dimanche 11 mai 2014

Cinoche : Pas son genre


Quelle place pour les héros ?

Avec Pas son genre, on était partis pour une comédie pas prise de tête, façon couple impossible, avec à ma gauche l’intello parisien et arrogant, professeur de philosophie désespéré d’avoir été muté à Arras(1) et à ma droite la godiche amoureuse et provinciale, coiffeuse de métier.
L’opposition promettait d’être subtile et ironique, la leçon de vie sympathique, car on se doutait bien que l’amour et la blonde auraient gain de cause.
Mais attention, un film peut en cacher un autre.
Bien sûr on a droit à ces quelques figures imposées par ces personnages mais bien vite on quitte tout cela et le ton change.
Si le personnage incarné par Loïc Corbery a tout pour être odieux, ce n’est finalement pas à cause de son arrogance intellectuelle de parisien bobo : il est somme toute assez peu question de philo dont il ne se sert que pour mieux se cacher, pour mieux observer ses contemporain(e)s, sans toucher, sans s’engager. Il croit partir en exil à Arras pour y ‘mourir’ sans se rendre compte qu’il est déjà sans vie. Tout au long du film, on a envie de lui botter le cul et c’est assez stressant : pas la peine d’avoir fait bac+7 si c’est pour passer à côté de l’amour sans le voir.
De l’autre côté de la Place des Héros, une bombe lumineuse en paillettes, passionnée de karaoké.
Comme tout le monde (sauf les profs de philo, si vous avez suivi) elle croit en l’Amour et au Prince Charmant. Mais le prof ne voit pas la Princesse.
Face au personnage horripilant de Loïc Corbery, Émilie Dequenne n’a aucun mal à crever l’écran et ‘faire’ le film. Quelle actrice ! Quelle présence, j’allais dire sur scène mais effectivement : il y a scène(s) de karaoké ! Pas qu’on soit fan de ce truc mais là franchement, on regrette de ne pas être dans la salle !
En dépit de la présence lumineuse d’Émilie Dequenne, tout cela nous donne un film bien pessimiste où les Princesses (et donc les Princes) restent bien seuls … démonstration que le célibat solitaire n’est pas un privilège parisien : Arras c’est tout pareil et il vaut mieux aller ‘vivre’ ailleurs ...
On regrette quelques traits maladroitement appuyés (comme les cours de philo !) et quelques scènes qui s’étirent un peu trop en longueur et qui ajoutent à l’atmosphère dérangeante de ce film qui tout comme Loïc Corbery cache bien son jeu.
Philosophie de cette histoire : il n'y a plus de vie sur Mars et les femmes semblent bien seules sur Venus ...
(1) c’est à plus d’une heure de Paris et donc de l’autre côté du périph, ok, y’a de quoi péter les plombs

Pour celles et ceux qui aiment le karaoké.
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