vendredi 29 novembre 2013

Bouquin : Témoin involontaire

La parole est à la défense …

Encore un auteur italien de polars : après le napolitain Maurizio di Giovanni et son commissaire Ricciardi qui voit la douleur des morts, voici donc Gianrico Carofiglio, un auteur du sud de l’Italie, de Bari dans la région des Pouilles (l’ancienne Apulie des romains). La région des trulli où nous avons passé quelques jours bien agréables cet été [nos photos sont ici]. Évidemment on ne pouvait pas laisser passer l’occasion d’y retourner !
D’autant que le style de Carofiglio nous change un peu des polars habituels : l’auteur est magistrat et son héros avocat.
Guido est même un bon avocat : du genre à faire acquitter et libérer un dealer notoire, ou un vendeur de hot-dog dont le camion insalubre a été saisi par la brigade sanitaire, ou même un toubib peu consciencieux qui aura laissé mourir une jeune fille de péritonite en prétextant qu’il s’agissait seulement de douleurs menstruelles.
Bon, parfois Guido doit composer avec sa conscience et par exemple, éviter de croiser le regard des parents de la jeune fille en sortant de la salle d’audience.
De plus, en ce moment ça va pas fort pour Guido et voilà que sa copine le quitte. Le voici en pleine déprime et les livres ne suffisent plus à l’aider.

[…] Quand je vais chez quelqu’un pour la première fois, je vérifie s’il y a des livres, s’ils sont rares, s’ils sont nombreux, s’ils sont trop bien rangés - ce qui n’augure rien de bon -, s’il y en a partout - ce qui est du meilleur augure -, et cetera et cetera.

Jusqu’à ce qu’un après-midi …

[…] Je me souviens parfaitement du jour, ou plutôt de l'après-midi, où tout a commencé. J'étais arrivé à mon cabinet depuis un quart d'heure, et je n'avais aucune envie de travailler. J'avais déjà consulté mon courrier électronique, ouvert ma correspondance, remis de l'ordre dans mes papiers, passé deux ou trois coups de fil inutiles. Bref, j'avais épuisé tous les bons prétextes pour ne rien faire.

Ce jour-là, une drôle d’affaire arrive à son cabinet : un sénégalais qui vend des contrefaçons sur la plage aux alentours de Monopoli est accusé du meurtre odieux d’un petit garçon qui traînait sur le bord de mer. Sans trop réfléchir (la déprime ou l’ennui sans aucun doute ?), Guido va prendre l’affaire en mains et assurer la défense de Abdou.
Ces africains mal venus en Italie, vendeurs de Vuitton et de Rollex, on les a croisés nous aussi cet été, sur les mêmes plages, au nord et au sud de Bari. On les avait croisés également chez Donna Leon à Venise : c’étaient les vu comprà de son bouquin De sang et d’ébène.
On sait que généralement la justice est plutôt mal-voyante. Mais pour ce petit peuple mail aimé et sans ressources, la justice se fait franchement aveugle devant les évidences et sourde devant les arguments. Devant cette justice-là, un “nègre” ne pèse pas lourd, fut-il comme Abdou enseignant trilingue en son pays.
Avec ce polar judiciaire, on n’est pas tout à fait dans une enquête policière et l’on découvrira les nouveaux éléments, un peu comme les jurés, au cours des débats et des plaidoiries : l’avocat Guido et son auteur savent ménager ses effets.
Un bouquin bien fichu et très agréable à lire avec une ambiance fouillée qui fait un peu penser à celle du chilien Ràmon Dìaz-Eterovic (avec son privé Heredia et son chat Simenon).
Outre la procédure judiciaire (pas trop compliquée, rassurez-vous), on se plait à suivre les démêlés de Guido avec sa déprime et ses petites amies et on se dit qu’on tient là encore une bonne série : d’autres épisodes nous attendent déjà et on va donc attendre le prochain avant d’épingler un coup de cœur … qui ne saurait tarder.


Pour celles et ceux qui aiment les prétoires.
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mardi 26 novembre 2013

BD : Quai d’Orsay

Portrait de groupe avec boss.

