dimanche 30 juin 2013

Bouquin : Limonov

L’enfant terrible de la Russie.

Avant même le bouquin d'Emmanuel Carrère, Limonov faisait parler de lui (ou plus exactement : refaisait parler de lui) ces dernières années avec quelques postures tout à fait politiquement incorrectes dans son pays natal ou les Balkans.
Édouard Limonov, c'est lui qu'on a pu voir discuter avec Radovan Karadžić devant Sarajevo, c'est lui qui se fait arrêté pour une soi-disant tentative de coup d'État au Kazakhstan, c'est lui qui a fondé le Parti National-Bolchévique et les sulfureuses milices nasbols, c'est lui qui se présente contre Poutine à la présidentielle en 2012, ...
Autant dire qu'on tient là une personnalité propice à la controverse !
Mais Emmanuel Carrère ne se laisse pas aller à la facilité et ne se contente pas de se draper d'une écharpe vaguement orangée(1) ni de surfer sur les modes médiatiques actuelles. Après quelques pages de mise en jambes pour bien ancrer son propos dans la réalité d'aujourd'hui, il nous emmène pour un long et passionnant voyage dans l'espace et le temps : Kharkov dans les années 60, New-York en 1974, Paris en 1982 et retour en Russie en passant par la case des Balkans. Chaque étape est passionnante et l'auteur ne se contente ni d'une admiration béate devant le provocateur littéraire que fut par le passé le jeune Édouard Savenko, ni d'une critique facile du provocateur politique qu'est devenu aujourd'hui Édouard Limonov.
Si l'on voulait (vainement) résumer la vie de Limonov, on pourrait citer le pitch du Point(2) :

[...] poète délinquant à Kharkov, dissident branché de l'URSS, clochard à New York, écrivain sans le sou à Paris, putschiste à Moscou, soldat serbe en Bosnie, fondateur du rouge-brun Parti national-bolchévique, puis militant démocrate anti-Poutine.

Il se dégage du bouquin de Carrère (et donc sans doute de la vie même de Limonov) une furieuse (folle ?) envie de vivre le meilleur comme le pire et de dévorer la vie par les deux bouts. Et des multiples facettes éclairées par Emmanuel Carrère on retiendra cet insatiable et puissant désir de Limonov d'être aimé : par ses femmes le plus souvent possible ou même aujourd’hui par ses camarades nasbols.
Alors oui pour ce livre et ce personnage à double face, ce sera un coup de cœur doublé d'un coup de chapeau.
Coup de cœur pour le récit de la jeunesse tumultueuse d'Édouard Limonov, archétype de l'écrivain maudit, une sorte de Bukowski qui n'aurait pas sombré dans l'alcool ou de Céline qui n'aurait pas tout à fait franchi la ligne jaune. Bon, oui, mais alors juste un peu, monsieur l'agent.
Complexé par sa petite taille mais beau comme un dieu, le poète miséreux et sulfureux séduit les hommes tout autant que les femmes, les voyous illettrés tout autant que les intellos mondains.
C'est dire qu'avec ce bouquin, le lecteur peut croiser du beau monde. Et du moins beau.
Coup de chapeau pour l'engagement et l'implication du journaliste Emmanuel Carrère qui n'hésite pas à se mettre en scène dans son bouquin, analysant son propre regard sur Limonov et sa propre position de fils d'immigré(e) russe(3).
C'est dire qu'avec ce bouquin, le lecteur peut en prendre plein les neurones.
Coup de cœur pour le panorama de plus de cinquante ans d'Histoire depuis Staline et la guerre mondiale, jusqu'à Poutine en passant par les années Brejnev ou Khrouchtchev. Cinquante ans d'Histoire pas seulement de la Russie mais aussi de notre monde occidental puisque l'on voyage sur les traces de Limonov depuis Kharkov au fin fond de l'Oural jusqu'à Paris en passant par New-York.
C'est dire qu'avec ce bouquin, le lecteur peut s'instruire et voyager à bas prix. 
Coup de chapeau pour la plongée dans l'univers russe de la littérature en général et de la poésie en particulier et les intéressantes descriptions du curieux rapport des russes à la poésie et à leurs poètes.
C'est dire qu'avec ce bouquin, le lecteur occidental peut mesurer toute la profondeur de son inculture(4).
Dans les années récentes et la dernière partie du bouquin, le sire Limonov devient un peu moins intéressant et beaucoup moins sympathique puisque, pour reprendre le doux euphémisme d'E. Carrère : il manque de discernement politique ! C'est le moins que l'on puisse dire !
Mais ce désintérêt relatif pour le personnage est compensé par une vision décapante de l'histoire politique récente de la Russie : l'inefficace Gorbatchev, l'influent Sakharov, les chars russes dans Vilnius en 1991, le putsch de Moscou, la bienveillance mal éclairée de Tonton Mitterrand, la prise de pouvoir de Boris Eltsine, encore un putsch à Moscou, l’avènement de Poutine  ... tout cela défile en quelques pages et donne un bel aperçu de ce qu'on a peut-être lu, entendu et oublié de manière confuse, c'est passionnant même si parfois l’esprit de synthèse frise le raccourci, on s’en doute bien un peu mais ça nous va bien.
Certes on peut taxer E. Carrère d’aveuglement russophile, mais reconnaissons lui le mérite de nous donner à voir autre chose que les clichés habituels de nos médias occidentaux :

[…] Les oligarques ont tout, à présent, absolument tout : des fortunes immenses, fondées sur des matières premières et non sur des technologies. […] On peut en être choqué,, on peut aussi dire, comme ma mère : “Bien sûr, ce sont des gangsters, mais ce n’est que la première génération du capitalisme en Russie. C’était pareil en Amérique, au début. Les oligarques ne sont pas honnêtes, mais ils font élever leurs enfants dans de bons collèges en Suisse pour qu’ils puissent s’offrir, eux, le luxe de l’être. Tu verras. Attends une génération.”

On trouve désormais tout cela en poche jusque dans les présentoirs de monoprix, sans doute à la faveur des derniers avatars politiques de ce drôle de sire. Mais Emmanuel Carrère nous a compilé une foisonnante et passionnante biographie qui  vaut bien plus que cette écume trop récente et plutôt nauséabonde.
Pour finir, on citera Limonov lui-même dans une interview au Point en 2011(2) :

[…] L'Occident, malheureusement, n'est pas dans un bon état. Le politiquement correct ne génère pas de génies, mais produit les romans de la rentrée littéraire.

C’est dit !
Et voici quelques photos (qui manquent au bouquin, merci gougoule) - de gauche à droite : Limonov aujourd’hui en campagne en Russie, dans les années 80 à Paris, sa jeunesse avec des amis d’un cercle littéraire (il est assis au centre) et à droite une photo avec Elena qui tient (qui tiennent : Elena et la photo) une grande place dans le bouquin et sans doute dans la vie de Limonov.

(1) - l’écharpe politique récente de Limonov n’est pas vraiment orange mais plutôt rouge-brun, une nuance difficile à saisir pour la plupart d’entre nous à l’ouest
(2) - une interview de Limonov en 2011 au Point à l'occasion du prix Renaudot attribué au roman d'Emmanuel Carrère [clic]
(3) - Emmanuel Carrère est le fils de la célèbre et 'immortelle' soviétologue Hélène Carrère d'Encausse née Zourabichvili dont les parents avaient fui la révolution russe
(4) - mais rassurez-vous, Emmanuel Carrère est suffisamment habile pour rendre son propos clair et intelligible même à tous ceux qui comme nous, n'ont qu'une idée lointaine et vague d'auteurs comme Pasternak (ah ! le docteur ?) ou Tarkovski (ah ! le cinéaste ?)



Pour celles et ceux qui aiment flirter avec le côté obscur de la force.
D’autres avis chez Babelio.

jeudi 27 juin 2013

Miousik : Alela Diane

La grande dame du folk.

