mardi 23 octobre 2012

Miousik : Emily Loizeau


Camille & Emily

On n'aime guère les vocalises prétentieuses de notre Camille nationale.
On n'apprécie qu'à petites doses les orchestrations intellectuelles d'Emily Loizeau.
Mais voilà que ces deux-là se sont retrouvées sur un bien joli titre : Marry, Gus and Celia où le souffle éthéré de l'une vient soutenir la voix un peu effacée de l'autre.
On est méchant parce que le titre est vraiment réussi avec des guitares saturées au millième de décibel pour accompagner le duo des deux oiselles.
Oh, they exhange their hearts in the dark ...
Comme un autre d'ailleurs tiré également de ce nouvel album d'Emily - Mothers & Tygers - ce second titre repêché de l'album, c'est The Angel, où Emily nous sert un bien joli folk, accompagnée (et oui il faut bien ça, mais ne recommençons pas) par Herman Dune.
L'oiseau Emily n'a guère de voix mais la dame reste une excellente musicienne, alors souhaitons qu'elle sache encore se faire accompagner comme ici.
Cliquer sur les liens pour écouter : cadeau de rentrée, on vous livre les deux chansons en version [presque] intégrale.

Pour celles et ceux qui aiment les voix éthérées.

mardi 16 octobre 2012

Bouquin : Une douce flamme

Cold case chez les SS.

Chez le britannique Philip Kerr, il y a des hauts et il y a des bas. Faut dire qu'avec l'excellente Trilogie berlinoise, la barre avait été haut placée.
Mais, allez savoir pourquoi, on aime beaucoup beaucoup son personnage, Bernie, tantôt flic, tantôt privé, parfois rebelle, parfois complaisant, selon les époques de cette trouble période de l'Allemagne nazie ...
Alors on est bien content de retrouver un excellent épisode avec cette Douce flamme.
Avec un montage très habile puisque l'histoire (pardon l'Histoire avec Philip Kerr) ici se fait double : d'un côté les années 30 quand Bernie était encore flic à Berlin, de l'autre côté l'Argentine des années 50 où les nazis trouvent refuge.
Entre les deux, ‘on’ demande à notre Bernie de ré-ouvrir outre-Atlantique un dossier berlinois qu'il avait dû classer sans suite vingt ans plus tôt. Et quand on lance Bernie sur une enquête, il n'est pas facile de le manipuler ou de lui faire lâcher prise ...
Vingt ans après ... ou Cold case chez les SS ...
[...] « Les enquêtes criminelles marchent de la façon suivante, Arthur : quelquefois, il faut d’abord que le pire se produise pour pouvoir espérer le meilleur.— Comme un nouveau meurtre ? » J’acquiesçai. Nebe demeura un instant silencieux.Puis il ajouta : « Oui, je peux comprendre ça. N’importe qui peut le comprendre. Même vous.Philip Kerr— Moi ? Qu’est-ce que vous voulez dire, Arthur ?— Quelquefois, il faut d’abord que le pire se produise pour pouvoir espérer le meilleur ? C’est le seul motif pour lequel quelqu’un irait voter pour les nazis. »
Alors on est enchanté de découvrir les débuts de Bernie à la Kripo de l'Alexander Platz (le Quai des Orfèvres berlinois).
Et au chapitre suivant, on est passionné par la découverte de l'Argentine fasciste de Perón. Le mélange est parfaitement dosé.
Comme toujours chez Philip Kerr, l'histoire cède le pas à l'Histoire au prix de quelques rocambolesques invraisemblances qui permettent à Bernie de côtoyer Goebbels, Eichman ou Mengele (rien que du beau monde !).
Mais qu'à cela ne tienne, on aime bien ces troubles balades dans les pages sombres de l'Histoire.
Comme ses compatriotes exilés, Bernie a vieilli et reste hanté par les mauvais épisodes de son passé (on le serait à moins).
D'autant que l'instructive postface jettera un regard désabusé sur le sombre passé de l'Argentine qui, à cette époque, avait décidé de retenir le meilleur de l'Allemagne hitlérienne et de l'Italie de Mussolini. Une postface où l'on découvrira que les tribulations rocambolesques de Bernie étaient construites sur un bien sinistre fond de vérités à peine romancées. À peine : Philip Kerr n'a malheureusement pas besoin de prendre trop de libertés avec l'Histoire.
On peut sauter l'épisode précédent (La mort entre autres) qui évoquait la fuite de Bernie vers l'Amérique du Sud en compagnie de quelques uns de ses « amis » et compatriotes, mais il ne faut pas manquer l'excellente Trilogie avant de poursuivre avec cette petite flamme argentine.
[...] Les nazis parlaient d’un Reich de mille ans. Mais, parfois, je me dis qu’à cause de ce que nous avons fait, le nom de l’Allemagne et les Allemands sont couverts d’infamie pour mille ans. Qu’il faudra au reste du monde mille ans pour oublier. Vivrais-je un millier d’années que jamais je n’oublierais certaines des choses que j’ai vues.
La flamme argentine de Perón s'éteindra bientôt, noyée dans la dictaturomanie sudaméricaine, mais elle aura suffisamment éclairé l'Histoire pour confirmer définitivement que le fascisme n'était pas qu'un accident italo-allemand.
Soixante ans après, l'Allemagne tire l'Europe et n'est plus couverte d'infamie : est-ce parce que le monde veut oublier ou plutôt parce qu'inconsciemment chacun sait bien que le fascisme a rencontré trop de complaisances et même d'adhésions pour qu'on puisse tout mettre sur le dos de l'Allemagne ?

