mardi 17 juin 2014

Bouquin : Une terre si froide

Une série qui IRA loin.

Avec Une terre si froide(1), Adrian McKinty signe le premier polar d'une trilogie qui met en scène l'inspecteur Sean Duffy en Irlande du Nord, au cœur de la guerre civile.
1981 : les attentats de l'IRA sont meurtriers, la répression britannique est impitoyable, les factions catholiques sont de plus en plus sectaires, Margaret Thatcher est de plus en plus intransigeante, c'est le cercle infernal de la guerre sale. Bobby Sands vient tout juste de terminer tragiquement sa grève de la faim à la prison de Long Kesh.
Dans la banlieue de Belfast, la police découvre un cadavre avec une main découpée ... qui n'est pas la bonne. Très vite un deuxième cadavre (et une autre main) viennent s'ajouter au premier tableau.
Des informateurs que l'un des camps aura voulu éliminer ?
Des 'pédés' qu'un tueur en série aura pris pour cibles(2) ?

[…] – L’Irlande du Nord n’a jamais connu de tueur en série, m’oppose-t-il.
– C’est vrai. Quiconque ayant ce genre de dispositions aurait pu rejoindre un camp ou l’autre. Torturer et tuer à loisir tout en défendant la “cause”.

Difficile enquête pour l'inspecteur Sean Duffy, l'un des rares catholiques à avoir intégré les rangs de la police protestante de l'Ulster.
Un flic comme on les aime : sympathique nécessairement, grand buveur évidemment et maladroit forcément avec (en vrac :) ses femmes, ses voisins protestants, ses patrons, ses collègues, ...

[…] Je raccroche. C’est là qu’une moustache à la Serpico aurait été bien pratique. J’aurais pu réfléchir en me regardant dans la glace de l’entrée tout en caressant mon appendice pileux. Au lieu de ça, je me frotte un menton piqué d’une barbe de plusieurs jours et j’improvise un commentaire.

Intrigue et enquêteur sont plutôt classiques et ne vont pas vraiment bouleverser le genre.
Mais il y a (au moins) deux choses qui font que l'on s'attache très vite à ce roman et qu'on ne veut plus quitter Sean Duffy d'une semelle.
Tout d'abord la description passionnante de cette Irlande à feu et à sang : on entend tourner les hélicos et on sent passer le souffle des bombes, on découvre les rivalités entre les différentes branches du mouvement, l'engrenage de la répression, la vie quotidienne dans ce climat de tension, ...

[…] Il règne une puanteur de société civilisée : poudre noire, cordite, mèches à retardement, kérosène. Ça touche à la perfection.
[…] La pluie a viré au crachin, la nuit est calme, l’acoustique si parfaite qu’on entend les tirs de balles en caoutchouc depuis le centre de Belfast.
[…] Pluie dense, circulation dégagée. Nous passons à proximité d’un site qui vient d’être dévasté par une bombe et que, avec une efficacité remarquable, les bulldozers sont en train de transformer en parking. Belfast sera peut-être bientôt la seule ville au monde à posséder davantage de places de parking que de voitures.

C'est passionnant et très intéressant de revisiter ces pages (sombres) de l'Histoire irlandaise qu'on a déjà un peu oubliées.
Et puis il y a l'humour acide et cynique de McKinty et de son héros. C'est féroce, noir, ironique et plutôt bien vu dans ce paysage urbain tourmenté.

[...] Que faisait exactement Tommy à l’IRA, quel était son poste ? Billy éclate de rire et tape du plat de la main sur la table.
– Le gars est mort depuis quatre jours et vous ne savez toujours pas qui il est ! Bon Dieu, vous êtes l’inspecteur Gadget ou quoi ?
– Que faisait Tommy à l’IRA ?
– Vous ne le savez vraiment pas ? insiste Shane, provoquant un fou rire chez son patron.
– Non.

On regrette un peu les péripéties finales de cette enquête, un peu trop rocambolesques pour être crédibles et à notre goût.
Mais on a bien aimé la description de cette Irlande du nord en plein guerre civile.
Le deuxième épisode (Dans la rue quand j'entends les sirènes) est déjà disponible mais pas encore en poche et donc à un prix encore prohibitif sur liseuse. Patience, ce sera peut-être le coup de cœur ?

(1) - le titre est celui d'une chanson de Tom Waits : Cold cold ground
(2) - dans cette Irlande écrasée sous l'emprise rigoriste des Églises (quelque soit le camp), l'homosexualité était encore un crime


Pour celles et ceux qui aiment la Guinness.
D'autres avis sur Babelio. Yan et Cédric en parlent.

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