Quel plaisir toujours renouvelé que de retrouver Alela Diane avec ce nouvel album : About Farewell.
Le piqué de sa guitare qui tourne en boucle, les respirations de sa voix au phrasé envoûtant. Hhhmmm.
Un album peut-être moins ‘indien’ que les précédents et donc finalement peut-être plus accessible.
Un cd tout empreint de mélancolie qui chante les adieux et les séparations.
Sous des allures (désormais habituelles) de simplicité et de dépouillement, voici un disque homogène, peaufiné et bien maîtrisé : dame Alela y est au sommet de son art.
Nous aurons la chance de l’écouter le 3 juillet prochain à L’Européen, grâce soit rendue à ces artistes à leur zénith qui savent ne pas le remplir et se produire dans des salles à taille humaine.

En attendant c’est à savourer sur notre playliste.


Pour celles et ceux qui aiment les chansons tristes.
Amaury en parle.

mardi 25 juin 2013

Cinoche : Les beaux jours

Plutôt filer des rencards qu'être mis(e) au rancart.

Le 3° âge est décidément de plus en plus à la mode (signe de nos sociétés vieillissantes ?).
Entre Dunkerque et Calais, Fanny Ardant, bourgeoise de province et dentiste retraitée, a déjà passé la soixantaine : ça sent la chronique d'une fin annoncée et les amies commencent déjà à disparaître.
Le comble de l'horreur : ses filles lui offrent un "forfait découverte" des ateliers du club de retraités, yoga, théâtre, poterie, informatique, ...
Le club de joyeux retraités(1) s’appelle gaiement : Les beaux jours, et donne son titre au film (plutôt triste) de Marion Vernoux.
Et bien finalement, Fanny Ardant va l'essayer ce forfait découverte ! À commencer par le petit jeune animateur du club informatique. Tous deux se jettent à corps perdus dans les ébats. Lui parce qu'il est sex-addict(2) et pas regardant sur l'âge de ses partenaires, elle parce qu'il lui faut absolument (se) prouver(3) qu'elle est encore vivante.
Elle préfère filer des rencards qu'être mise au rancart.
On est pourtant tout à fait à l'opposé des Perfect Mothers. C'est pas vraiment une passion ni même le démon de midi, encore moins une histoire d'amour : ils ne connaissent rien l'un de l'autre, n'en cherchent pas plus et le jeune homme est vite cantonné à son rôle habituel de gigolo, voire de sex-toy, auprès des femmes, jeunes ou moins jeunes. D'ailleurs Fanny Ardant est désolée que son mari aimé ne comprenne pas vraiment le sens de ses escapades.
BMR n'a pas complètement accroché et trouvé Laurent Lafitte bien insignifiant même s’il a apprécié une Fanny Ardant que l'on a vu trop rarement à l'écran mais qui parait un peu décalée et qui, comme le spectateur, semble ici regarder Fanny Ardant en train de faire du cinoche.
MAM a été plus touchée par l’histoire de cette femme qui a bien du mal à passer de la vie active à la vie de retraitée, pas bien aidée par un mari peu attentionné … et qui bosse encore.
MAM est aussi restée dubitative tout le long du film, époustouflée par les ébats répétés de la grand-mère : y aurait pas un trucage non ?

(1) - l’occasion de revoir Fanny Cottençon, Catherine Lachens ou Jean-François Stévenin
(2) - il lui arrive de se retrouver à la maison avec deux  femmes en même temps, une dans chaque pièce, histoire qu'on comprenne bien
(3) - pas uniquement se prouver à elle-même mais aussi à son entourage : sa relation avec un petit jeune de l'âge de ses filles est rapidement de notoriété publique dans Landerneau, le mari puis bientôt les filles seront vite informés


Pour celles et ceux qui aiment les plages et le troisième âge.
Critikat en parle.

dimanche 23 juin 2013

Bouquin : Ce qu’il advint du sauvage blanc

Rencontre du 3° type.

Voilà bien un étrange bouquin(1) que celui de François Garde qui se verra attribué le Goncourt du premier roman pour Ce qu'il advint du sauvage blanc.
L'auteur s'inspire (très librement) d'une histoire vraie(2) : celle du matelot Narcisse Pelletier, moussaillon du Pacifique et du XIX° qui fut abandonné par accident sur une côte australienne. Après avoir passé plus de quinze ans au milieu des aborigènes, il sera finalement récupéré par un autre équipage.
François Garde brode son roman sur cette trame et fait en sorte qu'après quinze ans passés chez les 'sauvages'  (on est en 1860 !) Narcisse a tout oublié de la civilisation, comme on dit.
Lorsqu'il est abandonné, il hurle et répète sur la plage :

[...] Je suis Narcisse Pelletier, matelot de la goélette Saint-Paul !

