(1).
Ses grands yeux au regard fixe (il y a quelqu’un d’autre derrière ou plutôt quelque chose d’autre), ses grands yeux, son sourire et sa façon de descendre les escaliers font tomber les mâles comme des mouches(2).
Derrière elle, un gang mystérieux de motards inquiétants fait le ménage pour éviter les indices compromettants.
Faut dire que les aliens ont bien choisi leur terrain de chasse : une Écosse froide et pluvieuse, où l’on patauge dans la neige fondue, une Écosse perdue au bout de nulle part(3), où chacun traîne sa solitude. Après l’Islande de Balthazar Kormakur, voici l’Écosse de Jonathan Glazer
Évidemment quand on croise Scarlett sur la route là-bas, on ne s’attarde guère sur le fait qu’elle ait la peau si froide.
Mais ni SF, ni polar, le film donne plutôt dans l’allégorie fantastique : une aliène à la peau glacée, sans cœur et sans aucune humanité(4) essaie de se frotter à notre Humanité. Glasgow est peuplée d’humains pas toujours très engageants : des moches, des gros, des vieux, des trainards, … pas toujours folichon la chaleureuse fête humaine mais visiblement aux yeux d’une aliène encore plus seule, c’est follement attirant. Si intrigant et attirant que tout va basculer quand elle rencontrera la solitude extrême, le plus solitaire au pays des solitaires.
La chasse à l’homme devient une chasse à l’humain.
Au point que la belle Chose va trébucher et essayer de manger un gâteau au chocolat, de rire devant la télé, bref de faire ‘comme tout le monde’ et plus si affinités. Pas sûr que ça marche …
La fin sera poétique mais pas bien gaie, comme tout le film.
Un film très visuel, fait de peu (très peu) de mots, le film certainement le plus asiatique des films européens. Des images tirées de la nuit, des éclairages fulgurants, c’est très graphique et très beau. Très sombre et très glacé.
Noir c’est noir.
Et rarement actrice aura eu un film ainsi dédié à son aura.

(1) - si toutes les aliènes ressemblent ainsi à Scarlett, l’humanité est fichue !
(2) - à plusieurs reprises, on saisira l’allusion à La Mouche et aux insectes emprisonnés dans une cage de verre …
(3) - c’est pas moi qui le dit, mais un immigré tchèque !
(4) - la démonstration est parfois un peu trop appuyée comme avec le bébé sur la plage que l’on revoit une fois de trop


Pour celles et ceux qui aiment Scarlett Johansson.
D’autres avis sur SensCritique.

dimanche 6 juillet 2014

Cinoche : Edge of tomorrow

Le jour le plus long.

