lundi 30 septembre 2013

Cinoche : Elle s’en va

Miss France profonde.

Il y eut de méchantes critiques pour dire que le film d'Emmanuelle Bercot n'avait qu'un seul personnage : Catherine Deneuve.
Il y eut de plus méchantes critiques encore pour critiquer les méchantes premières critiques et dire qu'il y avait en fait, deux personnages dans le film : Catherine Deneuve et un break Mercedes.
Et bien toutes ces méchantes critiques avaient tort et n'avaient pas compté comme il faut : il y a un troisième acteur. Le petit-fils de mamie Deneuve, Charlie, incarné par le remarquable Nemo Schiffman.
Jusqu'à son apparition à l'écran on s'ennuie ferme sur les routes de campagne de la France profonde(1) en compagnie de Deneuve et de son break Mercedes.
Mais dès que le gamin entre en scène, le film trouve son rythme, le spectateur aussi, le break Mercedes passe en arrière plan(2), Catherine Deneuve n'occupe plus que les trois quarts de l'écran seulement. Il faut dire qu'avec le gamin, le film a enfin trouvé un scénario (convenu, mais un scénario quand même) : mamie Bettie (c'est le nom du personnage joué par Deneuve) était fâchée depuis des années avec sa fille(3) et se voit contrainte de prendre en charge son petit-fils pendant quelques jours.
Autour de cette rencontre de la mauvaise grand-mère et de l'ingrat petit-fils, le road-movie de Bettie se structure : après avoir fui son restaurant breton où elle était peu crédible, après avoir vécu quelques rencontres hasardeuses au fin fond de la France profonde, Bettie se met en quête de son passé et des occasions manquées. Elle était passée à un cheveu blond du titre de Miss France 1969.
MAM prévient carrément : c'est un film de femmes pour les femmes, et BMR n'y comprend pas grand chose (aux femmes en général et aux films de femmes en particulier ?). Voilà, c'est dit.
Comme Les beaux jours de Fanny Ardant, comme la superbe Cate Blanchett filmée par l'ennuyeux Woody Allen(4), c'est ici encore le portrait d'une femme à l'aube du troisième âge. On filme les corps un peu trop mûrs. Curieusement (ou non), dans ces trois films, c'est à chaque fois l'actrice vieillissante qui 'fait' le film à elle seule.
Même si le film d'Emmanuelle Bercot est un peu décousu (ou cousu de fil blanc), il reste agrémenté de quelques très belles scènes : la réunion des anciennes Miss à Annecy (on pense un peu à la Tournée de Mathieu Amalric), et puis bien sûr les nombreuses scènes avec le petit-fils, ...
Mais avec quelques partis pris à peine supportables comme cette énième peinture de nos pittoresques compatriotes à moustaches de la France profonde(5) et une very-happy-end qui (je cite Critikat) fleure bon la pub de l'ami Ricoré. Ça va avec.
À lire : une interview d'Emmanuelle Bercot où est (entre autres) expliquée cette fameuse scène de la cigarette roulée qui appelle les dithyrambes de la critique généralement bien trop favorable à la cinéaste.

(1) - bien sûr me direz-vous : mais que faire d'autre au-delà du périphérique ?
(2) - bientôt remplacé par un truc (pardon : un truck) Land Rover : oublié le break Mercedes, rarement un personnage aura été traité au cinéma avec autant de désinvolture
(3) - Camille, aussi horripilante à l'écran que sur cd
(4) - on ne dira rien de plus ici de ce film insipide où papy Woody déverse un tombereau de clichés et de poncifs et que Cate Blanchett, admirable actrice, n'arrive pas à sauver - mais MAM a bien aimé, voir remarque un peu plus haut !
(5) - on dirait un film américain, tiens du Woody Allen pourquoi pas


Pour celles et ceux qui aiment Catherine Deneuve (beaucoup) et les routes de campagne (beaucoup aussi).
L'avis de Critikat et celui des Inrocks.

Aucun commentaire: