vendredi 29 janvier 2010

Bouquin : Dunes froides

Descente aux enfers.

Qui donc nous avait mis sur la piste de Jeanne Desaubry et de ses Dunes froides ?
Jean-Marc peut-être ? Enfin, la piste était bonne et facile à suivre, même dans le sable des plages de la mer du nord.
Mais stop, la carte postale s'arrête à la couverture. Dès les premières lignes, l'auteure nous sort la tête du sable pour nous la plonger dans l'ambiance glacée d'un polar plutôt cynique.
Dans la petite maison perdue dans les dunes, un couple. L'homme, âgé, vient de perdre son épouse malade et file le parfait amour avec une jeunette. Une ancienne élève. Dehors, un voyeur. Un journaliste, Un rôdeur aussi. Quelques gendarmes ensuite, par l'odeur du sang attirés.
Cela fait beaucoup de monde autour de la petite maison perdue dans les dunes. Beaucoup trop de monde.
Il y en aura moins à la fin.

[...] Le couple Markievicz-Rollin est au centre de l'affaire. C'est le seul moyen de faire correspondre les morceaux de ce drôle de puzzle qui rassemble un voyeur, un rôdeur, un cadavre, un incendie. Mais elle a rarement rencontré le cynisme qu'elle devine dans l'agencement des pièces. L'innocence de Duchamp se déduit de l'absence de preuves directes. Quant aux preuves indirectes ... Elles leur ont été offertes comme sur un plateau. Qui leur a servi le plateau ?

Un polar de bonne facture, au montage original, pratiquement sans héros, où l'on découvre peu à peu les pièces du puzzle comme le disait ci-dessus la gendarmette, grâce aux points de vue des uns puis des autres, dévoilés au fil des chapitres, comme dans une spirale. Une spirale infernale car, sur les traces des personnages, on s'enfonce peu à peu dans le sable et l'horreur, en découvrant à chaque tour de roue un peu plus du passé des uns et des autres  ...
L'écriture sèche et glacée de Jeanne Desaubry(1) ne nous laisse aucune chance ...
Les Rita Mitsouko "Les histoires d'amour finissent mal, en général …", sont cités en exergue du livre : on est loin de la carte postale et de la pub pour une escapade en amoureux sur les plages du nord ...
Un petit polar sympa et original, pas prise de tête mais plutôt bien écrit : une auteure à suivre ...

(1) : elle écrit même à la troisième personne du singulier, comme dans l'extrait cité ci-dessus du monologue de la gendarmette : elle a rarement rencontré ... elle devine ...


Pour celles et ceux qui aiment les plages du nord.
La coopérative d'auteurs Krakoen édite ces 230 pages qui datent de 2008.
Patrick, Jean-Marc, Magali et Paul en parlent.

mercredi 27 janvier 2010

Bouquin : Au bout du rouleau

C’est pas l’homme qui prend la mer …

En écho à notre billet sur l'insolite Histoire d'Usodimare, O. le marin nous a fait découvrir son auteur fétiche : Joseph Conrad un polonais né en Ukraine qui vécu à Marseille et qui écrivait en anglais.
Un homme de voyage, citoyen du monde comme tous les marins, il en était un lui-même pour s'être engagé dans la marine marchande britannique.
Cet auteur mal connu aura vécu la charnière entre les deux siècles (il est mort en 1924) et il influencera les plus grands : Faulkner, Gide ou Malraux, pour ne citer qu'eux.
On a commencé par ce qui n'est peut-être pas son roman le plus facile, mais qui nous conte une histoire proche de celle d'Usodimare : Au bout du rouleau.
L'histoire d'un marin, bien sûr, un de ces grands capitaines de la marine marchande du XIX° siècle, souvent propriétaires de leurs propres navires, qui parcouraient les mers sur leurs grands clippers à la poursuite de la bonne fortune.
C'était avant que les vapeurs ne viennent bouleverser cette économie très particulière.

[...] On ne pouvait s'y tromper : un vapeur désarmé était chose morte ; un voilier semble en quelque sorte toujours prêt à reprendre vie au souffle des cieux incorruptibles ; mais un vapeur, pensait le capitaine Whalley, tous feux éteints, sans les chaudes bouffées qui de ses profondeurs montent à votre rencontre sur le pont, sans le sifflement de la vapeur, sans les bruits métalliques dans son sein, repose là, froid, immobile, sans pulsation, comme un cadavre.

