lundi 27 décembre 2010

Cinoche : Les émotifs anonymes

Conte de Noël.


Voici donc le conte de ce Noël 2010.
Un peu dans le prolongement du récent Nom des gens, Les émotifs anonymes de Jean-Pierre Améris, est une autre jolie histoire d'amour entre deux éclopés de la vie(1).
Deux hyper-timides, deux émotifs angoissés, deux handicapés du social, deux incapables du relationnel.
Perpétuellement en sueur, il change de chemise toutes les dix minutes et s'avère incapable ne serait-ce que de serrer une main.
Elle révise ses fiches de conversation et chantonne sans cesse des mantras pour s'auto-convaincre d'avoir confiance en elle.
Mais ce prétexte psychologique n'est que la distance nécessaire à faire passer tout plein d'émotions tout au long d'un film qui, sans ce ressort humoristique ne serait qu'une histoire d'amour un peu cucul.
Un film au charme désuet, tourné dans des décors rouges et verts, un peu façon Caro/Jeunet.
Un film bien évidemment porté par le sourire rayonnant d'Isabelle Carré et la présence touchante de Benoit Poelvoorde.
Bien évidemment ils tomberont maladroitement amoureux l'un de l'autre et on restera le coeur serré tout le film, anxieux de savoir si notre monde de brutes laissera une petite place à ces deux albatros.
De très beaux moments de cinéma parsèment cette histoire comme la scène où Poelvoorde chante son amour des yeux noirs [Otchi chornye en russe] d'Isabelle Carré, celle où, quitte à se “promener” sous une pluie battante, ils retardent le moment terrible où ils vont devoir partager la même chambre, ou bien encore le final emporté par le Big Jet Plane d'Angus et Julia Stone.
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(1) : on pourra trouver quelques échos entre ces deux histoires, comme par exemple le “principe de précaution” abusivement appliqué par le père de Jacques Gamblin comme par celui de Benoit Poelvoorde.

Pour celles et ceux qui aiment le chocolat.Pascale et Sandra en parlent.

vendredi 24 décembre 2010

Miousik : Fredrika Stahl

Petite musique de Noël.

On connaissait de loin la franco-suédoise(1) Fredrika Stahl dont jusqu'ici le phrasé très jazzy ne nous avait guère accrochés.
Son dernier album  (Sweep me away - 2010) est plus pop-folk et nous plait beaucoup plus : vous pouvez en écouter quelques morceaux depuis notre playliste Deezer.
Mais, pour ces fêtes de fin d'année, on vous a mis en ligne une de ses chansons, une petite musique de Noël : Twinkle twinkle litte star, que vous reconnaîtrez sûrement puisqu'elle enjolive la pub télé d'une petite auto qui électrise tout sur son passage.
Cliquez sur ce petit cadeau de Noël, la chanson est presque en version intégrale (chuuut !).
Twinkle, twinkle, little star,
How I wonder what you are.
Up above the world so high,
Like a diamond in the sky.
Twinkle, twinkle, little star,
How I wonder what you are !
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(1) : et oui, encore une : née à Stockholm, elle a le bon goût d'habiter en France.

Pour celles et ceux qui aiment les petites musiques de Noël.

lundi 20 décembre 2010

Cinoche : Le nom des gens


La lutte des classes.

C'est une jolie brune.
Elle s'appelle Bahia.
Non, c'est pas brésilien : Bahia BenMahmoud avec un "h" qu'elle roule et aspire comme il sied au folklore du bled. Maman était française mais papa, algérien.
Lui, il s'appelle Arthur Martin.
Oui, comme les cuisines, si pratiques et si ergonomiques.
Un nom banal. Pour cacher le vrai : Cohen. Maman était une enfant juive rescapée de la guerre.
C'est un film sur Le nom des gens. Enfin, sur l'origine du nom des gens. Bref, sur l'histoire des gens. Leur passé. Leurs secrets.
Lui, c'est le trop rare Jacques Gamblin. Plus que parfait pour ce rôle de vieux garçon coincé qui survit grâce au principe de précaution : forcément, il est spécialiste en épizootie, une discipline nécessaire en ces périodes de grippe aviaire. Sauf que le principe de précaution, on l'applique dans sa famille un peu trop : on ne s'appelle plus Cohen, on ne parle pas des grands-parents immigrés grecs, on ne parle pas de la guerre d'Algérie (dans le Hoggar, papa faisait dans le nucléaire). On ne parle de rien et c'est déjà tout un art.
Ce principe de précaution dont il a hérité, comme son nom, Arthur Martin l'applique aussi dans ses “relations” avec les femmes.
Alors forcément, quand Bahia BenMahmoud débaroule dans sa vie, ça va secouer !
http://carnot69.free.fr/images/coeur.gifEt, rien que pour cette Bahia, alias Sara Forestier, le film vaut très très largement le déplacement, même sous la neige !
Mon dieu, quelle pêche ! Quel naturel ! Quel sourire ! Quels yeux (verts) ! Et le reste .... qu'on a largement le temps d'admirer vu qu'elle parcourt les trois quarts du film à moitié à poil(1) !
Bahia Benmahmoud est une activiste socialiste : elle baise avec les fachos de droite pour les convertir à des causes plus justes.
Arthur Martin est jospiniste et de nos jours (je cite) c'est aussi rare qu'un canard mandarin sur l'île de Ré (2).
On rit souvent et de bon coeur, Sara Forestier déménage, on l'a dit et il faut la voir, Jacques Gamblin est parfait en contrepoint.
On aurait d'ailleurs aimé que le film reste concentré sur leur histoire (de très beaux moments comme celui des crabes) et celle(s) de leurs parents plutôt que de s'aventurer sur le terrain plus casse-gueule de la socio-politique.
Le message est plein de bonnes intentions (trop de racistes et de fachos se contentent de jauger les gens d'après leur nom, etc.) mais cent fois entendu. Le propos est gentil, traité de façon amusante, mais bon.
Reste un film amusant, pas vraiment sérieux, plein d'aimable dérision, surtout pas prise de tête, et une belle histoire d'amour. Et puis Jacques Gamblin. Et puis surtout Sara Forestier.
(1) : ou bien la moitié du film et les trois-quarts à poil, on ne sait plus trop les proportions exactes, mais la recette est bonne 
(2) : on vous laisse la surprise des épisodes jospin : le film n'ira pas jusqu'à nous réconcilier avec le bulot lâcheur mais c'est plutôt fin et plein de dérision

Pour celles et ceux qui ont voté Chirac à contre coeur en 2002. 
Pascale en parle.

mercredi 8 décembre 2010

Bouquin : Des éclairs

Le siècle des lumières.

Ah ! Encore un petit bouquin de Jean Échenoz.
Hmmm ... d'avance on est certain que ce sera délicieux.
Une des plus belles plumes de l'édition française, dans les mains d'un auteur discret et constant. Passer à côté de ses remarquables derniers ouvrages serait impardonnable !
Avec Courir, lu il y a peu grâce à Véro, Échenoz nous contait l'histoire galopante de Zatopek et, comme ça en passant, l'Histoire d'un demi-siècle qui courait follement lui aussi.
Cette fois Échenoz remonte un peu plus loin, au soir d'un autre siècle finissant, pour nous faire partager la pseudo-biographie de Nikola Tesla (qu'il appelle Gregor dans son roman), ce serbe qui finira américain après avoir inventé un truc, finalement assez utile, l'électricité.
Après la course de Zatopek, finalement rattrapé par son siècle, l'histoire de Tesla ne pouvait que nous taper dans l'œil, ne serait-ce qu'en référence au film Le prestige où apparaissait David Bowie dans le rôle de ... Nikola Tesla himself. Un savant fou, façon Dr. Frankenstein de l'électricité, courant après les pigeons.
Un portrait finalement assez proche de celui que brosse ici Échenoz.
Un surdoué des ondes électriques, un peu branque, franchement asocial, obnubilé par les oiseaux en général et les pigeons en particulier (et pas du tout par les femmes), qui inventera tout plein de choses et s'en fera piquer tout autant par les rusés affairistes que seront Edison, Marconi ou Westinghouse. Tesla avait la bosse des maths mais pas celle des affaires.
[...] Je sais bien que Gregor est antipathique, désagréable au point de laisser penser qu'il n'a que ce qu'il mérite, mais quand même. Le voici sans un sou et menacé de prison juste au moment où Edison, Westinghouse, Marconi et les autres, profitant de ses idées acquises à bas prix sinon carrément volées, s'épanouissent en affaires et se font un maximum d'argent. Non seulement lessivé, il voit bien amèrement que nombre d'entreprises, ne vivant que sur ses propres inventions, du courant alternatif à la T.S.F. en passant par les rayons X, se développent avec profit sans qu'il recueille l'ombre d'un dollar.
La guerre entre Edison, chaud partisan du courant continu, et Westinghouse fervent adepte du courant alternatif, décrite et mise en scène par Échenoz vaut son pesant de volts. Au passage l'un deux inventera la chaise électrique ...
Tesla joue plutôt les électrons libres entre les deux et finira par faire la fortune de Westinghouse : ce sera donc le courant alternatif !
Tout cela est plein d'humour, plein d'intérêt pour ce monde à mi-chemin entre science et industrie et l'écriture d'Échenoz est toujours aussi impeccable et lumineuse.
L'histoire de Tesla n'a peut-être pas la foulée épique et le souffle Historique de celle de Zatopek(1) mais nous tenons là un deuxième épisode(2) qui ne demande qu'à tomber entre vos mains.
(1) : ceux qui découvrent Échenoz commenceront donc par courir après Zatopek
(2) : en fait, le troisième : Échenoz a également écrit une pseudo-biographie de Ravel

Pour celles et ceux qui aiment les docteurs frankensteins.
Les éditions de minuit éditent ces 175 pages qui datent de 2010.
Les Éditions de minuit proposent intelligemment de découvrir en ligne les premières pages du roman : c'est ici.
Une bio d'Échenoz. Vincent en parle.

samedi 4 décembre 2010

Miousik : Sara Schiralli

From Rome to London.


