samedi 23 novembre 2013

Bouquin : Un avion sans elle

Paris-Istanbul, aller simple.

On ne s'attendait pas à grand chose en montant à bord d’Un avion sans elle(1), roman de gare, facile et grand public, qui s'annonçait clairement comme un roman TGV : vite écrit, vite lu. On n'a donc pas été vraiment déçu du vol.
Il fallait déjà accepter l'idée de départ. On se rappelle tous la blague à la noix des survivants d'un avion qui se crashe sans survivants sur la frontière suisse : où sont enterrés les rescapés ?
Et ben Michel Bussi s'est dit qu'il y avait là de quoi écrire un bouquin.
Soit donc un avion, le vol Istanbul-Paris(2), qui se crashe dans le Jura un soir de 1980.
Un seul survivant, un bébé de 3 mois, une petite fille. Sauf qu'il y avait deux bébés du même âge à bord, à quelques jours près, et qu'on sait pas à qui elle est, la miraculée ...
Est-ce la petite Émilie des modestes Vitral ou bien la chère Lyse-Rose des riches De Carville ? That is the question qui va nous occuper pendant plus de 500 pages et un détective privé pendant 18 ans, complètement obnubilé par cette affaire.

[…] Cette affaire me fascinait, j’étais persuadé que j’allais découvrir quelque chose de nouveau, un indice que tout le monde avait laissé filer. J’entassais les notes, les photos, les heures d’enregistrement … Un boulot de dingue … J’ignorais encore à l’époque que je construisais, méticuleusement, les fondations de ma névrose.

On retrouve tout le monde plus tard en 1998 : la petite Lylie(3) a atteint sa majorité et tout va nous être révélé avec pertes et fracas. Mais non sans quelques retours en arrière sur les 18 années de la longue enquête et le journal de bord du détective : l’histoire navigue entre les époques.

[…] Je vous lasse peut-être avec mes souvenirs dégoulinants. Je comprends. C’est l’enquête qui vous intéresse … Rien que l’enquête.
[…] Mais ne soyez pas trop impatients, j’y viendrai. Côté suspense, je crois que vous n’avez pas à vous plaindre : une année interminable pour moi se résume pour vous à quelques pages à lire.

Mais on a dit bouquin vite écrit : à côté des deux familles caricaturées par Michel Bussi, les bien connus Le Quesnoy et Groseille feraient figure de personnalités fouillées, denses et complexes.
Au-delà du parti pris simplissime de départ et de personnages trop caricaturaux pour qu'on arrive à y croire, il y a encore d'autres trucs qui grattent dans ce bouquin comme quelques scènes un peu vulgaires (les éructations de la demi-sœur Malvina, la scène du bar où Lylie se cuite, ...).
Mais quoi, ça fonctionne quand même, comme un casse-tête ou un sudoku : comment va faire l'auteur pour se dépatouiller de cet imbroglio ? Comment le lecteur peut-il ne pas se laisser promener par le bout du nez, de fausse piste en faux-semblant, d'imposture en retournement, ...
Peu importe la trop grande simplicité du style ou des personnages, c'est pas pour ça qu'on aime ces bouquins qu'on appelle des “page-turner”. On tourne frénétiquement les pages écrites à grande vitesse et qu'on lit à même allure, haletant, pressé de se faire avoir, berner et retourner, une fois, deux fois, trois fois, .. je vous le fais bien grillé des deux côtés votre lecteur ? … jusqu'au dénouement final. Lecture facile et vidage de tête, c'est garanti par la maison d'édition. À lire dans l’avion, par exemple.
Tout cela s'améliore et s'emballe un peu sur la fin avec les derniers rebondissements attendus et avant un very happy end confit dans l'eau de rose, mais le travail est beaucoup moins soigné que celui de Pierre Lemaître par exemple …

(1) -  rassurez-vous, Michel Bussi n’oublie pas de remercier Charlélie Couture pour l’emprunt du titre
(2) - alors là, pas cool : on est justement allés à Istanbul le week-end du 11 novembre juste après avoir lu ce bouquin, juré, vrai de vrai, voici nos photos ! bon certes, on n'a plus de bébé à charge, mais quand même ...
(3) - Lylie=Lyse+Émilie pour ceux qui sont déjà perdus, mais s’il y en a qui sont déjà perdus, ils feraient bien de ne pas ouvrir le bouquin !


Pour celles et ceux qui aiment les avions.
De nombreux autres avis sur Babelio.

1 commentaire:

edea a dit…

j'avais eu la même opinion que vous en mai dernier...décevant....