Après la faillite d'une banque anglo-asiatique qui engloutira son capital, le capitaine Whalley se retrouve en mauvaise posture, incapable d'aider sa fille qui a besoin d'argent.
Le commandant réussit tout de même à racheter finalement un petit vapeur et se livre au cabotage le long des côtes, non loin de Singapour.
Malgré la malchance et l'adversité (difficile de vous en dire plus sans trop en dévoiler), il affronte la mer et son destin (1).
Profondément convaincu de la noblesse de son métier de marin et de sa grandeur d'homme, il fixe l'horizon, obstiné, obsédé par l'idée de transmettre à sa fille qui vit au loin, un peu du capital qu'il essaie de préserver en commandant son vapeur le long des côtes.
Une histoire nourrie de celle de Conrad lui-même, à cette même époque criblé de dettes, contraint d'arrêter la navigation ... et pressé par son éditeur d'écrire quelques nouvelles.
Un portrait d'homme (et de quelques autres qu'il croise sur sa route), d'une belle écriture classique, ample et riche, nourrie de détails, au parfum suranné de ce tout début de siècle.

[...] Il y avait eu un temps où les hommes comptaient.

Visiblement, Conrad était de ce temps là.

(1) : les héros de Conrad sont ainsi faits qu'ils préfigurent ceux des existentialistes.


Pour celles et ceux qui aiment les portraits de marins.
Gallimard édite ces 161 pages qui datent de 1902 en VO et qui sont traduites de l'anglais par Gabrielle d'Harcourt et Jean-Piere Vernier.

lundi 25 janvier 2010

Cinoche : Invictus

Je suis le capitaine de mon âme.

Invictus est un poème de William Ernest Henley (1), le poème préféré de Nelson Mandela.
Dans son dernier film, Clint Eastwood nous raconte un épisode fondateur de la nation arc-en-ciel : en 1995, l'Afrique du Sud organise la coupe du monde de rugby et Mandela saisit cette occasion pour rendre un peu de cohésion à son pays en le mobilisant derrière l'équipe des Springboks (2).
C'est Matt Damon qui endosse le maillot du capitaine de l'équipe (François Pienaar, un afrikaaner on ne peut plus standard, donc raciste).
Et c'est Morgan Freeman (3) qui incarne (c'est le mot) Madiba, leader inspiré.
Bien sûr on peut critiquer le parti pris de Clint Eastwood qui prend soin de gommer tout élément polémique sur Mandela ou cette victoire de l'Afrique du Sud.
Même si le film est parsemé de scènes où affleure la tension qui sépare les sud-africains en deux couleurs de peau.
Mais sans prétendre filmer un reportage, Clint Eastwood nous raconte une histoire.
Il nous raconte le rêve de Nelson Mandela qui réussit le temps de quelques matchs à rassembler 42 millions de sud-africains derrière une seule bannière, celle vert et or des Springboks, un drapeau symbole jusqu'ici de la suprématie blanche et de l'apartheid et que les noirs (80% du pays) sifflaient depuis tant d'années.
C'est pour ce rêve d'unité retrouvée que certains vont dans les stades et que l'on peut également aller au cinéma.
Ce rêve que semble vouloir prolonger les spectateurs lorsque toute la salle reste assise pendant le générique de fin ...
Un film plein de bon sentiments et d'émotions (la séquence où les Springboks font la tournée des townships et apprennent le rugby aux gosses est très forte ...) où l'on peut rêver d'un monde où le racisme ne serait plus qu'un mauvais souvenir (c'était d'ailleurs aussi un peu le sujet de Gran Torino).
Accessoirement, Clint Eastwood nous prouve, une fois de plus, qu'à 80 ans il est encore l'un des meilleurs de nos cinéastes : on connait la fin de l'histoire, on connait le score du match de finale, on a même peut-être déjà vu à la télé le drop décisif ... mais on est scotché à son siège, le ventre noué, vont-ils marquer ? vont-ils tenir les prolongations ? vont-ils gagner ? Ouuuiiiiiiiiiii !
Après le football de Ken Loach, on va finir par être accros aux matchs !

(1) : un poète de la fin du XIXème, atteint d'une tuberculose osseuse ; il fut amputé d'un pied et écrivit ce poème depuis son lit d'hôpital.
(2) : rappelons nous la victoire des bleus en 1998 et le profit (involontaire, lui) qu'en tira Chirac à l'époque.
(3) : un très beau rôle pour Morgan Freeman, déjà dirigé par Clint dans Million dollar baby, un autre film sur fond de sport ... Nelson Mandela avait choisi lui-même Morgan Freeman pour le représenter à l'écran et Morgan Freeman avait acheté les droits du livre du journaliste John Carlin, qu'il a proposé à Clint Eastwood de mettre en images.


