lundi 29 avril 2013

Cinoche : Hannah Arendt

Éloge de la pensée.

Le film de Margarethe von Trotta offre un beau portrait de femme.
Le portrait de Hannah Arendt, philosophe allemande d’origine juive, réfugiée aux États-Unis pendant la guerre et qui “couvrit” le procès d’Adolf Eichmann pour le compte du New-Yorker en 1961.
Le livre qu’elle tira de ce procès fit polémique(1).
Parce que son reportage refusait de diaboliser le bourreau nazi : ce n’était qu’un homme ordinaire qui obéissait aux ordres. Ce n’en était que plus terrible mais les propos de Hannah Arendt furent mal compris et surtout, ne correspondaient pas à l’idéologie sioniste de l’état israélien qui voulait faire de ce procès une tribune à grand spectacle.
Les écrits de Hannah Arendt transcrivaient également des propos tenus lors du procès, propos qui mettaient en cause l’attitude des “conseils juifs” pendant la guerre et leur coopération avec les nazis.
Quand on sait de plus que Hannah Arendt fut la maitresse de Heidegger (avant guerre) et que le bonhomme se montra ensuite moins fin politique que grand philosophe, allant jusqu’à s’inscrire au parti national socialiste, on comprend que la dame fut l’objet d’une vive polémique.
Mais le film est loin de se réduire à cette controverse historico-philosophique, bien au contraire.
L’histoire qui nous est contée est plutôt celle de la naissance d’une pensée, la pensée de Hannah Arendt qui, à l’occasion du procès Eichmann, mit la touche finale à sa philosophie du totalitarisme. Décrivant le processus par lequel ce totalitarisme déshumanise totalement les bourreaux (et les victimes) et au nom duquel les actes les plus horribles  sont commis sans remord, sans morale, sans humanité … La banalité du mal ordinaire. Rien de diabolique là-dedans, malheureusement.
Le film montre (et fort bien) la naissance de cette pensée, le cheminement intellectuel de la dame et bien sûr son opposition à ses détracteurs. Avec ce qu’il faut de suffisance et d’arrogance pour que la pensée d’un individu parvienne à se dresser contre vents et marées. C’est tout simplement passionnant.
Le film, qui reste très classique et presque académique, fait la part belle à Barbara Sukowa qui incarne là une belle figure, féminine et intellectuelle.
On apprécie également l’habile montage avec les images d’archive du procès : le mélange rappelle un peu ce qu’on avait déjà goûté dans le film chilien No.
La seconde partie du film se laisse tirer un peu trop sur la pente de la controverse et de la polémique mais cela ne suffit pas à gâcher ce très bel hymne à la pensée libre et indépendante, seul rempart contre le totalitarisme.

(1) - il est conseillé de (ré)viser un peu avant d’aller voir le film : Wikipédia et Rue89 sont deux saines lectures



Pour celles et ceux qui aiment réfléchir.

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