samedi 30 août 2014

Cinoche : Sils Maria

Ô miroir, miroir, dis-moi si le temps a passé ...

Bonne surprise que ce Sils Maria qui nous a fait longtemps hésiter : les critiques sur le dernier film d’Olivier Assayas laissaient deviner une élucubration absconse, un peu trop lente et trop longue, farcie de références artistiques difficiles.
Évidemment c’est quand même une séance où l’on utilise un peu plus de cervelle que pour Lucy ! Mais aucun obscurantisme intello de la part du cinéaste et malgré les nuages qui approchent de Sils Maria, le propos riche et complexe est clair, expliqué, détaillé : on participe sans difficultés et donc avec beaucoup de plaisir.
Même le curieux Serpent de Maloja(1) est expliqué et il est inutile de fureter sur le ouèbe pour devenir expert en météo.
Sils Maria est donc un village suisse près de Saint-Moritz et des lacs italiens.
Juliette Binoche est ici une actrice au sommet de son art, venue répéter son rôle où elle reprend la pièce de théâtre qui l'a rendu célèbre quand elle avait 18 ans, une pièce qui parlait de séduction entre deux femmes ... mais en prenant cette fois le rôle de la femme plus âgée. À l’époque de ses débuts, elle jouait évidemment la jeune fille. La jeune Kirsten Stewart, tout droit sortie de Twilight, est son assistante et répétitrice.
Plus tard dans le film, Chloë Grace Moretz, une starlette du cinéma, sera l’autre actrice de la pièce, la plus jeune.
Le film d'Olivier Assayas est fait de jeux de miroirs et de rôles interchangés, d’interpénétrations et d’imbrications croisées : entre la pièce de théâtre et le film, entre la vraie vie des personnages et leurs rôles dans la pièce, le film dans le film(1), la pièce dans le film qui porte le même titre que l’autre film, Le serpent de Maloja, … et même la vraie vie et le film puisque Olivier Assayas était scénariste sur les films de Téchiné qui ont rendu célèbre la jeune Juliette Binoche ... et il passe ici derrière la caméra. Le film de Téchiné, c'était Rendez-vous qui parlait déjà de comédiens ...
C’est riche, dense, complexe, mais on l’a dit cela reste très lisible.
Le propos central (mais ce n’est pas le seul, la séduction entre ces trois femmes et entre leurs personnages est également au centre de la pièce de théâtre dont il est question), le propos central est celui du temps qui passe : Juliette Binoche voudrait rester sur ses souvenirs de son rôle de jeune fille, elle n’arrive pas à se projeter dans le rôle de la femme mûre, elle n’accepte pas le temps qui a passé … Elle guette les nuages du Serpent de Maloja qui annoncent le mauvais temps, qui annonceraient que son temps a passé. Quand elle verra enfin les nuages, il sera peut-être trop tard.
On l’a dit c’est beaucoup plus riche et complexe que cela et il est bien difficile de résumer l’étrange relation qui unit Juliette Binoche et son assistante Kirsten Stewart : quand elles répètent dans les montagnes, les dialogues de la pièce de théâtre, le texte de la pièce se mêle étrangement aux non-dits de la vraie vie, le jeu de séduction semble inversé. Miroirs.
Un film intelligent (plutôt qu’intello).
C’est aussi un presque documentaire sur la vie des actrices (rendez-vous, interviews, hôtels, voyages, …), la relation avec leur ‘assistante’ et bien sûr leur travail : s’approprier un rôle, un texte, … Passionnant.
Même s’il y a bien quelques scènes un peu longues où la tension retombe, on ne voit presque pas passer ces deux heures que l’on prend grand plaisir à partager avec ces trois femmes et ces trois actrices.

(1) - le Serpent de Maloja : dans la vallée de l’Engadine, on peut parfois observer ce phénomène qui se crée lorsque les nuages venus des lacs italiens passent le col de Maloja. Ils semblent alors s’écouler comme une baignoire qui déborde dans la vallée et l’étrange "vouivre de Maloja” progresse entre les montagnes. Ce phénomène, annonce la venue du mauvais temps …
Ce phénomène a été filmé par Arnold Franck, passionné de photo alpine, dans les années 20, à l'aube du cinéma. Et l’on voit son film dans le film.


Pour celles et ceux qui aiment les actrices.
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