lundi 29 novembre 2010

Miousik : Belle & Sebastian

From Glasgow.

Il y en a qui ont vraiment un don pour se choisir des noms ...
Après l'insipide The National qui cachait bien son jeu au fin fond de l'Ohio, voici Belle & Sebastian venus de Glasgow.
Jusqu'ici on fuyait leurs pochettes au pseudo qui fleurait bon la Star'Ac.
Mais voilà, il ne faut pas se fier aux apparences et c'est le nom d'Isobel Campbell (croisée récemment) qui nous aura introduit chez ces écossais qui revendiquent la référence au bon vieux feuilleton de notre enfance, ... oui parce que, c'est le comble, il s'agit bel et bien du Belle et Sébastien de Cécile Aubry !
Malheureusement la Belle a quitté le Sébastien et rares sont les chansons avec la douce Isobel Campbell (comme sur le très beau et très mélancolique Nothing in the silence) qui a quitté trop tôt le groupe après s'être séparée de son leader Stuart Murdoch.
Depuis, Sarah Martin a pris le relais.
On aime moins la “remplaçante” mais les mélodies, les arrangements et la voix de Stuart Murdoch sont toujours là : comment ne pas craquer pour Lord Anthony par exemple ?
Un petit parfum de pop désuète(1), du charme, beaucoup de douceur et de l'humour (oillez oillez l'ambiance bal du samedi soir de Meat & Potatoes !). De jolies mélodies pour une pop fraîche et sans prétention, souvent pimpante comme les trompettes de Dress up in you ou les guitares d'Another sunny day.
Les arrangements de Belle & Sebastian sont riches et judicieux laissant toujours la part belle aux voix : leur musique, c'est des chansons faites pour être chantées.
Quelques paroles de Nothing in the silence :

But in silence there is truth
There is beauty, there is love
There is nothing in the silence
To be frightened of
...
She talks of clarity and silence
Of beauty and of truth
But search her heart for evidence,
Search her soul for proof
Take a look behind her eyes / And you will see
That she knows nothing of silence
Silence can only come from me.

(1) : MAM moins nostalgique, trouve cela, je cite : “un peu cucul” ... Mince, je n'aurais pas dû lui dire le nom du groupe avant.


Pour celles et ceux qui aiment la pop et les kilts écossais.

jeudi 25 novembre 2010

Cinoche : The social network

Selection network.

Il aura fallu que MAM traîne BMR par les oreilles pour qu'on soit de justesse parmi les derniers à aller voir Social Network au cinoche.
Pourtant on est plutôt branché aïl tek, alors pourquoi on n'était pas attiré par Fesse de Bouc ?
Pourtant le nom du réalisateur David Fincher aurait dû nous allécher (on lui doit notamment : Zodiac et Benjamin Button).
Surtout que finalement, comme le disait déjà la plupart des critiques, le film s'avère plutôt bien ficelé et suffisamment “compliqué” pour stimuler un spectateur déjà au courant de tout, même sans profil sur FB dot com.
Un spectateur plongé en plein cœur de deux procès simultanés de Mark Zuckerberg avec ses anciens amis devenus ses nouveaux ennemis : des collègues étudiants à qui il a “emprunté” l'idée du trombinoscope pour la mettre en pratique plus vite qu'eux, et un autre ami étudiant à qui il a emprunté la mise initiale de mille dollars qui fera de lui le plus jeune milliardaire de la planète. Mais cet “ami” étudiant, lui, ne sera pas milliardaire.
Deux procès agrémentés de longs flash-backs sur le départ de cette success story, pour nous dresser un portrait peu reluisant de l'arrogant et asocial(1) Mark Zuckerberg, surdoué de l'informatique, roi du script et finalement prince des affaires. Ok, on a compris que Zuckerberg n'est pas sympa, qu'il est imbuvable, qu'il a piqué l'idée, qu'il a pas rendu le fric, qu'il vaut mieux ne pas l'avoir comme ami même sur Facebook, et tout et tout.
Mais justement, tout l'intérêt du film n'est pas ce portrait de Zuckerberg: la clé, c'est bien le portrait de ce monde étudiant et de ce monde des affaires qui ont porté aux sommets la réussite sociale de Mr. Facebook.
Car les flash-backs émaillant les minutes des procès nous plongent en plein Moyen-Âge ... plus précisément en 2004, dans les Universités américaines (Harvard entre autres) gangrenées par les clubs, les bizutages, les confréries, les alpha kappa etc.(2)
Ce n'est pas tant par dépit amoureux(3) que plutôt par envie de réussir et jalousie de ne pas être coopté dans un de ces clubs à réseau très fermés, que Mark Zuckerberg se vengera en réalisant Facebook.
Ce réseau social si prisé des jeunes n'est donc pas né d'un hacker fou bricolant dans son garage mais d'un fils à papa jaloux d'autres fils à papa sur un campus de fils à papa, qui tous ne rêvent que de décrocher le jackpot, à commencer par une bonne planque dans une boîte de l'un des papas. Ces universités américaines n'ont d'université que le nom et ressemblent beaucoup plus à nos grandes écoles élitistes qu'au mirage égalitaire et démocratique de nos universités européennes.
Le terreau sur lequel Facebook a fleuri ne sent pas bien bon ...
Et c'est finalement tout le mérite de ce film que de décortiquer soigneusement et froidement ce process(4)
Sous des apparences trompeuses de success story branchée, David Fincher nous dresse un portrait édifiant [d'une partie] de notre jeunesse moderne.

