jeudi 31 octobre 2013

Miousik : Frazey Ford et The be good Tanyas

The very good Tanya.

On s’apprêtait à vous parler d’un sacré trio de nanas de Vancouver : The be Good Tanyas, avec un nom pareil c’était forcément super cool(1) .
Du folk qui balance, la joie aigrelette du banjo, et une ambiance bluesy.
Vraiment very good, les Tanyas !
Mais voilà t’y pas qu’on tombe ensuite sur un album de la best-of des trois Good Tanyas : Frazey Ford, n’en déplaise aux deux autres : Trish Klein et Samantha Parton.
Les trois belles auront travaillé ensemble entre 2003 et 2006 et depuis chacune d’elles vit sa vie et sa musique de son côté.
Voilà donc une, deux, ou trois bonnes raisons de jeter une oreille du côté de la côte ouest canadienne : en solo ou en trio, le chant ample de Frazey Ford qui flirte parfois avec le gospel, ne devrait pas vous laisser indifférent.


Notre playliste des Be Good Tanyas.
Et celle tout spécialement dédiée à Frazey Ford et sa guitare.

(1) - le nom du trio est celui d’une chanson de bluegrass de Martin Obo

mercredi 30 octobre 2013

Miousik : Cats on trees

Le chant de la sirène toulousaine.

Avec un peu de retard, on découvre le duo toulousain Cats on Trees et les grands yeux ronds de la chanteuse-pianiste Nina Goern accompagnée à la batterie par Yohan Hennequin.
On a donc cédé à l’appel des sirènes de leur tube : Sirens call.
Les autres titres de leur premier album nous semblent un peu trop pop, trop sucrés et trop orchestrés (pas assez épurés à notre goût), peut-être que la voix de la sirène manque aussi un peu d’ampleur mais y’a quand même des trucs sympas.
Et puis c’est frenchy alors ne boudons pas ces petits moments bien frais.


Notre playliste.

lundi 28 octobre 2013

Cinoche : Gravity

Allo Houston, attention Sandra Bullock enlève le haut et le bas.

Que vous ayez, comme nous, grandi la tête dans les étoiles en suivant des yeux les programmes Apollo ou bien que vous soyez de la dernière génération qui ressent des fourmillements pour le tourisme spatial à la Branson : courez voir Gravity qui vous vaccinera définitivement contre toute velléité d'aller vérifier dans les étoiles si la terre est vraiment bleue.
BMR & MAM rejoignent donc les critiques unanimes (dépêchez vous de voir le film avant que son méga buzz médiatique ne vous écœure) : avec ce film au succès aussi colossal qu’inattendu, le réalisateur mexicain (jusqu'ici inconnu de nos services) Alfonso Cuaròn a touché le jackpot.
NB : on vous ménage le suspense et on ne vous dévoile rien des (quelques rares) évènements du scénario, quitte à ne pas dire tout ce qu'on aurait envie de dire sur cette histoire ...
Le début (rapide) est plutôt classique : Sandra Bullock et George Clooney(1) sont sortis de leur navette pour réparer le télescope Hubble.
De bien belles images mon cher Neil.
Et puis très vite ça se gâte : une ruée de débris(2) déboule à vive allure et Sandra se retrouve en vol plané dans l'espace ... Et les débris furieux qui tournent en rond repassent toutes les 90 minutes.
Stress total, nausée, tête à l'envers, zéro gravité et apesanteur ... c'est parti pour plus d'une heure de secousses. Mickey peut ranger son espèce de mountain.
Tout comme Sandra, le spectateur est soumis à rude épreuve et le film est à couper le souffle, au propre pour miss Bullock comme au figuré pour nous.
Le pari était osé de faire un film avec deux acteurs, sans scénario SF délirant, sans monstres et sans aliens, sans robots et sans gadgets clinquants, rien que des choses déjà vues et revues (deux ou trois stations orbitales et quelques soyouz, ...), rien de nouveau sous la Lune donc mais ... ça fonctionne et même plutôt bien, au-delà de toute espérance ! Salle comble et comblée.
Petit bémol de MAM qui, pendant le tout début de partie, aura eu du mal à “s'accrocher” au tandem Bullock-Clooney : pas sûr que ce soit imputable à la jalousie et que MAM ait eu vraiment envie de se retrouver là-haut toute seule avec le beau Georges ... Il faut dire que le film démarre au quart de tour et nous plonge en pleine action sans aucune introduction et sans la longue “exposition” dont sont généralement coutumiers les studios américains. Mais bon, une fois l'action vraiment lancée et Bullock dans les emmerdes jusqu'au casque, tout le monde est en phase.
Le tout est hyper sérieux et crédible (à part peut-être le coup de l'extincteur sur la fin, mais on va pas chipoter). C'est ce qui fait la force du film : rien à chercher de ce côté-là.
Non, l'enjeu est ailleurs : Gravity nous plonge les sens (ouïe, regard, ...) en plein vide sidéral.
Attention d'ailleurs aux grands gestes désordonnés de votre voisine qui risque fort de vous mettre le coude dans l’œil (et paf les lunettes 3D) en essayant d'agripper le fauteuil de devant pour aider Sandra Bullock à rester accrochée à la station, vas-y attrape, attrape, accroche toi, ... là, ouf ... non lâche pas ! p....!
On s'y croirait : claustrophobie, asphyxie, nausée, vertige, perte des repères visuels et auditifs, ...y'en a pour tous les goûts.
Non pas que le film cherche le sensationnel, non, c'est plutôt la sensation qui nous est donnée à palper, tester, ... On se croirait dans un simulateur, un mauvais rêve, un bad trip ...  flippant.
Par exemple, les scènes où l'on entre littéralement dans le casque de l'astronaute pour vivre les choses de l'intérieur, sont particulièrement réussies. De même que les images dans la station où l'on se retrouve quasiment tout le temps tête en bas (enfin pas nous vraiment hein).
Et puis bien sûr la 3D. Celles et ceux qui nous lisent savent qu'on n'a jamais été trop fans et qu'on s'est souvent demandé ce qu'elle apportait de plus au cinoche déjà en technicolor (outre les euros, ça on avait compris), mais là, chapeau bas : voilà le film pour lequel la 3D a été inventée !
On n'imagine plus ces images-là autrement que sur grand écran en 3D : c'est ainsi que peut vraiment se déployer toute la profondeur de l'espace intersidéral, magique et angoissant. Ça parait évidemment écrit comme ça, mais faut le voir pour le croire, pour le “sentir” devrais-je dire. C'est un peu ça le but de ce film, de cette expérience : ressentir l'espace.
Une expérience éprouvante d'1h30 qui fait qu'ensuite, on prend grand plaisir à marcher pesamment en posant lourdement un pied devant l'autre (oui, oui : les pieds en bas, voilà, la tête en haut), chez nous, sur notre bonne vieille Terre ...

