mardi 27 avril 2010

Cinoche : Téhéran

Portait de ville. Avec habitants.

Avec Téhéran (Tehroun  en VO), le réalisateur franco-iranien Nader Takmil Homayoun brosse le portrait de sa ville(1) avec des habitants dedans.
Beaucoup d'habitants. Plus de 13 millions. Presque autant de voitures.
Une fourmilière.
Dans son film tourné en numérique et en quelques jours, sans autorisation (ou avec des autorisations obtenues sur la base d'un documentaire bidon), Nader Takmil Homayoun a choisi de suivre les traces de trois potes, mi-losers mi-traficoteurs.
L'un d'eux Ibrahim fait la manche avec un bébé dans les bras, bébé qu'il a loué pour ce "job" : ça rapporte pas grand chose mais évidemment beaucoup plus que sans bébé.
Un beau jour, ils se font piquer le bébé par une prostituée qui joue les étudiantes libérées(2).
Le gars de l'agence de location (si on peut appeler ça ainsi) est furax et réclame le montant de la caution du bébé : et c'est plus cher qu'une voiture. Nos trois pieds-nickelés sont mal barrés ...
Surtout que la femme d'Ibrahim débarque, enceinte jusqu'aux yeux, de sa province natale pour retrouver son chéri qui était supposé travailler dans un magasin ...
On attendait sans doute un peu trop de ce petit film sympa mais présenté comme un polar et qui bénéficie de l'intérêt soudain des européens pour l'actualité iranienne depuis que l'Oncle Sam y prépare sa prochaine guerre.
Le rythme est plutôt contemplatif - Nader T. Homayoun filme "sa" ville(3) - et on est loin des polars trépidants auxquels nous sommes habitués. Les trois potes sont plutôt "gentils" et même l'affreux jojo qui loue le bébé se montre plutôt paternaliste.
Reste une belle histoire (mais forcément ça finit mal, quand même hein ?) joliment filmée dans une ville écrasée de chaleur où le spectateur occidental sans repères (ni socio-culturels, ni topologiques) se perd et s'égare volontiers tout comme Zahra, la femme d'Ibrahim, fraîchement arrivée de sa campagne profonde, qui arpente les rues du nord au sud pour se rendre compte un peu plus loin qu'il fallait remonter du sud au nord.
Une ville bouillonnante qui pourrait bien être le prochain volcan à perturber le trafic aérien ... Est-ce là le message de Nader T. Homayoun ?
Un film où l'on découvre différentes façon de faire la manche, y compris comment se déguiser en Gardiens de la Révolution pour aller le soir racketter les fêtes alcoolisées des bourgeois.

(1) : le père de Nader Takmil Homayoun est historien spécialiste de Téhéran.
(2) : étonnant personnage à nos yeux d'européens : fantasme occidental ou iranien ?
(3) : le président iranien Mahmoud Ahmadinejad fut maire de Téhéran avant de défier l'Oncle Sam à la tête du pays.


Pour celles et ceux qui aiment les villes avec des habitants dedans.
Sandra en parle, Libé aussi.

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