(1) : un comble pour le fondateur du plus grand réseau social, même virtuel ...
(2) : oui, oui, comme un Harry Potter pour adultes, y'a même une formule magique !
(3) : la légende et le film nous raconte que sa petite amie l'a plaqué et que donc il se venge sur son blog et en créant un site de “chalenge” entre les filles du campus, na !
(4) : pour parler comme un fils à papa !



Pour celles et ceux qui aiment comprendre.
Nico en parle (longuement). Critikat est plus sévère (comme d'hab !).

lundi 22 novembre 2010

Cinoche : Red

Chauve qui peut.

Si vous en avez marre de la grisaille automnale et bientôt hivernale ...
Si vous avez envie de voir Hélène Mirren en robe de soirée, rangers aux pieds, zigouiller les méchants à coup de mitrailleuse trois fois plus lourde qu'elle ...
Si vous avez envie de voir John Malkovich faire peur à tout le monde, même à ses potes, en roulant des yeux paranos shootés au LSD ...
Si vous avez envie de voir Bruce Willis dégoulinant d'amour et dévorant des romans à l'eau de rose façon harlequin ...
Si vous avez envie d'écouter une bande son qui déménage autant que les acteurs ...
Si vous avez envie de rire, mais pas comme ah ah ah ... non plutôt comme ho, hoo, hooo(1) ...
Alors vous êtes mûrs pour tomber RED devant Mamy et ses Papys qui font de la résistance.
C'est même pas vraiment la peine qu'on vous raconte l'histoire (ah, bon y'en avait une ? on s'en fout, on est venus pour déconner) : Bruce Willis et quelques potes sont à la retraite après des années de bons et loyaux services à l'Oncle Sam dans les rangs des durs de la CIA. Ils coulent désormais des jours paisibles dans leur home(2), leur maison de retraite ou de délicieux cottages(3).
http://carnot69.free.fr/images/tueur.gifMais voilà-t-y pas que l'ancienne maison mère revient leur chercher des poux pour se débarrasser de témoins gênants d'exactions commises bien des années plus tôt ?
Mais là, faut pas chatouiller Papy, les compères se rebiffent et ne vont pas s'en laisser conter. C'est plutôt eux qui vont compter : les cadavres sur le carreau, car bien sûr on va dézinguer à tout va. Et on ne manquera aucun des clichés du genre : la cache d'armes, les archives secrètes(4), le gars planqué dans les poubelles de l'hôtel, l'attentat du Président, les poursuites en bagnole, le hors-bord et même la fausse alerte incendie et la fuite, déguisé en pompier, ... tout y est. Forcément on est dans un roman pour midinettes amoureuses d'espions.
Et nous voici guidés dans ce film(5) par une midinette qui tombe RED amoureuse de Bruce Willis et qui, tout comme nous, reste bouche bée, accrochée à son Bruce, les yeux pétillant, devant tout ce déballage de pétarades de Noël.
Rien de sérieux dans tout cela : ni acteurs, ni scénario, ni spectateurs, ...
Et même si le film aurait gagné à être un peu plus rapide et encore plus déjanté, c'est une heure et quelque de bonne rigolade.
Allez, bons baisers de Moldavie !

