vendredi 9 avril 2010

Bouquin : Hypothermie

Comment franchir le pas de vie à trépas.

On avait été un peu déçus par L'hiver arctique, le précédent polar de notre islandais préféré, Arnaldur Indridason, qui s'aventurait avec plus ou moins de bonheur dans l'analyse socio-politique de l'immigration en Islande(1).
Fort heureusement, avec Hypothermie, Indridason renoue avec les fondamentaux !
C'est sans doute le roman où l'on se sent au plus près et au plus intime de son fameux commissaire Erlendur.
Ses habituels acolytes (Sigurdur Oli et Elinborg) ne font d'ailleurs que passer et il n'y a, officiellement, ni enquête policière, ni même de meurtre (il s'agit d'un suicide).
C'est dire si dans ce nouveau roman, Indridason laisse libre cours à ses obsessions erlenduriennes les plus divagantes.
Depuis la désormais bien connue disparition de son frère, le commissaire Erlendur est toujours taraudé par ces coutumières et toujours inexplicables disparitions sur cette petite île islandaise.
Et le voici de plus confronté à un suicide étrange.
On peut s'évanouir dans la nature ou ... pour de bon, et dans les deux cas : disparition, hypothermie et lacs gelés ...

[...] - Je suppose que c'est un peu comme si on se retrouvait pris dans le blizzard. Le froid ralentit graduellement le métabolisme, on commence par s'endormir, puis on tombe dans le coma, le cœur s'arrête et on meurt.
- N'est-ce pas exactement ce qui se produit quand les gens se perdent dans la nature ? demanda Erlendur.
- Oui, effectivement.

Il faut donc accepter une fois de plus de se laisser porter par le cours chaotique des pensées et des investigations du sombre et tourmenté commissaire qui lentement mais obstinément, dénouera les liens qui mêlent les intrigues, histoire de retrouver un peu de paix intérieure ... avant le prochain épisode.
Comme on l'a dit, on entre encore un peu plus de la vie privée du commissaire, qu'il s'agisse de sa fille Eva Lind (presque assagie en ce moment !), de son ancienne femme (toujours aussi vindicative) ou de sa récente amie Valgerdur qui, disons-le tout net, doit être une sainte pour arriver à supporter l'irrécupérable bonhomme, jugez-en :

[...] Erlendur se tut.
- Et tous ces jours de congés, tu ne veux pas les prendre ? demanda Valgerdur.
- Je devrais en utiliser quelques uns.
- Et tu penses en faire quoi ?
- Je pourrais essayer de me perdre le temps de quelques jours.
- De te perdre ? s'étonna Valgerdur. Je pensais plutôt aux îles Canaries ou à ce genre de choses.
- Oui, je ne connais pas tout ça.
- Dis-moi, as-tu jamais quitté l'Islande ? Tu n'es jamais parti en voyage à l'étranger ?
- Non.
- Mais tu en as envie ?
- Pas spécialement.(2)
- La Tour Eiffel, Big Ben, le State Building, le Vatican, les pyramides, ... ?
- J'ai parfois eu envie de voir la cathédrale de Cologne.(3)
- Dans ce cas pourquoi tu n'y va pas ?
- Ça ne m'intéresse pas plus que ça.(4)

Mais toutes et tous, même sa bonne et patiente amie Valgerdur, ne font que passer : Erlendur, livré ici à lui-même et à force de fréquenter les fantômes des disparus, semble n'avoir jamais été aussi près de rejoindre son frère disparu quand ils étaient tous deux enfants.
Seule sa fille Eva Lind reste encore le seul fil qui le rattache au monde des présents.
Ce n'est sans doute pas le meilleur roman d'Indridason, ni certainement le plus facile d'accès (MAM a moins aimé d'ailleurs) : pour une première découverte, préférez plutôt L'homme du lac, La femme en vert, La cité des jarres ou La voix.
Mais les accros du système de pensée erlendurien se retrouveront avec plaisir en terrain connu !
Pour ceux qui ne connaissent pas encore, voici quelques pages de la Cité des jarres et un chapitre de L'homme du lac. Et enfin ici, un extrait d'Hypothermie.
Un livre où l'on découvre qu'il n'est pas facile de revenir depuis l'autre côté.

(1) : on se demande d'ailleurs toujours ce que des thaïlandais peuvent bien aller faire en Islande !
(2) : arrête Erlendur, elle va te mettre une claque !
(3) : arrghhh, la réplique qui tue !
(4) : bon allez stop, Erlendur, on jette l'éponge et on se console en se disant que la Tour Eiffel fait partie des merveilles du monde vu d'Islande (elle est même la première sur la liste, ex-aequo avec la cathédrale de Cologne, faut d'ailleurs qu'on aille la voir celle-là, si Erlendur le dit c'est que ça doit valoir le coup !)


Pour celles et ceux qui aimeraient bien savoir ce qu'il y a de l'autre côté.
C'est toujours Métailié qui édite ces 295 pages parues en 2007 en VO et qui sont traduites de l'islandais par le toujours excellent Éric Boury.
Tout le monde en parle bien sûr ; Cuné, l'ombre du polar, Cottet (avec une belle analyse du rôle d'Eva Lind), Jean-Marc, Essel, ...

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