jeudi 24 juillet 2014

Bouquin : La pièce montée


Bas les masques.

Décidément, Blandine Le Callet sera notre découverte littéraire de l’année.
Après les Dix rêves de pierre lus fin 2013, et surtout le coup de cœur de La ballade de Lila K, lue il y a quelques semaines, voici un second coup de cœur pour Une pièce montée.
On notera au passage qu’il s’agit là de trois romans bien différents, dans le fond comme dans la forme, ce qui dénote un talent très sûr.
Cette pièce montée est son premier roman et date de 2006. C’est le plus connu et celui qui s’adresse au public le plus large.
Tout comme dans La ballade de Lila K (second roman qui date de 2010 et pour lequel on a un petit faible), on retrouve ici le sens aigu et maîtrisé de Blandine Le Callet pour des portraits féroces mais sans méchanceté et des personnages fouillés et attachants.
Hasard des lectures, ces retrouvailles familiales à l’occasion d’un mariage nous ont fait penser au roman américain de J.C. Sullivan : Maine. Même si les styles sont bien différents, de nombreux thèmes sont communs.
Ici aussi il est question de femmes (plus que d’hommes), de famille(s) et de maternité(s) et même d’aïeule impossible.
De mariage aussi donc puisque autour de la pièce montée se retrouvent, par nécessité et obligation, les familles, frères et sœurs, pièces rapportées, parents, enfants et petits-enfants.
Bérengère Clouet épouse le fils Le Clair.
[…] Fin janvier, les deux familles se rencontrent, lors du dîner de fiançailles organisé par les parents de Bérengère. Mme Le Clair est définitivement rassurée : chez les Clouet aussi, les fauteuils Louis XVI sont d’époque.
Les deux tourtereaux sont issus de bonnes familles mais l’auteure n’en fait pas trop dans le registre Le Quesnoy : tout cela se passe dans toutes les ‘bonnes familles’, fauteuils Louis XVI ou pas, dans toutes les familles qui se veulent ‘bonnes familles’, chez vous comme chez moi donc. On n’est pas chez ‘les autres’ et c’est bien sûr toute la force du roman que de vous décrire, qui votre belle sœur, qui votre mère ou votre frère, qui votre belle mère, … Difficile de ne pas s’y retrouver et donc de ne pas plonger avec Blandine Le Callet dans l’enfer familial.
[…] Ça doit être le plus beau jour de notre vie, Vincent, assène-t-elle en détachant les syllabes pour donner à ses paroles le poids nécessaire. C'est comme un spectacle, tu comprends ? Une pièce de théâtre. Nous sommes les personnages principaux, et les invités sont à la fois les figurants et les spectateurs. Pour que ce soit réussi, tout doit être réglé au millimètre !
Mais bien évidemment, comme dans la vraie vie, la réunion familiale ne se passe pas exactement comme on le voudrait …
À commencer par la messe (on n’est pas spécialement croyant mais pour un mariage, ça fait plus chic : que celui qui n’a pas déjà assisté à ‘ça’ jette la première pierre à Blandine Le Callet) :
[…] Elle pensait s’ennuyer à l’église, mais contre toute attente, la cérémonie ne manque pas de piquant. C’est la première fois qu’elle voit un curé bâcler une messe de mariage.
Ce bouquin est loin d’être une simple diatribe contre le mariage ou une critique acerbe de plus contre la bourgeoisie. Bien plus astucieusement que dans un simple roman choral, chaque chapitre est dédié à l’un des personnages avec qui nous revivons les moments de ce fameux mariage attendu par les uns, redouté par les autres : on (re-)découvre donc les uns et les autres au travers des regards des autres et des uns. Peu à peu, chaque personnage devient plus complexe, le plus haïssable se montre finalement attachant, le plus idéal apparait de moins en moins sympathique(1). Sous la férocité incisive et l’humour caustique, l’auteure n’oublie jamais qu’elle aime ses personnages, pour le meilleur et pour le pire.
Les secrets, les rancunes, les non-dits font peu à peu surface.
Bas les masques : familles je vous hais.
C’est si vivant, si habilement raconté que ça se dévore comme un polar tant on a hâte de voir tel ou telle sous un nouveau jour, plus ‘vrai’ que dans la précédente image.
De quoi nous faire regretter que Blandine Le Callet ne soit pas plus prolixe.
Si vous ne connaissez pas encore cette auteure, il faut impérativement vous rendre illico à ce mariage (n’oubliez pas le chapeau) et partir ensuite en bal(l)ade avec Lila K.
(1) - décidément, encore pas mal de points communs avec Maine dans cette construction


Pour celles et ceux qui aiment les histoires de famille.
D’autres avis sur Babelio.

1 commentaire:

keisha a dit…

Lu sans doute peu après sa sortie, un bon souvenir, il faudrait que je relise...