lundi 28 juin 2010

Cinoche : Dans ses yeux

Justice devait être rendue.

Après Révélation et Eyes of war, voici encore un film qui passerait presque inaperçu et qui pourtant mérite vraiment le détour par les salles obscures (et climatisées).
Dans ses yeux, de l'argentin Juan José Campanella avait obtenu l'Oscar du meilleur film étranger. Et c'était mérité.
De nos jours, un juge argentin à la retraite entreprend d'écrire un bouquin : une histoire (et même plusieurs) l'obsède(nt). Depuis vingt-cinq ans.
Comme il ne sait trop par où comment commencer son roman, on a même droit à plusieurs débuts pour le film, histoire de planter le décor de ces histoires qui vont s'entrecroiser ...
Vingt-cinq ans plus tôt, dans les années 75, on est en pleine dictature argentine.
Une jeune et jolie institutrice est violée et assassinée.
Notre juge écrivain, Benjamin Esposito, est chargé de l'enquête. Après quelques errements, le coupable est arrêté.
L'administration dictatoriale préfère le relâcher en échange de quelques dénonciations de peronistes.
Vingt-cinq ans après, le coupable court toujours et la justice n'a toujours pas été rendue.
Mais, durant cette sombre période de l'histoire argentine, il était rare qu'elle le soit ...
Raconté comme cela, on croit avoir affaire à un polar de plus, un bon polar certes, mais un de plus.
Mais ce résumé ne rend pas justice non plus à ce très très beau film qui vaut avant tout par les portraits de quelques très beaux personnages (et donc quelques très bons acteurs) :
Pablo Rago est le mari inconsolable de la jeune et jolie institutrice, qui n'aura de cesse d'obtenir justice, quitte à faire le guet dans chacune des gares de Buenos Aires, chacune un jour différent, pour y repérer le meurtrier qui finira bien par passer.
Guillermo Francella est l'adjoint de notre juge-écrivain, un buveur notoire mais cet acolyte alcoolique reste surtout imbibé d'humanité ce qui nous donne quelques passages comiques (ses engueulades politiques dans son troquet de prédilection, ses impayables décrochés de téléphone au bureau, ...) et un autre épisode beaucoup plus tragique, mais chut !
La belle Soledad Villamil est Irene, la juge en chef dont dépendait à l'époque Benjamin Esposito. Née de grande famille, diplômée de grande université, elle semble inaccessible.
Ricardo Darin enfin, est Benjamin le juge écrivain.
Le film prend son temps pour installer et développer ces quatre-là qui vont s'entrecroiser pendant vingt-cinq ans pour notre plus grand plaisir.
Si Benjamin Esposito est obsédé par le criminel en fuite, il l'est encore plus par son histoire d'amour non dit avec la belle Irene. Et peu à peu, la fiction policière cède le pas à une très belle histoire d'amour ... qui n'a pas eu lieu.
Même verdict donc, côté justice et côté amour : non lieu.
Polar, comédie, romance, passé historique de l'Argentine, ... que demander de plus à ce film remarquablement construit et soigneusement équilibré ?
Un film sur les regards : en VO, El secreto de sus ojos, adapté d'un roman d'Eduardo Sacheri : La Pregunta de sus ojos (la question de/dans ses yeux).
Un film sur les souvenirs : on en a peu, alors autant conserver les bons. Le juge écrivain n'était évidemment pas de toutes les scènes, parfois il imagine.
Un film sur le passé : à trop vouloir y retourner, on finit par ne plus avoir d'avenir.
Un film sur la justice, on l'a dit, il faut qu'elle soit rendue : que les histoires (d'amour ou de meurtre) aient leur fin. Et vous ne serez pas déçus.
Un de nos gros coups de cœur en cette saison sèche côté cinéma.
Un très beau film : ne passez pas à côté !


Pour celles et ceux qui aiment les histoires d'amour.
La RTBF en parle. Choupynette et PL aussi. Dasola, Pascale, Rob également.

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