Un peu à l'instar de l'islandaise Emiliana Torrini, voici une autre italienne qui cache bien son jeu et son accent derrière un patronyme aux consonnances très italiennes, voici donc Sara Schiralli from London.
Je crois que c'est à Froggy's (ou à Radio Nova) que l'on doit cette bien agréable découverte.
L'album est varié : depuis les tendres (et très beaux) Stolen ou So Raw, au très enjoué Don't miss what you never had, y'en a pour tous les goûts et presque rien à jeter (c'est plutôt rare).
Petits frissons aux accents de ces So raw ou Stolen ...
Saluons également au passage le site officiel de la dame avec les paroles de ses chansons ! Enfin ...

Pour celles et ceux qui aiment la pop-folk.

mercredi 1 décembre 2010

Bouquin : Un employé modèle

Serial killer, down under.


Bien évidemment on ne pouvait pas résister à l'envie d'épingler un petit coeur dans un endroit insolite de notre carte du monde des polars : tout là-bas, down under, en Nouvelle-Zélande.
[...] La Nouvelle-Zélande est connue pour sa tranquilité, ses moutons et ses hobbits. Christchurch est connue pour ses jardins et sa violence.
C'est donc désormais chose faite grâce à Paul Cleave et son Employé modèle.
Et ça démarre très très fort : on vous livre ici les deux pages du premier chapitre qui valent leur pesant de kiwis.
Entrez, entrez, mesdames et messieurs, amateurs de serial killers, trucidages tordus,  meurtres en série et autres charcutages délirants, entrez, entrez et vous serez servis !
Mais tenez vous bien : vous n'aurez pas affaire à 1 serial killer mais à 2 ou 3 ! et tant qu'à faire, ce sera même l'un d'eux qui mènera l'enquête et pas la police de Christchurch, complètement dépassée par les événements et l'imagination foisonnante de Paul Cleave !
Joe, le technicien de surface du commissariat principal de Christchurch se fait passer à longueur de journée de bureau pour le débile attardé qu'il n'est pas et pendant ses heures de loisirs, il se livre à son hobby préféré : tueur en série.
Pas par pulsions meurtrière ou sexuelle, non. C'est son hobby, tout simplement (vous aussi, je suis sûr que vous avez un hobby, vous comprendrez) :
[...] Je ne souffre pas de compulsion à tuer tout le temps. Je ne suis pas un animal. [...] Je ne suis qu'un type normal. Un Joe moyen. Avec un hobby.
Et puis il a des circonstances atténuantes : il est bien esseulé et ses deux seuls amis sont ses poissons rouges, Cornichon et Jehovah.
Et puis une maman tyrannique qui n'a qu'une obsession : que son fils adoré ne devienne surtout pas gay et continue à venir manger chez elle son fameux pain de viande.
On ne vous en dit pas plus mais bien sûr, il n'y a rien de bien sérieux là-dedans : c'est pas pour rien que les Néo-Zed ont la tête en bas, et l'auteur lorgne plutôt du côté de Donald Westlake.
Malheureusement, après le démarrage en fanfare lu plus haut, le bouquin souffre de nombreuses longueurs pas toujours très utiles et Paul Cleave s'attarde un peu en route. Dommage qu'il n'ait pas su trouver ou garder le rythme infernal qui aurait convenu à son polar délirant. Une prochaine fois peut-être : c'est son premier roman.
Ah, j'allais oublier un avis important aux lecteurs (pas aux lectrices, ce passage a beaucoup fait rigoler MAM, mais moi pas du tout, mais alors pas du tout, y'a des “choses” pour lesquelles je n'ai aucun humour, aucun) : messieurs donc, vous lirez rapidement et en diagonale le chapitre 25 (l'horreur) et les deux ou trois suivants (les soins). En tout cas, arrangez-vous pour ne pas finir la soirée sur ces chapitres : vous ne pourriez pas vous endormir avant au moins la page 270, le temps que la douleur, même imaginée, s'estompe, croyez-moi ...
Ceci dit, reconnaissons à Paul Cleave d'avoir su trouver comment faire parler de lui de l'autre côté de la planète !

Pour celles qui aiment les serial killers (quant à “ceux” : ils auront été prévenus !). 
C'est Sonatine qui édite ces 422 pages parues en 2006 en VO et qui sont traduites de l'anglais par le courageux Benjamin Legrand (et oui, il a dû traduire une à une et mot à mot toutes les pages des chapitres 25, 26, 27, ...). 
Pimprenelle et Marguerite sont (un peu trop) enthousiastes, Pierre est plus mesuré, mais c'est un homme, il a souffert pendant plusieurs chapitres tout comme moi.

lundi 29 novembre 2010

Miousik : Belle & Sebastian

From Glasgow.

Il y en a qui ont vraiment un don pour se choisir des noms ...
Après l'insipide The National qui cachait bien son jeu au fin fond de l'Ohio, voici Belle & Sebastian venus de Glasgow.
Jusqu'ici on fuyait leurs pochettes au pseudo qui fleurait bon la Star'Ac.
Mais voilà, il ne faut pas se fier aux apparences et c'est le nom d'Isobel Campbell (croisée récemment) qui nous aura introduit chez ces écossais qui revendiquent la référence au bon vieux feuilleton de notre enfance, ... oui parce que, c'est le comble, il s'agit bel et bien du Belle et Sébastien de Cécile Aubry !
Malheureusement la Belle a quitté le Sébastien et rares sont les chansons avec la douce Isobel Campbell (comme sur le très beau et très mélancolique Nothing in the silence) qui a quitté trop tôt le groupe après s'être séparée de son leader Stuart Murdoch.
Depuis, Sarah Martin a pris le relais.
On aime moins la “remplaçante” mais les mélodies, les arrangements et la voix de Stuart Murdoch sont toujours là : comment ne pas craquer pour Lord Anthony par exemple ?
Un petit parfum de pop désuète(1), du charme, beaucoup de douceur et de l'humour (oillez oillez l'ambiance bal du samedi soir de Meat & Potatoes !). De jolies mélodies pour une pop fraîche et sans prétention, souvent pimpante comme les trompettes de Dress up in you ou les guitares d'Another sunny day.
Les arrangements de Belle & Sebastian sont riches et judicieux laissant toujours la part belle aux voix : leur musique, c'est des chansons faites pour être chantées.
Quelques paroles de Nothing in the silence :

But in silence there is truth
There is beauty, there is love
There is nothing in the silence
To be frightened of
...
She talks of clarity and silence
Of beauty and of truth
But search her heart for evidence,
Search her soul for proof
Take a look behind her eyes / And you will see
That she knows nothing of silence
Silence can only come from me.

(1) : MAM moins nostalgique, trouve cela, je cite : “un peu cucul” ... Mince, je n'aurais pas dû lui dire le nom du groupe avant.


Pour celles et ceux qui aiment la pop et les kilts écossais.

jeudi 25 novembre 2010

Cinoche : The social network

Selection network.

Il aura fallu que MAM traîne BMR par les oreilles pour qu'on soit de justesse parmi les derniers à aller voir Social Network au cinoche.
Pourtant on est plutôt branché aïl tek, alors pourquoi on n'était pas attiré par Fesse de Bouc ?
Pourtant le nom du réalisateur David Fincher aurait dû nous allécher (on lui doit notamment : Zodiac et Benjamin Button).
Surtout que finalement, comme le disait déjà la plupart des critiques, le film s'avère plutôt bien ficelé et suffisamment “compliqué” pour stimuler un spectateur déjà au courant de tout, même sans profil sur FB dot com.
Un spectateur plongé en plein cœur de deux procès simultanés de Mark Zuckerberg avec ses anciens amis devenus ses nouveaux ennemis : des collègues étudiants à qui il a “emprunté” l'idée du trombinoscope pour la mettre en pratique plus vite qu'eux, et un autre ami étudiant à qui il a emprunté la mise initiale de mille dollars qui fera de lui le plus jeune milliardaire de la planète. Mais cet “ami” étudiant, lui, ne sera pas milliardaire.
Deux procès agrémentés de longs flash-backs sur le départ de cette success story, pour nous dresser un portrait peu reluisant de l'arrogant et asocial(1) Mark Zuckerberg, surdoué de l'informatique, roi du script et finalement prince des affaires. Ok, on a compris que Zuckerberg n'est pas sympa, qu'il est imbuvable, qu'il a piqué l'idée, qu'il a pas rendu le fric, qu'il vaut mieux ne pas l'avoir comme ami même sur Facebook, et tout et tout.
Mais justement, tout l'intérêt du film n'est pas ce portrait de Zuckerberg: la clé, c'est bien le portrait de ce monde étudiant et de ce monde des affaires qui ont porté aux sommets la réussite sociale de Mr. Facebook.
Car les flash-backs émaillant les minutes des procès nous plongent en plein Moyen-Âge ... plus précisément en 2004, dans les Universités américaines (Harvard entre autres) gangrenées par les clubs, les bizutages, les confréries, les alpha kappa etc.(2)
Ce n'est pas tant par dépit amoureux(3) que plutôt par envie de réussir et jalousie de ne pas être coopté dans un de ces clubs à réseau très fermés, que Mark Zuckerberg se vengera en réalisant Facebook.
Ce réseau social si prisé des jeunes n'est donc pas né d'un hacker fou bricolant dans son garage mais d'un fils à papa jaloux d'autres fils à papa sur un campus de fils à papa, qui tous ne rêvent que de décrocher le jackpot, à commencer par une bonne planque dans une boîte de l'un des papas. Ces universités américaines n'ont d'université que le nom et ressemblent beaucoup plus à nos grandes écoles élitistes qu'au mirage égalitaire et démocratique de nos universités européennes.
Le terreau sur lequel Facebook a fleuri ne sent pas bien bon ...
Et c'est finalement tout le mérite de ce film que de décortiquer soigneusement et froidement ce process(4)
Sous des apparences trompeuses de success story branchée, David Fincher nous dresse un portrait édifiant [d'une partie] de notre jeunesse moderne.

