samedi 28 novembre 2009

Bouquin : Le mec de la tombe d’à-côté

Le rat des champs et le rat de bibliothèque.

 Katarina Mazetti (malgré son patronyme aussi peu nordique que celui de la chanteuse Sophie Zelmani) est une auteure suédoise qui est un peu au royaume de Gustaf ce qu'Anna Gavalda est à notre hexagone.
Son premier roman est un succès planétaire et raconte ... l'histoire de la rencontre entre une femme et un homme.
Elle, se recueille sur la tombe de son insipide mari disparu un peu trop tôt. Lui, Le mec de la tombe d'à côté, vient fleurir la tombe de ses parents.
Elle, se trouve un peu trop jeune pour finir seule dans le veuvage parmi ses collègues bibliothécaires. Lui, exploite des vaches laitières et voudrait bien une paire de bras supplémentaire pour l'aider à la ferme.
Tout, mais vraiment tout, sépare ce rat des champs et ce rat de bibliothèque qui ne sont absolument pas faits l'un pour l'autre. Ou alors, précisément, qui sont indiscutablement faits pour se compléter et couler des jours heureux .. et agités.
Entre eux, c'est le coup de foudre, enfin à la suédoise :

[...]  Et j'étais tombé amoureux d'elle.
Ce n'était pas exactement un déclic. Plutôt comme quand je touche la clôture électrique sans faire gaffe.

Lui, n'entend rien à la poésie ni aux théories de Lacan. Elle, est de celles qui croient qu'il y a moins de travail à la ferme l'hiver pendant l'hibernation des vaches.
Lui
, s'endort en ronflant pendant l'opéra. Elle, n'est pas fichue de réussir des boulettes de viande (1).
Lorsqu'ils louent "un" film, ils prennent deux DVD : lui, Police Academy, elle, La leçon de piano, et ils dorment chacun leur tour sur le canapé pendant le film de l'autre.
Le bouquin, imprégné d'une douce ironie pleine de tendresse pour ces deux personnages, alterne ainsi les chapitres avec "lui" et avec "elle", nous faisant vivre et revivre avec beaucoup d'humour les scènes sous un jour ou un autre. Le procédé est bien un peu facile et répétitif mais réussit finalement à composer un petit bouquin sympa et léger, frais et enjoué, qui se lit avec plaisir.
Moralité sans prétention de la part de Katarina Mazetti : ouvrez les yeux sur la vraie vie et vos proches !

(1) : les filles, sachez-le, c'est la recette incontournable pour gagner le cœur d'un suédois ...


Pour celles et ceux qui aiment les amours impossibles.
Actes Sud Babel édite en poche ces 253 pages qui datent de 1998 en VO et qui sont traduites du suédois par Lena Grumbach et Catherine Marcus.
Bien entendu toute la blogoboule en parle : Papillon, Lilly, Clarabel,
D'autres avis encore, plus mitigés, sur Critiques Libres.

vendredi 27 novembre 2009

Bouquin : Le déjeuner du coroner

Crois-tu aux fantômes, camarade ?