Pour celles et ceux qui aiment Bernie et les histoires avec de l'Histoire dedans. 
Ces pages datent de 2008 en VO et sont traduites de l'anglais par Philippe Bonnet. 
D'autres avis sur Babelio.

mardi 9 octobre 2012

Bouquin : Camilla Läckberg

La reine des glaces.

À 37 ans, la nouvelle reine du polar suédois s'est déjà taillé un sacré succès dans les traces de Henning Mankell ou de Stieg Larsson.
Disons le tout de suite, ce n'est pas de la grande littérature.
On s'était d'ailleurs tenu jusqu'ici, prudemment à l'écart de ces couvertures convenues, craignant une tromperie au poisson nordique avec un emballage prometteur qui aurait pu receler de l'élevage ou de la conserve.
Mais non, l'importation est honnête et finalement on trouve là une écriture plutôt simple et sympa, sans prise de tête, idéale pour une gentille remise en route de neurones paresseux après les vacances. 
Camilla Läckberg, c'est beaucoup moins bien que la prose du maître Mankell mais c'est aussi beaucoup mieux que le racolage complaisant de Larsson.
On découvre ici plutôt une voisine transatlantique de Patricia Cornwell. 
Avec d'ailleurs le même côté prolixe dont on se lassera vite.
La série de Camilla Läckberg(1) met en scène une écrivaine (Erica) et un flic (Patrik).
Au fil des épisodes leur romance se développe (flirt, bébé, mariage, ...) de manière très conventionnelle mais toujours agréable à suivre.
Et les voici qui enquêtent finalement à deux sur quelques mauvais crimes survenus à Fjällbacka, une petite bourgade de la côte ouest suédoise(2) d'où est native Camilla Läckberg. Un lieu de villégiature un peu bourgeois(3) et jusqu'ici bien tranquille, avant que l'auteure ne se mette à y découvrir des cadavres.
Le premier de la série (La princesse des glaces) est plutôt sympa : crime pas tout à fait ordinaire, histoires de familles aux secrets cachés, couvercle de silence bourgeois sur la marmite du passé, ...
[...] Il savait que le processus avait démarré au moment même où Alex avait été retrouvée morte dans sa baignoire. Il avait compris que la police allait fouiller, retourner tous les cailloux et exposer au grand jour tout ce qui grouillait en dessous.
Tout le monde finit par avoir une raison ou une autre d'être l'assassin. C'était un peu la recette d'Agatha Christie, réchauffée ici avec une sauce à la confiture d'airelles.
Le suivant (Le prédicateur) est plus convenu : crimes horribles, serial killer, ... on est en terrain connu même si la recette est toujours accommodée par Camilla Läckberg (histoires de famille, secrets du passé, ...).
[...] Il se laissa tomber sur la chaise de bureau et lança un regard muet à sa femme. Leurs yeux exprimèrent une compréhension mutuelle. De vieux ossements étaient littéralement remontés à la surface, et ils savaient tous les deux ce que cela impliquait.
Quelques personnages secondaires se développent au fil des épisodes, comme la soeur d'Erica dont on suit les déboires matrimoniaux (un peu lassante la frangine, il faudra attendre le 3° épisode pour qu'elle se décide enfin) ou encore le commissaire Mellberg - le patron de Patrik - dont le portrait (très savoureux le portrait) est plutôt salé :
— Tu as remarqué quelque chose d’anormal avec Mellberg ces temps-ci ? demanda Patrik pour commencer.
— À part le fait qu’il ne se plaint plus, ne critique plus, qu’il sourit tout le temps, qu’il a perdu du poids et qu’il a abandonné ses vêtements des années 1980 pour passer aux années 1990 – rien, répondit Martin avec un sourire qui souligna l’ironie de ses paroles.
— C’est louche, tout ça.
On profite de cette lecture facile pour mieux connaître la vie quotidienne de nos voisins suédois qui, ça se confirme après Leif GW Persson, semblent bien être les plus américains des européens.
(1) - une série télévisée est d'ailleurs en cours de tournage tout là-haut(2) - et oui, encore un aspect de notre ignorance de nos voisins suédois : il y a une côte ouest en Suède, au sud de la Norvège, au nord de Göteborg, une région de pêcheurs, de maisons colorées et d'îlots déserts, sympa ... l'été.(3) - Ingrid Bergman y venait en vacances lorsqu'elle était enfant


Pour celles et ceux qui aiment les polars suédois. 
C'est évidemment Actes Sud (Babel Noir) qui édite ces ouvrages traduits du suédois par Lena Grumbach et Marc de Gouvenain et dont le premier (La princesse des glaces) est paru en 2004 en VO. 
D'autres avis sur Babelio [1] et [2].