(1) : un comble pour le fondateur du plus grand réseau social, même virtuel ...
(2) : oui, oui, comme un Harry Potter pour adultes, y'a même une formule magique !
(3) : la légende et le film nous raconte que sa petite amie l'a plaqué et que donc il se venge sur son blog et en créant un site de “chalenge” entre les filles du campus, na !
(4) : pour parler comme un fils à papa !



Pour celles et ceux qui aiment comprendre.
Nico en parle (longuement). Critikat est plus sévère (comme d'hab !).

lundi 22 novembre 2010

Cinoche : Red

Chauve qui peut.

Si vous en avez marre de la grisaille automnale et bientôt hivernale ...
Si vous avez envie de voir Hélène Mirren en robe de soirée, rangers aux pieds, zigouiller les méchants à coup de mitrailleuse trois fois plus lourde qu'elle ...
Si vous avez envie de voir John Malkovich faire peur à tout le monde, même à ses potes, en roulant des yeux paranos shootés au LSD ...
Si vous avez envie de voir Bruce Willis dégoulinant d'amour et dévorant des romans à l'eau de rose façon harlequin ...
Si vous avez envie d'écouter une bande son qui déménage autant que les acteurs ...
Si vous avez envie de rire, mais pas comme ah ah ah ... non plutôt comme ho, hoo, hooo(1) ...
Alors vous êtes mûrs pour tomber RED devant Mamy et ses Papys qui font de la résistance.
C'est même pas vraiment la peine qu'on vous raconte l'histoire (ah, bon y'en avait une ? on s'en fout, on est venus pour déconner) : Bruce Willis et quelques potes sont à la retraite après des années de bons et loyaux services à l'Oncle Sam dans les rangs des durs de la CIA. Ils coulent désormais des jours paisibles dans leur home(2), leur maison de retraite ou de délicieux cottages(3).
http://carnot69.free.fr/images/tueur.gifMais voilà-t-y pas que l'ancienne maison mère revient leur chercher des poux pour se débarrasser de témoins gênants d'exactions commises bien des années plus tôt ?
Mais là, faut pas chatouiller Papy, les compères se rebiffent et ne vont pas s'en laisser conter. C'est plutôt eux qui vont compter : les cadavres sur le carreau, car bien sûr on va dézinguer à tout va. Et on ne manquera aucun des clichés du genre : la cache d'armes, les archives secrètes(4), le gars planqué dans les poubelles de l'hôtel, l'attentat du Président, les poursuites en bagnole, le hors-bord et même la fausse alerte incendie et la fuite, déguisé en pompier, ... tout y est. Forcément on est dans un roman pour midinettes amoureuses d'espions.
Et nous voici guidés dans ce film(5) par une midinette qui tombe RED amoureuse de Bruce Willis et qui, tout comme nous, reste bouche bée, accrochée à son Bruce, les yeux pétillant, devant tout ce déballage de pétarades de Noël.
Rien de sérieux dans tout cela : ni acteurs, ni scénario, ni spectateurs, ...
Et même si le film aurait gagné à être un peu plus rapide et encore plus déjanté, c'est une heure et quelque de bonne rigolade.
Allez, bons baisers de Moldavie !

(1) - oui pas : ah ah ah qu'est-ce que c'est drôle,
non, plutôt : ho, hoo, hooo, c'est pas vrai, ils sont trop cons, ils ont osé ! et qu'est-ce que c'est drôle (oui, ça on peut le dire aussi)
(2) - ah ! impayable séquence d'ouverture où Bruce Willis décore sa maison de pères noëls électriques ... qui ne tiendront pas cinq minutes à l'écran avant de vite se faire zigouiller !
(3) - ah ! impayable Lady Mirren taillant ses roses, un gros magnum planqué sous le tablier de jardinage !
(4) - ah ! impayable come-back d'Ernest Borgnine !
(5) - un peu comme Ellen Page guidait le spectateur dans Inception, mais ici, c'est pas parce que l'histoire est compliquée (!), ce serait plutôt pour maintenir la distance nécessaire au second degré et à l'invraisemblance de ces héneaurmes péripéties !



Pour celles et ceux qui aiment les espions, même à la retraite.
Pascale en parle.

Miousik : Nouvelle Vague (3)

Ressac.

Et revoici les deux compères Marc Collin et Olivier Libaux pour une ... Nouvelle Vague, une de plus.
Leur concept est connu (et nous plaît bien) : remixer quelques vieux tubes des années passées, le plus souvent façon bossa nova(1), prendre quelques belles et douces voix très actuelles, le plus souvent féminines, agiter un peu mais pas trop et servir frais et sans prétention.
À chaque album il faut quand même faire preuve de création et renouveler un peu le coquetèle.
La dernière fois ce fut en mettant des duos en musique : la douce voix d'une très actuelle chanteuse franco-française et celle, plus masculine, plus mûre, de l'original (façon Mélanie Pain et Martin Gore par exemple).
Cette fois ce sera en quittant le registre anglo-saxon pour le franco-français.
Et nous voici donc avec l'Aventurier (oui, celui d'Indochine !) chanté par un agréable duo : Helena Nogerra et Louis Ronan Choisy. Ou encore un très très réussi Marcia Baila où Adrienne Pauly emprunte temporairement (mais avec bonheur) le micro de Catherine Ringer. On peut citer aussi l'apparition de Vanessa Paradis le temps d'un Week-end à Rome selon Etienne Daho.
Autre adaptation intéressante : une Mala Vida avec Olivia Ruiz. Même si cela s'avère un peu décevant : non pas que le morceau ne s'écoute avec plaisir, bien au contraire, mais l'original de la Mano Negra est encore trop récent dans nos oreilles et il s'en dégage encore une énergie que l'on ne retrouve bien sûr plus ici.
Agréable surprise également, un Où veux-tu que j'regarde de Noir Désir par Émilie Loizeau (reprise pleine d'attente contenue qui, cette fois, vaut très très largement l'original et où l'oiseau Émilie est fort bien dirigée par les deux compères).
Oh mais rappelle toi Barbara
Que tu n't'appelles pas comme ça
Ça peut servir / Pour les souvenirs
Oh mais elle veut pas qu'on la touche
Elle veut même pas qu'on la voie
Mais y'a que toi là !
Où veux-tu qu'je r'garde ?
L'album est inégal (tout comme les précédents) mais recèle (tout comme les précédents) quelques pépites que chacun sélectionnera selon ses goûts et ses couleurs, c'est fait pour.
Avec constance et régularité, les deux compères de Nouvelle Vague nous compilent une belle petite discothèque.
Tout cela (album récent comme précédents) à écouter sur notre playliste deezer qui vous met en regard les originaux et les reprises de Nouvelle Vague(2).
Bon très clairement et c'est pas pour faire genre moderne, mais on préfère de très loin les reprises NV et c'est comme une seconde jeunesse offerte à des chansons que, sinon, il ne nous viendrait pas à l'idée d'encore écouter aujourd'hui.
(1) : d'où leur marque de fabrique, Nouvelle Vague
(2) : de rien, je sais c'est du boulot mais ça m'a fait plaisir.

Pour celles et ceux qui aiment les remakes.
Le site officiel.

vendredi 19 novembre 2010

Bouquin : Les évadés de Santiago

La grande évasion.