Les aliens ont envahi l’Europe (l’Allemagne, la France, tandis que les troupes russes progressent sur le front de l’est : les plus calés en Histoire auront saisi l’allusion subtile) et les Angliches se préparent à débarquer en Normandie.
Ça va être un carnage et le jour le plus long.
Vraiment le jour le plus long.
Puisque Edge of tomorrow est une sorte de remake de la marmotte (sans marmottes mais avec des araignées géantes).
On a désormais l’habitude de ces histoires qui rembobinent leur film et Tom Cruise va sauver le monde grâce à la technique classique du jeu vidéo : tu perds, tu recommences mais tu sais où passer désormais, quels pièges éviter et tu es meilleur à chaque fois.
Same tom cruise shoot again.
En plus, y’a même Emily Blunt dans le rôle de Lara Croft.
L’astuce scénaristique est plutôt bien exploitée : il faut à chaque fois être plus habile, plus rapide, ne serait-ce que pour convaincre les autres que si, si, puisque j’te dis qu’y faut pas passer par là, y’a un alien planqué dans le sable, j’te dis, pas par là, paf, là tu vois bien, faudra m’écouter plus attentivement demain, …
Lara Croft (elle est futée, elle) elle a tout compris et dès que ça tourne vinaigre, hop, elle zigouille Tom Cruise et on recommence, ce qui nous vaut quelques gags bien venus.
Au fil des jours de ce jour sans fin, le soldat Cage s’aguerrit et peu à peu gagne en héroïsme : le soldat Cage devient Tom Cruise.  Un Tom Cruise qui pratique le jour sans fin dans la vie comme au cinéma, refusant de vieillir depuis Top Gun (voir l’astucieux article de P&N).
Sauf que même le premier bambin venu devant sa game boy sait qu’on n’a pas des points de vie illimités …
Alors ça va se gâter encore plus. Les aliens ont envahi Paris.
Certes on est bien contents de voir Paris servir de décor à un blockbuster américain.
Mais faut quand même accepter que Tom Cruise bousille le Carrousel et la Pyramide du Louvre. Ferait pas ça chez lui, j’suis sûr. Déjà que les aliens avaient bousillé la Tour Eiffel.
Bon, un soir d’orage étouffant ou un soir de foot déprimant, ça se laisse regarder, à condition d’accepter (outre les bousillages de Paris) de se compromettre et de donner son obole à la secte de Tom Cruise, ce que MAM, plus intègre que BMR, se refuse absolument à faire. Avec raison sans doute, puisqu’il est pas sûr que les scientologues partagent leur secret d’immortalité, surtout pour une place de cinoche.


Pour celles et ceux qui aiment les plages de Normandie et les araignées.
D’autres avis sur Sens critique. Celui de Critikat.

mercredi 2 juillet 2014

Bouquin : Maine

Dans la famille Kelleher, je voudrais la mère ...

On connaissait déjà le Maine (qui est un peu aux new-yorkais et aux bostoniens, ce que les Côtes d'Armor sont aux parisiens) depuis les parties de pêche du regretté William G. Tapply et ses trop peu nombreux polars ou les parties de chasse un peu folles de Gerard Donovan.
Voici un autre voyage organisé cette fois par Julie Courtney Sullivan, une auteure tout juste trentenaire. C'est là son second roman après Les débutantes (pas lu).
Saga familiale, roman choral, manifeste féministe, ... autant de classifications bien réductrices.
Oui, bien sûr il est question d'une famille.
Oui, bien sûr il est question de femmes.
Quatre femmes d'une même famille s'expriment chacune leur tour, au fil des chapitres, sur leur vie, leurs états d'âme, le poids de leur passé, les éducations et les hérédités pas toujours bien assumées, ...
Dans le Maine pas plus qu'ailleurs, on ne choisit sa famille. On ne s'aime donc pas plus qu'ailleurs. Et les regards des unes portés sur les autres ne sont donc pas plus tendres qu'ailleurs.

[...] Mais c’était comme ça avec les Kelleher. Personne ne regrettait les paroles blessantes, personne ne s’excusait. Jamais. Ils se contentaient d’étouffer le tout dans de la sauce pour spaghettis, des blagues éculées et des cocktails forts.

Sauf que J. Courtney Sullivan nous promène fort justement de l'une à l'autre.
Quatre portraits de femmes : la grand-mère, la mère, la fille, la pièce rapportée ...
Et telle qui se montrait tout à fait insupportable dans ce chapitre, apparaîtra quelques pages plus loin comme une personnalité bien plus complexe, plus riche et plus intéressante qu'au premier regard.
Une famille irlandaise, chaotique et catholique, quatre femmes et une maison de famille à  Cape Neddick dans le Maine. Vieilles disputes, secrets inavoués, rancunes tenaces et jalousies entretenues : famille je vous aime.

[...] Il était illusoire de se tourner vers les membres de sa famille. Ils étaient trop pris dans leurs propres histoires, trop proches, pour vous dire ce que vous aviez besoin d’entendre. Peut-être que c’était pour cette raison que sa mère avait fini par partir, pour qu’on la voie telle qu’elle était.