Le film est pourtant sorti en salle mais ça n'a pas suffit et il aura fallu qu'un collègue nous prête carrément la BD pour qu'on se décide enfin à ouvrir ces albums ! On a parfois des aprioris tenaces ...
Faut dire que le titre (Quai d’Orsay, chroniques diplomatiques ?), le sujet (les coulisses du pouvoir, les couloirs du bureau ?) et le dessin (en apparence brouillon ?) n'étaient guère attirants.
Grave erreur : cette BD se révèle très efficace. Paradoxalement ça accrédite d'autant plus l'idée de ne pas aller voir le film, forcément en-deçà de l'album(1).
Depuis le récent film, on sait tout de la genèse de ces ouvrages : Antonin Baudry fut l'un des conseillers  de Dominique de Villepin. Il rencontrera Christophe Blain et signera avec lui (sous le pseudo de Abel Lanzac) la fameuse BD, qui depuis a été transposée au cinoche.
Les deux albums racontent la vie quotidienne de l'équipe du Quai d'Orsay et se terminent sur le fameux discours à l'ONU contre la guerre en Irak (le Lousdem dans la BD !).
S'il n'y avait que cela, on serait restés sur nos aprioris tenaces : y'aurait pas de quoi s'enthousiasmer pour les couloirs du bureau et les coulisses du pouvoir.
Mais ?
Mais dès les premières cases on est happés par cette histoire vive, intelligente et amusante,  idéalement mise en images et qu'on feuillette à vive allure. Parce qu'ici le fond et la forme sont en totale harmonie pour rendre compte de l'agitation brouillonne, fébrile, désordonnée, ... de l'équipe diplomatique toujours en crise. Sous la conduite du big boss(2) c'est l'effervescence, ça déborde d'énergie et ça file à cent à l'heure. Car c'est “ça” le sujet de la BD : c'est pas la diplomatie (on y apprend assez peu de choses sur ce chapitre), ni même le pouvoir, non, c'est la personnalité de ces grands patrons, parfois caractériels et insupportables, toujours imprévisibles et ingérables, qui survolent tout et son contraire, superficiellement, surfant et rebondissant sur les idées des autres, passant de l'une à l'autre avec l'agilité d'acrobates de haut vol. Des dirigeants imbus de leur personne et de leur pouvoir, bouffis d'arrogance, gonflés de suffisance. Mais gonflés à bloc et frôlant le génie. Parfois.
Derrière eux, il faut que l'intendance suive, bon gré mal gré ...

[...] Il lance la boule, il dit un truc, c'est n'importe quoi en apparence, mais quand tu comptes les points, c'est complètement dingue. Sa boule est toujours à 1 cm du cochonnet de la vérité. […] Mais par contre, qu'est-ce qu'il est chiant ! C'est X-or ce mec. Tu ne peux pas discuter avec lui. Il est constamment dans une dimension parallèle.

Alors des fois (assez rarement il est vrai) y'a des idées qui marchent ...
Ah, je vous l'avais bien dit mon petit Arthur, vous voyez bien que j'avais raison ...
Et des fois (plus souvent sans doute), ça fait flop.
Pfff, encore une de vos idées à la con mon petit Arthur, faut vous reprendre hein ?
La BD a le mérite de décrire cela avec suffisamment d'ambigüité pour éviter au lecteur de prendre position sur Villepin (un cas d'espèce dont on se fout un peu aujourd'hui alors que la portée de cette histoire reste générale). Est-il Don Quichotte ou plutôt un moulin à vent ?
Un peu des deux sans aucun doute car la BD est plus subtile que cela et le portrait moins caricatural qu'il n'y parait : ces grands patrons sont aussi là pour foncer en avant et tirer derrière eux la kyrielle de l'intendance qui mettra en œuvre les idées qui n'ont pas fait flop.
C'est comme au bureau : qui dans sa carrière, n'a pas connu un dirigeant qui ressemble comme une goutte d'eau à celui-ci, qui traverse littéralement les bureaux ou les cases de la BD tel un cyclone, parfois dévastateur pour le patient travail quotidien ?
Les portraits brossés dans ces albums sont criants de vérité (étranges dessins qui pourraient paraître mal finis mais qui, mordants et vifs comme le texte, excellent à faire ressortir une expression) et ne tombent jamais du côté convenu de la caricature trop facile.
Le deuxième album est peut-être un petit peu moins intéressant : plus sérieux, plus politique, on y découvre les coulisses de l’ONU jusqu’au fameux discours de Villepin.
On n'a pas vu le film, on l'avoue, juste la bande annonce qui, ni avant et encore moins après la lecture, ne nous a donné envie d'aller voir Lhermitte au cinoche : alors faites comme nous, ne manquez pas la BD, primée à Angoulême l'an passé !
Des extraits de la BD : [1], [2] et [3]

(1) - un film qui au vu de la seule bande annonce, semble très fidèle au texte, mot à mot
(2) - De Villepin a été judicieusement banalisé, reconnaissable mais sans plus


Pour celles et ceux qui aiment aussi la vie au bureau.
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dimanche 24 novembre 2013

Cinoche : Captain Phillips


Hijacking.