Avec Les évadés de Santiago, la journaliste Anne Proenza (journaliste à Courrier International, notre hebdo préféré) et le chilien Teo Saavedra nous racontent l'évasion spectaculaire d'une cinquantaine de prisonniers politiques de la prison centrale de Santiago du Chili.
C'était le 29 janvier 1990. Le Chili s'acheminait très lentement sur la voie de la démocratie, Pinochet n'était plus chef de l'état mais restait toujours aux commandes de l'armée et tirait encore les ficelles du pays.
Pour l'essentiel, les prisonniers venaient du Frente Patriotico (“Le Front”), le bras armé du Parti Communiste aux heures les plus sombres de la dictature. Certains d'entre eux avaient été capturés après l'attentat manqué contre Pinochet(1).
Même si l'on en connaît la fin, le bouquin est agencé comme un véritable polar, et même un double suspense.
Les chapitres alternent entre, d'un côté, les longs préparatifs de l'évasion(2) :
[...] - J'ai un plan. Un tunnel. Nous sommes à trente mètres de la rue, nous pouvons avancer d'un mètre et demi par jour. Si nous sommes six personnes à travailler, en un an, au pire en deux, nous sommes sortis.
et de l'autre côté, à rebours, les progrès de l'enquête du juge chargé, après les événements, de tirer au clair cette affaire et les éventuelles complicités dont auraient pu bénéficier les “terroristes” évadés :
[...]  « Nous allons marcher sur des oeufs pourris, monsieur le juge », ne put s'empêcher de murmurer le secrétaire d'Amaya , d'habitude plus réservé, après avoir lu le document officiel définissant leurs nouvelles responsabilités.
Cette construction mêle habilement les événements, les points de vue, tout en ménageant suspense et intérêt.
Ce livre est aussi l'occasion de voir ou réviser notre histoire contemporaine du Chili, de vivre ou revivre ces événements qui auront marqué beaucoup de français (les liens étaient étroits entre nos deux pays).
De découvrir ou re-découvrir certains aspects de la dictature “du Vieux” et de réaliser que, bien avant que la Grèce ne devienne le terrain de jeux de la banque Goldman Sachs, le Chili avait déjà servi de laboratoire d'expérience aux économistes ultra-libéraux : c'étaient l'époque des Chicago Boys de Milton Friedman.
Mais surtout, ce bouquin détaille le quotidien des prisonniers politiques : même mêlés aux détenus de droit commun, ils refusent leur situation et leur statut.
 
Ils ne sont pas là pour  “purger une peine” mais revendiquent d'être toujours en lutte contre le pouvoir et l'oppression, même depuis leur cellule.
Ils refusent la discipline carcérale, ils réclament (et obtiennent !) leurs droits à force de grèves de la faim.
Et bien sûr ils préparent leur évasion, réalisant en cela leur devoir de militants, prêts à reprendre la lutte.
Impressionnante (vraiment impressionnante) est la force collective de ces hommes torturés(3), brimés, bafoués, emprisonnés, qui passeront outre les peurs, les egos et les querelles de chapelle.
Une belle leçon d'histoire, d'engagement politique et de courage collectif.
Plus de vingt ans après, le contexte politique a beaucoup changé, c'est le moins qu'on puisse dire, mais comme ce récit est tout sauf un plaidoyer nostalgique à la gloire des valeureux militants, on tient là un très bon roman.
Une lecture qui nous fait paraître plus intelligent.
_______________________________
(1) : le 7 septembre 1986, le lance-roquettes embusqué aura le temps de tirer deux charges. Deux voitures seront pulvérisées. Pinochet se trouvait dans la troisième ...
(2) : les prisonniers mettront un an et demi à creuser leur tunnel !
(3) : le livre a su trouvé le juste chemin pour évoquer le chapitre de la torture sans aucun voyeurisme complaisant, faisant sans doute écho à la pudeur qui empêche ces hommes de trop parler des moments inhumains vécus ainsi.

Pour celles et ceux qui aiment les évasions. 
Le Seuil édite ces 300 pages parues en 2010. 
Une interview de Teo Saavedra.

mardi 16 novembre 2010

Cinoche : Potiche

Ozon le gang des potiches.

Lorsque les archéologues creusent très profond ils découvrent généralement des amphores.
François Ozon s'est contenté de fouiller pas très loin, disons trente ou quarante ans seulement (même si ça peut faire beaucoup pour les gamins de moins de cinquante ans qui nous lisent), et nous remonte de notre passé récent une Potiche.
Une superbe potiche. Son film est un régal. Tout simplement.
http://carnot69.free.fr/images/coeur.gifDès le générique (lettrage baba cool, vignettes multiples sur l'écran, musique des années 70), le ton est donné : ce sera d'un ringardisme troublant et d'une drôlerie kitchissime.
Et dès le générique, Catherine Deneuve confirme qu'elle est bien une grande actrice : à 67 ans, elle ne doute [plus] de rien et ose trottiner en jogging en s'extasiant niaisement devant les mignons écureuils de son jardin ou en rimant bêtement des petits poèmes. La potiche incarnée. Sauf qu'elle tient ce rôle difficile et casse-gueule sans aucune fausse note : elle est magistrale.
La Deneuve décoiffe, même si elle passe son temps à vérifier son brushing (pardon, à cette époque on devait dire : sa permanente).
Madame est donc une bourgeoise de province (bienvenue chez les ch'tis en 1977), héritière de l'usine de parapluies(1) de papa dont les commandes ont été confiées à Monsieur.
Mais en 1977 tout fout le camp, c'est la crise, les syndicats revendiquent, les ouvriers ne veulent plus travailler plus pour gagner plus(2), ... Monsieur a une attaque et Madame qui faisait tapisserie doit laisser sa broderie et occuper le fauteuil dictatorial directorial pour négocier avec les employés.
La potiche se révélera finalement moins cruche (je cite encore) qu'on ne le pensait ... mais on ne vous racontera pas la suite de cette satire sociale d'un passé étrangement actuel.
On garde le sourire coincé jusqu'aux oreilles du début à la fin, au risque de la crampe, tant le film est délicieux : par son kitsch délibérément assumé, par un second degré légèrement moqueur, par ses délires parfaitement maîtrisés (ah, les flash-backs sur la vie amoureuse de la jeune Mademoiselle Michonneau ou encore l'envolée lyrique finale qui donne envie de chantonner en tapant dans ses mains) et enfin par son casting impeccable.
Jérémie Rénier, déguisé en Claude François(3) durant tout le film, incarne le fils à papa (mais surtout à maman).
Fabrice Luchini est Monsieur et deviendra ensuite le simple mari de Madame.
Judith Godrèche joue les filles à papa, plus vraie que les vraies.
Karin Viard est la secrétaire modèle dont l'une des spécialités est le bouillon de poule (on vous laisse deviner l'autre spécialité).
Gérard Depardieu est le député-maire socialo-communiste et ses pas de deux avec la bourgeoise Catherine Deneuve rappellent parfois les péripéties de Peppone et Don Camillo .
Fort étonnamment (et fort heureusement) le film ne tombe pas dans le travers franco-français des numéros d'acteurs : tout ce petit monde est parfaitement maîtrisé (si, si, même Luchini et Depardieu, bravo Monsieur Ozon) et judicieusement éclipsé par une Catherine Deneuve en grande grande forme.
Un fin équilibre justement trouvé entre la critique sociale et la comédie de mœurs, l'humour en prime.
Le propos n'est pas vraiment édulcoré et reste assez rude et vachard : rien moins que la place de la femme dans la société française de 1977. Une époque où ces dames découvraient tout juste la pilule(4), la dépénalisation de l'avortement(5), le droit au travail(6), la libre gestion de leurs biens(7), etc ...(8)
C'était il y a trente ans seulement ... et cette perspective peut donner lieu à dérision tout autant qu'à réflexion.
C'est toute la réussite de ce film que de nous faire sourire (et souvent rire) mais tout autant gamberger.
Avec l'avantage de plaire aussi bien aux plus jeunes qu'aux quinquas qui à l'époque, tout comme les gamins dans le film, barbouillaient des moustaches à Giscard sur les affiches électorales.

(1) : après ceux de Cherbourg en 1964, voici ceux de Sainte-Gudule, décidément les parapluies réussissent bien à Catherine Deneuve ...
(2) : je ne fais que citer, cette réplique est dans le film, comme d'autres dérapages célèbres du petit mari de notre grande chanteuse, qui feront rire toute la salle !
(3) : il est même question d'un accident de sèche-cheveux !
(4) : pilule et stérilet ne seront remboursés par la Sécu qu'à compter de 1974
(5) : la loi de Simone Veil ne sera votée qu'en 1975, l'IVG ne sera remboursée qu'à partir de 1982
(6) : les femmes attendront la loi de 1965 pour pouvoir travailler librement sans l'accord de leur mari
(7) : c'est également la loi de 1965 qui dispensera les femmes de l'autorisation de leur mari pour ouvrir un compte bancaire mais il faudra encore attendre ... 1985, pour atteindre la réelle égalité dans la gestion des biens de la famille
(8) : à la sortie du ciné, réflexion ô combien fine et pertinente de BMR, bien dans son style éclairé : ok, ok, mais avec toutes ces “avancées”, peut-on vraiment dire qu'aujourd'hui le monde va mieux ? c'est pas évident ...


Pour celles et ceux qui aiment les parapluies, Catherine Deneuve et les chansons de Jean Ferrat.
Critikat, Kathel et Pascale en parlent.
Le site du planning familial.

Cinoche : L’homme qui voulait vivre sa vie

Le choix de Romain.