Bien vite après quelques pages, l'ironie mordante ne prête plus à sourire : on comprend alors que chaque méchanceté, chaque vacherie, chaque rosserie, n'est finalement qu'un symptôme de plus de blessures profondes et douloureuses.
Aucune pesanteur dans ce gros pavé (plus de 400 pages : il faut du temps et de la patience pour plonger jusqu'au cœur de ces femmes) fait d'introspections, de dialogues et de souvenirs.
L'écriture est agréable et fluide, au standard américain donc sans grande originalité mais parce que toute la place est laissée au sujet et à sa narration.
Il ne se passe pas grand chose dans ce roman : peu ou pas d'action, on passe d'un personnage à l'autre, on découvre peu à peu toute l'histoire de cette famille et de ces femmes et l'on devine qu'au fil des pages, trois ou quatre générations finiront par se retrouver sous le même toit. Mais c'est captivant et lorsqu'aux trois-quarts du bouquin les quatre femmes se télescopent enfin, quel feu d'artifice (on approche d'ailleurs du 4 juillet) : on les connait bien désormais et leurs dialogues sont alors un vrai régal.
Ce qui rend ces femmes passionnantes et attachantes (alors qu'elles sont au demeurant exaspérantes et irritantes) ce sont bien leurs difficultés à endosser le rôle qui leur est donné : bonne épouse ou bonne mère, chaque génération a eu, a ou aura bien du mal à entrer dans le carcan, beaucoup de mal.
Le regard de la jeune J. Courtney Sullivan est étonnamment juste et perspicace.
Férocement désabusé aussi.
Theoma titrait son billet "les dents de la mère" et c'est bien de cela dont il est question tant cette maternité, souvent toxique, est au centre de ces histoires et de ce roman.

[...] Elle savait qu’elle était enceinte, mais il était encore possible de ne pas y penser en permanence. Peut-être que ces femmes qui accouchaient à terme dans les toilettes du McDonald’s niaient comme elle la réalité le plus longtemps possible.
[...] Elle finit par se redresser et appeler sa mère. Elle ne pouvait pas garder le secret plus longtemps. Cet enfant la rendait littéralement malade (était-il possible d’être allergique à son propre fœtus ? Non, cela paraissait ridicule).
[...] C’est la maternité en général qui rend une femme folle. Toutes ces hormones te tombent dessus. Tu n’arrives pas à dormir. Tu ne peux pas raisonner cette créature hurlante. Avant d’avoir des enfants, je croyais que les gens qui secouaient les bébés étaient des monstres. Après, je me suis rendu compte que cette pulsion est totalement naturelle. C’est s’en empêcher qui demande des efforts. »
[...] C’était une malédiction bien particulière d’avoir une mère superbe, alors que vous-même n’étiez que dans la moyenne.
[...] - Toi, tu es leur mère. C’est ton boulot. Je ne peux pas te surveiller à chaque minute. Elle sanglotait.
- Je t’ai dit que je n’y arriverai pas, je te l’ai dit il y a des années.
- Mais non, ne dis pas n’importe quoi. Tu es une mère merveilleuse, dit-il, d’une voix un peu plus douce.
[...] Quand elle était petite, sa mère l’avait traînée à de nombreuses réunions des Alcooliques Anonymes, parce qu’elle ne trouvait pas de baby-sitter mais également parce qu’elle y voyait une sorte de traitement préventif.

En contrepoint, les hommes, pères ou maris, sont insignifiants, fondus dans le décor de la maison et donc presque absents de l'histoire, parfois même franchement décédés, ce qui est fort pratique pour les idéaliser et nous éviter d'avoir à regarder à l'intérieur ...
La question des femmes suffit à J. Courtney Sullivan.


Pour celles et ceux qui aiment le Maine et les femmes.
D'autres avis sur Babelio. Theoma, Aifelle et Brize en parlent.