Pour celles et ceux qui aiment le sport.
Pascale est fan de Clint, Zirko a bien aimé, Rob est plus critique.

dimanche 24 janvier 2010

Bouquin : Le Collaborateur de Bethléem

Jérusalem, côté palestinien.

On avait un peu envie de sortir des polars suédois ou japonais, envie de voyager ailleurs, envie d'épingler des petits cœurs dans d'autres coins de notre carte des polars du monde.
On a donc changé de ... crèmerie, pour se retrouver à ... La grande crimerie, une sympathique petite librairie spécialisée polars, dans le X° près de la place du Colonel Fabien.
On y acheté deux billets, l'un pour Rio (on en reparle bientôt) et un autre pour la Palestine.
Cette fois notre guide est un journaliste américain, Matt Rees, qui nous emmène sur les traces du Collaborateur de Bethléem.
On se retrouve aux portes de Jérusalem, côté palestinien, embringué avec le héros (un prof) dans une histoire où se mêlent les rivalités entre les religions (chrétiens, musulmans, les juifs sont en face) et les rivalités entre les factions palestiniennes (Fatah, Hamas, Brigades, ...). Ça cafouille à qui mieux mieux dans une société en pleine déliquescence, minée par la guerre, les querelles intestines et la corruption.

[...] - Dieu sait que s'il n'existait ni Bible ni Coran, notre petite ville vivrait bien plus paisiblement, vous ne croyez pas ? Si la fameuse étoile avait conduit les Rois mages, mettons à Bagdad au lieu de Bethléem, la vie serait bien plus facile ici.

Un héros de la résistance est abattu/assassiné et l'un des anciens élèves du professeur Omar Youssef est accusé de collaboration avec l'ennemi ...
Le prof se lance dans une contre-enquête qui le mènera de péril en péril ...
Toute cette découverte de la vie palestinienne sous l'occupation israélienne (qui reste en toile de fond) est très instructive même si ce n'est guère réjouissant.
Mais on n'a pas vraiment accroché au personnage principal, le prof, décrit par la quatrième de couverture comme Le site de l'auteurun personnage atypique et charismatique ... atypique certes, mais pas du tout charismatique.
Ce bon père de famille hésitant se retrouve balloté par les évènements (on le serait à moins) et peine à nous entraîner à sa suite sur la piste du vrai collaborateur ... et l'intrigue a le goût d'un couscous sans harissa. Dommage !
Reste la découverte, on l'a dit, de la Palestine des palestiniens autrement qu'au JT de 20 heures.
Il faudra donner une seconde chance à Matt Rees ... son second bouquin est déjà traduit : Une tombe à Gaza.


Pour celles et ceux qui aiment les histoires de pays en guerre.
Le livre de poche édite en poche ces 345 pages qui datent de 2006 en VO et qui sont traduites de l'anglais par Odile Demange.
Rue89 en parle comme Anamor et Emeraude.

mercredi 20 janvier 2010

Miousik : Gurrumul

From down under.

Kesaco Gurrumul ? Geoffrey Gurrumul Yunupingu ?
Un artiste australien, aveugle de naissance (comme le dit sa chanson-phare : Gurrumul history, I was born blind).
Un aborigène, de la tribu Yolngu (1), de l'île d'Elcho des rives de la terre d'Arnhem, tout là-bas aux antipodes, au nord-est de l'Australie. Il vient pas de Mars mais c'est tout comme.
De ce gros ours noir patibulaire émane alors une voix envoûtante et pleine de grâce, aux accents de Boy George, une musique entêtante et mystérieuse où perce la douceur des îles du Pacifique.
Gurrumul nous épargne même le sempiternel djideridoo auquel on a trop souvent réduit la musique aborigène. Merci !
Deux billets gratuits pour un aperçu de ce très long voyage où Gurrumul chante tantôt en anglais, tantôt dans sa langue natale :
Gurrumul history, I was born blind  I was born blind, and I don't know why. God knows why, because he loved me so.
Djarimirri

(1) Wiki nous apprend que les Yolngu sont bien plus riches que nous et n'ont pas moins de six saisons différentes : Mirdawarr, Dhaarratharramirri, Rarranhdharr, Worlmamirri, Baarramirri et Waltjarnmirri.


Pour celles et ceux qui aiment les voix venues de très loin.

mardi 19 janvier 2010

Cinoche : Tetro

Photo de famille en noir et blanc.