Ah ! on avait déjà été enchanté par La dent du bouddha du même Colin Cotterill, mais voilà-t-y pas que le premier épisode, Le déjeuner du coroner, est encore mieux ?
On les a donc lus dans le désordre mais peu importe (1).
Le déjeuner du coroner met en scène ce fameux coroner laotien, le Dr. Siri Paiboun, sorte de croisement asiatique entre une Kay Scarpetta pour la profession et un Jean-Baptiste Adamsberg pour le tempérament fantasque.
On se laisse promener avec délectation dans ce Laos provincial et bonhomme de la fin des années 70, au lendemain de la révolution du Pathet Lao.
Après que japonais, français et américains ont laissé l'Asie du sud-est en chantier, le Laos se remet lentement de la tourmente même si une bonne partie de la population a fuit le pays en traversant le Mékong pour rejoindre la Thaïlande.
Sont restés ceux qui ne savaient pas nager et le tout nouveau régime communiste a bien du mal à reprendre les rênes du pouvoir ... et celles de la corruption.
[...] En fait, bien des Laotiens demeurés dans la capitale après la prise du pouvoir soutenaient le nouveau régime. On estimait qu'ils ne pouvaient pas faire pire que leurs prédécesseurs, et le peuple était écœuré et las d'être une possession coloniale. Quitte à être mal gouverné, autant l'être par d'autres laotiens.
Même si les grands frères russes, chinois et vietnamiens apportent "volontiers" aides et conseils ...
[...] On ne manquait pas de "conseillers" vietnamiens dans la capitale. Les cyniques - et Siri en était un grand devant l'Éternel - insinuaient qu'avec tous ces conseils en provenance de Hanoi, la langue officielle ne tarderait pas à devenir le vietnamien.
Le pays se reconstruit doucement : on y compte déjà 17 feux rouges (un 18ème est en discussion dans les hautes sphères du Parti où certains estiment que cette pénurie de feux tricolores ternit  l'image du pays aux yeux des étrangers), 7 avions et même 1 hélicoptère prêté à plein temps, équipage compris, par les russes pour transporter les VIP du Parti (mais qu'a donc bien pu faire l'équipage russe pour être ainsi exilé à demeure au Laos ?).
Et Siri Paiboun est donc ce vieux docteur de 72 ans que le régime a plus ou moins mis au placard dans la seule et unique morgue du pays, piètre communiste et piètre bouddhiste comme il se définit lui-même.
Il travaille avec les moyens du bord dans la petite capitale, Ventiane, de ce petit pays dévasté : par exemple il dispose de l'un des rares appareils photos et surtout de quelques plus rares encore pellicules ... qu'il doit disputer avec les infirmières plus soucieuses d'envoyer des souvenirs de leurs fêtes, anniversaires et petits-amis à leur famille restée à la campagne.
L'intrigue mêle habilement la politique (on a retrouvé des cadavres de viets qui auraient été trucidés par des laos ? de quoi attiser le feu qui couve à la frontière ...), la vie locale (encore un cadavre, celui de la femme d'un ponte du Parti) et le Dr. Siri Paiboun est fréquemment visité par les fantômes des uns et des autres qui viennent lui suggérer comment faire avancer l'enquête et gagner ainsi le repos de leur âme.
Dans notre précédent billet, on tirait un parallèle entre l'humour et l'esprit dont faisait preuve Colin Cotterill et les voyages à Bangkok de John Burdett.
Cette fois, c'est plutôt avec Fred Vargas qu'on serait tenté de relier Colin Cotterill, tant son Dr. Paiboun ressemble par certains aspects à l'inénarrable Adamsberg. Même si le contexte est bien sûr très différent (pas grand point commun entre Ventiane et Paris !) ils partagent tous deux le même esprit un peu déjanté à l'affut des connexions cachées et souterraines qui dirigent notre univers.
De plus, la même ambiance bon enfant imprègne les romans des deux auteurs qui font preuve d'une grande tendresse envers leurs personnages.
Vraiment, Colin Cotterill est pour nous cette année, l'auteur polar à découvrir.
(1) : on apprend quand même dans ce premier épisode quelques clés pour expliquer la situation du Dr. Siri Paiboun (le décès de son épouse, son anti-conformisme qui le verra relégué comme coroner, ...)

Pour celles et ceux qui aiment les esprits.
Le livre de poche édite ces 314 pages en poche qui datent de 2004 en VO et qui sont traduites de l'anglais par Valérie Malfoy.
Mika en parle, Martine, Goelen également. Dasola et Le Nocher aussi.
Les photos du Mékong de Lâm Duc Hiên sur les Grilles du Luxembourg.

jeudi 26 novembre 2009

Cinoche : Les vies privées de Pippa Lee

Portrait de femme.