Avec cet Homme qui voulait vivre sa vie, vous aurez droit pour un seul ticket ciné, à au moins trois ou quatre films dans la même séance(1).
Une première partie très bobo parisien, histoire de couple, couple de riches, riches du Vésinet, pas vraiment sympas, mais c'est justement le point de départ du film : Romain Duris a tout pour être heureux, beau métier d'avocat, belle femme, encore plus belle maison, beaux enfants(2) avec nounou, et même le capital d'une entreprise qui va lui tomber tout cuit dans le bec. Mais justement, il n'est pas heureux. Son hobby c'était la photo. Il n'a pas choisi sa vie, une vie de gosse de riche gâté, mais il a pas pu choisir. C'est pas de bol.
Une seconde partie presque polar : le même Romain Duris tue par accident l'amant de sa femme(3) - c'est encore pas de bol - et va entreprendre d'effacer méticuleusement les traces, de brouiller soigneusement les pistes et d'abandonner courageusement son passé derrière lui(4).
Une troisième partie presque road movie où le toujours même Romain Duris prend la tangente jusqu'au fin fond des Balkans, quelque part dans un trou perdu de l'ex-Yougoslavie. Il s'y planque et se remet au Nikon avec succès.
Trop de succès : on risque de retrouver sa trace - c'est re-pas de bol - et la dernière partie fait dans le film social quand le encore et toujours même Romain Duris fraye avec des clandestins en fuite sur un cargo.
Voilà, tout ça pour un seul ticket ciné. Ça vaut quand même le coup.
Sauf que y'a que la fuite dans les Balkans qui méritait un film : c'est la meilleure partie, heureusement la plus longue.
On serait bien restés une heure de plus au bord de l'Adriatique à photographier les dockers, à savourer les répliques de Niels Arestrup et à profiter des beaux paysages et du sourire rayonnant de la yougo de service(5).
Bon à vrai dire, si BMR bougonne, c'est parce que y'en a que pour Romain Duris et pas assez pour Marina Foïs(6) : un comble puisque c'est son mari, Éric Lartigau, qui tient la caméra ! Heureusement on l'entend plusieurs fois au téléphone(6), ça sauve le film. Mais ça déconcentre BMR : même que c'est MAM qui a dû lui expliquer la morale de la fin, une vie pour une vie, on est quitte, bon vent Romain.
Bon tout ça, c'est bien trop méchant et ça se laisse regarder. Surtout le passage dans les Balkans, mais ça vous aviez compris.

(1) : sans compter en prime l'adaptation des 500 fameuses pages du fameux roman du fameux Douglas Kennedy
(2) : bon d'accord, le dernier-né pleure sans arrêt et ne fait pas ses nuits
(3) : ben oui, dans ces milieux-là ça arrive souvent
(4) : même si il est un peu triste quand même, la femme, la maison, tant pis, mais faut abandonner les gosses (enfin, le grand parce que le dernier-né, c'est pas grave, il pleurait tout le temps et faisait pas ses nuits)
(5) : elle est serbe et s'appelle Branka Katic, aux cédilles près
(6) : la voix la plus sexy de tout le cinéma français


Pour celles et ceux qui aiment Romain Duris (et Niels Arestrup et un peu Marina Foïs).
Lorraine, Critikat et Pascale en parlent.

dimanche 14 novembre 2010

Miousik : Sibylle Baier

From the past.

Remercions tout d'abord Utopie pour nous avoir mis sur la “piste” de cette américaine d'origine allemande : Sibylle Baier.
D'autant qu'on avait peu de chance de la découvrir par hasard : la dame n'a enregistré qu'une douzaine de chansons ... en 1970 ! Depuis, plus rien.
Et encore, l'album n'était même pas sorti alors !
C'est le fiston qui, en 2006, a entrepris de secouer la poussière des vieilles bandes et de faire la promotion de maman.
Autant dire qu'il faut savourer et déguster ces perles rares, y'en n'a pas d'autres !
http://carnot69.free.fr/images/coeur.gifMalgré la distance et le temps, ça sonne clair et juste : une voix très pure, juste accompagnée d'une subtile guitare.
Jetez donc une oreille sur ce Tonight dont on vous livre ici un large extrait ... hmmm.
Très égoïstement, on regrette un peu que la dame ait préféré sa vie privée à une carrière potentielle ...


Pour celles et ceux qui aiment les hippies.

mercredi 10 novembre 2010

Cinoche : Fair game

Not so fair …

L'histoire est connue, c'est celle de Valérie Plame, agent de la CIA dont le nom fut dévoilé dans la presse ce qui ruina sa carrière et sa vie privée. Il s'agissait d'une fuite organisée, en représailles des prises de position de son diplomate de mari.
Il avait été envoyé au Niger(1) pour vérifier les ventes d'uranium à l'Irak, mais ses conclusions furent que d'uranium en Irak, il n'y avait point.
À la veille du bombardement de Bagdad, cela ne fut guère (guerre) du goût de l'administration Bush.
Fair Game nous raconte tout cela et fort bien.
Naomi Watts et Sean Penn sont parfaits, tout entiers dévoués à leurs personnages et à la cause défendue.
Sean Penn, cela n'est guère surprenant, est particulièrement à l'aise et crédible dans un rôle taillé sur mesure.
Cette histoire et ce film sont un peu le pendant outre-Atlantique de la Green Zone de Paul Greengrass qui nous avait tenus en haleine en avril dernier.
On y retrouve même la “journaliste” Judith Miller, la honte de sa profession(2), chargée par le Département d'État des fuites organisées dans la presse avec quelques uns de ses collègues, qu'il s'agisse de “confirmer la présence” des armes de destruction massive en Irak ou de livrer au public la couverture d'une agent de la CIA(3).
Mais tout cela est désormais bien connu.
C'était bien sûr déjà le cas avec Green Zone mais Paul Greengrass avait su nous embarquer dans un thriller militaire survolté et haletant, même si l'issue en était connue.
Avec Fair Game, Doug Liman a bien du mal à décoller et le film trop sage et plutôt fade ne vaut finalement que par cette histoire, certes connue, mais qu'il est toujours bon de rappeler. Sait-on jamais, y'en a peut-être qu'avaient déjà oublié.
Au passage, on a été assez surpris des quelques images situées au Niger(4) : un pays que l'on connait un petit peu ... et que l'on ne reconnait pas du tout. C'est filmé exactement comme Bagdad : ambiance tendue, jeep zigzaguant dans les rues, musique stressante, ... on s'attend presque à voir des snipers ou des terroristes au prochain carrefour. Rien à voir avec le Niger donc. Comme quoi les images, on leur fait bien dire ce qu'on veut ... mais c'est justement le sujet du film !
(1) : dans le nord du Niger, à Arlit, où notre Cogema exploite les ressources du pays
(2) : c'est pas moi qui le dit, c'est Sean Penn dans le film. Moi, je ne fais que répéter, tout comme Madame Miller d'ailleurs.
(3) : et ça, c'est un crime aux US
(4) : sans doute pas tournées à Niamey, mais là n'est pas la question

Pour celles et ceux qui aiment Sean Penn et l'Histoire contemporaine.
Libé et Pascale en parlent.

mardi 9 novembre 2010

Miousik : Nicolas Comment

From Mâcon.

Nicolas comment ?
Oui, Nicolas Comment.
Ou l'histoire du photographe qui se met à la musique (repéré par MAM).
Il avait déjà travaillé avec Rodolphe Burger et son style s'en approche.
Il vient de confier la mise en scène de son album à Marc Collin que l'on connaît bien depuis une certaine Nouvelle Vague.
Voilà pas mal de références qui justifient le détour par le mâconnais pour découvrir cet album qui vient tout juste de sortir : Nous étions Dieux (cette chanson titre est celle qu'on préfère).
Des “textes à texte”, parfois un peu sulfureux (avec un petit parfum de gainsbarre), un phrasé ténébreux (dans la veine du strasbourgeois déjà cité plus haut), une curiosité de la nouvelle scène française.
Même si le bonhomme se dit ambitieux plutôt que prétentieux, cela sonne un peu trop sophistiqué/recherché pour notre goût et pas tout à fait aussi mélodique qu'on l'aurait aimé.
Mais à écouter tout de même : la production franco-française n'est pas si riche que l'on puisse bouder cette découverte.


Pour celles et ceux (mais surtout celles) qui aiment le côté obscur du chanteur mâle.
Libé en parle.

mercredi 3 novembre 2010

Bouquin : American Express

Nouvelles des États-Unis.

Avec James Salter on découvre un auteur états-unien bientôt centenaire et visiblement réputé. Il était temps de rattraper notre retard.
American Express est un recueil d'une douzaine de nouvelles. Un recueil plutôt égal et équilibré au point que c'est même la répétition de ces petites tranches de vie qui fait le charme insolite de ce bouquin.
Des petites tranches d'histoires qui ne semblent avoir ni début, ni fin.
Le lecteur ne semble pas avoir de prise sur ces personnages insaisissables qui entrent par une page et sortent par une autre.
L'écriture de Salter est très distanciée et excelle à décrire par le menu les petits faits insignifiants qui, au final, signifient beaucoup plus qu'ils n'y paraissent.

[...] C'était une femme qui avait un certain style de vie. Elle savait donner des dîners, s'occuper des chiens, entrer dans un restaurant. Elle avait sa façon de répondre à des invitations, de s'habiller, d'être elle-même. D'incomparables habitudes, pourrait-on dire. C'était une femme qui avait lu, joué au golf, assisté à des mariages, qui avait de jolies jambes, qui avait connu des épreuves. C'était une belle femme dont personne ne voulait plus.

Relisez-moi un peu ça : chaque mot semble avoir été pesé et soupesé, jusqu'à la chute imparable.
Allez, on s'en refait une :

[...] Sa famille mangeait en silence, quatre personnes dans la tristesse d'un cadre bourgeois, la radio était en panne, de minces tapis couvraient le sol. Quand il avait terminé, son père se râclait la gorge. La viande était meilleure la dernière fois, disait-il. La dernière fois ? s'étonnait sa femme.
- Oui, elle était meilleure, maintenait-il.
- La dernière fois, elle n'avait aucun goût.
- L'avant-dernière fois, alors, disait-il.
Puis ils retombaient dans leur mutisme.
On n'entendait plus que le bruit des fourchettes, et, parfois, celui d'un verre. Soudain, le frère se levait et quittait la pièce. Personne ne levait les yeux.

Allez, encore une toute dernière, la dernière page de la première nouvelle, sa chute, souvent citée ici ou là :

[...] Elle a de petits seins et de grands mamelons.  Et aussi, comme elle le dit elle-même, un assez gros postérieur. Son père a trois secrétaires. Hambourg est près de la mer.

Voilà : c'est le point final déroutant de la première nouvelle Am Strande von Tanger (sur la plage de Tanger), débrouillez-vous avec ça. Insaisissable je vous dis.
Une écriture (trop ?) exigeante qui nous plonge sans prévenir dans une tranche de vie où s'entremêlent les souvenirs des personnages et qui, quelques pages plus loin, nous en ressort tout estourbi.


Pour celles et ceux qui aiment les nouvelles.
Points édite ces 207 pages parues en 1988 en VO et traduites de l'anglais par Lisa Rosenbaum.

samedi 30 octobre 2010

Cinoche : Biutiful

Welcome to Barcelone.

BMR ne manquerait pas un film d'Alejandro Gonzales Inarritu (même sans son scénariste attitré qu'était jusqu'à Babel, Guillermo Arriaga) et - mais faut-il le préciser ? - MAM ne manquerait pas une apparition de Javier Bardem à l'écran.
Nous voici donc partis pour une épouvantable Barcelone, à mille lieues de celle de Woody Allen, très loin des Biutiful Pyrénées  : n'allez pas voir ce film si vous projetez une prochaine virée en Catalogne, vous changeriez illico de destination.
On a rarement vu un film aussi pessimiste et une ville aussi ... bien filmée !
Car oui, les cheminées crachent une vilaine fumée, les ruelles sont jonchées de SDF, les sous-sols emplis de sans-papiers, les rues envahies de vendeurs clandestins guettant l'arrivée de la flicaille, ... mais, paradoxe, ces terribles images des bas-fonds de Barcelone sont superbement filmées.
Et puis de certains coins de fenêtres, il paraît qu'on peut voir la pureté du bleu de la mer ...
Ou sinon rêver à la blancheur immaculée des neiges des Biutiful Pyrénées ...
Inarritu, Bardem, Barcelone, autant de bonnes raisons d'aller voir ce film.
Alors bien sûr on y retrouve les mauvais rêves d'Inarritu avec une histoire finalement assez proche de celle de Babel, même si le style en est très différent.
L'approche de la mort et le passage vers l'autre côté : Bardem arrondit ses fins de mois en venant toucher les morts lors des cérémonies funèbres et recueillir leurs après-derniers soucis, une fois qu'ils ont perdu leurs "21 grammes", apaiser leur âme, leur faciliter le chemin vers l'au-delà. Il faut régler ses affaires ici-bas si l'on veut voyager tranquille au-delà.
Au passage Bardem encaisse quelques billets des proches du mort : il ne se contente pas d'apaiser les morts mais également (et surtout) les survivants laissés en peine ici-bas.
Est-ce un don médiumnique ? Ou plutôt une gentille arnaque ? Un peu des deux vraisemblablement : Inarritu laisse planer le doute et Javier Bardem joue tout en ambiguïté.
Mais Uxbal, le personnage joué par Bardem, ferait bien de régler ses propres affaires ici-bas plutôt que s'occuper des morts des autres : on lui annonce un cancer bien avancé et une fin très prochaine.
Autre obsession d'Inarritu, le rapport au père et l'abandon par celui-ci des enfants(1).
Ici, Bardem a été “abandonné” par son propre père qui a du fuir l'Espagne franquiste. Il ne l'a pratiquement jamais connu et le retrouvera sous diverses formes dans le film.
Mais l'essentiel c'est qu'ici, Uxbal, rongé par son cancer, se prépare à abandonner ses propres enfants : une fillette de dix ans et un jeune garçon qu'il tente de protéger de leur mère instable(2)
Saluons au passage la prestation des deux gamins : dans ce monde impitoyable et hostile même aux adultes, ils jouent sans une fausse note.
Autre obsession d'Inarritu, encore, les immigrants sans-papiers(3).
Barcelone est envahie de clandestins chinois ou sénégalais : Bardem sert d'intermédiaire et on le suit quand il traficote entre maquereaux de tous bords (exploiteurs chinois, flics ripoux, entrepreneurs locaux peu scrupuleux sur la main-d'oeuvre, ...). Il tente maladroitement(4), de concilier son besoin d'enveloppes pleines de billets et sa conscience.
Après tout ça, que vous faut-il de plus ? Bardem porte tout simplement toute la misère du monde sur ses épaules.
Mais il le fait bien et ça lui a même valu un prix mérité à Cannes.
Le personnage Uxbal, rongé par son cancer, ses visions et sa culpabilité (vis à vis de son ex, de ses enfants, des sans papiers, ...) tente tant bien que mal, et plutôt mal que bien, de naviguer entre tous les écueils. Sans vraiment y arriver : Inarritu ne lui laisse guère d'échappatoire et l'on a rarement vu film aussi pessimiste.
D'autant que, si avec Babel, le côté hollywoodien (acteurs, paysages, ...) nous protégeait confortablement, ici à Barcelone, plus de faux-semblant. On peut à peine se dire que ouf, heureusement qu'Inarritu est hispanique : il aurait été capable de filmer tout ça à Paris (et l'on se doute bien que telles images sont possibles dans chacune de nos plus belles capitales occidentales).
Malgré cette noirceur, quelques très belles scènes nous laissent entrevoir un peu de magie (au moins celle du cinéaste) : le repas de famille entre Uxbal, ses enfants et la mère, un soir qu'elle était à peu près recalée (ah, manger la glace avec les doigts ...) ou encore la scène où Ige, la sénégalaise, ramène les enfants d'Uxbal de l'école (pas un mot et tant de choses sont dites ...).
Vous l'avez compris : si vous êtes en forme et avez vos 21 grammes d'âme bien accrochés, ne manquez surtout pas ce très très beau film. Mais si vous n'êtes pas dans votre assiette en ce moment ou si vous aviez idée d'aller prochainement à Barcelone, évitez peut-être cette très très sombre histoire !
Un beau film, mais une histoire pas biutiful du tout.
(1) : dans Babel, Brad Pitt essayait déjà de récupérer ses gosses ...
(2) : elle est bipolaire, pour faire (trop) court : la nouvelle étiquette des maniaco-dépressifs
(3) : comme la nounou mexicaine de Babel
(4) : le mot est faible mais je n'en dis pas plus

Pour celles et ceux qui aiment les villes et les histoires désespérantes.
Critikat et Pascale en parlent.

lundi 25 octobre 2010

Cinoche : Les petits mouchoirs


Guillaume, Marion, Benoît, François et les autres.

Sans grande conviction (mais MAM ne saurait manquer un film de ou avec Guillaume Canet), nous sommes partis en vacances dans le bassin d'Arcachon avec Guillaume et sa bande de potes, dans la vie comme à l'écran.
Et dans la vie comme à l'écran, on regarde les petits films des vacances au bord de la mer.
Et on a donc droit à tous les clichés du genre, des courses au supermarché jusqu'à la séance de guitare sur la terrasse en buvant quelques verres.
Les petits mouchoirs ce sont ceux qu'on met dans sa poche par-dessus ce qu'on veut oublier ou ce à quoi on ne veut plus penser : le pote à l'hôpital, les regrets, les vexations, les brouilles et les mesquineries, les amours perdues, les amours non dites, les amours manquées, ...
Mais le tournage des vacances de cette bande de potes ne suffit guère à faire un film de cinéma.
Et Canet essaie même de nous faire sortir nos mouchoirs avec une interminable fin mélo-pathos.
La bande est pourtant bien sympathique et réunit tout plein de bons acteurs du moment.
Et même quelques bonus comme Maxim Nucci (Yodelice) qui interprète presque intégralement une version acoustique de sa très très belle chanson, Talk to me, dont on vous livre un extrait ici.
Las, le talent de ces bons acteurs est bien souvent gâché ici. Marion Cotillard (qu'on s'attendait à voir magnifiée par la caméra de son Guillaume) passe son temps à fumer des joints, picoler et pleurnicher (ce qu'elle fait fort bien).
Cluzet fait du Cluzet, (fort bien, lui aussi). Benoit Magimel est malheureusement cantonné dans un rôle caricatural et les homos font les frais d'une bonne partie des gags du film, ça vole pas bien haut.
Seule la remarquable Valérie Bonneton(1) tire son épingle du jeu et réussit à donner à son personnage des dimensions insoupçonnées.
À part une BOF sympa(2), la seule satisfaction (mesquine) de BMR qui exècre Jean Dujardin, fut celle de voir Dujardin écrabouillé par un camion dans les premières minutes du film et finir à l'hosto. Un film avec Dujardin mais sans Dujardin, merci monsieur Canet. Oui, je sais, c'est méchant, gratuit et mesquin, mais ça fait du bien. Et puis le camion, c'était du cinéma, hein ?
Ce que BMR n'a pas du tout apprécié par contre, c'est la réflexion de MAM sur le trottoir du cinéma à la sortie : ouais, ben si tu veux savoir pourquoi tu t'es ennuyé,  t'as qu'à regarder la moyenne d'âge des acteurs et celle des spectateurs dans la salle(3). C'est sûr que ce film tu l'avais déjà vu : ça s'appelait Vincent, François, Paul et les autres mais c'était y'a trente cinq ans, mon vieux.
Pour le coup, c'est t'y pas vraiment mesquin ce genre de réflexion ?