(1) - les filles seront déçues : voici le beau Georges en gros bibendum engoncé dans sa combi (peut-être a-t-il réellement grossi ?) et avec le casque, on voit même pas la couleur de ses yeux - reste sa voix si suave qui débite des blagues à la noix (saluons le second degré, ce sera l'un des rares traits d'humour d'un film très sérieux)
(2) - encore la faute aux ruskoffs : ils ont dégommé un de leurs propres satellites sans trop réfléchir et foutu le bazar dans toute la banlieue terrienne, pffff ...


Pour celles et ceux qui aiment le grand huit.
Les avis unanimes (c'est rare) de Critikat ou Perle-ou-navet.

dimanche 27 octobre 2013

Cinoche : 9 mois ferme

Surprise d’automne.

Un titre à faire fuir, une affiche nullissime(1), et le tout “commis” par Albert Dupontel(2) … bref, circulez y’a rien à voir.
Il aura fallu tout le flair de MAM, conforté par quelques bonnes critiques de ci de là, pour qu’on se décide à en prendre pour 9 mois ferme.
Oubliez les pitchs qui évoquent la comédie romantique à la française. C’est un véritable dessin animé (d’où l’affiche peut-être, finalement), bourré de gags et d’humour plutôt finaud.
Des scènes à la Tex Avery, un humour à la Monty Python(3), des dialogues féroces, un feu d’artifice de gags, sans aucune baisse de rythme, on en loupe même une bonne partie tellement ça file vite.
Inutile de préciser que MAM, BMR et toute la salle sont pliés de rire sans discontinuer.
On ne se rappelle pas quand nous avons ri comme cela au cinoche … peut-être le film de Jeunet : Micmac ? C’était il y a quatre ans !
Sur le chemin du retour, on se remémore en riant les gags les plus savoureux : ah, Dujardin qui sous-titre le JT pour les malentendants ! ah, le prélèvement d’ADN au club de golf ! ah, le médecin légiste ! ah, le visionnage de la vidéo de surveillance ! ah, l’avocat bègue(4) ! ah, la cuisine et le robot mixeur ! …
Kiberlain (excellente comme toujours) et Dupontel (pas exécrable, pour une fois) ont trouvé le ton juste, d’un bout à l’autre.
Non seulement on rit de bon cœur, mais le film est truffé de trouvailles visuelles : le gynéco à travers son écran, le JT(5), la vidéo de surveillance, la dessinatrice au procès, … c’est finaud.
En prime, quelques scènes de  pure et  vraie poésie (comme la ronde des feutres stabilo autour du dossier criminel) autour de ce couple impossible que forment la juge et le cambrioleur : le regard de Dupontel sur ses deux personnages est plein d’humour mais d’humour très tendre.
Bref, voici une excellente surprise dans cette grisaille automnale, un joyeux régal, un plaisir simple qu’il ne faut donc pas manquer !

(1) - supposée être un hommage à celle de Brazil de Terry Gilliam … bon.
(2) - avec Jean Dujardin, la deuxième bête noire de BMR au ciné (d’ailleurs, Dujardin apparaît dans le film de Dupontel : c’est pas une preuve ça ?)
(3) - dont Dupontel est fan : Terry Gilliam fait d’ailleurs une apparition dans le film (le serial killer à la télé US)
(4) - excellent Nicolas Marié, oui, je sais : il n’est pas po-po-po-politiquement correct de se moquer des bègues, mais là on se moque des avocats, pas des bègues !
(5) - le discours à la noix du présentateur, le doublage en “langage des signes” par Dujardin, les bandeaux défilants de breaking-news, … on n’arrive pas à tout capter ! il faudrait revoir le film !


Pour celles et ceux qui aiment rire.
L’avis de Critikat, celui de Cluny.

samedi 26 octobre 2013

Miousik : Wolf Larsen (Sarah Ramey)

Grâce à la musique …

Wolf Larsen est le nom de scène de Sarah Ramey qui se fit connaître (enfin, là-bas tout au moins) comme blogueuse officielle de Barak Obama pendant la campagne.
Mais laissons la politique à Sarah Ramey et écoutons Wolf Larsen : que nos oreilles soient touchées par sa grâce …
Quelques chansons (la dame produit très peu, elle écrit aussi), une dizaine de chansons  rares et précieuses : un chagrin fragile et gracieux, une voix douce et aérienne, le tout cocooné dans des cordes amples et profondes.
Il se dit que Sarah Ramey fut très gravement malade et qu’elle mit en musique ces quelques chansons comme en guise de thérapie.
Belle histoire (et qui finit bien).
La dizaine de chansons de son seul et unique album sont toutes au diapason mais le titre If I be wrong est une pure merveille :

But if I be wrong, if I be right
Let me be here with you
If I be wrong, if I be right
Let me stay here in your arms tonight
And I have been wrong, I have been right
I have been both these things all in the same night
So if I be wrong, if I be right
Let me here, with you, tonight.


Et voici donc notre gracieuse playliste.

vendredi 25 octobre 2013

Bouquin : La mort et la belle vie

Le flic et le poète.

On ne sait plus trop qui nous avait mis sur la piste de Richard Hugo (... avec un nom comme ça) et de son polar La mort et la belle vie, ou plus exactement de son détective Al Barnes, dit Barnes-la-tendresse, car c'est bien le personnage qui tient ici le haut de l'affiche.
Al Barnes est un ancien flic de Seattle qui s'est mis au vert à la montagne dans le Montana (on se rappelle Swan Peak de James Lee Burke et l'évocation de la mythique Lolo Pass que l'on retrouvera fugacement ici sur la route de Missoula).
Si on le surnomme Barnes-la-tendresse c'est parce que ce gros nounours est le plus trop gentil flic de toute la côte ouest. Trop cool, trop sympa.
Lui dans les interrogatoires, il ne “joue” pas au flic gentil : il “est” le flic gentil.
Trop gentil, ce qui lui a d’ailleurs valu de se faire tirer dessus à Seattle et explique sa “retraite” dans le Montana.
En fait il a été muté à la criminelle parce qu'il était incapable de verbaliser les excès de vitesse ou même d’interpeler les braqueurs !

[...] Je n'aime pas les assassinats, moins encore que la plupart des gens. Pour élucider une affaire criminelle, je parviens à puiser en moi un fonds de dureté que les autres délits ne m'inspirent pas.

