mardi 22 juin 2010

Cinoche : Eyes of war

Le choc des photos.

Excellent ! Certainement "LE" film de cette coupe du monde.
À voir absolument alors que ce film pourrait presque passer inaperçu un peu comme la Révélation dont on avait fait la promotion ici il y a 3 mois.
On était partis sans grande conviction (mais sans a priori non plus) pour ces Eyes of war(1) et on s'est pris une bonne secousse. Un film qui vous remue les tripes.
Bien sûr, quelques critiques ont beau jeu de pointer une certaine complaisance pour le côté sordide de quelques images de guerre : mais (outre le fait que c'est quand même le sujet du film) il faut bien cela pour nous sortir de notre torpeur habituée aux images d'horreur formatée qui défilent en boucle au JT tous les soirs.
En salle, le film du bosniaque Danis Tanovic s'avère étonnant de maîtrise : tout y est justement construit et mesuré. Les images de guerre, les errements hagards de Colin Farrell (juste parfait), les dialogues intelligents avec le psy (surprenant Christopher Lee !) , rien de trop ...
Avec en prime une très belle galerie de "seconds rôles" comme on dit, qui profitent du désarroi de Colin Farrell qui a le bon goût de ne pas prendre toute la place.
Deux reporters photographes irlandais (Colin Farrell et son pote David) s'en vont à la recherche du shot du siècle au Kurdistan (pays en guerre, comme depuis toujours, cette fois contre les irakiens).
Ils y rencontrent un toubib kurde dans un hôpital de fortune(2), un médecin qui passe autant de temps à stériliser son scalpel qu'à graisser son pistolet.
Lorsqu'un nouveau convoi de trop nombreux blessés arrive, le doc (Branko Djuric : un film à lui tout seul) distribue après un rapide examen, des étiquettes bleues et jaunes. Les blessés aux étiquettes jaunes seront sauvés par son scalpel. Ceux aux étiquettes bleues seront sauvés par son pistolet. Le poids des mots ...
De ce reportage photo, Colin Farrell reviendra au pays seul, sans son pote David, ... traumatisé physiquement et surtout psychiquement par un drame que l'on devine à demi-mots.
Le grand-père de sa brune(3) entreprend, à la demande de sa petite-fille, d'extirper de la cervelle de Colin Farrell ses maux et ses mots ... Le vieux monsieur s'y connait : il a déjà exercé sa médecine de l'âme sur les généraux et colonels de l'armée franquiste et dieu sait qu'ils en avaient gros sur la patate.
Elena, la brune de Colin Farrell : Do you think you can help him ?
Le grand-père, Christopher Lee : Yes. Of course I can help him. I can help anyone.
Un film très fort sur ces photographes de guerre écartelés entre un monde d'horreur et un monde "normal", notre monde, un monde auquel ils sont devenus étrangers.
Un film sur la photo et ce qu'elle implique, ou ceux qu'elle implique comme il serait plus juste de le dire.
Un film intelligent sur la nécessité de dire ce qui a été et où l'on reboucle donc sur les échos qu'avaient laissés la Révélation.
Un film sur les dommages collatéraux et les absurdités de la guerre qui se termine sur cette belle phrase de Platon(4) : seuls les morts ont vu la fin de la guerre.

(1) : le titre original est Triage
(2) : là-bas, en kurde, "de fortune" veut dire sans eau courante et sans médicaments
(3) : Paz Vega, une belle brune espagnole, façon Penelope Cruz
(4) : en réalité faussement attribuée à Platon par le général Mac Arthur (mais on s'en fout)


Pour celles et ceux qui aiment les journalistes et les reporters.
Excessif en parle.

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