(1) : l'épouse bio de Cluzet (dans le film comme à la ville - épouse, bio on sait pas) 
(2) : Ben Harper, Eels, Damien Rice, Janis Joplin et d'autres dont Maxim Nucci 
(3) : qui applaudissent d'ailleurs - reconnaissons à Guillaume Canet le mérite d'attirer un large public au cinoche


Pour celles et ceux qui aiment les séances photos de vacances. 
Critikat en parle.

jeudi 21 octobre 2010

Miousik : Tiken Jah Fakoly

Coup de gueule from Bamako.


BMR & MAM, deux baobab-coolIndéniablement cet été aura été africain ! voyage au pays Dogon, expo Branly, deux films (musique au Congo et guerre au Tchad) et ...
et bien c'est la troisième fois qu'on parle en ce lieu de la musique de Tiken Jah Fakoly.
http://carnot69.free.fr/images/coeur.gifUne déjà longue histoire puisque ça fait près de dix ans qu'on apprécie son reggae.
Doumbia Moussa Fakoly est d'origine ivoirienne mais se trouve désormais persona non grata dans différents pays (dont le Sénégal après sa chanson Quitte le pouvoir dont on pourra savourer une partie du texte un peu plus loin).
Depuis, il a trouvé refuge musical au Mali et c'est à Bamako que son dernier album, African Revolution, a été produit. Et lorsqu'on connaît le dynamisme musical de cette ville, c'est une très bonne chose pour nos oreilles. On s'éloigne un peu du reggae des débuts, très roots avec ses grands chœurs féminins (on aimait bien) pour gagner une orchestration très fine et riche en instruments de toute sorte, dont une basse chaleureuse, des percussions syncopées et bien sûr la traditionnelle kora mandingue. Ce renouvèlement musical rafraîchissant est bien venu.
On retrouve toujours avec plaisir quelques reggaes très musicaux et très poétiques (Marley Foly, Vieux Père, ..).
Mais ce sont bien sûr ses textes les plus décapants qui ont fait la renommée du trublion Tiken Jah.
Des textes rafraîchissants, très “basic politic”, bien éloignés de la langue de bois à laquelle nous sommes habitués.
Sors de ma télé : (nouvel album 2010 African Revolution)
Tu fais des plans sur la comète allez(1) ! On y croit, on n'y est jamais allés, on est désolés ! Sors de ma télé ...
Tu fais des gestes avec les bras, tu dis qu'un jour le peuple te comprendra, qu'il faut un chef pour montrer le chemin, que le bonheur c'est pour demain - Sors de ma télé - Tu fais des belles phrases la main sur le cœur, mais la fin de tes phrases on la connaît par cœur, on pourrait même si tu laisses ta place faire le discours à ta place - Sors de ma télé - Tu dis qu'il faut payer les dettes du FMI jusqu'au dernier centime, tu dis qu'on sera les premiers de la classe et qu'il est mort le temps de la lutte des classes - Sors de ma télé ...
Il faut se lever : (nouvel album 2010 African Revolution)
Personne ne viendra changer l'Afrique à notre place
Il faut se lever pour changer tout ça !
African revolution : (nouvel album 2010 African Revolution)
We want a revolution, young people revolution, intelligent revolution must be african education
Go to school brother and learn what they are doing, it will open your eyes ...
Sauver : (album 2004 Coup de gueule) http://carnot69.free.fr/images/tiken jah9.jpg
Venez nous sauver, ils veulent nous tuer
Lorsque les gouvernants et les rebelles se battent
Les innocents paient toujours les pots cassés
On les tue, on les viole, on les chasse et tout le monde s'en fout
On se demande souvent si l'ONU et les Droits de l'Homme existent
Parce qu'il n'y a personne pour sauver ni protéger ces innocents
Ouvrez les frontières : (album 2007 L'Africain)
Vous venez chaque année, été comme hiver, [...]
Nous sommes des milliers à vouloir comme vous venir sans rendez-vous,
Nous voulons voyager et aussi travailler ...
L'Afrique doit du fric : (album 2004 Coup de gueule)
Ainsi donc l'Afrique doit du fric ?
Quitte le pouvoir : (album 2004 Coup de gueule)
Quitte le pouvoir, je te dis quitte le pouvoir
Ça fait trop longtemps que tu nous fais perdre le temps
Depuis quarante ans tu refuses de foutre le camp
Tu pourrais avoir des emmerdes si tu nous laisses dans la merde
Oh la la, oh la la !
Pour éviter toute méprise, je tiens à avertir nos lecteurs peu avertis de la politique africaine que cette dernière chanson ne vise pas le petit mari de notre célèbre grande chanteuse Carla Bruni mais le président Me Wade du Sénégal. Mais que cela ne nous empêche pas de reprendre le refrain tous en choeur, la musique est belle !
Goûtez moi Marley Foly ou African Revolution, hmmm ....
Toutes nos chansons préférées de ses différents albums sont en écoute intégrale depuis notre playliste.
À découvrir de toute urgence si ce n'est pas déjà fait (et si c'était déjà fait : à re-découvrir de toute urgence !).
Et Tiken Jah est en tournée : le 29 novembre à Lyon, le 18 juin à Paris (POPB), etc.
http://carnot69.free.fr/images/clinoeil.gifEnfin, petit clin d'œil à la drim-tim du Mali de cet été : la photo [repiquée sur le web] de la vignette en tête du billet est celle d'un mur peint de ... Ségou, haut lieu du festival musical africain !
(1) : et oui, les textes d'apparence naïve de Tiken Jah recèlent quelques perles !

Pour celles et ceux qui aiment les coups de gueule.
Un article de France 2.






mercredi 20 octobre 2010

Bouquin : Ru

Telle mère, telle fille.

http://carnot69.free.fr/images/chinois.gifAprès vous avoir bassinés avec un été africain, on risque bien de vous imposer un automne vietnamien en prévision de notre voyage en décembre chez les Hmongs, Lô Lô et autres minorités ethniques des montagnes du nord-vietnam ... ! Allez, on commence ...
Kim Thuy est née à Saïgon pendant l'offensive du Têt. Elle quittera le Vietnam 10 ans plus tard en compagnie d'autres boat people. Depuis elle vit au Québec.
Elle a écrit Ru, son premier roman, en français.
Largement autobiographique, ce petit bouquin est comme un collage de souvenirs et d'époques : les derniers temps de l'opulence coloniale avant l'arrivée des communistes, la fuite en bateau jusqu'au Canada via les camps de réfugiés de Malaisie, la vie d'immigrante au Québec, puis ses deux enfants, son retour provisoire au pays de nombreuses années après, ... Kim Thuy entremêlent habilement de petites scènes vécues dans ces différents lieux à différents moments de sa vie. Le patchwork prend forme et se dessinent peu à peu quelques portraits : le sien bien sûr, mais également celui de sa famille, sa mère, Tante 7(1) un peu simplette ou encore l'incorrigible Oncle 2, play-boy désinvolte et charmeur ...
Bien sûr quitter le Vietnam dans ces conditions et à cette époque n'a pas été une excursion touristique : quelques scènes évoquent des souffrances et des blessures pas faciles à oublier ...
Mais l'auteure sait aussi nous faire partager quelques moments de pure poésie asiatique :
[...] J'allais au bord d'un étang à lotus en banlieue de Hanoï, où il y avait toujours deux ou trois femmes au dos arqué, aux mains tremblantes, qui, assises dans le fond d'une barque ronde, se déplaçaient sur l'eau à l'aide d'une perche pour placer des feuilles de thé à l'intérieur des fleurs de lotus ouvertes. Elles y retournaient le jour suivant pour les recueillir, une à une, avant que les pétales se fanent, après que les feuilles emprisonnées aient absorbé le parfum des pistils pendant la nuit.
Mais les plus belles pages sont celles qui évoquent son arrivée au Canada, il y a trente ans, et l'accueil que leur réservaient les québécois. Des pages à lire et relire, salutaires à notre époque où l'on se préoccupe plutôt d'élever des murs et de fermer les frontières.
[...] Ma première enseignante au Canada nous a accompagnés, les sept plus jeunes Vietnamiens du groupe, pour traverser le pont qui nous emmenait vers notre présent. Elle veillait sur notre transplantation avec la délicatesse d'une mère envers son nouveau-né prématuré. Nous étions hypnotisés par le balancement lent et rassurant de ses hanches rondes et de ses fesses bombées, pleines. Telle une maman cane, elle marchait devant nous, nous invitant à la suivre jusqu'à ce havre où nous redeviendrions des enfants, de simples enfants, entourés de couleurs, de dessins, de futilités. Je lui serai toujours reconnaissante parce qu'elle m'a donné mon premier désir d'immigrante,celui de pouvoir faire bouger le gras des fesses, comme elle. Aucun Vietnamien de notre groupe ne possédait cette opulence, cette générosité, cette nonchalance dans ses courbes.
Le bouquin est construit presque comme un journal intime, mélangeant les lieux et les époques. Intime est bien le mot : toute en pudeur, Kim Thuy essaie de se raconter.
Mais on ressort un peu frustré de ce petit bouquin avec l'impression d'avoir passé une charmante soirée avec une jeune femme asiatique agréable, à la conversation très intéressante, qui a su nous faire entrevoir plein d'épisodes de sa vie mouvementée, plein de petites choses curieuses d'autres lieux et d'autres époques et puis qui nous laisse page 143, bon, cher monsieur, il faut que j'y aille, ravie de vous avoir rencontré ...
Oui certes, mais, mais ... on aurait aimé plongé plus au cœur peut-être pas de la vraie vie de Kim Thuy, ne soyons pas indiscrets, mais au cœur d'un bon gros roman qui nous aurait emporté des heures, là-bas, autrefois.
À trop vouloir coller à sa propre réalité intime, l'auteure finit par se cacher, c'est bien naturel. D'ailleurs, elle en convient elle-même : petite, elle était l'ombre de sa cousine, plus grande, l'ombre de ses hommes ... Une histoire moins personnelle et plus romancée lui aurait permis de plus en raconter, en même temps que de mieux se cacher, ombre parmi ses personnages.
Mais ne boudons pas le plaisir à lire ces quelques belles pages, même peu nombreuses !
D'autant que deux autres livres sont en préparation : peut-être l'occasion de passer à nouveau une ou deux agréables soirées en compagnie de cette charmante dame ...
(1) : Kim Thuy nous dit qu'au Vietnam on préfère souvent les numéros (dans l'ordre des naissances) aux prénoms !

