lundi 27 janvier 2014

Cinoche : L’amour est un crime parfait


Les seins de glace.

Avec L'amour est un crime parfait, les frères Larrieu nous proposent un polar franchement étrange, très cynique et un peu cocasse, avec une ambiance aigre-doux à la Chabrol (plutôt qu'à la Hitchcock comme il est parfois dit de ci delà).
Sexe, mensonges et littérature.
Mathieu Amalric enseigne la littérature au paradis fiscal universitaire.
Entendez : à Lausanne, le prof vit dans un somptueux chalet (on est en Suisse, donc on est riche ?), au pied des somptueux sommets qui bordent le Léman, et il enseigne au sein des somptueux décors vitrés de l'EPFL (l'école polytechnique des petits suisses).
Et c'est le paradis pas que pour les somptueux décors : après l'art d'écrire, toutes les jeunes femmes de l'atelier de littérature ne demandent qu'à apprendre l'art d'aimer et rivalisent d'effets de gambettes et harcèlent le prof à qui mieux mieux pour monter ... dans son chalet. Et lui, prof par vocation, ne dit pas souvent non aux cours particuliers.
À vous faire regretter une carrière d'écrivain raté en Suisse.
Sauf que ça commence à jaser dans Landerneau Lausanne, d'autant plus que la dernière trop jeune conquête de l'enseignant est portée disparue. Ah zut.
Le prof se rappelle plus trop la soirée, encore moins la nuit (sauf votre respect mademoiselle) et tourne en solitaire dans la neige autour d'une faille profonde dans ses montagnes. Et dans son esprit aussi, la faille : ne serais-je pas un peu somnambule, ne l'aurais-je pas balancer dans le trou, ... ?
Heureusement, la sœur incestueuse (Karin Viard, bien plus à sa place ici que sur la plage de Lulu) veille sur son frère. Parce que le patron de l'université (Denis Podalydès, égal à lui-même donc très bon) lui cherche des ennuis et lui tourne autour mais surtout autour de la sœur. Joli triangle pervers !
Le film est très verbeux (prof de littérature on vous a dit) et très contemplatif (somptueux paysages on vous a dit) : faut aimer se faire balader ainsi par les frères Larrieu dans les dédales tortueux du cerveau torturé de Mathieu Amalric qui ressemble de plus en plus à Polanski.
Le prof givré des montagnes glacées est-il franchement schizophrène, très amnésique et un peu somnambule ou bien juste parano parce qu'on lui veut pas du bien ? Le doute est soigneusement entretenu au fil d'une intrigue indolente et de dialogues curieusement distanciés.
BMR regrette d'ailleurs à mi-parcours la conclusion hâtive de la scène avec le motard qui réduit soudain le champ des possibles et ne laisse alors plus grand place aux questions.
Hormis le coup de théâtre final que personne ne voit venir(1).
C'est quoi qu'il y a au fond du trou sous la neige ? Mais que fait la police ?
Et ben justement la police ... bon faut aller voir le film, on peut pas vous raconter.
Contrairement à l'amour et au crime, le film est loin d'être parfait mais se laisse patiemment regarder.
Un cinéma salutaire en plus : on y apprend tout le danger qui se cache dans les paquets de clopes.

(1) - ceux qui veulent en savoir un (tout petit) peu plus, peuvent aller lire le commentaire



Pour celles et ceux qui aiment les montagnes suisses et Mathieu Amalric.
Perle et navet n'a pas aimé du tout.

1 commentaire:

BMR a dit…

Attention, on dévoile ici une (toute petite) partie du retournement final : ah, quelle habile prestidigitation de la part des frères Larrieu qui agitent sous notre nez un horrible et amusant chiffon bleu électrique alors que tout se joue ailleurs !