Le flic des villes est donc devenu un flic des champs mais est resté toujours aussi tendre.
Un personnage particulièrement attachant et l'on se dit que, chouette, on tient là encore le beau début d'une belle série prometteuse.
Sauf que non.
Richard Hugo est un poète (un vrai) qui écrit de la poésie et qui enseigne la littérature. Nous avons donc entre les mains son seul et unique roman : il s'est essayé au polar,  un genre qu'il affectionne tout particulièrement, comme ça, juste pour s'amuser et se détendre (le bougre).
De plus, le bougre n'est plus là et nous a quitté en 1982.
Voilà : gros regret avant même d'ouvrir le bouquin.
Du coup, on attaque cette histoire en savourant chacune de ces pages dont on sait qu'elles seront si peu nombreuses.
Et comme ça démarre super bien, le regret augmente en proportion : un peu de l'ambiance Craig Johnson, celle d'un tandem de flics blanc et indien, un peu de l'ambiance William G. Tapply, celle de la pêche (bon, vite interrompue la pêche, d'accord).
Un humour finaud à la saveur inhabituelle. Tout en douceur, tout en tendresse comme si c'était Al Barnes qui écrivait (ou plus sûrement, comme si Richard Hugo s'était projeté dans son héros).
De l'autodérision, pour les personnages comme pour l'auteur lui-même.

[...] - Hé ! Al ! et laissez cette putain de sirène, okay ? Pourquoi vous la faisiez marcher sur ces maudites routes ? Pour avertir les cerfs de se ranger sur le bas-côté ?"
   Il m'apparut soudain à la fois comique et stupide d'avoir utilisé la sirène sur une route aussi peu fréquentée. Il avait probablement fallu une bonne heure aux conducteurs des rares voitures qui s'étaient arrêtées, pour s'en remettre. C'était ma première affaire de meurtre dans le comté de Sanders. J'avais dû me croire de retour dans les rues de Seattle.

Un polar nature avec des personnages sympas.
Mais un polar quand même puisque dès la page 70, après déjà trois cadavres pas très jolis, nos gentils flics des champs ont déjà arrêté une grande folle qui manie la hache avec un peu trop d'entrain.

[...] J'imagine qu'au dernier moment, il a dû être terrifié par le spectacle de l'immense femme aux cheveux gris et hirsutes qui gloussait cependant qu'elle lui abattait sa hache sur le crâne.

Oui mais comme il reste près de 200 pages, on se doute bien que le troisième cadavre découpé à la hache n'est pas du fait de la grande folle de la forêt.
Barnes-la-tendresse quitte donc ses chers bouseux de la campagne et prend l'avion pour Portland, Oregon : retour à la ville pour enquêter chez les riches et les nantis, à propos d'un ancien meurtre vieux de vingt ans, jamais élucidé et qui pourrait peut-être expliquer le troisième hachis.
Franchement, on aurait préféré rester avec les bouseux à la campagne dans le Montana. La deuxième partie du bouquin se lit sans déplaisir aucun mais ça n'a plus le tout à fait le même charme que les premiers chapitres.
On devine aisément que le poète Richard Hugo a voulu s'essayer aux différents styles de polars et rassembler tout cela dans un même hommage aux grands auteurs du genre. Depuis les indiens du nature-writing jusqu'à la figure archi-classique du privé parachuté dans la haute société un peu décadente.
Ce “à la manière de” est assez réussi (évidemment, Richard Hugo est un pro, il était quand même prof de littérature !), l'intention est très louable mais le résultat finalement pas tout à fait convaincant pour le lecteur : on est un peu sévère mais le tout manque un peu d’unité et finalement de personnalité.
Richard Hugo écrivait de la poésie, Richard Hugo nous a lâché trop tôt, … bref, les amateurs de polars sont frustrés d’un grand auteur et d’une grande série !


Pour celles et ceux qui aiment les gentils flics.
D’autres avis sur Babelio.

mercredi 23 octobre 2013

Bouquin : Le sermon sur la chute de Rome

Grandeur et décadence de la littérature.

On nous sait très peu épris des prix qu'on court : seuls les Femina trouvent généralement grâce à nos yeux et il y a tant à lire ailleurs.
Mais une bonne âme nous a mis dans les mains le Sermon sur la chute de Rome de Jérôme Ferrari(1).
Alors on s'est sentis un peu obligés de lire, hein ? Ça avait pas l'air bien long et puis faut pas bouder tout le temps.
… Et ben si : on aurait dû bouder encore un peu.
Alors on va se permettre de grincer des dents, ça soulage, on aime bien râler, les occasions sont rares, etc … et c'est pas si souvent dans ces colonnes qu'on s'autorise une critique inutilement méchante.
Mais franchement, quelle écriture prétentieuse !
Des phrases interminables qui, à grand renfort de virgules et de conjonctions, s'étirent sur plus d'une demi page, au bas mot, si je puis dire, virgule, et qui convoquent les dieux et les archanges à tout bout de champ, et puis ces références, assénées et répétées, au sermon de Saint-Augustin, virgule et virgule ... Aïe aïe aïe ...
Quand la prof de français expliquait les dialogues et leur syntaxe, le petit Jérôme dormait au fond de la classe(2).
Tout comme les coureurs qui s'entraînent consciencieusement pour leur marathon selon un programme bien établi, certains auteurs français pratiquent avec tout autant d'assiduité le programme imposé en vue des prix qu'on court. Un programme qui veut que les effets de style soient désormais indispensables à distinguer la vraie et grande littérature du reste des “livres”.
Le résultat est ennuyeux mais visiblement ça paye.
Bon, le bouquin de Ferrari aura au moins le mérite de nous obliger à (ré)viser nos classiques et le rôle de Saint-Augustin, évêque d'Hippone(3), rhéteur et polémiste, qui voulut répondre au désenchantement provoqué vers l'an 400, par la mise à sac de Rome(4) par les immigrés (qui à l'époque venaient du nord) : Rome n'était qu'une cité des hommes sur Terre, ce n'était pas la Cité de Dieu(5), il n'y avait donc pas de quoi se lamenter et surtout pas de quoi renier sa foi, dormez et priez en paix bonnes gens(6).
Pour conserver l'esprit d'Augustin, Ferrari prend soin de situer son roman dans son contexte historique : l'empire colonial prend l'eau, le monde vient de traverser deux guerres, ... tout fout le camp dans ce roman, même les corps en ruine.
Dans cette chronique d'une fin du monde annoncée, deux enfants du pays Corse abandonnent leurs études parisiennes de philo(7) et se mettent en tête de faire revivre le café du village. Ils ont pourtant étudié Saint-Augustin sur les bancs de la Sorbonne mais ils rêvent (même si leur café reste plus modeste que le forum romain) ils rêvent malgré tout de construire l'idéale cité des hommes sur Terre. Plus dure sera la chute.
Pour les prix qu'on court, on sait bien qu'il faut de la prose alambiquée et savante - histoire de montrer qu'on a des lettres et qu'on n'est pas du peuple - mais surtout il faut un peu de provoc racoleuse - histoire de montrer qu'on sait quand même tout de la vraie vie du peuple et qu'on sait comment chatouiller le bourgeois qui déjeune chez Drouant.
Fidèle à son programme de course de fond, Saint-Augustin-Ferrari, dossard n° 8 casaque grise, n'y est pas allé avec le dos de la main morte : castration des cochons pittoresque et symbolique, scènes de baise inutiles et nauséeuses (entre les humains, pas entre les cochons, pfff !), avalanches de gros mots et de crudités (une pluie d’enculés qui n’est pas sans rappeler les trombes de fucks qui traversent les films us) , ...
Pire encore, aucune empathie de la part de Ferrari pour aucun de ses personnages, tous plus détestables et égoïstes les uns que les autres, car il sait bien que pour que la tambouille soit appréciée chez Drouant, il est d'usage également de cracher dans la soupe, d’y cracher une bonne giclée de pessimisme cynique et désabusé, façon : on est tous des cons abrutis (mais moi, je l'écris), notre monde pourri court à sa perte (mais moi, j'aurai au moins laissé un livre), rien à sauver de tous nos contemporains (sauf peut-être la littérature en général et mon livre en particulier) ...
Au début de son bouquin, Ferrari aura ces mots très justes, mais qu'il aurait dû relire :