On est depuis longtemps fans de Paul Greengrass et de son cinéma 100% action mais action plutôt intelligente.
Il y a eu évidemment les Jason Bournes. Mais aussi et surtout le terrible Vol 93 ainsi que Green Zone.
On avait été aussi pas mal secoués par le danois Hijacking qui relatait le piratage d’un cargo au milieu de l’océan Indien.
On ne pouvait donc manquer le Capitaine Tom Hanks qui incarne à l’écran l’histoire véridique (c’est à la mode, on sait) du Captain Phillips.
Les parallèles sont évidemment à la fois nombreux et divergents avec le film danois : il est bien sûr encore question du piratage d’un cargo au large des côtes somaliennes. Mais là où Hijacking se concentrait sur la négociation marchande entre les pirates et les armateurs danois, le film de Greengrass se focalise sur l’action en mer. D’abord l’assaut du cargo (un film à lui tout seul) et puis la suite des péripéties avec la navy aux trousses du canot en mer (un second film dans le film).
Là où le danois Tobias Lindholm éludait le background des pirates (on devinait à peine d’où ils venaient),  Paul Greengrass nous donne un peu plus à voir sur les conditions inimaginables dans lesquelles ces pauvres fous “travaillent” (si on peut dire), eux qui rançonnent des cargos pour plusieurs millions de dollars et qui n’ont pas de quoi se payer des sandales. Où va tout cet argent ?
Leur violence est à peine à la hauteur de leur désespoir.
La première partie du film (l’attaque du cargo), est un joli morceau de bravoure : une frêle barcasse de quatre somaliens à l’assaut d’un cargo géant. David armé de kalach et Goliath équipé de lances à eau. Des somaliens désespérés pour qui leur propre vie ne compte guère (alors celle des autres … !) et des marins syndiqués et pères de familles. C’est la part du film qui ressemble beaucoup à Hijacking (la peur de la prise d’otages).
La seconde partie du film n’est pas dévoilée par la bande annonce et ceux qui préfèrent les surprises peuvent sauter les lignes qui suivent (même si on n'y dévoile pas la fin, of course, et si ces quelques lignes ne risquent aucunement de vous gâcher le plaisir).

Après l’attaque du cargo, le Captain se trouve embarqué avec les pirates dans le canot de sauvetage du paquebot : l’US Navy est rapidement à leurs trousses. Cette deuxième aventure, ce deuxième film dans le film, est encore plus décoiffant que la première partie. Toujours 100% action, 100% tension. Côté somaliens : trois ou quatre pirates, un otage, un canot bringuebalé dans les vagues. Côté US : plusieurs navires de guerre, un porte-avions, des hélicos, des drones et même une équipe surentraînée et suréquipée de SEAL. Aucune chance côté somalien.
Et ça, l’otage Richard Phillips l’a compris avant même ses ravisseurs : il a deviné, il sait, quel sort leur est réservé. Brrrr…
Il est effarant (et Paul Greengrass filme cela parfaitement), il est effarant de voir le décalage entre d’un côté l’affolement énervé, violent et désespéré des pirates à demi-shootés et de l’autre le professionnalisme froid, inhumain et rigoureux de la navy suréquipée et surarmée.
On aurait pu s’attendre à une critique à peine voilée des surhommes de l’oncle Sam mais non, il n’y a pas vraiment d’arrogance du côté américain : c’est bien pire que ça. Il font leur job, les gars, froidement, sérieusement avec rigueur et sang froid. Terriblement froid, le sang. Pas question de se laisser faire, eaux internationales ou pas, pas question de laisser un citoyen américain aux mains de pirates somaliens ou pas(1). La leçon est claire : les deux mondes sont à des millions de dollars l’un de l’autre, à des millions d’années lumières et les somaliens sont des aliens. On comprend (un petit peu) mieux ce qui peut pousser tant de peuples à haïr aussi viscéralement, aussi désespérément, le monde occidental en général et le monde US en particulier.
Et pour reprendre le parallèle avec Hijacking : ici, Captain Phillips, c’est un peu la réponse du berger US à la bergère danoise.
Saluons aussi la très belle scène qui clôture cet épisode hypertendu et qui réussit brillamment à éviter le mélo : le dialogue avec l’infirmière du bord est tout simplement superbe. Y’a pas d’autre mot.
Pas besoin de morale géopolitique à la fin de cette histoire : le film est à lui tout seul une leçon.
(1) - si Paul Greengrass nous laissait le temps de souffler, on s’amuserait même à voir ces pirates somaliens qui sont là pour le business, très soucieux de se démarquer d’Al Quaïda !

Pour celles et ceux qui aiment la navy.
L’avis de Critikat et celui de Cluny.

samedi 23 novembre 2013

Bouquin : Un avion sans elle

Paris-Istanbul, aller simple.

On ne s'attendait pas à grand chose en montant à bord d’Un avion sans elle(1), roman de gare, facile et grand public, qui s'annonçait clairement comme un roman TGV : vite écrit, vite lu. On n'a donc pas été vraiment déçu du vol.
Il fallait déjà accepter l'idée de départ. On se rappelle tous la blague à la noix des survivants d'un avion qui se crashe sans survivants sur la frontière suisse : où sont enterrés les rescapés ?
Et ben Michel Bussi s'est dit qu'il y avait là de quoi écrire un bouquin.
Soit donc un avion, le vol Istanbul-Paris(2), qui se crashe dans le Jura un soir de 1980.
Un seul survivant, un bébé de 3 mois, une petite fille. Sauf qu'il y avait deux bébés du même âge à bord, à quelques jours près, et qu'on sait pas à qui elle est, la miraculée ...
Est-ce la petite Émilie des modestes Vitral ou bien la chère Lyse-Rose des riches De Carville ? That is the question qui va nous occuper pendant plus de 500 pages et un détective privé pendant 18 ans, complètement obnubilé par cette affaire.