Quel début d'année 2010 au cinoche !
Après le cirque à grand spectacle (mais quel cirque et quel spectacle !) d'Avatar, voici le Tetro de Coppola, un film on ne peut plus "classique".
Classique dans le bon sens du terme : c'est filmé en un si beau noir et blanc qu'on en vient à regretter que le technicolor ait été inventé !
Chaque plan est travaillé au millimètre, les jeux d'ombres et de miroirs se font écho, la musique fait presque partie des dialogues : du grand cinoche comme on aime.
Et puis quelle histoire !
Lorsque vient le générique de fin, on sent l'estomac qui se relâche, qui se décrispe, ouf ! on en est sorti vivant, pas tout à fait indemne mais vivant !
Aucune violence physique à l'écran, mais quelle tension dans cette sombre histoire de famille où Coppola revisite le mythe de Coppélia (1).
Bennie et son frère Tetro souffrent d'une fracture familiale irrémédiable : leur père, despote omnipotent et tyrannique, les aura brisés (2), désarticulés, tout comme la poupée Coppélia.
Chacun sait que les papillons sont irrésistiblement attirés par les phares et les lampes et finissent par s'y brûler les ailes : ainsi les deux frères Tetrocini sont irrésistiblement attirés par les lumières de la vérité ou par les flashs de la célébrité.
Tetro (le sombre, le triste) le frère aîné, ange déchu aux ailes brisées, semble avoir compris cette règle élémentaire de survie et a visiblement rompu aussi bien avec son passé d'écrivain qu'avec sa famille, reniant même jusqu'à une partie de son propre nom.
Bennie, le cadet, est arrivé à retrouver son frère et tentera de retrouver également son passé, leur passé, en décodant les écrits de son aîné. Il y découvrira de lourds secrets. De très lourds secrets.
Des secrets qui pesaient sur Tetro (Vincent Gallo halluciné) au point de le rendre fou et d'en faire un écrivain maudit dont le seul refuge semble être la peau de sa compagne (admirable Maribel Verdú). Avec Alden Ehrenreich qui incarne le jeune Bennie, Coppola tient là un trio d'acteurs époustouflant et dès la première scène on oublie immédiatement qu'on est au cinéma et qu'ils "jouent" un rôle (3).
Coppola développe également le thème de l'usurpation artistique (4) et il peut y avoir de nombreuses lectures de ce film, très riche, très dense. Que chacun en fasse la sienne mais que personne ne passe à côté !

(1) : Giuseppe COPPOLA (oui, oui !) était le nom du marchand ambulant du conte d'Hoffmann qui inspirera plus tard le ballet Coppélia ...
(2) : au figuré comme au propre : tous deux se retrouveront avec une jambe plâtrée.
(3) : ce qui est d'ailleurs accentué par les mises en abyme qui viennent ponctuer le récit avec séquences de film, pièces de théâtre et ballets, joués dans le film.
(4) : encore une tare héréditaire dans la famille Tetrocini, depuis le père et l'oncle jusqu'aux deux frères ...


Pour celles et ceux qui aiment les histoires de famille.
Céline, Benjamin, Kilucru, Pascale, tout le monde est d'accord.
Le Monde en parle, ES également.

lundi 18 janvier 2010

Cinoche : Avatar

Beau livre d’images.

Quel début d'année 2010 au cinoche !
Quel beau cadeau apporté par le père Noël déguisé en James Cameron !
Jusqu'ici on croyait l'espace habité par d'affreux petits hommes verts (1) : mais non, nos plus proches voisins sont de grands et élégants hommes bleus !
Bien sûr et cela a déjà été dit partout, le film, pardon "LE" film, de James Cameron est affligé d'un piètre scénario (sorte de remake de Pocahontas) et d'une musique qui peine à suivre le lyrisme du réalisateur.
Mais quel beau livre d'images ! James Cameron ne s'est pas fichu de nous et on en a vraiment pour notre argent. Il n'a lésiné ni sur la quantité ni sur la qualité (juste sur le scénario et la musique !).
Depuis la bande annonce de l'an passé, on va de surprise en surprise, croyant à chaque scène avec les Na'vis (les indigènes "natives" de Pandora) avoir enfin tout vu et n'ayant plus rien à attendre, et, ô miracle de la technique, on replonge avec plaisir et émerveillement dans la scène suivante !
L'astuce du scénario est justement d'avoir mis en scène ce mercenaire un peu rustre, cloué dans son fauteuil de paralytique, qui, grâce à quelques branchements techniques, vit par procuration en se projetant dans son avatar bleu.
Le parallèle est clair avec le spectateur cloué dans son fauteuil qui n'attend, lui aussi, qu'une seule chose : affublé de ses lunettes 3D pouvoir profiter de la scène suivante et retourner au plus vite sur Pandora.
Las, à la fin du film, les terriens sont évacués gentiment mais sûrement de la planète bleue et les spectateurs, tout aussi gentiment et tout aussi sûrement, de la salle.
Avec les mêmes regrets : ne pas pouvoir prolonger plus longtemps la communion Tsaheylu avec les plantes, les arbres et les animaux de Pandora. Certains accros sont même obligés d'y retourner pour voir et revoir Neytiri Dis'kahan Mo'at'itey (2), fille d'Eytukan et de Mo'at, princesse des Omaticaya !
Car c'est tout un univers qu'a recréé pour nous Cameron : un peuple avec sa langue, sa religion et sa culture, une faune fantastique et une flore magique, à la Miyazaki, tout y est et c'est superbe !
Même MAM, pourtant allergique à la esseffe, est redescendue de Pandora enchantée de toutes ces belles images.
Souhaitons un succès mérité à James Cameron (3) : que cette forme de cinéma à grand spectacle fasse ses preuves et que cela donne l'occasion à d'autres cinéastes, peut-être plus inspirés, de nous offrir encore d'autres beaux livres d'images.
Et pour une fois, après plusieurs dessins animés en 2009 auxquels les élégantes lunettes en plastique n'apportaient pas grand chose, la 3D est ici au mieux de sa forme.