[...] Le monde avait peut-être encore besoin d'Augustin [...] mais il n'avait que faire de leurs misérables exégètes.

On avait prévenu que ce billet, pétri de mauvaise foi, serait inutilement méchant et férocement partial mais on se doit quand même de rester un (petit) brin honnête et objectif, si, si : allez, disons donc qu'on peut quand même lire ce prix, peut-être en sautant les 150 premières pages, pour arriver directement sur les cinquante dernières, celles que MAM a appréciées, celles où les phrases (le marathonien fatigue ?) celles où les phrases retrouvent le goût liquide, suave et sucré, de la belle et bonne littérature :

[...] Nous ne savons pas, en vérité, ce que sont les mondes. Mais nous pouvons guetter les signes de leur fin. Le déclenchement d'un obturateur dans la lumière d'été, la main fine d'une jeune femme fatiguée, posée sur celle de son grand-père, ou la voile carrée d'un navire qui entre dans le port d'Hippone, portant avec lui, depuis l'Italie, la nouvelle inconcevable que Rome est tombée.

Mais savoir guetter ainsi les signes de la mort, ce n’est pas donné à tout le monde :

[…] Matthieu buvait et ne se rendait compte de rien, mais comment se serait-il rendu compte de quoi que ce soit, lui qui n’arrivait toujours pas à croire que son père était mort ?

Ceci dit, Saint-Augustin n'avait rien vu venir lui non plus et n'a finalement écrit son machin que longtemps après la chute de l'Empire.
Quand à nous, on espère, comme Matthieu : […] Matthieu espérait que la fin du monde ne serait pas aussi assommante.

Voilà : fin des méchancetés, ce blog reprendra une activité normale dès demain.

(1) - des ingrats diraient que c'est le prix de déjà l'an passé, mais on n'est pas comme ça avec l'amie Véro quand elle nous prête un bouquin !
(2) - il est d'ailleurs amusant de lire ici ou là combien chacun peut s'extasier devant ces longues et interminables phrases qui sont "finalement, plutôt faciles à lire, et qui ne gênent même pas la lecture" ! ben voyons, oui, on arrive même à lire, malgré le style ! comme si chacun pouvait se sentir fier d'avoir réussi à lire un livre ennuyeux et difficile, parce que ce doit être ça la vraie et grande littérature non ? Non.
(3) - aujourd'hui Annaba en Algérie, près de Tunis
(4) - un Empire récemment converti au catholicisme que l'on accusait de l'avoir conduit à sa perte
(5) - la Cité de Dieu : c'était le titre de l’œuvre de Saint-Augustin
(6) - pour faire bonne mesure, il est également fait référence à la pensée de Leibniz pour qui le mal constaté sur Terre ne devait pas remettre en cause la bonté et la toute puissance de Dieu - dormez et continuez à prier en paix bonnes gens
(7) - Jérôme Ferrari est originaire de Corse et étudiera la philo à la Sorbonne, ...


Pour celles et ceux qui aiment la philo.
D’autres avis généralement plus sympas sur Babelio.

mardi 22 octobre 2013

Miousik : Amy Lavere


La fille à la contrebasse.

Il nous aura fallu deux ou trois écoutes pour apprécier à sa juste valeur Amy Lavere : ses musiques très orchestrées (rock, pop, …) ne nous sont guère familières.
Mais quand même, ça vaut au moins une visite de courtoisie : c’est pas tous les jours que nos oreilles ont l’occasion de croiser une jolie fille qui frappe de la contrebasse !
Hasard des rencontres miousikales, Amy Lavere vient encore de Shreveport (Louisiane) tout comme Dylan Leblanc dont on parlait il y a quelques jours (et dont les filles parlent encore).
Revenons à notre chanteuse contrebassiste et jetons une oreille sur quelques jolis morceaux, dont le moins que l’on puisse dire est que les ambiances miousikales sont variées :
- le swing jazzy : A great divide
- le tendre langoureux : Often happens
- le piquant mélodieux : Lucky boy- le vintage : Let yourself go (Come on)- le country : Tennessee Valentine (peut-être bien celle que l’on va garder !)
- et bien d’autres …
À vos casques !

La playliste de la contrebassiste est ici.

lundi 21 octobre 2013

Miousik : Joe Henry

L’inconnu de Detroit.

Il y a peu de chance que ce nom passe-partout, Joe Henry, vous dise quelque chose.
Pourtant ce monsieur produit une belle musique pour lui-même et pour les plus grands : Madonna ou Elvis Costello. Et pour bien d’autres qu’on a déjà eu entre les oreilles : Shivaree, Aimée Mann ou encore Lisa Hannigan, … la liste est longue, les succès et les récompenses aussi. Ce sacré poète et musicien bénéficie d’une belle expérience comme on dit (il n’est plus tout jeune !).
Mais revenons à sa propre production, un blues jazzy aux accents bien américains, ceux de Detroit, Michigan.
Chacun pourra fouiner à sa guise dans son abondante discographie pour y dénicher quelque pépite.
Pour notre part, on n’a guère apprécié son phrasé entrecoupé (sans méchanceté, est-cela qui fait le succès de ses chansons chantées par d’autres ?) mais on a retenu une belle ballade avec Parker : Parker’s mood.