(1) - oui pas : ah ah ah qu'est-ce que c'est drôle,
non, plutôt : ho, hoo, hooo, c'est pas vrai, ils sont trop cons, ils ont osé ! et qu'est-ce que c'est drôle (oui, ça on peut le dire aussi)
(2) - ah ! impayable séquence d'ouverture où Bruce Willis décore sa maison de pères noëls électriques ... qui ne tiendront pas cinq minutes à l'écran avant de vite se faire zigouiller !
(3) - ah ! impayable Lady Mirren taillant ses roses, un gros magnum planqué sous le tablier de jardinage !
(4) - ah ! impayable come-back d'Ernest Borgnine !
(5) - un peu comme Ellen Page guidait le spectateur dans Inception, mais ici, c'est pas parce que l'histoire est compliquée (!), ce serait plutôt pour maintenir la distance nécessaire au second degré et à l'invraisemblance de ces héneaurmes péripéties !



Pour celles et ceux qui aiment les espions, même à la retraite.
Pascale en parle.

Miousik : Nouvelle Vague (3)

Ressac.

Et revoici les deux compères Marc Collin et Olivier Libaux pour une ... Nouvelle Vague, une de plus.
Leur concept est connu (et nous plaît bien) : remixer quelques vieux tubes des années passées, le plus souvent façon bossa nova(1), prendre quelques belles et douces voix très actuelles, le plus souvent féminines, agiter un peu mais pas trop et servir frais et sans prétention.
À chaque album il faut quand même faire preuve de création et renouveler un peu le coquetèle.
La dernière fois ce fut en mettant des duos en musique : la douce voix d'une très actuelle chanteuse franco-française et celle, plus masculine, plus mûre, de l'original (façon Mélanie Pain et Martin Gore par exemple).
Cette fois ce sera en quittant le registre anglo-saxon pour le franco-français.
Et nous voici donc avec l'Aventurier (oui, celui d'Indochine !) chanté par un agréable duo : Helena Nogerra et Louis Ronan Choisy. Ou encore un très très réussi Marcia Baila où Adrienne Pauly emprunte temporairement (mais avec bonheur) le micro de Catherine Ringer. On peut citer aussi l'apparition de Vanessa Paradis le temps d'un Week-end à Rome selon Etienne Daho.
Autre adaptation intéressante : une Mala Vida avec Olivia Ruiz. Même si cela s'avère un peu décevant : non pas que le morceau ne s'écoute avec plaisir, bien au contraire, mais l'original de la Mano Negra est encore trop récent dans nos oreilles et il s'en dégage encore une énergie que l'on ne retrouve bien sûr plus ici.
Agréable surprise également, un Où veux-tu que j'regarde de Noir Désir par Émilie Loizeau (reprise pleine d'attente contenue qui, cette fois, vaut très très largement l'original et où l'oiseau Émilie est fort bien dirigée par les deux compères).
Oh mais rappelle toi Barbara
Que tu n't'appelles pas comme ça
Ça peut servir / Pour les souvenirs
Oh mais elle veut pas qu'on la touche
Elle veut même pas qu'on la voie
Mais y'a que toi là !
Où veux-tu qu'je r'garde ?
L'album est inégal (tout comme les précédents) mais recèle (tout comme les précédents) quelques pépites que chacun sélectionnera selon ses goûts et ses couleurs, c'est fait pour.
Avec constance et régularité, les deux compères de Nouvelle Vague nous compilent une belle petite discothèque.
Tout cela (album récent comme précédents) à écouter sur notre playliste deezer qui vous met en regard les originaux et les reprises de Nouvelle Vague(2).
Bon très clairement et c'est pas pour faire genre moderne, mais on préfère de très loin les reprises NV et c'est comme une seconde jeunesse offerte à des chansons que, sinon, il ne nous viendrait pas à l'idée d'encore écouter aujourd'hui.
(1) : d'où leur marque de fabrique, Nouvelle Vague
(2) : de rien, je sais c'est du boulot mais ça m'a fait plaisir.

Pour celles et ceux qui aiment les remakes.
Le site officiel.

vendredi 19 novembre 2010

Bouquin : Les évadés de Santiago

La grande évasion.