Lorsqu'on le retrouve quinze ans plus tard, c'est devenu incompréhensible : Sis Tié-Let-Pol !
François Garde met en pages un autre personnage de fiction (à partir de plusieurs personnages de l'époque) en la personne d'Octave de Vallombrun. Cet aristocrate qui se pique d'être un esprit éclairé, prend en charge le 'sauvage blanc' et tente d'en découvrir plus pour le bien de la science et le progrès de la connaissance humaine, accessoirement pour sa propre gloriole.
Le roman alterne les chapitres entre les années 1860 avec les lettres 'à l'ancienne' que Vallombrun écrit à la Société de Géographie et les années 1850 avec le récit des aventures de Narcisse au milieu des aborigènes.
Tout le propos de François Garde semble tourner autour de l'incompréhension totale, mutuelle et réciproque.
Incompréhension de Narcisse qui débarque chez les sauvages qu'il trouve laids et bestiaux.
Incompréhension des aborigènes qui traitent le naufragé comme leurs propres enfants, encore ignorants des coutumes ancestrales comme des simples règles de survie dans le bush.
Incompréhension du rescapé Narcisse qui ne voit pas pourquoi on l'a arraché à la vie qu'il s'était reconstruite patiemment et durement après quinze longues années de renoncements. Il se réfugie dans un mutisme complet, refuse de ré-apprendre le français et veille à ne donner aucun indice sur ce qu'il a vécu.
Incompréhension de Vallombrun qui est fasciné par le fait que l'homme blanc supérieur a 'régressé' et tout oublié de sa civilisation, coutumes, pudeur, langage, ...Tout cela est bien sûr fictif.
Ces abimes d’incommunicabilité réciproques et l'alternance des chapitres et des points de vue, finissent par dégager un étrange sentiment de malaise et de frustration.
Flagrante est l'arrogance de la civilisation blanche (même [surtout ?]  teintée d'une curiosité pseudo-scientifique).
Tout aussi évidente est l'altérité des aborigènes qui sont littéralement à mille lieux des préoccupations occidentales.
Écartelé entre les deux, Narcisse aura mis plus de quinze ans à se renier patiemment pour se reconstruire, s'intégrer tant bien que mal à sa culture adoptive et renoncer à son héritage occidental. Et voilà qu'on lui demande maintenant de refaire le chemin inverse ?
Cette fois, c'est au-delà des forces humaines.

[...] S'il répondait à mes questions, il se mettait dans le danger le plus extrême. Mourir, non pas de mort clinique, mais mourir à lui-même et à tous les autres. Mourir de ne pas pouvoir être en même temps blanc et sauvage.

(1) - un bouquin que c'est encore K. qui nous l'a prêté
(2) - les libertés prises furent d'ailleurs critiquées par la communauté scientifique [clic] qui n'est pas toujours équipée pour faire la différence entre un bon roman et une mauvaise étude anthropologique


Pour celles et ceux qui aiment les robinsonnades.
Le Monde en parle, ainsi que Moustafette

mercredi 19 juin 2013

BD : Far away

En camion, Simone !

