mardi 28 septembre 2010

Cinoche : Benda Bilili !

Miousik ET cinoche.

BMR & MAM, deux baobab-coolIls sont nés sur des tonkars mais ils feront un carton lors de leur tournée en Europe. Ils sont noirs, ils sont SDF, ils vivent dans la misère à Kinshasa, ils ont eu la polio et ils sont devenus infirmes, mais ils réussiront à enflammer les Eurockéennes de Belfort et d'autres festivals encore, jusque sous la neige à Oslo.
Au fil d'un reportage en Afrique sur les musiques urbaines, Renaud Barret et Florent de La Tullaye (les réalisateurs de ce documentaire) font la rencontre du Staff Benda Bilili ! dont les membres vivotent entre les tonkars des rues de Kinshasa et le zoo de cette capitale de la RDC (l'ancien Zaïre, lui-même ancien Congo Belge) qui leur sert de “salle” de répétition (sans doute le seul endroit calme de la ville !).
Pendant plusieurs années, les deux cinéastes suivront le staff de Papa Ricky, la tête pensante de cette petite cour des miracles, et aideront cet improbable équipage d'éclopés à enregistrer un album (Très très fort !) et finalement à tourner en Europe.
Fil conducteur de cette épopée, Roger, un gosse des rues qui joue du satongué (une seule corde et un bout de bois sur une boîte de lait) : une sorte de Jimmy Hendrix de la boîte de conserve, qui deviendra vite la mascotte et l'emblème du Staff(1).
Pendant plus de cinq ans, on voit Roger grandir (et son regard changer) dans le sillage des tricycles à manivelle du Staff Benda Bilili !
Ces éclopés de la vie (au sens propre comme au figuré) ont le rythme et la musique dans la peau. Ils composent des chansons militantes qui évoquent les galères et la débrouille dans les rues nocturnes grouillantes de Kinshasa (l'une des plus grandes villes africaines, coupée en deux par le fleuve et surtout la décolonisation qui laissera Brazzaville sur l'autre rive, celle du Congo français). Ils exhortent les mères à vacciner leurs enfants contre la polio. Ils invitent les gosses des rues à ne pas se laisser embringuer dans les gangs mais à travailler. Ils chantent la volonté farouche de vivre et de s'en sortir, l'humour et l'optimisme indéfectibles qui leur permettent de survivre.
Il n'est jamais trop tard et un homme n'est jamais fini ... avant la fin ! C'est bien le message de Ricky et de son staff, et pour sûr, ils savent de quoi ils parlent.
Le film-documentaire s'efface entièrement (trop peut-être ?) derrière ses personnages que l'on suit depuis la galère congolaise jusqu'à l'euphorie de la tournée européenne.
Quelques images de blindés de l'ONU ou de manifestations électorales (les élections de 2005) sont là pour nous rappeler que, comme de nombreux pays d'Afrique, la RDC est - à peine sortie de la guerre civile - encore loin de nos standards européens.
Car, comme tous les africains, Ricky, Roger et son Staff kinois rêvaient de l'Europe sans trop savoir : ce qui est sûr à leurs yeux c'est qu'il s'agit [je cite] d'un pays où n'entre pas qui veut et où les poulets sont gras et bien nourris, voilà la mondialisation résumée en peu de mots.
Vous pouvez écouter notre playliste ou même acheter leurs chansons et ainsi aider Ricky et son staff à agrandir leur bistrot et leur épicerie. Car même après l'euphorie du succès (dont il n'avait d'ailleurs jamais douté !) Papa Ricky reste un sage. Sa devise ? Benda Bilili ! C'est à dire, voir loin, voir au-delà des apparences.
Leur épopée est une véritable leçon de vie, presque philosophique. Le film est un véritable éclairage sur notre monde.
Bon cinoche ou bonne écoute, c'est au choix. Mais leur musique est, avant toute chose, une musique vivante, une musique de scène, qui supporte peut-être mal le format “album”, d'où l'avantage du film pour ceux qui, comme nous, ont loupé le Staff en concert.

(1) : mais tout n'est pas rose dans le conte de fée Benda Bilili ! Ainsi, on peut voir au début du film un autre “shégué” (un autre enfant mendiant dans la rue), Randi, percussionniste doué qui ne finira ni l'album ni le film (nul ne sait ce qu'il est devenu, perdu dans la jungle kinoise). Lui, ne sera pas de la tournée européenne.


Pour celles et ceux qui aiment la musique du monde.
Bien sûr tout le monde en parle : Ruminances, RFI, Cluny, Boustoune, ...
Le site Zéro de conduite propose même un dossier pédagogique.

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