Avec Les évadés de Santiago, la journaliste Anne Proenza (journaliste à Courrier International, notre hebdo préféré) et le chilien Teo Saavedra nous racontent l'évasion spectaculaire d'une cinquantaine de prisonniers politiques de la prison centrale de Santiago du Chili.
C'était le 29 janvier 1990. Le Chili s'acheminait très lentement sur la voie de la démocratie, Pinochet n'était plus chef de l'état mais restait toujours aux commandes de l'armée et tirait encore les ficelles du pays.
Pour l'essentiel, les prisonniers venaient du Frente Patriotico (“Le Front”), le bras armé du Parti Communiste aux heures les plus sombres de la dictature. Certains d'entre eux avaient été capturés après l'attentat manqué contre Pinochet(1).
Même si l'on en connaît la fin, le bouquin est agencé comme un véritable polar, et même un double suspense.
Les chapitres alternent entre, d'un côté, les longs préparatifs de l'évasion(2) :
[...] - J'ai un plan. Un tunnel. Nous sommes à trente mètres de la rue, nous pouvons avancer d'un mètre et demi par jour. Si nous sommes six personnes à travailler, en un an, au pire en deux, nous sommes sortis.
et de l'autre côté, à rebours, les progrès de l'enquête du juge chargé, après les événements, de tirer au clair cette affaire et les éventuelles complicités dont auraient pu bénéficier les “terroristes” évadés :
[...]  « Nous allons marcher sur des oeufs pourris, monsieur le juge », ne put s'empêcher de murmurer le secrétaire d'Amaya , d'habitude plus réservé, après avoir lu le document officiel définissant leurs nouvelles responsabilités.
Cette construction mêle habilement les événements, les points de vue, tout en ménageant suspense et intérêt.
Ce livre est aussi l'occasion de voir ou réviser notre histoire contemporaine du Chili, de vivre ou revivre ces événements qui auront marqué beaucoup de français (les liens étaient étroits entre nos deux pays).
De découvrir ou re-découvrir certains aspects de la dictature “du Vieux” et de réaliser que, bien avant que la Grèce ne devienne le terrain de jeux de la banque Goldman Sachs, le Chili avait déjà servi de laboratoire d'expérience aux économistes ultra-libéraux : c'étaient l'époque des Chicago Boys de Milton Friedman.
Mais surtout, ce bouquin détaille le quotidien des prisonniers politiques : même mêlés aux détenus de droit commun, ils refusent leur situation et leur statut.
 
Ils ne sont pas là pour  “purger une peine” mais revendiquent d'être toujours en lutte contre le pouvoir et l'oppression, même depuis leur cellule.
Ils refusent la discipline carcérale, ils réclament (et obtiennent !) leurs droits à force de grèves de la faim.
Et bien sûr ils préparent leur évasion, réalisant en cela leur devoir de militants, prêts à reprendre la lutte.
Impressionnante (vraiment impressionnante) est la force collective de ces hommes torturés(3), brimés, bafoués, emprisonnés, qui passeront outre les peurs, les egos et les querelles de chapelle.
Une belle leçon d'histoire, d'engagement politique et de courage collectif.
Plus de vingt ans après, le contexte politique a beaucoup changé, c'est le moins qu'on puisse dire, mais comme ce récit est tout sauf un plaidoyer nostalgique à la gloire des valeureux militants, on tient là un très bon roman.
Une lecture qui nous fait paraître plus intelligent.
_______________________________
(1) : le 7 septembre 1986, le lance-roquettes embusqué aura le temps de tirer deux charges. Deux voitures seront pulvérisées. Pinochet se trouvait dans la troisième ...
(2) : les prisonniers mettront un an et demi à creuser leur tunnel !
(3) : le livre a su trouvé le juste chemin pour évoquer le chapitre de la torture sans aucun voyeurisme complaisant, faisant sans doute écho à la pudeur qui empêche ces hommes de trop parler des moments inhumains vécus ainsi.

Pour celles et ceux qui aiment les évasions. 
Le Seuil édite ces 300 pages parues en 2010. 
Une interview de Teo Saavedra.

mardi 16 novembre 2010

Cinoche : Potiche

Ozon le gang des potiches.