Voici donc une BD qui ne prétend pas se décliner en de multiples épisodes et trois saisons de douze albums chacune, c'est assez rare pour être souligné !
Non, Far away est juste une simple histoire, une belle histoire.
Et un bel album au dessin original qui fait presque penser à des toiles impressionnistes, ce qui s'accorde fort bien avec l'automne des forêts des Laurentides (ça se passe chez nos cousins du Québec).
Et comme après l'automne vient l'hiver et que la neige est toujours aussi BDgénique, on est assuré de feuilleter là quelques belles images.
L'histoire est celle d'un routier solitaire, plutôt maladroit avec ses contemporains comme tout gros nounours des Rocheuses. Pris par la neige, il fait la rencontre d'Esmé, une dame plus âgée qui semble porter quelque fardeau et qui se propose de partir (ou fuir ?) avec lui sur les routes de l'ouest.
Et vroum, c'est donc parti pour une petite road-BD, toute emplie d'humanité, où l'on verra peu à peu les liens se resserrer entre le routier et la dame.
Mais Esmé trainait quelques valises ...
Le scénario que l'on doit à un couple belge (Maryse et Jean-François Charles) fait un peu songer aux albums d'Étienne Davodeau : une histoire simple de gens simples.
Les dessins (les peintures devrait-on dire !) sont signé(e)s de l'italien Gabriele Gamberini.
Et c’est donc un coup de cœur pour une histoire pleine de cœur.
On vous donne à voir deux belles planches : [clic] et [reclic].


C'est un billet d'Alain qui nous avait fait craquer. Natiora en parle aussi.

mardi 18 juin 2013

Cinoche : The iceman


Rafraîchissant.

Et bien non, BMR & MAM ne sont pas allés voir les 2 Shokuzaï ce week-end.
C'était pourtant "LE" film (enfin les films) à voir en ce moment, asiatique(s) qui plus est.
Petit coup de flemme ? Neurones en vacances avant l'heure ? Envie d'accélérer l'arrivée de l'été puisqu'on n'a pas eu de printemps ? Allez savoir ...
On ne vous parlera pas non plus de La fille du 14 juillet, film nullissime que l'on a bien failli quitter avant le mot fin. Les critiques [1] [2] étaient alléchantes qui nous promettaient de la poésie foutraque, une mise en scène foutraque, de l'humour foutraque, ...
On a bien vu le foutraque, ça oui, mais pas le reste. Les deux blagues citées par les critiques étaient bien là ... mais toutes seules. Bref, cette pochade post-soixante-huitarde est à éviter soigneusement !
Alors de quoi on cause ?
De l'autre toile du week-end, celle d'un illustre inconnu : Ariel Vromen avec The iceman.
Michael Shannon y interprète le rôle d'un tueur en série (en longue série) surnommé The iceman au motif qu'il congelait les corps de ses victimes (c'est inspiré d'une histoire vraie comme on aime désormais à le dire aussi souvent que possible).
Accessoirement il s'était acoquiné avec un acolyte qui était ... marchand de glaces !
Michael Shannon est d'ailleurs taillé comme une armoire à glace (stop ! fin des jeux de mots !) même si du haut de ses presque deux mètres il mesure 5 cm de moins que le vrai méchant de la vraie vie qui faisait 135 kg et 1m95.
Ce n'est pas le côté polar qui est mis en avant dans le film mais plutôt la trouble personnalité du bonhomme et sa double vie, plutôt bien incarnées par M. Shannon, la taille de l'habit fait le moine.
Richard Kuklinski est un bon père de famille avec femme et enfants aimés et aimants. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes américains sauf que The iceman a embrassé la profession de tueurs à gages (et à bons gages) pour la mafia. Ce qui lui permet de subvenir aux besoins de sa petite famille et de sa petite femme, pas trop regardante sur l'origine des rentrées d'argent (bijoux, maison, autos, école privée, ...), c’est à la mode en ce moment.
La police ne l'entend pas de cette oreille mais il lui faudra près de trente ans et une centaine de cadavres avant de faire fermer la boutique et prononcer la cessation d'activités. Comment voulez-vous que la courbe du chômage s'inverse si la police empêche les honnêtes gens de travailler ?
Tout se joue donc dans la dualité avec un Richard Kuklinski qui peine à contenir la violence qui est en lui (depuis que son papa le battait, hein bien sûr, même que le frangin, lui, il est déjà en tôle). La vie de famille va presque de bon train, même si ça manque dérailler une fois ou deux, mais le doux géant fait de louables efforts pour se contenir en société.
Alors faut bien que ça sorte et ça, c'est quand la mafia commande quelques nettoyages.
Malgré quelques raccourcis scénaristiques un peu déroutants, un Michael Shannon un peu opaque et quelques personnages un peu confus, ça se laisse regarder sans déplaisir même si le tout manque un peu de panache.
On aurait aimé un peu plus d'épices et de saveurs sur la glace servie par The Iceman.
Finalement, on aurait peut-être dû aller voir les Shokuzai … !
On s'amusera quand même à suivre les grimages de Michael Shannon qui déploie toute la panoplie des rouflaquettes des années 60 aux années 80 !
Le vrai Iceman est mort en prison il y a peu, en 2006, après avoir été condamné à deux fois perpèt'.  Le métier de marchand de glaces est décidément mal reconnu …