(1) : Sigourney Weaver faisait même d'affreux cauchemars peuplés d'aliens !
(2) : l'avatar "terrien" de Neytiri est Zoé Saldana, déjà vue dans Star Trek.
(3) : mais ce n'est déjà plus la peine, Avatar vient de remporter deux Golden Globes (meilleurs film et réalisateur)


Pour celles et ceux qui aiment les livres d'images.
Les irréductibles ont adoré tout comme la Kinopithèque, Herwann est plus modéré, Pascale est franchement sévère.

samedi 9 janvier 2010

Bouquin : Le pingouin

Un écrivain pas manchot.

Dans l'un des polars de Fred Vargas, le commissaire Adamsberg se promenait avec un crapaud dans la poche ...
... las, notre Fred Vargas nationale est rattrapée par la concurrence, dépassée par la mondialisation, scotchée sur la ligne même de départ : dans le bouquin de l'ukrainien Andreï Kourkov, le journaliste Victor a carrément adopté un pingouin neurasthénique qui vit avec lui dans son appartement !

Parce qu'à Kiev désormais, le zoo n'a plus les moyens d'entretenir ses pensionnaires et se trouve dans l'obligation de les confier à la population ...

[...] Micha, le pingouin, se promenait dans le couloir sombre, cognant de temps à autre à la porte fermée de la cuisine. Victor finit pas se sentir coupable et lui ouvrit. Il s'arrêta près de la table. Haut de presque un mètre, il parvenait à embrasser des yeux tout ce qui s'y trouvait. Il fixa d'abord la tasse de thé, puis Victor, qu'il examina d'un regard pénétrant, comme un fonctionnaire du Parti bien aguerri. Victor eut envie de lui faire plaisir. Il alla lui préparer un bain froid. Le bruit de l'eau fit immédiatement accourir le pingouin, qui s'appuya au rebord de la baignoire, bascula et plongea sans attendre qu'elle soit pleine.

Oui, comme on le sait, rien ne va plus dans les républiques de l'ancien empire soviétique où les rescapés deviennent nécessairement philosophes.

[...] - Vous avez manqué l'époque de l'abondance, déplora le vieil homme. Chaque siècle offre environ cinq années de faste, puis tout s'écroule ... je crains que vous ne viviez pas jusqu'au prochain tour, et moi encore moins ... Mais moi, j'aurai profité de celui qui vient de passer. Comment se porte votre manchot ? [...]
Le vieil homme se leva et Victor s'aperçut à nouveau qu'il n'avait pas de chaussures.
- Vous n'allez pas attraper froid ? s'inquiéta-t-il.
- Non, dit Pidpaly, sûr de lui. C'est parce que je fais du yoga ... J'ai un livre avec des photos, et tous les yogis indiens sont pieds nus.

Il faut dire que Kiev enneigé et glacé au cœur de l'hiver, c'est pas vraiment le top des spots touristiques.

[..] Le soleil brillait, la neige scintillait, et ses doigts gelaient au fond des poches de sa parka. 