Lorsque les archéologues creusent très profond ils découvrent généralement des amphores.
François Ozon s'est contenté de fouiller pas très loin, disons trente ou quarante ans seulement (même si ça peut faire beaucoup pour les gamins de moins de cinquante ans qui nous lisent), et nous remonte de notre passé récent une Potiche.
Une superbe potiche. Son film est un régal. Tout simplement.
http://carnot69.free.fr/images/coeur.gifDès le générique (lettrage baba cool, vignettes multiples sur l'écran, musique des années 70), le ton est donné : ce sera d'un ringardisme troublant et d'une drôlerie kitchissime.
Et dès le générique, Catherine Deneuve confirme qu'elle est bien une grande actrice : à 67 ans, elle ne doute [plus] de rien et ose trottiner en jogging en s'extasiant niaisement devant les mignons écureuils de son jardin ou en rimant bêtement des petits poèmes. La potiche incarnée. Sauf qu'elle tient ce rôle difficile et casse-gueule sans aucune fausse note : elle est magistrale.
La Deneuve décoiffe, même si elle passe son temps à vérifier son brushing (pardon, à cette époque on devait dire : sa permanente).
Madame est donc une bourgeoise de province (bienvenue chez les ch'tis en 1977), héritière de l'usine de parapluies(1) de papa dont les commandes ont été confiées à Monsieur.
Mais en 1977 tout fout le camp, c'est la crise, les syndicats revendiquent, les ouvriers ne veulent plus travailler plus pour gagner plus(2), ... Monsieur a une attaque et Madame qui faisait tapisserie doit laisser sa broderie et occuper le fauteuil dictatorial directorial pour négocier avec les employés.
La potiche se révélera finalement moins cruche (je cite encore) qu'on ne le pensait ... mais on ne vous racontera pas la suite de cette satire sociale d'un passé étrangement actuel.
On garde le sourire coincé jusqu'aux oreilles du début à la fin, au risque de la crampe, tant le film est délicieux : par son kitsch délibérément assumé, par un second degré légèrement moqueur, par ses délires parfaitement maîtrisés (ah, les flash-backs sur la vie amoureuse de la jeune Mademoiselle Michonneau ou encore l'envolée lyrique finale qui donne envie de chantonner en tapant dans ses mains) et enfin par son casting impeccable.
Jérémie Rénier, déguisé en Claude François(3) durant tout le film, incarne le fils à papa (mais surtout à maman).
Fabrice Luchini est Monsieur et deviendra ensuite le simple mari de Madame.
Judith Godrèche joue les filles à papa, plus vraie que les vraies.
Karin Viard est la secrétaire modèle dont l'une des spécialités est le bouillon de poule (on vous laisse deviner l'autre spécialité).
Gérard Depardieu est le député-maire socialo-communiste et ses pas de deux avec la bourgeoise Catherine Deneuve rappellent parfois les péripéties de Peppone et Don Camillo .
Fort étonnamment (et fort heureusement) le film ne tombe pas dans le travers franco-français des numéros d'acteurs : tout ce petit monde est parfaitement maîtrisé (si, si, même Luchini et Depardieu, bravo Monsieur Ozon) et judicieusement éclipsé par une Catherine Deneuve en grande grande forme.
Un fin équilibre justement trouvé entre la critique sociale et la comédie de mœurs, l'humour en prime.
Le propos n'est pas vraiment édulcoré et reste assez rude et vachard : rien moins que la place de la femme dans la société française de 1977. Une époque où ces dames découvraient tout juste la pilule(4), la dépénalisation de l'avortement(5), le droit au travail(6), la libre gestion de leurs biens(7), etc ...(8)
C'était il y a trente ans seulement ... et cette perspective peut donner lieu à dérision tout autant qu'à réflexion.
C'est toute la réussite de ce film que de nous faire sourire (et souvent rire) mais tout autant gamberger.
Avec l'avantage de plaire aussi bien aux plus jeunes qu'aux quinquas qui à l'époque, tout comme les gamins dans le film, barbouillaient des moustaches à Giscard sur les affiches électorales.