[…] Cette affaire me fascinait, j’étais persuadé que j’allais découvrir quelque chose de nouveau, un indice que tout le monde avait laissé filer. J’entassais les notes, les photos, les heures d’enregistrement … Un boulot de dingue … J’ignorais encore à l’époque que je construisais, méticuleusement, les fondations de ma névrose.

On retrouve tout le monde plus tard en 1998 : la petite Lylie(3) a atteint sa majorité et tout va nous être révélé avec pertes et fracas. Mais non sans quelques retours en arrière sur les 18 années de la longue enquête et le journal de bord du détective : l’histoire navigue entre les époques.

[…] Je vous lasse peut-être avec mes souvenirs dégoulinants. Je comprends. C’est l’enquête qui vous intéresse … Rien que l’enquête.
[…] Mais ne soyez pas trop impatients, j’y viendrai. Côté suspense, je crois que vous n’avez pas à vous plaindre : une année interminable pour moi se résume pour vous à quelques pages à lire.

Mais on a dit bouquin vite écrit : à côté des deux familles caricaturées par Michel Bussi, les bien connus Le Quesnoy et Groseille feraient figure de personnalités fouillées, denses et complexes.
Au-delà du parti pris simplissime de départ et de personnages trop caricaturaux pour qu'on arrive à y croire, il y a encore d'autres trucs qui grattent dans ce bouquin comme quelques scènes un peu vulgaires (les éructations de la demi-sœur Malvina, la scène du bar où Lylie se cuite, ...).
Mais quoi, ça fonctionne quand même, comme un casse-tête ou un sudoku : comment va faire l'auteur pour se dépatouiller de cet imbroglio ? Comment le lecteur peut-il ne pas se laisser promener par le bout du nez, de fausse piste en faux-semblant, d'imposture en retournement, ...
Peu importe la trop grande simplicité du style ou des personnages, c'est pas pour ça qu'on aime ces bouquins qu'on appelle des “page-turner”. On tourne frénétiquement les pages écrites à grande vitesse et qu'on lit à même allure, haletant, pressé de se faire avoir, berner et retourner, une fois, deux fois, trois fois, .. je vous le fais bien grillé des deux côtés votre lecteur ? … jusqu'au dénouement final. Lecture facile et vidage de tête, c'est garanti par la maison d'édition. À lire dans l’avion, par exemple.
Tout cela s'améliore et s'emballe un peu sur la fin avec les derniers rebondissements attendus et avant un very happy end confit dans l'eau de rose, mais le travail est beaucoup moins soigné que celui de Pierre Lemaître par exemple …

(1) -  rassurez-vous, Michel Bussi n’oublie pas de remercier Charlélie Couture pour l’emprunt du titre
(2) - alors là, pas cool : on est justement allés à Istanbul le week-end du 11 novembre juste après avoir lu ce bouquin, juré, vrai de vrai, voici nos photos ! bon certes, on n'a plus de bébé à charge, mais quand même ...
(3) - Lylie=Lyse+Émilie pour ceux qui sont déjà perdus, mais s’il y en a qui sont déjà perdus, ils feraient bien de ne pas ouvrir le bouquin !


Pour celles et ceux qui aiment les avions.
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mercredi 20 novembre 2013

Bouquin : Alex


Serial thriller.

