lundi 4 juin 2012

Bouquin : Sukkwan island

Robinson des glaces (1/2).

Finalement, on avait bien fait.
Bien fait de ne pas céder aux sirènes de Sukkwan Island, le premier roman de David Vann. Bien fait de résister à l'effet de mode qui nous avait paru suspect.
Bien fait d'attendre un peu et de ne prendre un billet que pour le vol suivant, direction Alaska toujours bien sûr, pour Caribou Island et Désolations, voyage éprouvant dont nous ne sommes pas revenus tout à fait indemnes.
À la lecture (surtout dans cet ordre-là !), Sukkwan Island n'est finalement qu'une pâle copie, un brouillon du roman suivant, beaucoup, beaucoup plus abouti. Notre billet
Autant Désolations nous aura marqué d'une forte empreinte, autant Sukkwan Island nous laisse sur notre faim de saumon fumé.
On y (re)trouve les mêmes thèmes et les mêmes personnages : parents et enfants, couple plus que finissant, mâle coureur de jupons, homme fuyant sa propre vie sur une île déserte et glacée, cabane en planches de guingois, vaine pêche au saumon, paysages grandioses et hostiles, homme en perdition que seule l'obstination entêtée semble maintenir en vie, désolations ...

Il aurait voulu ne pas être celui qu'il était, ne jamais trouver personne. S'il trouvait quelqu'un, il faudrait lui raconter son histoire qui, il devait bien l'admettre, semblerait terrible.

Certes l'histoire est terrible mais celle de Désolations, moins tape-à-l'œil s'avère finalement plus puissante et mieux construite et il faut avouer qu'ici on peine un peu à suivre ces deux personnages, père et fils, perdus sur Sukkwan Island. Emporté par la violence sourde et la force inéluctable de son histoire, David Vann a délaissé l'écriture. C'est tout l'inverse dans Désolations où il ne se passe presque rien et le second roman, peaufiné, affiné, est beaucoup, beaucoup plus fort.

Qu'y avait-il de magique dans ces endroits ? Qu'y avait-il dans cette idée de Frontière qui le poussait à penser que rien d'autre n'avait d'intérêt ? Ça n'avait aucun sens, il aimait son confort et ne supportait pas la solitude. À chaque instant de la journée, désormais, il avait envie de voir quelqu'un. Il avait envie d'une femme, de n'importe quelle femme. Peu lui importait le paysage s'il devait l'admirer seul.

Alors résumons-nous : si vous ne connaissez pas encore David Vann précipitez-vous sur l'île des Désolations, et si vous aviez déjà succombé aux charmes de Sukkwan Island, ne manquez pas le remake en bien plus mieux.
Dans tous les cas, ne passez pas à côté !
Évidemment avec des romans d'une telle puissance dévastatrice on se dit que David Vann n'a pas dû avoir une vie toujours facile, alors on se renseigne : James Vann, le père de David donc, aime les femmes, la pêche et la chasse. Quand son fils nait, il est dentiste sur l'île d'Adak à la pointe ouest de l'Alaska. Mais James Vann est infidèle. Les parents se séparent, le père reste dans ces froides contrées tandis que la mère, David et sa sœur partent pour la Californie. Finalement le père se suicidera au pistolet.
Trente ans après, David Vann a refait surface : il est devenu écrivain célèbre (!) et fait de la voile dans les eaux turques.
Il s'apprête finalement à réaliser le rêve du garçon de Sukkwan Island : faire le tour du monde en bateau ...
Après avoir lu ses deux bouquins, bon sang, c'est tout ce qu'on lui souhaite : bon vent !


Pour celles et ceux qui aiment les histoires (terribles) de père et fils.
C'est Nature Writing de Gallmeister qui édite ces 200 pages qui sont traduites de l'américain par Laura Derajinski.
D'autres avis sur Babelio.

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