(1) : après ceux de Cherbourg en 1964, voici ceux de Sainte-Gudule, décidément les parapluies réussissent bien à Catherine Deneuve ...
(2) : je ne fais que citer, cette réplique est dans le film, comme d'autres dérapages célèbres du petit mari de notre grande chanteuse, qui feront rire toute la salle !
(3) : il est même question d'un accident de sèche-cheveux !
(4) : pilule et stérilet ne seront remboursés par la Sécu qu'à compter de 1974
(5) : la loi de Simone Veil ne sera votée qu'en 1975, l'IVG ne sera remboursée qu'à partir de 1982
(6) : les femmes attendront la loi de 1965 pour pouvoir travailler librement sans l'accord de leur mari
(7) : c'est également la loi de 1965 qui dispensera les femmes de l'autorisation de leur mari pour ouvrir un compte bancaire mais il faudra encore attendre ... 1985, pour atteindre la réelle égalité dans la gestion des biens de la famille
(8) : à la sortie du ciné, réflexion ô combien fine et pertinente de BMR, bien dans son style éclairé : ok, ok, mais avec toutes ces “avancées”, peut-on vraiment dire qu'aujourd'hui le monde va mieux ? c'est pas évident ...


Pour celles et ceux qui aiment les parapluies, Catherine Deneuve et les chansons de Jean Ferrat.
Critikat, Kathel et Pascale en parlent.
Le site du planning familial.

Cinoche : L’homme qui voulait vivre sa vie

Le choix de Romain.

Avec cet Homme qui voulait vivre sa vie, vous aurez droit pour un seul ticket ciné, à au moins trois ou quatre films dans la même séance(1).
Une première partie très bobo parisien, histoire de couple, couple de riches, riches du Vésinet, pas vraiment sympas, mais c'est justement le point de départ du film : Romain Duris a tout pour être heureux, beau métier d'avocat, belle femme, encore plus belle maison, beaux enfants(2) avec nounou, et même le capital d'une entreprise qui va lui tomber tout cuit dans le bec. Mais justement, il n'est pas heureux. Son hobby c'était la photo. Il n'a pas choisi sa vie, une vie de gosse de riche gâté, mais il a pas pu choisir. C'est pas de bol.
Une seconde partie presque polar : le même Romain Duris tue par accident l'amant de sa femme(3) - c'est encore pas de bol - et va entreprendre d'effacer méticuleusement les traces, de brouiller soigneusement les pistes et d'abandonner courageusement son passé derrière lui(4).
Une troisième partie presque road movie où le toujours même Romain Duris prend la tangente jusqu'au fin fond des Balkans, quelque part dans un trou perdu de l'ex-Yougoslavie. Il s'y planque et se remet au Nikon avec succès.
Trop de succès : on risque de retrouver sa trace - c'est re-pas de bol - et la dernière partie fait dans le film social quand le encore et toujours même Romain Duris fraye avec des clandestins en fuite sur un cargo.
Voilà, tout ça pour un seul ticket ciné. Ça vaut quand même le coup.
Sauf que y'a que la fuite dans les Balkans qui méritait un film : c'est la meilleure partie, heureusement la plus longue.
On serait bien restés une heure de plus au bord de l'Adriatique à photographier les dockers, à savourer les répliques de Niels Arestrup et à profiter des beaux paysages et du sourire rayonnant de la yougo de service(5).
Bon à vrai dire, si BMR bougonne, c'est parce que y'en a que pour Romain Duris et pas assez pour Marina Foïs(6) : un comble puisque c'est son mari, Éric Lartigau, qui tient la caméra ! Heureusement on l'entend plusieurs fois au téléphone(6), ça sauve le film. Mais ça déconcentre BMR : même que c'est MAM qui a dû lui expliquer la morale de la fin, une vie pour une vie, on est quitte, bon vent Romain.
Bon tout ça, c'est bien trop méchant et ça se laisse regarder. Surtout le passage dans les Balkans, mais ça vous aviez compris.

(1) : sans compter en prime l'adaptation des 500 fameuses pages du fameux roman du fameux Douglas Kennedy
(2) : bon d'accord, le dernier-né pleure sans arrêt et ne fait pas ses nuits
(3) : ben oui, dans ces milieux-là ça arrive souvent
(4) : même si il est un peu triste quand même, la femme, la maison, tant pis, mais faut abandonner les gosses (enfin, le grand parce que le dernier-né, c'est pas grave, il pleurait tout le temps et faisait pas ses nuits)
(5) : elle est serbe et s'appelle Branka Katic, aux cédilles près
(6) : la voix la plus sexy de tout le cinéma français


Pour celles et ceux qui aiment Romain Duris (et Niels Arestrup et un peu Marina Foïs).
Lorraine, Critikat et Pascale en parlent.

dimanche 14 novembre 2010

Miousik : Sibylle Baier

From the past.