Pour celles et ceux qui aiment les immigrants.
Liana Levi éditent ces 143 pages parues en 2009.
Marie-Claire, À propos, Kathel, Jules et plein d'autres en parlent.

lundi 18 octobre 2010

Cinoche : Elle s’appelait Sarah

Le choix de Sarah.

Dans cette automne ciné poussif, il ne faudrait surtout pas manquer le film de Gilles Paquet-Brenner(1) : Elle s'appelait Sarah, l'adaptation du bouquin de Tatiana De Rosnay(2).
Mais on est fan de Kristin Scott-Thomas et elle ne nous avait pas échappé sur l'affiche.
...
Le soir du 16 juillet 42, la police française frappe à la porte de la famille Starzynski.
La petite Sarah fait le mauvais choix : pour lui éviter la rafle, elle enferme son petit frère dans un placard ...
Quelques jours plus tard, trop tard, elle réussira à s'échapper du camp de Beaune-la-Rolande, non loin d'Orléans, où furent emmenés la plupart des juifs parqués au Vel d'Hiv ...
La première partie du film, tout en bruit et fureur, reconstitue ces sombres évènements sans éviter quelques lourdeurs académiques.
http://carnot69.free.fr/images/coeur.gifMais c'est après cet exercice difficile que le film prend vraiment tout son sens et tout son intérêt en se recentrant sur notre époque et une histoire très actuelle : Kristin Scott-Thomas est une américaine qui vit à Paris, elle est journaliste, ... elle enquête sur cette Rafle du Vel d'Hiv.
Son architecte de mari retape l'appartement de son enfance dans le Marais ...
Le Marais c'était bien sûr le quartier juif en 1942. L'appartement était justement celui de la petite Sarah : les grands-parents du mari architecte avaient récupéré l'appartement en août 42 dès qu'il fut "libre" ...
La grande Histoire se mêle à la petite, le film oscille habilement entre alors et aujourd'hui, les souvenirs du passé viennent bouleverser les équilibres du présent, ... Kristin Scott-Thomas se met en quête de retrouver la trace de Sarah et de ses descendants. Le film est un peu l'histoire de cette enquête, une quête intérieure et personnelle de Kristin également.
Tous les acteurs sont admirables : comme à son habitude Kristin Scott-Thomas illumine l'écran, le rôle semble écrit pour elle. On est également ravi de revoir Michel Duchaussoy (dans le rôle du le beau-père donc contemporain que la petite Sarah) : il est remarquable. Niels Arestrup (lui aussi se faisait trop rare mais il est sur plusieurs affiches en ce moment) campe le paysan qui recueillit la jeune Sarah à l'époque : son Heil Hitler(3) fera date ! Tous les personnages sont fouillés, intéressants, et tous les acteurs sont vraiment très bons.
Une fois passé l'exercice imposé du début, le film est tout en équilibre, plein de justesse et de finesse. Aucun jugement sur des personnages complexes, ceux d'hier comme ceux d'aujourd'hui.
Même la réplique finale qui est bien sûr celle qu'on attend, sans surprise, parvient à nous émouvoir.
À l'unanimité de MAM, BMR et de notre teenageuse maison, un film très réussi sur un sujet pourtant casse-gueule : après quelques pas hésitants, le surprenant Gilles Paquet-Brenner(4) a trouvé la bonne foulée.
On y voit notamment quelques images du Mémorial de la Shoah à Paris (les premières au ciné apparemment).

(1) : dont apparemment, on a bien fait de louper les films précédents ...
(2) : bof le livre ? pas lu ici, sauf par notre teenageuse maison
(3) : lorsque les allemands viennent fourrer leur nez dans sa ferme
(4) : ce réalisateur est d'origine juive, le vieux juif à la bague empoisonné est un hommage à son grand-père


Pour celles et ceux qui aiment l'Afrique.
Critikat en parle. Une interview du réalisateur.

jeudi 14 octobre 2010

Bouquin : Du sang sur la neige

Laisse tomber la neige.

Encore un polar norvégien ? Du sang sur la neige de Levi Henriksen.
Et bien non, cette fois nous ne rangerons pas ce bouquin au rayon policiers(1).
Non pas qu'il s'agisse d'une sous-classe dévaluée, tous ceux qui viennent picorer à notre table savent à quel point on goûte la littérature dite policière, mais ce bouquin n'a vraiment rien d'un thriller et l'éditeur français a certainement voulu profiter de la vague qui nous a tous emportés.
L'ambiance de cette petite bourgade de la forêt norvégienne se situe plutôt quelque part entre la sombre Islande d'Indridason et les Chaussures italiennes de Mankell.
On a connu des références moins flatteuses !
L'écriture de Levi Henriksen (rocker norvégien de son état) n'atteint pas encore les cimes de ses illustres aînés(2) mais ce n'est là que son premier roman en français (le quatrième chez lui) et si l'on en croit cette fournée, le futur est prometteur !
Alors que se passe-t-il cet hiver-là à Skogli ?
Et bien Dan sort tout juste de prison (vieille histoire de trafic de drogue) et découvre que son frère bien aimé s'est suicidé. Ils étaient très proches, ayant perdu leurs parents trop jeunes.
La maison est vide et il n'y a pas de femme pour attendre notre Dan. Mais plutôt un flic teigneux et l'ancien complice qui lui, n'était pas allé en taule. Ça va plutôt mal. Dan tourne en rond et broie du noir.
L'autre personnage du bouquin c'est l'hiver et Henriksen est un peu au climat littéraire de la Norvège ce qu'Indridason est à celui de l'Islande : fuyez vers les tropiques, ne venez surtout pas nous voir, il fait chez nous un temps de chien !

[...] Le thermomètre affichait moins vingt quand il était parti, mais dans la forêt, au milieu des arbres, il devait faire un peu plus doux - moins quinze peut-être. Un peu plus doux qu'ils disent, les norvégiens, je retiens la formule pour février prochain !

Ou encore, un peu plus loin :

[...] Il avait oublié à quel point un hiver dans les terres pouvait être pénible, qu'il était impossible d'ignorer cette saison comme dans les villes. Il n'y avait ici aucun tram, bus ou train dans lequel monter quand les voitures ne démarraient pas. L'hiver n'était pas éclairer par l'asphalte et les immeubles, mais il vous guettait chaque matin derrière la fenêtre de la cuisine, comme un grand vide.

Oui, l'hiver habite vraiment ce roman et l'on touche d'un doigt frileux la vie quotidienne de ces peuples nordiques : chauffe-moteur, pulls, pneus neige, sauna, poêles à bois ou à mazout (y'a même des poêles dans les camions !).
Pour le reste, l'ami Dan est en pleine dérive et tente péniblement de se reconstruire et d'échapper aux souvenirs trop présents : son frère disparu il y a peu, leurs parents perdus trop tôt ...
Papa était pasteur pentecôtiste : encore un autre aspect méconnu des pays nordiques, rappelons-nous de L'horreur boréale de la finlandaise Asa Larsson.
http://carnot69.free.fr/images/coeur.gifDan croise deux autres personnages, un oncle cul de jatte et une jeune femme du pays (et oui, quand même !) et cela nous vaut quelques très belles scènes (ah, le Noël avec tonton au resto de la gare de Charlottenberg avec deux jeunes asiatiques de petite vertu) dignes des Chaussures italiennes que l'on citaient plus haut.
Un roman pas banal, attachant et un univers très personnel mais dans lequel on se laisse emporter sans difficulté (mais chaudement habillé).
Celles et ceux qui voudraient absolument goûter au polar norvégien iront plutôt du côté de chez Jo Nesbo.

(1) : il n'y a d'ailleurs pas de sang dans le titre du bouquin en VO qui pourrait se traduire par “la neige qui tombe va recouvrir celle déjà tombée” [Snø vil falle over snø som har falt]
(2) : aînés en littérature du moins, car il a pratiquement le même âge qu'Arnaldur Indridason (Mankell est plus vieux, lui !)


Pour celles et ceux qui aiment le froid et l'hiver.
Les presses de la cité éditent ces 355 pages parues en 2004 en VO et traduites du norvégien par Loup-Maëlle Besançon.
Melisender en parle.