Nombreuses sont les fées du show-biz qui se sont penchées sur le berceau Des vies privées de Pippa Lee.
À la caméra : Rebecca Miller (la fille d'Arthur), dans le rôle principal : la superbe Robin Wright Penn (la femme de Sean), Brad Pitt à la production (mais pas dans le film, stop les filles !), et dans d'autres rôles : Wynona Rider, Keeanu Reeves (qui sait faire autre chose que superman, si, si), Julianne Moore, Monica Bellucci, ...
Et tant qu'on est dans le casting, il faut noter l'étonnante Blake Lively qui joue le rôle de Pippa Lee jeune. Fin de la séquence pipole.
Rebecca Miller adapte ici son propre bouquin. L'histoire d'une femme à l'approche de la cinquantaine. Mariée à un homme plus âgé qu'elle.
Editeur à succès, il en est à son troisième infarctus et il emménage dans une banlieue chic du Connecticut pour vieux riches, tout près de leurs amis, histoire de lever le pied et prendre sa "retraite". Pippa Lee est aux petits soins pour lui. Ce qui lui insupporte car il a ainsi l'impression d'avoir déjà un pied dans la tombe.
De son côté, elle se voit certainement vieillir trop vite dans ce mari qui a vingt ou trente de plus qu'elle.
Pippa Lee a deux beaux enfants, une belle maison, des amis agréables, des voisins sympathiques, un riche mari intello, tout pour être ...
Pippa Lee a pourtant eu, par le passé, une vie agitée (et même plusieurs vies). Sa mère était hystérique et dépressive et se shootait à la benzédrine sous prétexte de déficit thyroïdien. C'était la belle époque des petites pilules et Pippa Lee a, en bonne fille, suivi le chemin de sa maman. Sur sa route, elle rencontre la fine fleur de la contre-culture de la côte Est ...
Le film est ainsi construit d'astucieux parallèles entre la vie maintenant rangée de Pipa Lee aux côtés de son vieillissant mari et le passé agité des artistes des années 70. La scène de la rencontre est d'ailleurs un grand moment de cinéma.
Bien sûr, Pippa Lee s'ennuie aujourd'hui. On ne vous raconte pas tout mais Pippa est tellement angoissée par le vide de son couple, de sa famille, qu'elle se met à faire des crises de somnambulisme.
Heureusement (on est au cinéma), elle finira par se réveiller.
Un film au message judicieux et salvateur : on a droit à plusieurs vies, comme les chats.
Tout le charme de ce petit film gentiment mais sereinement incorrect (un coup de cœur très personnel de BMR & MAM), c'est sa douceur et sa sensibilité sans prétentions. La justesse et la richesse de ce très beau portrait de femme porté par une actrice radieuse.
Enfin, deux actrices avec la jeune Blake Lively déjà citée.
Les critiques qu'on peut lire ici ou sont mitigées : notre coup de cœur est donc sans doute réservé à ceux de la génération de Pippa Lee qui ont eu droit à plusieurs vies ...


Pour celles et ceux qui aiment les belles femmes mûres.
Maître Ludo a bien aimé, lui aussi.
Pascale et Ingrid en parlent, Rob Gordon n'a pas trop aimé. Antigone parle du bouquin.

dimanche 22 novembre 2009

Bouquin : Électre à La Havane

Cuba libre ! (2)

Continuons la visite de Cuba avec Leonardo Padura : après Vents de carême, voici Électre à La Havane, écrit quelque temps après le précédent.
On y retrouve Mario Condé, le flic qui aurait bien voulu être écrivain et qui carbure souvent au rhum et plus rarement aux jolies filles, ainsi que son collègue Manolo.
Las, la prose verbeuse de Padura est également au rendez-vous qui confirme que cet auteur se prend malheureusement trop au sérieux, du moins à notre goût.
Le thème de ce second épisode est pourtant intéressant : si la marijuana servait de décor aux Vents de carême, cette fois Padura nous promène parmi les homosexuels et les travestis de La Havane.
On imagine aisément ce que pouvait endurer ce microcosme sous la dictature pas très éclairée du castrisme ... Cottet en parle longuement dans son billet et Padura convoque dans son bouquin tous ces intellectuels, hommes de théâtre, artistes, ... sacrifiés par la Revoluçion sur l'autel de l'homme socialiste nouveau qui n'avait rien de gay.
Le Condé qui se définit lui-même comme un hétéro macho-stalinien, se trouve donc ici confronté à d'étranges créatures, quelque part entre fascination et perversion.
À quelques semaines et quelques bouquins d'intervalle, le parallèle est alors tout trouvé entre les maricònes de Cuba et les katoeys de Thaïlande que Burdett mettait en scène dans Bangkok Psycho, à l'autre bout du monde.
Ces travestis, plus femmes que les femmes, nous rendent décidément intarissables.


Pour celles et ceux qui aiment le rhum, les cigares ... et les travestis.
Points édite ces 255 pages qui datent de 1192 en VO (parues en 2001) et qui sont traduites de l'espagnol par François Gaudry.
Cottet en parle.

samedi 21 novembre 2009

Bouquin : Vents de carême

Cuba libre !