Sauf pour les ukrainiens qui aiment à pique-niquer (1) sur le Dniepr gelé. Au grand bonheur du pingouin Micha qui adore plonger dans les trous de pêche. C'est tout à fait de saison !
Derrière ces savoureuses et frileuses anecdotes sur la vie quotidienne des ukrainiens (et des manchots), se cache la sombre réalité du monde déliquescent de l'ex-Union Soviétique.
Victor est embauché par un grand journal de Kiev pour rédiger des notices nécrologiques sur des célébrités des arts, des affaires ou de la politique ... encore bien vivantes !
Ainsi, le journal est fin prêt dès que l'une de ces personnalités trépasse.
Ce qui, on s'en doute, arrivera de plus en en plus fréquemment au fil des nécros que Victor rédige sur commande ...
Qui tire les ficelles derrière tout cela ? Qui commandite ces nécros ?
Et lorsque Victor et son pingouin commencent à être invités aux enterrements, c'est un univers angoissant, inquiétant, quasi-kafkaïen, qui se dessine patiemment mais sûrement ...
Un roman à l'atmosphère très étrange, venu(e) du froid, avec un arrière goût d'amertume désabusée et une très belle conclusion un peu désespérée.
C'est aussi l'occasion inespérée (merci Thierry) d'épingler un petit cœur sur notre carte du monde, dans une contrée reculée où il ne nous serait pas venu à l'idée d'aller chercher un polar, encore moins un pingouin. 
Saluons au passage la traduction (du russe) de Nathalie Amargier qui a pensé à quelques petites notes fort bien venues sur les us et coutumes ukrainiennes.
On a lu également la suite avec Les pingouins n'ont jamais froid.

(1) : pique-niquer semble être un terme russe qui désigne une escapade sur la glace, assis sur une grosse couverture, occupé à boire du café arrosé à la vodka ou au cognac


Pour celles et ceux qui aiment les pingouins.
Seuils Points édite en poche ces 274 pages qui datent de 1996 en VO et qui sont traduites du russe par Nathalie Amargier.
D'autres avis sur Critiques Libres.

jeudi 7 janvier 2010

Bouquin : L’homme qui tuait les voitures

Cycle infernal.

Quand on se met en chasse de L'homme qui tuait les voitures, il faut un peu de patience et pas mal de courage.
Un peu de patience pour s'habituer à une mise en page agressive, plus facile que moderne, façon extraits hachés d'e-mail, de journaux, d'écoutes téléphoniques et j'en passe.
Pas mal de courage aussi pour passer outre les diatribes vindicatives du journaliste Éric Le Braz.
Car il y a de la haine dans ce thriller écolo où un homme qui vient de voir son petit garçon écrabouillé par un chauffard en voiture, a décidé de parcourir Paris à vélo et de s'en prendre aux conducteurs de grosses bagnoles.
[...] Belle pièce : la lippe méprisante et le pif bourbonien, troisième génération bourgeoise, profil balladurien, avec son double menton qui s'effondre sur la cravate comme un airbag rose bonbon. Beaux morceaux, premier choix avec une carte Gold.
Les motivations de ce tueur en série nouveau genre sentent le drame familial mais de Vélov à Vélib, il n'y a qu'un tour de roue : politiques, libertaires et écolos s'en mêlent et s'emmêlent.
[...] - Ah ! Serait-ce pour cette raison que vous éliminez les conducteurs de voitures ? Auriez-vous une dent contre les vandales à moteur qui saccagent le patrimoine ? C'est cela. Je vois : pour supprimer la pollution, vous avez décidé de supprimer les pollueurs.
Pendant que ça cafouille dans les médias et la police, le tueur fou, écolo ou pas, aligne les numéros sanglants sur les pare-brise : ..., 3, 4, 5, ...
Ça dérape bien vite et ça dégénère rapidement en bataille rangée entre cyclos et autos, entre deux et quatre roues, avec as usual, la maréchaussée perdue au beau milieu de la mêlée.
On songe une fois ou deux à Crash (Le Braz cite même cette référence) mais n'est quand même pas J.G. Ballard qui veut ...
Malgré tous ces clichés faciles, cette histoire invraisemblable finit par nous accrocher et nous tenir en haleine.
On se prend au jeu, ne serait-ce que pour savoir comment cet extrémiste du polar urbain qu'est Éric le Braz va se sortir de ce guêpier ...
Bon, nous on s'en fout, on n'a pas de voiture ...


Pour celles et ceux qui aiment les vélos et pas les voitures.
J'ai lu édite en poche ces 246 pages qui datent de 1999.
D'autres avis sur Critiques Libres.

vendredi 1 janvier 2010

Best-of 2009

Best of 2008
Bonne année 2010 à toutes et à tous !
Voici le 4ème (et oui ...) best-of annuel sur ce blog, histoire de repérer ce qu'on pourrait appeler « les coups de cœur de nos coups de cœur ».
Même s'il est toujours difficile de faire un choix parmi les meilleurs,  car le tri a déjà été fait une première fois avant d'arriver sur le blog  ...
cliquez sur les vignettes ou sur les liens pour retrouver les billets en version intégrale

Dans la catégorie Polars : La découverte de l'excellent Colin Cotterill et son coroner laotien Siri Paiboun avec Le déjeuner du coroner (ou La dent de bouddha).
Dépaysement bon enfant garanti, humour et intelligence au rendez-vous.