Remercions tout d'abord Utopie pour nous avoir mis sur la “piste” de cette américaine d'origine allemande : Sibylle Baier.
D'autant qu'on avait peu de chance de la découvrir par hasard : la dame n'a enregistré qu'une douzaine de chansons ... en 1970 ! Depuis, plus rien.
Et encore, l'album n'était même pas sorti alors !
C'est le fiston qui, en 2006, a entrepris de secouer la poussière des vieilles bandes et de faire la promotion de maman.
Autant dire qu'il faut savourer et déguster ces perles rares, y'en n'a pas d'autres !
http://carnot69.free.fr/images/coeur.gifMalgré la distance et le temps, ça sonne clair et juste : une voix très pure, juste accompagnée d'une subtile guitare.
Jetez donc une oreille sur ce Tonight dont on vous livre ici un large extrait ... hmmm.
Très égoïstement, on regrette un peu que la dame ait préféré sa vie privée à une carrière potentielle ...


Pour celles et ceux qui aiment les hippies.

mercredi 10 novembre 2010

Cinoche : Fair game

Not so fair …

L'histoire est connue, c'est celle de Valérie Plame, agent de la CIA dont le nom fut dévoilé dans la presse ce qui ruina sa carrière et sa vie privée. Il s'agissait d'une fuite organisée, en représailles des prises de position de son diplomate de mari.
Il avait été envoyé au Niger(1) pour vérifier les ventes d'uranium à l'Irak, mais ses conclusions furent que d'uranium en Irak, il n'y avait point.
À la veille du bombardement de Bagdad, cela ne fut guère (guerre) du goût de l'administration Bush.
Fair Game nous raconte tout cela et fort bien.
Naomi Watts et Sean Penn sont parfaits, tout entiers dévoués à leurs personnages et à la cause défendue.
Sean Penn, cela n'est guère surprenant, est particulièrement à l'aise et crédible dans un rôle taillé sur mesure.
Cette histoire et ce film sont un peu le pendant outre-Atlantique de la Green Zone de Paul Greengrass qui nous avait tenus en haleine en avril dernier.
On y retrouve même la “journaliste” Judith Miller, la honte de sa profession(2), chargée par le Département d'État des fuites organisées dans la presse avec quelques uns de ses collègues, qu'il s'agisse de “confirmer la présence” des armes de destruction massive en Irak ou de livrer au public la couverture d'une agent de la CIA(3).
Mais tout cela est désormais bien connu.
C'était bien sûr déjà le cas avec Green Zone mais Paul Greengrass avait su nous embarquer dans un thriller militaire survolté et haletant, même si l'issue en était connue.
Avec Fair Game, Doug Liman a bien du mal à décoller et le film trop sage et plutôt fade ne vaut finalement que par cette histoire, certes connue, mais qu'il est toujours bon de rappeler. Sait-on jamais, y'en a peut-être qu'avaient déjà oublié.
Au passage, on a été assez surpris des quelques images situées au Niger(4) : un pays que l'on connait un petit peu ... et que l'on ne reconnait pas du tout. C'est filmé exactement comme Bagdad : ambiance tendue, jeep zigzaguant dans les rues, musique stressante, ... on s'attend presque à voir des snipers ou des terroristes au prochain carrefour. Rien à voir avec le Niger donc. Comme quoi les images, on leur fait bien dire ce qu'on veut ... mais c'est justement le sujet du film !
(1) : dans le nord du Niger, à Arlit, où notre Cogema exploite les ressources du pays
(2) : c'est pas moi qui le dit, c'est Sean Penn dans le film. Moi, je ne fais que répéter, tout comme Madame Miller d'ailleurs.
(3) : et ça, c'est un crime aux US
(4) : sans doute pas tournées à Niamey, mais là n'est pas la question

Pour celles et ceux qui aiment Sean Penn et l'Histoire contemporaine.
Libé et Pascale en parlent.

mardi 9 novembre 2010

Miousik : Nicolas Comment

From Mâcon.