Rappelons qu’on avait découvert très récemment cet auteur français Pierre Lemaître qui porte bien son nom : un maître es polars tordus.
Un écrivain qui fait beaucoup parler de lui en ce moment avec un autre bouquin, un roman historique qui est d’ailleurs dans les mains de MAM : Au-revoir là-haut sur la guerre de 14 et qui vient de remporter le prix qu’on court.
Mais revenons aux polars et après un premier Travail soigné, prenons la suite des enquêtes du petit commandant Camille Verhoeven avec le second épisode : Alex.
Comme promis la dernière fois, on confirme et épingle le coup de cœur, c’est mérité : Pierre Lemaître sait vraiment construire d’excellents polars et renouvelle la gamme sans se répéter. Il réussit à s’approprier les codes du genre et à nous promener en bateau avec des constructions emboîtées, façon poupées russes ou mieux, façon labyrinthe de miroirs : dans le reflet pas tout à fait net, on devine bien à peu près de quoi il s’agit mais on sait qu’on ne nous montre qu’une partie seulement des choses et au détour d’un chapitre, patatras bruit de verre, on se retourne pour découvrir un autre miroir mais qui lui-aussi, déforme à son tour une réalité qui ne nous sera vraiment dévoilée qu’à la toute fin  …
Ce roman-ci, Alex, sort du même moule de fabrication : voici une jeune femme bien jolie et bien sympa, rapidement kidnappée par un affreux jojo qui lui fait subir des trucs pas du tout rigolos … Mais bientôt la gentille et jolie demoiselle se révèle n’avoir été qu’un reflet déformé dans un miroir, même chose pour le vilain méchant, et puis ensuite, etc …
Les masques tombent un à un et à chaque étape le lecteur est obligé de tout reconstruire, la perspective a complètement changé. Qui est donc Alex ? Quelle est sa véritable histoire ?
Et elle est pas drôle son histoire …
[…] - Bah la vérité, la vérité ... Qui peut dire ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas, commandant ! Pour nous, l'essentiel, ce n'est pas la vérité, c'est la justice, non ?
Camille sourit en hochant la tête.
La construction savante et tordue est peut-être moins sophistiquée que celle de Travail soigné mais elle est encore plus efficace et plus accessible, plus crédible si besoin. C’est donc également ici une réussite, différente, mais tout aussi plaisante.
Et puis bien sûr il y a le “petit” commandant Camille Verhoeven, toujours aussi impulsif et teigneux, avec son équipe (le dandy, le pingre, …) dont a déjà dit qu’ils étaient tout à fait dignes de leur collègues de la brigade Fred Vargas. Comme attendu, on a retrouvé ces personnages ici avec grand plaisir, c’est le charme des bonnes séries, et nul doute que ce sera encore le cas avec le dernier épisode de la trilogie : Sacrifices.
Et réjouissons nous : il devrait y avoir un retournement de situation et donc un quatrième numéro car Pierre Lemaître est un fan de Dumas et de ses trois mousquetaires !


Pour celles et ceux qui aiment les promenades en bateau.
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Miousik : The deep dark woods

Avec un nom pareil, les barbus canadiens de The Deep Dark Woods ne passent pas inaperçus.
Ils viennent de la Saskatchewan, autant dire du fin fond du Canada.
C’est un peu la Creuse d’outre-atlantique. En juste un peu plus grand.
Leur folk est donc lourdement teinté d’americana et empesé de country. Ça sent le bastringue, ça balance et ça swingue, une bière (voire deux) à la main.
Un peu trop à notre goût (non pas trop de bières mais trop de slow de bastringue country).
Mais il arrive que la voix éthérée de leur chanteur et quelque mélodie plus aérienne et plus réussie sauvent quelques jolis morceaux : il faut donc prendre la peine de tamiser quelques pépites dans leur discographie comme ce très beau The place I left behind allégé par quelques violons et banjos.
Ou encore (tirés de différents albums) : The birds on the bridge ou 18th of December et quelques autres.
Bref, on a déjà fait tout le travail pour vous, yapluka écouter.


 Notre playliste est ici.

lundi 18 novembre 2013

Cinoche : Le médecin de famille

Le bon docteur.

On se souvient du procès d'Adolf Eichmann évoqué dans le film sur Hannah Arendt : il fut capturé par le Mossad à Buenos Aires en 1960.
On se souvient également du passé fasciste de l'Argentine péroniste (re)découvert dans l'un des bouquins de Philip Kerr.
Ces sombres années de l'histoire argentine composent le décor du film de la romancière Lucia Puenzo qui adapte ici à l'écran l'un de ses écrits Wakolda : Le médecin de famille.
Nous voici à la toute fin des années 50, au fin fond de la Patagonie toujours battue par les vents : cette région perdue est le refuge de pas mal de nazis exfiltrés et n'a heureusement pas encore été perturbée par la transition démocratique. Les enfants y ont encore la chance de profiter d'un enseignement en allemand qui prône les avantages de l'ordre et de la discipline et vante les mérites d'un esprit sain dans un corps sain(1).
Dans ce contexte, une famille locale va reprendre l'exploitation d'un hôtel(2).
Leur premier client sera (incognito ou presque) le nazi Josef Mengele, de sinistre mémoire.
Le bon docteur est attiré par la jeune fille de la famille qui souffre d'un déficit de croissance : elle s'appelle Lilith, elle a douze ans mais en paraît neuf. Un cobaye rêvé pour les expériences du bon docteur.
Elle même est fascinée par ce bon docteur, élégant, savant et bien élevé, qui pourrait bien l'aider à grandir et à échapper aux moqueries de ses gentils kamarades de l'école.
Mais il serait difficile (et vain) de tenter de résumer ce film complexe et ambigu : il y a encore la mère, et encore le père, et encore une voisine photographe. Et donc le si gentil docteur et encore tous ses amis germanophones.
Peu importe le résumé donc, car c'est l'ambiance distillée par le film qui vaut le déplacement. Une ambiance angoissante, un peu à la Hitchcock, qui s'installe dès les premières images de ces landes battues par les neiges et les tempêtes. Le décor du fabuleux hôtel ressemble presque à celui de Shining. On s'attend constamment au pire. Et pourtant aucune violence ne nous sera montrée. Le passé de Mengele est "seulement" évoqué par quelques croquis de ses carnets qu'il continue de gribouiller en prenant les mensurations de Lilith (et même de ses frères et parents). Mais de chaque image, trouble et ambigüe, nait le malaise, entre horreur et fascination. Le mal et son attirance. Même les simples poupées que fabrique le père semblent envoûtées et maléfiques(3)!
Lucia Puenzo(4) est une cinéaste diabolique et habile ... tout comme son personnage, le bon docteur Mengele, et elle nous livre un film inclassable qui n'est ni une nécessaire dénonciation historique, ni un thriller fantastique d'épouvante.
Avec de très belles images, une sacrée musique et un final paroxystique particulièrement réussi.
Après un tel film, autant vous dire que le bouquin de Lucia Puenzo est tombé dans la pile à lire ... et la boîte de vitamines à la poubelle !