La littérature mexicaine était à l'honneur cette année, alors bien sûr Guillermo Arriaga (auteur de nombreux scénarios de films) est ici récompensé pour Un doux parfum de mort.
Une sombre tragédie, très physique, avec un soleil écrasant et une chaleur étouffante : ça pue la sueur et les mouches volent pendant la sieste.

Donna Leon (qui est un peu la Fred Vargas italienne) n'avait pas encore eu droit à notre podium.
Un oubli réparé cette année grâce à l'une des meilleures enquêtes vénitiennes du sieur Brunetti : De sang et d'ébène.

Même s'il le méritait, on n'a pas fait monter sur le podium, Dans la brume électrique, le bouquin de James Lee Burke car le film de Tavernier qui en est adapté, figure un peu plus loin au best-of cinéma de l'année !
On aurait pu aussi citer la trilogie berlinoise de Philip Kerr.

Dans la catégorie Romans : Justice est enfin rendue ici à Jean Échenoz qui nous a donné cette année avec Courir, un tout petit bouquin qui nous raconte l'histoire d'un grand bonhomme, Émile Zatopek.
Échenoz a l'intelligence de replacer la course d'Émile dans celle, encore plus folle, du monde. Le monde finissant du XX° siècle.
On suit tout cela (les courses d'Émile et la roue de l'Histoire) au rythme donné par Échenoz, dans la foulée d'Émile : c'est passionnant, captivant, haletant.
Et comme toujours avec Échenoz, très très bien écrit.
On ne présente plus Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, incontournable vedette des blogs.
Sauf que la réputation de l'américaine Ann Harper Lee n'est pas surfaite et que ce bouquin est réellement excellent.
Écrit dans les années 60 en pleine campagne des Noirs pour leurs droits civiques, l'action se situe dans les années 30, en pleine Dépression (encore !), dans un état du Sud (l'Alabama) à un moment où la ségrégation avait encore de beaux jours devant elle.
L'auteure nous conte l'histoire d'enfants qui grandissent élevés au fil des saisons par leur père : Scout, la cadette, garçon manqué et son frère aîné, Jem.
Pour boucler le podium des romans, l'Histoire d'Usodimare, un petit opuscule minuscule de l'italien Ernesto Franco.
Un récit de voyage, un récit de marin.
Le récit d'une fin, celle d'un bateau déglingué qu'Usodimare doit accompagner jusqu'au Bangladesh pour la ferraille.
On aimerait encore citer Siri Hustvedt (l'épouse de Paul Auster) ou l'albanais Ismaïl Kadaré, une vieille connaissance relue cette année.
Dans la catégorie BD : Incontestablement, Étienne Davodeau est notre révélation BD 2009.
Avec ce premier épisode d'une série Lulu Femme nue ou encore avec Chute de vélo.
Des dessins pas tape-à-l'œil pour deux ronds, des histoires ordinaires de gens ordinaires, ... mais alors qu'est-ce donc qui fait qu'une fois en mains, on ne peut plus lâcher les albums d'Étienne Davodeau ?
Coup de cœur ensuite pour une japonaiserie de deux auteurs français, Antoine Bauza au scénario et Martin Leclerc dit Maël au pinceau.
Dans l'ambiance zen de cette Encre du passé , texte et dessin se confondent en une agréable alchimie. C'est superbe et les auteurs ont su se limiter à un seul album, chose rare en ces temps prolixes.
On avait déjà croisé le dessinateur aquarelliste (Maël) dans les Rêves de Milton.
On a préféré attendre 2010 pour confirmer l'intérêt de la prometteuse série New Byzance et on a donc hissé Okko à la troisième place du podium.
Le cycle de l'eau nous valait quelques beaux paysages d'îles, de bateaux et même de châteaux suspendus. Le cycle de la terre nous emmenait en montagne à la découverte de mystérieux monastères accrochés à flanc de rochers.
Le cycle de l'air nous emporte dans une vallée où soufflent des vents magiques, les kamikazé (les vents des kamis - les vents des dieux), comme ceux qui jadis, protégèrent le Japon des invasions maritimes du Khan mongol. 

Dans la catégorie miousik : Là encore, pas de contestation pour la première place : on a croisé plusieurs fois cette année la douce voix sucrée de Mélanie Pain, chaque fois avec beaucoup de plaisir.
Dans cet album solo mais aussi chez Nouvelle Vague ou même en duo avec Julien Doré.

