mardi 23 mars 2010

Cinoche : La révélation

Il faut que cela soit dit.

Pour découvrir ce qui se cachait derrière La Révélation, il fallait passer outre le titre français peu accrocheur (c'était Sturm, la tempête en VO).
En réalité le film aurait pu s'intituler : tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la Cour Pénale Internationale de La Haye sans jamais avoir eu le temps de le demander.
Ou plus précisément sur le TPIY, le Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie qui la préfigure et qui n'est rien moins que le premier tribunal de guerre depuis Nuremberg(1).
Le réalisateur allemand Hans-Christian Schmid nous fait suivre les travaux d'une procureure attachée à faire condamner un ancien officier bosno-serbe coupable de crimes contre l'humanité.
Toute ressemblance avec des Radovan Karadzic ou des Milan Lukic n'est évidemment pas fortuite même si le metteur en scène se défend d'avoir voulu s'inspirer de faits réels.
Une bonne partie du film se déroule donc dans les bureaux du tribunal, dans des hôtels internationaux, entre couloirs froids et chambres impersonnelles : c'est le travail la vie quotidienne de ces agents, entre deux avions ou deux taxis.
Mais le film est loin d'être ennuyeux, bien au contraire, car il est monté comme un polar : depuis l'arrestation du triste sire sur une plage accueillante des Açores jusqu'aux scènes de procès où tout le monde porte les écouteurs de la traduction simultanée, en passant par les escales dans la poudrière d'ex-Yougoslavie, l'intérêt ne faiblit pas un instant.
Au cœur de cette enquête prenante, le témoignage difficile à obtenir d'une jeune femme qui a subi les horreurs de l'épuration ethnique, il y a 15 ans ...
Sur ce chapitre du viol organisé, du viol ethnique, devenu une nouvelle arme de guerre, le film est exemplaire de pudeur et de retenue, ne tombant dans aucun voyeurisme mais réussissant à nous faire ressentir l'oppression et l'horreur sans même une image d'archives comme on dit (le procédé eut été facile). L'indicible y est traduit, avec beaucoup de force, par un simple ... paquet de bonbons.
Et l'on découvre les mécanismes du procès, les tractations avec la partie adverse, les pressions de l'ONU ou de l'OTAN (qui finance et assure la sécurité sur place ...), les compromis nécessaires avec la realpolitik de l'UE qui voudrait accélérer le processus d'intégration de cette région dans l'Union et qui verrait d'un mauvais œil le sire Duric s'ériger en martyr de la cause nationaliste, ...
Au cœur de ces manigances juridico-politiques, le témoin balloté dans la tempête (d'où le titre en VO) qui vient bouleverser sa vie, pour la seconde fois 15 ans après.
Le duo d'actrices qui porte le film est formidable : la néo-zed Kerry Fox semble taillée pour le rôle de la procureure essayant de manœuvrer dans la jungle internationale et la roumaine Anamaria Marinca incarne sobrement la douleur de la jeune femme malmenée par la guerre. Toutes deux y perdront encore quelques illusions.
Leur dialogue qui clôture le film semble dire qu'au-delà de la justice proprement dite, il est vital pour les victimes - notamment les femmes qui subissent
[...] ce que subissent les femmes en temps de guerre - que les choses puissent être dites, à défaut d'être jugées.
Tout cela est filmé un peu façon reportage, la caméra centrée en gros plan sur les acteurs, tous excellents, pour tirer le portrait d'une galerie de personnages.
Juste quelques plans des lieux dans lesquels ils évoluent et qui semblent peser lourdement sur eux : hôtels froids, Yougoslavie en état de siège, ... seules quelques images de Berlin où la jeune femme, victime et témoin, avait tenté de refaire sa vie et d'oublier son passé, seules ces quelques images d'enfants, d'écoles, d'appartement familial, ... suggèrent qu'une vie normale existe ailleurs.
Un film où l'on découvre que la justice est rendue par des hommes (et des femmes), même la justice internationale.
(1) : mais avec une différence notable depuis Nuremberg qui était le tribunal des "vainqueurs", puisque le tribunal de La Haye dépend des Nations Unies.

Pour celles et ceux qui aiment les leçons d'histoire contemporaine.
Une interview du réalisateur Hans-Christian Schmid sur Courrier Int.
L'intéressant (si, si ...) dossier pédagogique du site officiel.
Critikat et Telerama en parlent, les Irréductibles aussi.

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