(1) - belles images de natation scolaire qui évoque l'esprit sportif des films de Leni Riefenstahl
(2) - superbe lieu, superbes paysages : si l'on arrivait à oublier l'ambiance du film, on pourrait presque y rêver de vacances ...
(3) - ah, la visite de la fabrique de poupées ! ou l'art de manipuler les images  ... (et le spectateur)
(4) - à noter : Lucia Puenzo avait déjà réalisé un précédent film (pas vu), XXY, où il était question là aussi de génétique et d'adolescence


Pour celles et ceux qui aiment les vitamines et les hydravions.
Critikat en parle.

dimanche 17 novembre 2013

Miousik : Chris Pureka

Ambigüité.

Elle s’appelle Chris Pureka.
Oui : c’est bien elle, même si elle a plutôt l’air d’un frêle jeune homme sur de nombreuses photos avec ses allures androgynes de garçon manqué et son prénom équivoque, un ‘genre’ qu’elle semble cultiver en toute discrétion.
Passée cette apparente ambigüité, on est d’abord alpagué par sa très très belle guitare.
Un jeu original, personnel et très présent, chaleureux, vivant et puissant, où pour une fois la voix ne semble être plus qu’un accompagnement, juste un souffle d’humanité au cœur de beaux et sobres arrangements (elle se produit souvent en solo et sans orchestre).
Une voix basse (et androgyne, elle aussi !), discrète, mais qui ne se laisse pas oublier pour autant.
La dame exigeante se produit toute seule, y’a  pas plus indépendant(e).

Petit coup de cœur pour ce Landlocked avec ses violons et sa contrebasse, qui est sans aucun doute sa plus belle composition mais d’autres pièces méritent elles aussi une visite : Song for November, Wrecking ball, Grey, et puis surtout Everything is free, … tout cela est bien évidemment à écouter en intégral sur notre playliste.

[Landlocked]
It's about that time we start unwinding, any hope we wrapped around
the distant light in the silent conversation that never blossomed into sound
Cause we were hard weather, we were broken hearted, we were always forget-me-nots
We were flash bulbs, we were constellations, and we tried to connect the dots


Notre playliste ici.

jeudi 14 novembre 2013

Bouquin : Le printemps du commissaire

Tranche napolitaine.

Après L’hiver du commissaire on s’était promis d’attendre le second épisode pour confirmer le coup de cœur : avec ce Printemps du commissaire Ricciardi c’est bel et bien chose faite et Maurizio De Giovanni est vraiment un excellent filon.
Cette deuxième saison est encore mieux construite que la précédente, avec toute une kyrielle de personnages dont les tranches de vies s’entrecroisent pour donner un panorama un peu triste et mélancolique du petit peuple de Naples …
On retrouve bien entendu le beau commissaire aux yeux verts, toujours affligé de son sixième sens, le sens de la douleur, le commissaire qui “voit” les morts et entend leurs dernières paroles, souvent mystérieuses.

[…] L'humidité du soir étreignit Luigi Alfredo Ricciardi, commissaire de police à la brigade mobile de la Questure royale de Naples. L’homme qui voyait les morts et les entendait parler.

[…] Il avait vu et continuait à voir beaucoup plus qu’il ne l’aurait voulu ou demandé : il voyait la douleur.
La douleur qui dévaste, la douleur qui revient. Il percevait la colère, l’amertume, même l’ironie hautaine de la dernière pensée qui accompagnait la mort. Il savait que la mort naturelle réglait correctement ses comptes avec la vie. En ne laissant aucune trace planer au-dessus des jours à venir, elle coupait tous les fils et refermait toutes les blessures, avant de se mettre en route avec son baluchon, en frottant ses mains osseuses sur sa chasuble noire. La mort violente, elle, n’en avait pas le temps. Elle devait se hâter de partir. Dans ces cas-là, le spectacle était mis en scène, et la représentation de l’ultime douleur lui apparaissait distinctement : la douleur se déversait sur lui, unique spectateur du théâtre nauséabond du malheur humain.