Au risque de se répéter, revoici Mélanie mais beaucoup d'autres aussi avec Nouvelle Vague.
C'est leur troisième opus, le plus abouti, même si les deux autres valaient déjà le détour.


Pas d'hésitation pour la troisième place, avec les retrouvailles de Jane Birkin au Bataclan.
Bien sûr on y retrouve plusieurs chansons de Serge Gainsbourg, y compris certaines que Jane n'avait pas ou peu reprises à son compte.
De quoi redécouvrir la qualité des musiques et des textes de Gainsbourg.
Et Jane y interprète également des chansons plus récentes comme celle écrite par les Souchon père et fils.
En complément on peut jeter une oreille sur le Top 2009 des blogueurs.

Dans la catégorie Cinoche : Facile, la palme d'or 2009 revient inévitablement à Quentin Tarantino pour Inglourious Basterds, le film de l'été. Le film le plus décoiffant de l'année.
Dès la musique du générique, avant même la première image, on jubile dans son fauteuil, retrouvant le cinéma de quand on était ado, regrettant presque de ne pas avoir acheté de pop-corn à l'entrée.
On rit, on jubile, on savoure, on se cache les yeux pour échapper aux détails trop gores ! Du grand cinoche.
Presqu'un doublé roman+film, Dans la brume électrique, le film de Bertrand Tavernier est adapté du polar de James Lee Burke.
Un polar sur fond de bayou, en Louisiane.
Une Louisiane qui panse ses plaies après Katrina ...
et d'autres maux, moins "naturels", comme la Guerre de Sécession ou le racisme, comme la mafia ou le show-biz (c'est pareil ?) et d'autres trafics.
Avec Tommy Lee Jones et le décor so cliché de Louisiane ...
Après Tommy Lee Jones, encore une valeur sûre avec Clint Eastwood en grande forme, derrière comme devant la caméra, avec Gran Torino.
De cette fable sociale aux dialogues qui font mouche, plutôt facile et convenue, Clint Eastwood tire finalement un film superbe et plein de finesse sur nos sociétés multi-culturelles d'aujourd'hui, dresse quelques savoureux portraits et accumule les scènes qu'on aurait envie de voir et revoir.
Le début de l'année 2009 était riche en belles toiles : Harvey Milk ou Benjamin Button auraient mérité une place sur le podium eux aussi.
Et la fin d'année était fournie en films plus intimistes qu'on aimerait bien citer ici : À propos d'Elly (un film iranien), Le dernier verre, Pippa Lee, ou L'homme de chevet avec ce très beau couple que sont à la ville comme à l'écran Christophe Lambert et Sophie Marceau.
Traditionnellement du côté des Dessins Animés la production est moins fournie et le palmarès est donc plus facile : Mary et Max, de l'australien Adam Elliot.
Un film sur la correspondance échangée entre une petite fille australienne de la banlieue de Melbourne et un vieux monsieur qui vit au coeur de New-York.
Mary n'est pas très jolie, affligée d'une tâche sur la figure et en proie aux moqueries de ses camarades. Maman boit du sherry et Papa empaille des oiseaux blessés dans le garage.
Max, juif renégat, est boulimique et atteint du syndrome d'Asperger, une forme d'autisme.
Tous deux partagent le même plaisir du chocolat et la même incapacité à aimer ou être aimé.
Là-haut, est un film d'animation qui fait preuve d'un rare équilibre : vraiment une belle réussite.
On se croirait vraiment dans un vrai film : des paysages plus beaux que les vrais, autant d'émotion que dans une comédie, autant de palpitations que dans un james bond, autant d'humour que dans un ... dessin animé.
L'ambiance graphique du vieux monsieur et de sa maison volante vaut le déplacement (en ballon).
Et puis bien sûr, l'incontournable Miyazaki avec Ponyo sur la falaise qui aurait mérité beaucoup plus que le public enfantin auquel l'a condamné la mièvre bande annonce européenne.
Miyazaki et ses équipes ont voulu rompre avec une success story qui était peut-être devenue une ornière : quittant les rivages des ordinateurs et du numérique, nous retrouvons ici le berceau des origines du dessin peint "à la main".
On retrouve bien sûr tout ce qui fait l'imaginaire un peu trouble de Miyazaki : la mer a remplacé la forêt, les poissons ondulants des profondeurs ont remplacé les créatures ondulantes de la montagne, mais tout y est.
L'intervention et la pollution humaines viennent toujours troubler une nature partagée entre colères cataclysmiques et bienfaits apaisants.

Voilà, c'est dit, c'est fait, salut 2009 et vive 2010 !
Et pour ceux qui auraient raté le best-of 2008 : c'est encore !