dimanche 24 novembre 2013

Cinoche : Captain Phillips


Hijacking.

On est depuis longtemps fans de Paul Greengrass et de son cinéma 100% action mais action plutôt intelligente.
Il y a eu évidemment les Jason Bournes. Mais aussi et surtout le terrible Vol 93 ainsi que Green Zone.
On avait été aussi pas mal secoués par le danois Hijacking qui relatait le piratage d’un cargo au milieu de l’océan Indien.
On ne pouvait donc manquer le Capitaine Tom Hanks qui incarne à l’écran l’histoire véridique (c’est à la mode, on sait) du Captain Phillips.
Les parallèles sont évidemment à la fois nombreux et divergents avec le film danois : il est bien sûr encore question du piratage d’un cargo au large des côtes somaliennes. Mais là où Hijacking se concentrait sur la négociation marchande entre les pirates et les armateurs danois, le film de Greengrass se focalise sur l’action en mer. D’abord l’assaut du cargo (un film à lui tout seul) et puis la suite des péripéties avec la navy aux trousses du canot en mer (un second film dans le film).
Là où le danois Tobias Lindholm éludait le background des pirates (on devinait à peine d’où ils venaient),  Paul Greengrass nous donne un peu plus à voir sur les conditions inimaginables dans lesquelles ces pauvres fous “travaillent” (si on peut dire), eux qui rançonnent des cargos pour plusieurs millions de dollars et qui n’ont pas de quoi se payer des sandales. Où va tout cet argent ?
Leur violence est à peine à la hauteur de leur désespoir.
La première partie du film (l’attaque du cargo), est un joli morceau de bravoure : une frêle barcasse de quatre somaliens à l’assaut d’un cargo géant. David armé de kalach et Goliath équipé de lances à eau. Des somaliens désespérés pour qui leur propre vie ne compte guère (alors celle des autres … !) et des marins syndiqués et pères de familles. C’est la part du film qui ressemble beaucoup à Hijacking (la peur de la prise d’otages).
La seconde partie du film n’est pas dévoilée par la bande annonce et ceux qui préfèrent les surprises peuvent sauter les lignes qui suivent (même si on n'y dévoile pas la fin, of course, et si ces quelques lignes ne risquent aucunement de vous gâcher le plaisir).

Après l’attaque du cargo, le Captain se trouve embarqué avec les pirates dans le canot de sauvetage du paquebot : l’US Navy est rapidement à leurs trousses. Cette deuxième aventure, ce deuxième film dans le film, est encore plus décoiffant que la première partie. Toujours 100% action, 100% tension. Côté somaliens : trois ou quatre pirates, un otage, un canot bringuebalé dans les vagues. Côté US : plusieurs navires de guerre, un porte-avions, des hélicos, des drones et même une équipe surentraînée et suréquipée de SEAL. Aucune chance côté somalien.
Et ça, l’otage Richard Phillips l’a compris avant même ses ravisseurs : il a deviné, il sait, quel sort leur est réservé. Brrrr…
Il est effarant (et Paul Greengrass filme cela parfaitement), il est effarant de voir le décalage entre d’un côté l’affolement énervé, violent et désespéré des pirates à demi-shootés et de l’autre le professionnalisme froid, inhumain et rigoureux de la navy suréquipée et surarmée.
On aurait pu s’attendre à une critique à peine voilée des surhommes de l’oncle Sam mais non, il n’y a pas vraiment d’arrogance du côté américain : c’est bien pire que ça. Il font leur job, les gars, froidement, sérieusement avec rigueur et sang froid. Terriblement froid, le sang. Pas question de se laisser faire, eaux internationales ou pas, pas question de laisser un citoyen américain aux mains de pirates somaliens ou pas(1). La leçon est claire : les deux mondes sont à des millions de dollars l’un de l’autre, à des millions d’années lumières et les somaliens sont des aliens. On comprend (un petit peu) mieux ce qui peut pousser tant de peuples à haïr aussi viscéralement, aussi désespérément, le monde occidental en général et le monde US en particulier.
Et pour reprendre le parallèle avec Hijacking : ici, Captain Phillips, c’est un peu la réponse du berger US à la bergère danoise.
Saluons aussi la très belle scène qui clôture cet épisode hypertendu et qui réussit brillamment à éviter le mélo : le dialogue avec l’infirmière du bord est tout simplement superbe. Y’a pas d’autre mot.
Pas besoin de morale géopolitique à la fin de cette histoire : le film est à lui tout seul une leçon.
(1) - si Paul Greengrass nous laissait le temps de souffler, on s’amuserait même à voir ces pirates somaliens qui sont là pour le business, très soucieux de se démarquer d’Al Quaïda !

Pour celles et ceux qui aiment la navy.
L’avis de Critikat et celui de Cluny.

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