jeudi 7 avril 2011

Cinoche : The company men

Un monde impitoyable.

Un petit billet rapide pour vous signaler un film qui vaut mieux que sa bande-annonce et qui passe presque inaperçu : The company men de John Wells.
Le bonhomme a eu l'idée de son scénario ... il y a vingt ans, en plein boom économique : aucun succès !
Vingt ans plus tard, merci la crise, son histoire tombe à pic !
Comme ces hommes de la compagnie qui vont se faire lourder, les uns après les autres.
Dès le début le ton est donné : tous les clichés et signes extérieurs de richesse sont affichés. Belle maison, grosse bagnole, jouets coûteux, costard-cravate, nos trois compères se préparent pour une nouvelle journée de taf. Sauf que, aujourd'hui, le plus jeune, le moins haut placé, le moins trop-riche va se faire lourder.
Quelques jours plus tard, un peu plus haut dans les étages, un peu plus trop-riche, c'est le tour du second.
Plus tard, enfin, tout en haut des étages ou presque, le troisième connaîtra la disgrâce, jusqu'ici très puissant et vraiment trop-riche.
La moulinette est en marche et rien ne l'arrête : le film a juste la pudeur de ne pas s'arrêter trop longuement sur les 2.000 vraiment pas riches qui avaient déjà fait les frais de la mécanique infernale des cotations en bourses, des OPA et des licenciements en masse. On n'est pas chez Ken Loach et l'histoire commence à la fin, quand la moulinette a déjà grignoté les usines(1) et  tout le bas de l'immeuble(2), crunch, crunch, crunch ... c'est au tour des cadres sup' de se retrouver sur la parking avec leur petit carton rempli de trophées et autres photos-de-famille-sur-son-bureau. Ah oui, faut vous dire qu'on est est aux US : pas de PSE, d'inspecteur du travail et autres empêcheurs de licencier en boucle. Vous êtes convoqué à 9h30 chez la DRH et à 10h vous êtes sur le parking. Sur le coup de midi, vous êtes déjà au pub ou à la maison ...
D'ailleurs comment on la paie maintenant la maison ? et les traites de la Porsche ? Comment on paie l'abonnement au golf, la XBox des gosses, et tout et tout ... ?
Car, chez ces gens-là, on vivait déjà au-dessus de ses moyens ... alors qu'en y'en a plus du tout, des moyens ...
Le film est surprenant : pas de méli-mélo, pas d'esbroufe, pas vraiment de sympathie pour les trois personnages ...
Le premier, le plus jeune, a beau être Ben Affleck c'est plutôt le mâle cadre sup' qui refuse de regarder les choses en face. Le troisième, le plus vieux, a beau être Tommy Lee Jones, s'il est le dernier à être viré c'est qu'il a quand même viré les autres avant ... et en plus il couche avec la jeune DRH aux dents longues qui finira par le virer, lui-aussi, c'est son job. Bref, c'est la jungle. Celle qui est habitée par de drôles d'animaux. Celle où les plus gros mangent les plus petits, et celle où y'a toujours un plus gros derrière ... Mais c'est pas non plus un film avec que des méchants, juste des gens ordinaires (enfin, presque ordinaires, cadres sup' on vous l'a dit), des gens qui font tourner la Grande Machine Kapitaliste à plein régime et qui finissent pas se faire bouffer par elle. Un peu surpris, désorientés, ... ah ben ça alors ? ! ...
Une certaine froideur pour ne pas dire une froideur certaine baigne tout cela. Pas de tendresse. Les dialogues sont secs. C'est dur. Dur et froid.
Et c'est sans doute là que le film est le plus juste et qu'il frappe fort : on en ressort avec le sentiment d'un certain malaise pour ne pas dire un malaise certain. Y'a même pas de happy end façon hollywood alors qu'il y avait tous les ingrédients à portée de main, non, même la fin a un drôle de goût amer ...
Seules les femmes semblent étrangères à tout cela(3), à demi absentes.
Brrrr ... ça fait froid dans le dos. Comme un miroir.
Un miroir écrit il y a vingt ans et qui déjà, dessinait notre présent quand le chômage ne frappe pas que les autres et que tout cela arrive désormais à tout le monde, absolument tout le monde(4), même ceux qui ne s'y attendent pas, même les cadres sup' de la grosse boîte, crunch, crunch, crunch  ...

(1) : en l'espèce, les chantiers navals de Boston, un visage méconnu de la Grande Amérique, façon Saint-Nazaire ou La Ciotat ...
(2) : les fourmis affolées se construisent d'ailleurs un nouveau siège social comme pour échapper à la moulinette mais c'est plutôt la fuite en avant et le syndrome de la pyramide-mausolée ...
(3) : sauf bien sûr la DRH aux dents longues, dont on imagine qu'à son tour, elle se fera virer un de ces quatre par un plus jeune loup
(4) : c'est l'un des messages clés du film


Pour celles et ceux qui aiment les histoires de bureau.
Critikat, PascalePlayliste et Filmosphere en parlent.

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