Nous revoici donc en ce début 1931, dans les bas quartiers de Naples aux temps de l’Italie fasciste. La saison n’a de printemps que le nom : il fait encore frais et triste. La poussée de sève printanière n’est là que pour faire “bouillonner les sangs” et exacerber les passions. Désir, argent, …
Chacun aimerait bien changer de vie ou d’amour, devenir riche ou même seulement moins pauvre. Alors dans le quartier, chacun prend son tour chez Donna Carmela, la diseuse de bonne aventure, celle qui lit l’avenir dans les cartes.
… Et celle qui prête aussi, à taux d’usure. Une marchande d’illusions.
Un matin, la vieille percluse de rhumatismes est retrouvée assassinée, rouée de coups.
Ricciardi la “voit” prononcer ses derniers mots, un proverbe napolitain :

Dieu le Père n’est pas un négociant qui paie le samedi.

Voilà qui est bien mystérieux.
Le commissaire Ricciardi et son fidèle brigadier Maione mènent l’enquête, contre vents et marées, contre hiérarchie et convenances, interrogeant pauvres et riches, toutes celles et ceux qui étaient en affaires (de cœur ou d’argent) avec Donna Carmela.
La règle est la même que dans le premier épisode : tout un chacun a sûrement quelque chose à se reprocher et doit donc être soupçonné, un whodunit un peu à la Agatha Christie, chacun avec un mobile, chacun avec une occasion. Voilà pour l’intrigue policière.
Mais comme bien souvent, l’intérêt des bouquins de Maurizio de Giovanni n’est pas là et le côté polar ne sert que de fil conducteur : non, si on voyage à Naples en compagnie de cet auteur c’est pour une certaine ambiance mélancolique, pour l’étrange personnalité du commissaire aux yeux verts, la description du climat délétère de l’Italie fasciste, de la douleur et de la misère du petit peuple napolitain, … tout cela n’est pas bien gai mais remarquablement écrit.
On prend de plus en plus de plaisir à regarder défiler les saisons de l’année 1931 sur la baie de Naples …


Pour celles et ceux qui aiment le polar social.
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mercredi 13 novembre 2013

Miousik : Mélanie de Biasio

La reine de Charleroi.

Découverte sur France Inter, voici Mélanie de Biasio, une chanteuse belge inclassable.
Jeune musicienne et chanteuse belge que l’on classera avec prudence au rayon jazz” nous dit précautionneusement France Inter !
Une musique sombre et envoûtante qui ressuscite des harmonies que l’on n’avait plus écoutées depuis des lustres. Un parfum psychédélique qui planerait encore depuis les sixties, mais étrangement revisité, modernisé et réanimé (sinon, on n’y jetterait même pas une oreille), quelque part entre Soft Machine et Miles Davis, version XXI° siècle. Inclassable on vous dit.
Évidemment cette musique un peu exigeante demande un (petit) effort et ne s’écoute pas dans le métro entre deux stations. Pour autant cela change bien agréablement des ambiances lounge bar habituelles … dont on gardera juste le verre de whisky.
Plutôt que le dernier (No deal), on préfère peut-être son précédent album de 2012 (A stomach is burning), plus musical et plus accessible et où l’on retrouve la flute élégante de la dame. À chacun d’y piocher les deux ou trois morceaux qui le feront planer.


Notre playliste ici.

lundi 11 novembre 2013

Bouquin : Les fiancées du Pacifique


En bateau, Simone !