À savourer sur notre playliste.

jeudi 17 octobre 2013

Bouquin : Le marin américain


Il y a des morts qui marchent dans les dunes.

On parlait il y a peu (c’était avec La course de Flanagan) de ces bouquins magiques qui vous emportent ailleurs : autres temps, autres lieux et autres peuples. Après les coureurs de Flanagan, ce sont cette fois les pêcheurs du Danemark qui nous emmènent ailleurs …
À l’extrême pointe de Skagen au Danemark donc, à deux bordées de la Suède et de la Norvège, à la Noël 1902, un bateau fait naufrage. Après bien d’autres, à cette époque du tournant du siècle.
De ce naufrage-là, il ne survivra qu’un seul rescapé, échoué sur la plage : Le marin américain.
Il passera la nuit au village, aimablement soigné, hébergé et réconforté par une femme de pêcheur, Ane, dont le mari, Jens Peter, est parti en campagne.
Jusqu’ici Ane et Jens Peter Christensen se désolaient de ne pouvoir avoir d’enfant. Mais neuf mois après le passage du marin américain, Ane accouche d’un beau garçon aux yeux et cheveux noirs (pas courant là-haut évidemment).
À son retour, Jens Peter marque le coup mais lui et sa femme tairont leur secret de polichinelle et tenteront de faire bonne figure face aux ragots du village.
[…] Il espérait que Dieu tenait ses comptes et était parvenu au même résultat que lui, à savoir que, tout bien considéré, il y avait un certain équilibre dans la balance, que ce qu’ils avaient fait de mal était compensé par leurs bonnes actions.
Voici donc le passé et les secrets après lesquels s’en va courir un arrière-petit-fils du marin américain (Karsten Lund lui-même ?).
Notre contemporain part enquêter à la pointe de Skagen, à la rencontre de ses ancêtres.
[…] L’énigme a donné lieu à de nombreuses enquêtes, tant officielles que privées. Sans oublier la rumeur populaire, un murmure latent, des théories non formulées et la persistance des regards tout au long des années.
[…] Son fils lui demanda :
- Pourquoi ils m’appellent l’Américain ?
Ane s’arrêta au milieu d’un geste et se tint immobile comme une statue de sel avec l’assiette vide dans la main. […]
- Comment ça se fait que je ressemble pas à papa ?
[…] Quand il était seul, il souhaitait être venu au monde de façon normale, avoir des parents normaux et des cheveux blonds.
Les habitants du Jutland sont des taiseux, généralement. Et les pêcheurs du Jutland sont parmi les moins bavards des taiseux du Jutland.
[…] Un jour, il lui acheta un morceau de chocolat.
- Tiens ! dit-il en le lui tendant, et ce mot et cet acte étaient sans doute ce qui se rapproche le plus d’une promesse d’amour et de fidélité en jutlandais du Nord.
[…] Il y a tant de choses qu’on ne peut pas dire en jutlandais du Nord.
Et le fils du beau marin américain s’avère très vite un petit génie de la pêche.
[…] - L’Américain-là, il sait où le trouver, le hareng.
- C’est parce que je sais où sont les poissons.
Mais tout le sel marin de ce bouquin, ce n’est pas tant l’histoire de famille (fort bien racontée au demeurant) que la découverte de ce monde de pêcheurs du début du siècle : pêche à la senne, tempêtes et naufrages, femmes solides restées sur la côte, campagnes de pêche, achat du bateau, et puis l’apparition de nouveaux moteurs, de phares plus puissants(1), de nouvelles techniques de réfrigération ou de salaison, … tout un monde qui traversera deux guerres, un monde en train de se transformer à l’aube d’un siècle nouveau.
[…] Le plus fou des siècles : on s’habitue très vite au gaz en bouteille, aux vrais matelas dans les couchettes, aux maisons bien isolées et aux voitures à allumage automatique. Aux forêts d’antennes de télévision, aux réfrigérateurs, au chauffage central et aux baignoires sabots, et on a du mal à s’imaginer que les temps anciens, ce sont maintenant ceux juste avant la guerre, avec les pêches en Angleterre, les bateaux aux longues cheminées et aux petites cabines, et les maisons avec latrines dans une cabane dehors. Et au fait que les temps préhistoriques, ce sont ceux d’avant la construction du port, quand les maisons basses étaient planquées dans les dunes, quand les bateaux faisaient naufrage et qu’il se passait des choses étranges dans la nuit qui suivait.
Comme monsieur Karsten Lund sait écrire, tout cela est tout simplement passionnant et l’on suit avec intérêt la famille Christensen au fil des années, une véritable aventure, celle d’une famille, d’un village et de toute une région. Et l’auteur semble plein d’empathie pour toute cette famille, tous ces personnages : une douce ironie, une certaine tendresse baigne tout cela. Les histoires de pêche sont rudes, les hommes boivent pour vaincre la peur de la mer, les femmes doivent être fortes, mais tous ces personnages sont bien sympathiques, chacun à leur façon, et l’on aurait bien aimé faire partie de cette famille.
Avec Ane Christensen et le formidable portrait d’une maîtresse femme qui sut gérer son couple, sa famille, sa vie et ses affaires d’une main que tout le monde croyait si bien assurée.
Mais le secret qui nous est dévoilé au tout début en cache peut-être un autre.
[…] Il y a des morts qui marchent dans les dunes.
Ils vivent aussi longtemps que nous nous souvenons d’eux.
Un mystère que l’on devine rapidement mais qui se cache sous la surface, qui s’approche de la lumière à certains chapitres, qui replonge ensuite sous les eaux de la saga familiale, qui resurgit un peu plus loin, sans jamais se montrer vraiment, comme un banc de poissons qu’on sent, juste là sous les eaux, qu’on devine mais qu’on n’arrive jamais à voir tout à fait.
Quelques longueurs peut-être sur la toute fin, quand le personnage ‘contemporain’ prend un peu trop de place et quand on s’impatiente à ses atermoiements psy, alors qu’on voudrait retourner au siècle dernier.
(1) - de nouveaux phares, c’est moins de naufrages … n’en déplaisent aux dames esseulées de la côte jutlandaise

Pour celles et ceux qui aiment le poisson.
D’autres avis sur Babelio.

mardi 15 octobre 2013

Bouquin : L’hiver du commissaire

 

Le fantôme de l’opéra.