Nicolas comment ?
Oui, Nicolas Comment.
Ou l'histoire du photographe qui se met à la musique (repéré par MAM).
Il avait déjà travaillé avec Rodolphe Burger et son style s'en approche.
Il vient de confier la mise en scène de son album à Marc Collin que l'on connaît bien depuis une certaine Nouvelle Vague.
Voilà pas mal de références qui justifient le détour par le mâconnais pour découvrir cet album qui vient tout juste de sortir : Nous étions Dieux (cette chanson titre est celle qu'on préfère).
Des “textes à texte”, parfois un peu sulfureux (avec un petit parfum de gainsbarre), un phrasé ténébreux (dans la veine du strasbourgeois déjà cité plus haut), une curiosité de la nouvelle scène française.
Même si le bonhomme se dit ambitieux plutôt que prétentieux, cela sonne un peu trop sophistiqué/recherché pour notre goût et pas tout à fait aussi mélodique qu'on l'aurait aimé.
Mais à écouter tout de même : la production franco-française n'est pas si riche que l'on puisse bouder cette découverte.


Pour celles et ceux (mais surtout celles) qui aiment le côté obscur du chanteur mâle.
Libé en parle.

mercredi 3 novembre 2010

Bouquin : American Express

Nouvelles des États-Unis.

Avec James Salter on découvre un auteur états-unien bientôt centenaire et visiblement réputé. Il était temps de rattraper notre retard.
American Express est un recueil d'une douzaine de nouvelles. Un recueil plutôt égal et équilibré au point que c'est même la répétition de ces petites tranches de vie qui fait le charme insolite de ce bouquin.
Des petites tranches d'histoires qui ne semblent avoir ni début, ni fin.
Le lecteur ne semble pas avoir de prise sur ces personnages insaisissables qui entrent par une page et sortent par une autre.
L'écriture de Salter est très distanciée et excelle à décrire par le menu les petits faits insignifiants qui, au final, signifient beaucoup plus qu'ils n'y paraissent.

[...] C'était une femme qui avait un certain style de vie. Elle savait donner des dîners, s'occuper des chiens, entrer dans un restaurant. Elle avait sa façon de répondre à des invitations, de s'habiller, d'être elle-même. D'incomparables habitudes, pourrait-on dire. C'était une femme qui avait lu, joué au golf, assisté à des mariages, qui avait de jolies jambes, qui avait connu des épreuves. C'était une belle femme dont personne ne voulait plus.

Relisez-moi un peu ça : chaque mot semble avoir été pesé et soupesé, jusqu'à la chute imparable.
Allez, on s'en refait une :

[...] Sa famille mangeait en silence, quatre personnes dans la tristesse d'un cadre bourgeois, la radio était en panne, de minces tapis couvraient le sol. Quand il avait terminé, son père se râclait la gorge. La viande était meilleure la dernière fois, disait-il. La dernière fois ? s'étonnait sa femme.
- Oui, elle était meilleure, maintenait-il.
- La dernière fois, elle n'avait aucun goût.
- L'avant-dernière fois, alors, disait-il.
Puis ils retombaient dans leur mutisme.
On n'entendait plus que le bruit des fourchettes, et, parfois, celui d'un verre. Soudain, le frère se levait et quittait la pièce. Personne ne levait les yeux.

Allez, encore une toute dernière, la dernière page de la première nouvelle, sa chute, souvent citée ici ou là :

[...] Elle a de petits seins et de grands mamelons.  Et aussi, comme elle le dit elle-même, un assez gros postérieur. Son père a trois secrétaires. Hambourg est près de la mer.

Voilà : c'est le point final déroutant de la première nouvelle Am Strande von Tanger (sur la plage de Tanger), débrouillez-vous avec ça. Insaisissable je vous dis.
Une écriture (trop ?) exigeante qui nous plonge sans prévenir dans une tranche de vie où s'entremêlent les souvenirs des personnages et qui, quelques pages plus loin, nous en ressort tout estourbi.


Pour celles et ceux qui aiment les nouvelles.
Points édite ces 207 pages parues en 1988 en VO et traduites de l'anglais par Lisa Rosenbaum.