Ce bouquin de la britannique Jojo Moyes pourrait faire écho(toutes proportions gardées) à celui de l’américano-japonaise Julie Otsuka : Certaines n’avaient jamais vu la mer, car voici une autre histoire de femmes déracinées d’un pays à un autre, pour trouver sinon bonne fortune peut-être bon mari.
Les japonaises de Julie Otsuka partirent aux États-Unis avant guerre et déchantèrent à leur arrivée et plus encore lorsque la guerre fut déclarée.
Jojo Moyes cette fois, nous conte l’histoire des Fiancées du Pacifique, de jeunes australiennes (certaines avaient peut-être vu la mer mais avaient à peine seize ans) qui se marièrent pendant cette même guerre aux soldats GB ou US en mission là-bas (certains craignaient que les japonais ne débarquent en Australie).
En 1946, la guerre enfin terminée, les gouvernements GB et US affrétèrent différents moyens de transport pour ramener les “épouses de guerre” (war brides en VO) auprès de leurs valeureux soldats de maris.
Étrange balancier de l’Histoire qui fit que les britanniques après avoir envoyé leurs forçats sur l’île-continent, allèrent y chercher des épouses cent cinquante ans plus tard …
Nous voici donc embarqués avec plus de 600 war brides australiennes, en route pour l’Angleterre, à bord du HMS Victorious, un porte-avions de Sa Majesté.
L’auteure nous conte donc par le menu la vie à bord : celle de 600 jeunes femmes, peu familières de la discipline militaire britannique, embarquées sur un navire peu adapté aux croisières frivoles et forcées de cohabiter avec encore plus de marins qui n’avaient pas vu jolies gambettes depuis des mois !
[…] “La traversée, qui dura huit semaines à cause des pannes, fut un vrai calvaire. Un meurtre et un suicide eurent lieu à bord, un officier de l’armée de l’air devint fou, entre autres drames. Tout cela parce que l’équipage négligeait son travail et se ménageait du temps libre pour aller flirter avec les épouses. Certains allèrent jusqu’à se livrer à des actes sexuels avec elles, parfois sans prendre la peine de se cacher. Ils faisaient cela dans tous les endroits possibles du navire ; l’un de ces couples avait même choisi ce qu’on appelle le nid-de-pie, un poste d’observation placé haut sur le mât, pour se livrer à leurs étreintes.” [Extrait du Journal de feu Richard Lowery, architecte naval]
[…] « Je ne pense pas que ces petites Australiennes soient très difficiles, tout ce qu’elles cherchent, c’est un type qui les emmène loin de leur bon vieil élevage de moutons fermiers. »
[…] « Elles n’étaient décidément qu’une marchandise qu’il fallait éviter d’endommager, un lot de femmes à trimballer d’un point du globe à un autre, de leur père à leur mari, d’un groupe d’hommes à un autre en quelque sorte. »
Jojo Moyes nous raconte aussi la vie de quelques unes de ces jeunes femmes (on suit un petit groupe d’héroïnes) et nous explique ce qui pouvait pousser ces dames à épouser de lointains maris : pour fuir le plus souvent, qui  la ferme trop rude, qui un passé trop douloureux, …
[…] « Parce que nous n’avons pas fait cette satanée traversée pour rien, tu ne crois pas ? Nous devons tout faire pour réussir cette nouvelle vie. »
En dépit d’un sujet historique et humain particulièrement intéressant, l’écriture de Jojo Moyes est vraiment trop légère et trop frivole pour nous convaincre :  son histoire est une romance et ses femmes des midinettes.
Certes, les meilleures pages pourraient faire penser à une comédie américaine des années 60. Mais trop de passages sentent non pas l’eau de mer mais l’eau de rose.
Au fil de ce voyage, la lecture est fluide et plaisante mais comme dirait MAM, en résumé c’est gentil
Paradoxalement, le bouquin s’ouvre et se ferme sur deux belles mises en perspective qui font d’autant plus regretter l’absence de troisième dimension dans une histoire un peu plate : en 2002, une grand-mère en voyage en Inde tombe par hasard sur un chantier de démantèlement de navires (rappelez-vous l’Histoire d’Usodimare) et reconnait, échoué sur la plage … son HMS Victorious.
Cette grand-mère, c’est celle de Jojo Moyes … elle était sur le porte-avions ! 

Pour celles (et ceux ?) qui aiment toucher les pompons des marins.
D’autres avis sur Babelio.

dimanche 10 novembre 2013

Miousik : The Pines + The Audreys

Double duo.

La saison est visiblement aux ensembles musicaux et après déjà quatre duos ou trios parus ici depuis la rentrée, voici donc encore deux autres ensembles folks : The Pines avec deux garçons Benson Ramsey [à gauche] et David Huckfeldt [à droite] installés à Minneapolis.
Deux voix enrouées, deux souffles ténébreux qui se complètent en harmonie sur de somptueux et riches roulis de guitares acoustiques (vraiment très beaux), pour donner une folk sombre et vespérale, souvent mélancolique.
Il vous faudra piocher dans leur discographie pour trouver quelques morceaux qui vous accrochent : leurs derniers albums de 2009 (Tremolo) et de 2012 (Dark so gold) sont sans doute les plus aboutis, les mieux orchestrés, avec les ambiances musicales les plus profondes.
Nos morceaux préférés : If by morning et puis Heart & Bones.

If by morning you're ready to sail
don't wait for so long cause you know that I'm gone

Notre playliste The Pines.


Plus frais et moins sombre, voici venus de très loin, d’Adélaïde [Australie], The Audreys : Taasha Coates et Tristan Goodall avec un très beau morceau Small things avec un fort joli texte et de délicieux accords aigrelets de banjo qui sonnent comme de petites choses.
Un duo down under qui nous rappelle un petit peu leurs compatriotes  Angus et Julia Stone.

if there’s one thing that I’ve noticed
out of all the things I’ve seen
it’s that you can leave a footprint
in a place you’ve never been
[…] if there’s one thing that I’m keeping
out of all the things I’ve found
it’s that the best way to be heard sometimes
is not to make a sound
[…] if there’s one thing that I’m sure of
out of all the things I know
it’s that you can keep on going fast
I’ll still be going slow

Notre playliste The Audreys.