C'est Jean-Marc qui nous avait mis sur la piste de cette nouvelle série de polars : en Italie (à Naples) et à la période sombre du fascisme (1931).
On commence le défilé des saisons par L’hiver du commissaire Ricciardi de Maurizio di Giovanni.
Le côté historique de l’Italie fasciste nous rappelle bien sûr un autre enquêteur : le Bernie de la Trilogie berlinoise, même si Naples en hiver s'avère beaucoup plus sombre que le Berlin de Philip Kerr.
Et puis  nous voici donc en Italie avec un meurtre commis à l’opéra : voilà de quoi nous connecter à la Fenice de Donna Leon !
Le commissaire Ricciardi partage d'ailleurs avec son collègue Brunetti la même insubordination à un chef tout aussi méprisable !
Avec toutes ces références croisées, autant dire que Maurizio di Giovanni a tout intérêt à tenir ses promesses !
Las … dès les premières pages, l'exercice s'annonce bien difficile :
- une intrigue dans le milieu de l'opéra lyrique, ce qui n'est pas des plus sexy à nos yeux (un grand et gras ténor est assassiné dans sa loge, un individu exécrable auprès de qui la Castafiore ferait figure d'aimable jeune femme … mais un génie du chant lyrique qui a l'oreille du Duce, alors …),
- des images de Naples en plein hiver sous un vent glacial (quand même dommage non ?),
- une enquête à la Agatha Christie (tout le monde avait un mobile et une occasion) ce qui n'est ni très moderne ni très à la mode,
- un petit côté rétro voire vieillot (l'Italie des années 30 à l'arrivée du cinéma parlant) à la fois dans le contexte, le style, l'intrigue,
- un commissaire tristounet qui ne boit pas (mais oui, ça existe ! en tout cas à Naples en 1931), un vieux garçon qui vit chez une vieille tante, qui met un filet sur ses cheveux avant d'aller se coucher et qui a des visions un peu surnaturelles,
aaaargh ... et ben c'est pas gagné, dites donc !
Alors ?
Alors qu'est-ce qui fait qu'on ne lâche pas ce bouquin ?
Comment s'est donc débrouillé Maurizio di Giovanni pour nous cuisiner un bon petit plat, parfumé et goûteux, avec ces ingrédients un peu éventés ? Insondable mystère de la cuisine italienne et peut-être de la littérature !
Faut quand même dire que le cuistot a relevé son mélange improbable d'une épice plutôt originale.
Peut-être vous souvenez-vous de Xavier Bardem qui (dans le film Biutiful d'Inarritu) venait recueillir les dernières après-pensées des morts. Plus prosaïquement, on peut aussi songer à la récente série télé Medium (merci MAM).
Le commissaire Ricciardi est en effet affligé d'un don similaire : il “voit” les derniers instants vécus par ceux qui ont été emportés par une mort violente, et ce depuis son enfance ce qui n'est pas drôle du tout. À chacun de ces flashs, il partage forcément la souffrance de ceux qui passent ainsi de vie à trépas : le titre original indique Il senso de la dolore, le sens de la douleur.

[...] Près d'un chantier, à l'heure de la pause, un gamin avec un chien et deux chèvres attachées à une corde vendait du pain et de la ricotta à un groupe de maçons. l'un d'eux, un peu à l'écart, se tenait la tête courbée dans une position qui n'avait rien de naturel. Le commissaire détourna le regard : encore un des milliers d'accidentés du travail dont ne parlait jamais.

Alors même si ça l’aide un peu dans ses enquêtes (mais c’est plus subtil que ça), depuis toutes ces années passées à voir ces souffrances, le bonhomme n'est pas bien drôle.

[...] Ses subordonnés ne comprenaient pas sa gravité, ses silences : jamais un sourire, jamais un commentaire superflu. Il menait ses enquêtes de manière extravagante, ne respectait pas les procédures, mais en fin de compte il avait toujours raison.
[...] Le divisionnaire se serait volontiers passé de cet étrange homme silencieux, aux yeux tranchants comme des lames de rasoir, qui n'avait pas d'amis, ne se permettait jamais une familiarité, qui, à ce qu'on disait, n'avait ni attache ni inclination sexuelle particulière qui auraient pu le rendre vulnérable.

L'auteur nous délivre au passage quelques indications sur cette difficile époque avec l'Italie fasciste à son apogée (ambiance famille patrie, surtout famille).

[...] Ce n'est pas normal, à trente ans, de ne pas avoir de femme auprès de soi. Par les temps qui courent, pour un peu, ils seraient bien capables d'arrêter les célibataires.

Et c'est par petites touches qu'on découvre la personnalité tourmentée du beau et riche commissaire Ricciardi, à la vie un peu secrète, aux yeux verts insondables.
Aimable figure aussi que celle de son brigadier adjoint qui veille comme un ange-gardien sur son supérieur.
Les “visions” du commissaire, savamment dosées, passent facilement et en douceur, tout naturellement et Di Giovanni échappe finement aux pièges du surnaturel et du fantastique.
Après les révélations des dernières pages sur les pourquoi et comment du meurtre de l'affreux mais génial ténor, on n'a vite qu'une seule hâte : retrouver le commissaire Ricciardi … au printemps.
Bon allez, on essaye de pas s’emballer trop vite et on attend le prochain épisode pour confirmer le coup de cœur, suspense oblige !
Vite, la traduction en français est déjà disponible !


Pour celles et ceux qui aiment l’opéra.
D’autres avis sur Babelio et celui de Jean-Marc.

dimanche 13 octobre 2013

Cinoche : Prisoners

Cauchemars.

