lundi 7 avril 2014

Cinoche : Nebraska

Montana-Nebraska A/R

Il fallut plusieurs bonnes critiques pour nous faire découvrir Nebraska d'Alexander Payne, petite perle un peu cachée dans son noir et blanc, au fin fond des salles obscures et des plaines étasuniennes.
Ce road-movie qui fait un peu penser à l'Histoire vraie de David Lynch, démarre au fin fond du Montana et ça finit encore plus au fin fond dans le Nebraska : les États-Unis comme on les voit rarement au cinéma.
Dans un bled un peu paumé du Montana donc, le vieux Woody a reçu (posté du Nebraska donc) un billet gagnant lui annonçant qu'il avait gagné un million de dollars (une arnaque évidemment, une tombola aux abonnements et autres attrape-couillons).
N'ayant pas grand chose à perdre si ce n'est une maîtresse femme qui ne le laisse pas picoler en paix (il commence à perdre la boule, ou bien fait semblant de la perdre pour pas qu'on l'emmerde, ou bien un peu des deux), le bougon Woody (Bruce Dern) part pour le Nebraska pour toucher son chèque. À pied, le long des bas-côtés de la highway, puisqu'il n'a plus de permis et que son vieux pick-up refuse de démarrer. Les flics le récupèrent. Son fils David (Will Forte) le sort du commissariat. Une fois. Deux fois. ...
Finalement David comprend que son père ne trouve guère d'autre sens à sa vie que de courir après cette chimère. David lui-même n'est qu'à peine mieux loti. Il prend donc sa vieille bagnole et les voici partis tous deux tout au long des 1.500 km qui les séparent du Nebraska.
Ce qui nous vaudra quelques belles images (en noir et blanc donc) des plaines américaines.
En arrivant au Nebraska, ils feront escale dans un bled encore plus paumé que celui qu'ils ont quitté dans le Montana, dans la famille perdue de vue depuis de longues années : des retrouvailles étranges, des souvenirs imprécis, des vieilles histoires oubliées, ...
Difficile d'en raconter plus : le film, lent et contemplatif(1), prend tout son temps pour installer tous ses personnages, des 'trognes' comme on n'en voit plus au cinoche.
Chacun avec son caractère bien trempé. Le vieux Woody qui picole et joue plus ou moins les imbéciles, son fils David qui cherche à 'retrouver' son père, la mère qui n'a pas la langue dans sa poche et qui a toujours une vacherie à dire sur untel ou unetelle, les cousins à moitié abrutis (non, pas à moitié finalement), les tantes et oncles qui se verraient bien toucher une part du pactole promis à ce cher Woody, ... Quelle galerie !
Des taiseux de la campagne profonde qui se retrouvent après vingt ans d'absence et ça donne à peu près :

- Alors quoi de neuf Woody ?
- Bof, rien ma foi. Et toi ?
- Non, pas grand chose non plus.

Voilà tout est dit.
Les dialogues sont écrits à la pointe fine comme par exemple dans cette scène surréaliste (David et son frère volent, pour leur père, le compresseur d'un voisin) où les caractères patiemment et minutieusement agencés tout au long du film viennent pétiller comme du champagne !
Dans une Amérique déserte (la crise est venue raser une campagne déjà rase), le film fleure bon la nostalgie, les histoires de famille, les illusions perdues, la vieillesse déclinante, les rêves inachevés et les relations père-fils.
Certains [clic] ont cru devoir critiquer un regard condescendant sur les bouseux du Nebraska : il ne nous a pas semblé que ce regard là était celui du cinéaste mais plutôt celui de certains spectateurs critiques. Au contraire, Alexander Payne nous a paru plutôt plein d'empathie pour ses personnages et ses acteurs.

(1) - d'accord, un tout petit peu trop lent et contemplatif, à voir avant la séance de 22h donc


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