samedi 15 juin 2013

Miousik : Passenger (Mike Rosenberg)

C’est Pierrot qui nous aura fait découvrir la voix nasillarde de Mike Rosenberg … dans le Sapsan (le tgv russe qui file entre Moscou et St Pétersbourg).
Même si Rosenberg et son groupe, Passenger, n’ont rien de russe puisque leur histoire est née à Brighton GB.
Finalement Mike Rosenberg ira chercher seul le succès … en Australie, où il nous a concocté un bel album : All the little lights
Le morceau-titre est d’ailleurs notre préféré avec Things that stop you dreaming et leur tube : Let her go.
C’est moins larmoyant que Asaf Davidan et moins variété que James Blunt. Bref, c’est très bien avec même un petit parfum nostalgique à la Cat Stevens.

et vous n’êtes pas obligés de prendre le tgv russe : yaka écouter sur notre playliste ici.

mercredi 12 juin 2013

Bouquin : Et puis Paulette …

Solidarvioc.

C’est la crise et la feel-good story est à la mode, côté librairie comme côté cinoche.
C’est la crise et le pays vieillit inexorablement poussant devant lui un tas grandissant de vieux jusqu’au gouffre sans fond des caisses de retraite.
Alors voici donc Et puis Paulette … de Barbara Constantine (un bouquin que c’est K. qui nous l’a prêté).
Une histoire sympatoche et franchouillarde à la Gavalda, sans prise de tête où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, même les vieux, même les jeunes et même les jeunes avec les vieux.
Car c’est l’idée de ce petit roman où une ferme qui sent bon le bio mais qui part à l’abandon va retrouver une seconde jeunesse en accueillant des voisins, des vieux et puis des jeunes.
Qui cherchent à partager un toit, une séparation, une allocation chômage (pour les jeunes) ou vieillesse (pour les moins jeunes), un peu de solitude ou seulement quelques légumes.
Alors c’est l’idée de Solidarvioc (puisque y’a même un site après le roman).

[…] Assis côte à côte sur le banc, Ferdinand et Marceline comptent les étoiles. Ou plutôt, ils essayent. Mais bien sûr, c’est impossible, il y en a trop ! Le fond de l’air est frais, Marceline se rapproche. Il ferme les yeux, ravi et, en même temps, intimidé. Un quart d’heure plus tard, elle penche la tête vers son épaule, s’y appuie très légèrement. C’est la première fois. Il frissonne. Elle aussi. Ils ne bougent plus du tout, respirent à peine. Mais ça s’arrête là. Parce que Kim, en caleçon, ouvre la porte de chez lui à la volée - ils sursautent - et court vers eux, affolé.
- Muriel s’est enfermée dans la salle de bains, je crois qu’elle est malade, ça fait une heure qu’elle pleure !
Ils foncent.

Alors c’est sûr, ça dégouline de bons sentiments mais tout aussi sûrement,  ça se laisse lire rapidement et plaisamment. Frais et reposant. Assis sur un banc … ou une banquette de métro.


Pour celles et ceux qui aiment les vieux et les jeunes et les petites histoires sympas.
C’est Calmann-Lévy qui publie ces 306 petites pages qui datent de 2012.
D’autres avis sur Babelio.

jeudi 6 juin 2013

Bouquin : Ravel


La bio du boléro.