Ceux qui avaient eu la chance de voir le précédent film du québécois Denis Villeneuve (c’était début 2011 et c’était : Incendies) en ont sans doute garder un souvenir cuisant : déconseillé aux âmes sensibles, histoire épouvantable, images fortes à la violence contenue, etc.
Denis Villeneuve remet le couvert avec son Prisoners. Dans un registre très différent mais avec le même effet (ou presque) sur le spectateur.
Le Liban de Incendies était écrasé de lumière et de soleil mais les prisoners d’aujourd’hui pataugent dans une brouillasse sombre et humide de neige fondue aux environs de Boston. Et une certaine poisse colle aux basques et au passé des différents personnages dont pas un ne semble vraiment libéré.
La bande annonce a déjà planté le décor : le jour de Thanksgiving, deux fillettes (deux copines de deux familles voisines) sont enlevées. Sur les lieux on arrête rapidement un jeune un peu glauque, un peu simplet(1) qui rodait dans un vieux camping-car.
Faute de preuves et même d’indices, le vrai-faux suspect est relâché.
Le film ne fait que commencer. Joyeux Thanksgiving.
Le flic tenace (Jake Gyllenhaal, remarquable) persévère obstinément dans l’enquête, coûte que coûte et vaille que vaille.
Le père de l’une des gamines (Hugh Jackman) pète les plombs et entreprend lui-même de “faire parler” le simplet un peu glauque qui parait bien innocent. Qui paraissait innocent, car bientôt d’autres indices l’accusent. Le père est-il un cowboy parano qui veut faire justice tout seul ? Oui, mais le simplet semble bien être le seul fil d’Ariane à tirer pour retrouver les gamines …
Les jours passent, l’enquête piétine dans la gadoue et la neige fondue. L’engrenage infernal se met en branle.
Le spectateur, jouet du réalisateur,  assiste inconfortablement (c’est affreux ?) mais passivement (c’est nécessaire ?) aux “interrogatoires” du simplet (plus vraiment humain ?) par le père qui implore le pardon divin (humain, donc ?) avant chacune des séances. Malin et dérangeant.
L’intrigue est en réalité bien plus complexe et beaucoup plus subtile : on ne vous en dira rien bien sûr, mais sachez que sur une trame pourtant rebattue, Denis Villeneuve(2) nous a concocté un sacré polar où chaque petit indice semé en route (vous savez, les trucs qui semblent tout à fait superflus mais dont se dit : ah ça, ça va forcément resservir plus tard …) trouvera finalement sa place.
Un polar ou un thriller plutôt puisque, exactement comme devant Incendies, on reste crispé sur son fauteuil pendant deux heures et demi.
Et tout comme pour Incendies, les deux ou trois malheureuses vannes qui émaillent les dialogues déclenchent de timides rires, un peu jaunes, chez les spectateurs tout heureux de se détendre un instant. La comparaison entre les deux films s’arrête non loin de là : Prisoners est évidemment beaucoup plus hollywoodien même si certains thèmes ‘incendiaires’ restent bien présents (avec un titre pareil, forcément ...).
On ne verra presque pas les gamines, quasiment rien sur leur détention : Denis Villeneuve a la sagesse de ne pas jouer sur cette corde déjà trop effilochée. Toute la violence, toute la tension est ailleurs et dans le duo père-flic où chacun cherche, chacun à sa manière, le fin mot de l’histoire.
Et chacun commettra des erreurs tragiques(3), le flic comme le père.
On sait que la justice divine (explicitement mise en cause par l’un des personnages) est rarement au rendez-vous sur terre : mais de toute évidence la justice des hommes parait ici bien perfectible …
Un film très sombre, déconseillé aux âmes sensibles qui auraient tendance à faire des cauchemars et à ceux qui ont des enfants en bas-âge.

(1) - Paul Dano, qui était beaucoup plus sympa comme frangin (déjà simplet !) de Little Miss Sunshine
(2) - et son scénariste Aaron Guzikowski
(3) - encore un thème qui semble récurrent chez D. Villeneuve


L’avis de Perle ou navet (qui dit ‘perle’ bien sûr !) et celui de Critikat.
Une interview de Denis Villeneuve dans Télérama.

samedi 12 octobre 2013

Miousik : Dylan Leblanc

Gueule d’amour.

Jusqu’ici les midinettes en fleur n’avaient que les bellâtres et cantore italiens à se mettre entre (oh !) … entre les oreilles.
Mais cette époque de disette musicale est bel et bien révolue : voici Dylan Leblanc, cheveux longs et gueule d’amour(1) , voix sirupeuse suave, mélodies sucrées cosy et guitares dégoulinantes romantiques, tout cela importé de la chaude moiteur des bayous de Louisiane.
Mais parait-il que la belle Alela Diane en est fan au point d’avoir repris l’une de ses mélodies : If the creek don’t rise.
Alors forcément on écoute ... et elle a bon goût, la belle Alela (et je parle pas du beau gosse) : c’est en effet la plus belle chanson du gars Dylan, et de loin.
Alors, chères midinettes, on vous laisse écouter notre playliste aux petits cœurs roses et sucrés.
Messieurs, la chanson reprise par Alela est au tout début de la playliste, vous pouvez raccrocher ensuite (… ou vous laissez bercer discrètement sans rien dire à personne).
Plus sérieusement, sachez que la voix féminine qui apparait sur cette chanson de Dylan le beau Leblanc n’est pas celle d’Alela mais celle d’Emmylou Harris.


La playliste du gars Dylan est ici.
Pour écouter Alela reprendre cette chanson à son compte, c’est ici.

(1) - j’ai fait exprès de mettre une photo de la pochette d’album et pas de la gueule d’amour, na !

jeudi 10 octobre 2013

Bouquin : Des illusions

L’albanais qui n’en était pas un.

Spécial Rentrée Littéraire.
[c’est à la mode, alors on suit !]

Non, Magnus Montelius n’est pas un obscur auteur latin de l’époque romaine mais un écrivain suédois. Expert en environnement, il a vécu dans les Balkans et dans les pays de l’Est avant de s’essayer aux nouvelles et enfin ici, un premier roman : Des illusions.
Le titre original est : L’homme d’Albanie, l’homme qui venait d’Albanie.
Une nuit de 1990, à Stockholm, un homme fait une chute mortelle et la police retrouve sur lui un passeport albanais. S’est-il suicidé tout seul ou l’a-t-on gentiment aidé ?
S’agit-il, comme on voudrait le faire croire, d’un albanais impatient qui n’a pas pu attendre la chute du Mur pour passer à l’ouest ?
Ou plutôt, comme il apparait rapidement, du retour d’un suédois passé à l’Est quelques vingt-cinq ans plus tôt ?
C’est un journaliste qui est aux commandes de l’enquête.
Mais on a beau être dans le milieu de la presse à Stockholm, notre enquêteur n’a rien à voir avec le beau et chic Mikael Blomkvist de Millénium. Non, Tobias Meijtens fait plutôt ici dans le style ‘en attendant mieux : il joue les pigistes la semaine et les chauffeurs de taxi le week-end. Il parcourt les rues de Stockholm à vélo et ne se montre pas tout à fait à la hauteur des attentes de Hanna, sa petite amie.

[…] Au moment de sa rencontre avec Hanna, dix ans plus tôt, il n’avait pas le moindre engagement et ne planifiait rien au-delà d’une semaine. Son travail de chauffeur de taxi le week-end lui assurait un petit revenu régulier, et il jouait parfois comme pianiste dans les bars des grands hôtels, afin de s’en vanter quand on lui demandait ce qu’il faisait comme travail.
Ils avaient lié connaissance dans une fête où il s’était rendu par erreur. Il lui avait débité son discours habituel […]. Elle n’avait pas cru un mot de ce qu’il lui racontait, mais elle avait néanmoins accepté de le suivre chez lui. Aucun des deux n’y voyait plus que l’aventure d’un soir, et ils furent aussi surpris l’un que l’autre en passant de dîners à des petits-déjeuners […].
Elle pouvait sembler trop jeune […] d’une beauté stupéfiante […].
Personne ne douta de ce Meijtens lui avait trouvé, mais les avis divergèrent sur les raisons de son choix à elle.

Alors, cette affaire de l’albanais pourrait bien être le scoop de la carrière de Tobias Meijtens.
D’autant qu’une fois connue l’identité du faux albanais de 1990 et du vrai suédois disparu dans les années 60, le mystère reste encore tout entier ...

[…] - De nombreuses questions demeurent. Sur la cause de sa disparition, tout comme celle de sa durée. Sur les circonstances particulières qui ont entouré son retour.
Wijkman parut réfléchir à un point, avant d’afficher un sourire forcé.
- L’énigme Erik Lindman, s’exclama-t-il.

Bon gré, mal gré, Tobias Meijtens fait équipe avec Natalie, une collègue en vue du journal, une star de la télé déchue au carnet d’adresses bien rempli. Leur enquête les mènent auprès de ceux qui peuplaient les coulisses du pouvoir suédois des années 60 : certains sont toujours en poste, pas forcément du même côté de la ligne rouge qu’à l’époque.
Et bientôt la Sûreté (l’équivalent suédois de notre DST) s’en mêle :

[…] - C’est votre faute. Vous n’avez pas fait preuve de beaucoup d’habileté. On ne peut pas aller voir des personnes de ce calibre, les interroger sur leur comportement durant les joyeuses années 1960, ou sur leur dernier contact avec un ami espion aujourd’hui mort, sans que des problèmes éclatent.
[…] J’ai peur que vous ne soyez tombé sur une affaire extrêmement compliquée. Peut-être même trop pour qu’elle soit publiée dans la presse. En tout cas pas avant de nombreuses années.
[…] L’image collective de la Suède, un pays bon et juste. Une Suède qui conserve sa neutralité entre l’Est et l’Ouest et qui se trouve du côté des faibles.
[…] Est-ce que tout ce que nous considérions sacré et vrai est désormais un mensonge ?

Le bouquin est doublement passionnant : le contexte politique des années 60, la naissance des groupuscules gauchistes, l’isolement de l’Albanie, l’ouverture des pays de l’est vers 1990 (l’Albanie fut naturellement dans les bons derniers), …
On pense au Mankell de L’homme inquiet ou encore à Leif GW Persson.
Et puis il y a le travail journalistique des deux curieux, Meijtens et Natalie : le folklore habituel des salles de rédaction nous est épargné au profit d’un travail patient et minutieux d’enquête consistant à interroger systématiquement les anciens témoins et protagonistes de l’époque, à recouper les différentes sources avec méthode.
Ni experts scientifiques, ni profileurs, ni même 007 suédois.
Peu à peu, au fil des pages et des interrogatoires, tous ces petits à côtés qui émaillent les dialogues finissent par former une ambiance prenante et restituer le lent et délicat travail de l’interview.

[…] Une bourrasque de vent souleva quelques particules du sol. Meijtens ferma les yeux et s’obligea à rester concentré. Il voulait s’assurer de mémoriser les propos de son interlocuteur dans leurs moindres détails.
[…] Tout près d’eux, une mouette poussait de grands cris. Meijtens continua de fixer l’eau et le club nautique. Il avait remarqué que son interlocuteur s’exprimait plus franchement quand ils n’échangeaient pas de regard.
[…] Natalie leur reversa du thé, avec la prudence et la discrétion nécessaire pour ne pas interrompre le récit. Meijtens s’étonna de sa capacité, tel un caméléon, à s’ajuster au rythme et au tempérament de la personne interviewée. Mais seulement si elle le voulait.

Au fil des questions détournées et des réponses fuyantes, on oublie peu à peu l’enquête policière sur le suicidé albanais, on laisse filer en arrière plan le contexte socio-politique des années 60 et on se concentre sur tous ces personnages chez qui, trente ans plus tard, on vient brasser de vielles histoires … Belle et passionnante écriture que celle de Magnus Montelius dans ce roman, mi-polar, mi-espionnage, qui vaut largement le détour par Stockholm.
Il s’agit de son premier roman : reste à espérer et attendre les suivants !
Au-delà des effets de mode, le “polar suédois” a encore de belles pages devant lui.

Ce bouquin nous a été offert par Babelio et les éditions JC. Lattès.


Pour celles et ceux qui aiment
D’autres avis sur Babelio.

mercredi 9 octobre 2013

Miousik : Gaëtan Roussel

Les jolies gambettes des filles haut perchées.

Trois ans après Ginger, le nouvel album de Gaëtan Roussel (Orpailleur) s’avère vraiment très très inégal.
Pour autant et malgré la promo orchestrée, il faut oublier quelques instants que l’ami Roussel prend la grosse tête, grisé par son succès mérité et il ne faudrait surtout  pas passer à côté des quelques perles mélodieuses où Gaëtan Roussel reprend la recette qui avait fait le succès de la si belle chanson dont il avait fait cadeau à Vanessa Paradis : c’était Il y a.
Il y a trois ans donc.
Même cuisine aujourd’hui avec swing entraînant, textes intrigants et surtout ce phrasé syncopé et décalé qui vient rehausser la mélodie.
Et cette fois-ci on épice même avec quelques chœurs légers et féminins qui ajoutent douceur et profondeur à la voix nasillarde et charmeuse de Gaëtan Roussel.
Au final, tout cela nous donne deux très belles réussites, bien pêchues, comme ce faux reggae (à écouter plusieurs fois pour bien apprécier) : Par dessus tes épaules, ah ces petits symboles par-dessus tes épaules que n’aurait sans doute pas reniés le beau Serge.
Et surtout “il y a lalala” cette très très aérienne et emblématique Éolienne, bien digne des meilleurs rengaines de Ginger et qui prouve que Gaëtan Roussel ne brasse pas que du vent :

Laissons les bises, alizés aux voiliers
Aux petits drapeaux de plage - colorés
Mistral chasseur de nuages laissons-les
Souffler dans le ciel bleuté - de l'été
Laissons les brises caresser les mollets
De coq les jolies gambettes - de fer forgé
Des filles ou des girouettes - haut perchées
Laissons les courants d'air frais - circuler

Laissons tout le vent enfermé
Au fond de nos postes de télé - s'évader
Toute l'énergie éolienne
Que nos existences contiennent - s'envoler

Les jeux de langue française et de phrasé font écho à ceux de Tina Tindle.
Les gambettes haut perchées nous évoquent peut-être les sandales très hautes de Lola Lafon.
Pour une fois, nous qui sommes si friands des lyrics anglo-saxons, voici que nous chantons haut perché : et vive la chanson française, cocorico, mollets de coq, pirouettes et girouettes !


Notre sélection est à écouter ici.