On adore Jean Échenoz. Ça en principe vous savez déjà.
On a adoré les dernières “bios” d’Échenoz : la folle course de Zatopek et les aventures électriques de Tesla.
Ça en principe vous savez aussi.
Mais là franchement, heu, Ravel, c’est quand même pas le cd qui trône en haut de la pile à côté de la chaîne hifi …
Ça aussi, ceux qui écoutent ce blog le savent également !
Oui d’accord c’est Échenoz, mais Ravel quand même, ben non …
Finalement, il aura fallu que le texte soit adapté au théâtre pour qu’on se dise, ah zut, si on avait su on l’aurait lu …
Alors finalement c’est parti.
Et bien sûr sans regrets : c’est du Échenoz et comme d’habitude, c’est magistral.
Derrière l’auteur du boléro dont on nous a si souvent rebattu les oreilles, on découvre un drôle de personnage, un dandy artiste, plein de mystères (pas d’amour connu, ni homme, ni femme !), à la santé fragile, au génie musical brillant, …
[…] La canne est à la main ce que le sourire est aux lèvres.
On assiste même (et oui faut bien) à la naissance du fameux boléro : mais tout en finesse et second degré, c’est savoureux et ça nous donnerait presque envie (j’ai dit presque) de ré-entendre cette œuvre que Ravel considérait comme mineure ! Si, si.
[…] Voilà au moins, dit-il, un morceau que les orchestres du dimanche n’auront pas le front d’inscrire à leur programme.
N’hésitez pas à prendre votre billet transatlantique avec Ravel (le bouquin commence avec une traversée sur Le France), l’humour savant d’Échenoz fera le reste.
Ravel est au sommet de sa gloire, Échenoz à celui de son art et on y croisera quelques figures du siècle comme celle de Conrad :
Leur conversation s’était déroulée non sans aridité, malgré quelques oasis où l’un disait avec retenue son goût de la littérature de l’autre, l’autre essayant de masquer avec tact son ignorance de la musique de l’un.
Au fil de la lecture toujours aussi savante et savoureuse d’Échenoz, on finit par s’éprendre bizarrement de ce drôle de bonhomme et la triste fin qui fut la sienne en devient poignante (le génial musicien finira malade, le cerveau littéralement ramolli) : c’est finalement plein d’émotion que l’on referme ce petit bouquin, enchanté d’avoir fait la connaissance d’un artiste dandy, d’un génie du siècle, que l’on n’avait aucune chance de croiser ailleurs et certainement pas au rayon cd.
Nous aurions été bien sots de camper plus longtemps sur nos préjugés musicaux et de passer à côté de cet encore très subtil petit bouquin échenozien.

Pour celles et ceux qui aiment les génies du siècle.
D’autres avis sur Babelio.

mardi 4 juin 2013

Miousik : Asaf Avidan


L’écorché vif.

Après Woodkid, voici l’autre coqueluche de nos médias en ce début 2013.
Asaf Avidan partage avec Woodkid des origines juives et un certain look mais la comparaison s’arrête là.
Asaf Avidan vient d'Israël et sa voix d’écorché vif ne peut laisser indifférent.
Alors on aime ou on n’aime pas. C’est tout.
Une voix androgyne que l’on compare parfois à celle de Robert Plant, et qui traduit les douleurs et les blessures de vivre (traumatismes du déracinement, de la maladie, de l’armée, du désamour, … Asaf Avidan n’a pas forcément eut une vie très facile et en joue volontiers dans les interviews).
Les chansons que l’on préfère, on est allé les pêcher dans les anciens albums : The reckoning (2008) et Poor boy (2009), et le plus récent (Different pulses) nous a beaucoup moins plu.
Le moins que l’on puisse dire c’est que c’est pas toujours bien gai (pleurnichard diront peut-être d’aucuns ?) mais certains accents vous fendent quand même le cœur.
[paroles de My favorite clown - album Poor boy]
We go marching
through these scorching times
our lungs are filled with dirt
but no amount of hurt
will stop us trying
We go marching
through these parching times
rain will come again
and just like distant friend
we'll both be crying
[paroles de Reckoning soon - même album]
One day baby, we'll be old
Oh baby, we'll be old
And think of all the stories that we could have told.
À écouter à petites doses alors.
Notre playliste ici.

Pour celles et ceux qui aiment les voix à fleur de peau.