C'est un vent étrange qui souffle entre les pages du polar cubain de Leonardo Padura.
Un vent de tristesse désabusée, de nonchalance amère.
Un vent chaud de poussière et de sable qui balaye les rues de La Havane en ce mois de mars 1989 : les Vents de carême.
Une jeune prof du lycée vient d'être assassinée, on a retrouvé de la marijuana chez elle et à Cuba on ne plaisante pas avec ces choses-là.
L'inspecteur de Padura, Mario Conde (le Comte) et son adjoint Manolo écopent de cette enquête qui s'annonce difficile et périlleuse : qui couchait avec la prof ? qui sont les gros bonnets mouillés dans cette affaire ?

[...] - Cette affaire est très bizarre, Manolo, ils mentent tous, je ne sais pas si c'est pour protéger quelqu'un ou pour se protéger eux-mêmes, ou parce qu'ils se sont habitués à mentir et que ça leur plaît.
Mario préfèrerait se saouler tranquillement au rhum avec son copain Le Flaco (le maigre), cloué dans une chaise roulante après une mauvaise balle reçue en Angola.
[...] On sentait de nouveau la présence accablante du vent torride qui ne se décidait pas à laisser en paix les dernières fleurs du printemps ni la mélancolie persistante de Mario Conde.

En chemin, Mario croise la trop belle Karina qui veut bien jouer du jazz pour lui, uniquement vêtue de son saxo.
Et c'est beaucoup, un peu trop, pour Mario, le flic qui aurait voulu devenir écrivain.

[...] - Tu es un type bizarre. Tu est triste comme la pluie et ça me plaît. J'ai l'impression que tu passes ton temps à demander pardon d'être vivant. Je ne comprends pas comment tu peux être policier.

D'habitude on aime bien les flics désabusés aux prises avec une ville qui les dévore mais la déprime un brin machiste de Mario Conde n'a pas réussi à nous accrocher cette fois-ci.
Sans doute est-ce dû à la prose un peu verbeuse et trop sérieuse de Leonardo Padura, comme ici par exemple :

[...] Depuis deux siècles, La Havane est une ville vivante, qui impose ses propres lois et choisit soigneusement ses fards pour marquer sa singularité. Pourquoi suis-je issu de cette ville, précisément de cette ville, disproportionnée et orgueilleuse ? J'essaie de comprendre ce destin inévitable, non choisi, en m'efforçant de comprendre la ville, mais La Havane m'échappe et m'étonne toujours avec ses recoins oubliés comme des photos en noir et blanc, et ma compréhension est à l'image du vieux blason de ces nobles enrichis par la mangue, l'ananas et la canne à sucre : rongée par le temps. Après tant de dévouements et de rejets, ma relation avec la ville est oblitérée par les clairs-obscurs que mes yeux y peignent, ainsi la jolie fille se transforme en prostituée féroce, l'homme furieux en assassin potentiel, le jeune homme pétulant en drogué incurable, le vieux du coin en voleur à la retraite. Tout noircit avec le temps, comme la ville où je marche entre les arcades sales, les murs écaillés etc... etc...

Même si Cuba n'est pas réputée pour sa joie de vivre sous la coupe des frères Castro, on aurait aimé un guide plus avenant pour nous promener dans les rues de La Havane où l'on n'a guère l'occasion de voyager, même en classe polar.
La suite des aventures du Condé, demain avec Électre à La Havane


Pour celles et ceux qui aiment le rhum, les cigares et le jazz.
Points édite ces 255 pages qui datent de 1192 en VO (parues en 2001) et qui sont traduites de l'espagnol par François Gaudry.
Kathel et Jean-Marc l'ont lu. D'autres avis sur Critiques Libres.

mercredi 18 novembre 2009

Bouquin : Histoire d’Usodimare

Un homme à la mer.

Il y avait bien longtemps qu'on n'avait alimenté notre rayon des opuscules minuscules.
Le gênois Ernesto Franco nous permet de relancer la tradition avec son Histoire d'Usodimare qui tient en 76 petites pages découvertes chez L'arbre à lettres.
Un récit de marin :

[...] je lui réponds, comme je le fais toujours, que ce métier n'est pas un métier moderne.

Un récit de voyage (Usodimare doit d'abord rejoindre son bateau depuis Cuba) :

[...] De décollage en décollage, les avions que doit prendre Usodimare sont des appareils de plus en plus vieux. Des Antonov, de plus en plus souvent. Il écrit qu'il a l'impression de passer imperceptiblement des mains des pilotes à celles de Dieu.

Le récit d'une fin, celle d'un bateau déglingué qu'Usodimare doit accompagner jusqu'au Bangladesh pour la ferraille.

[...] À la fin, le bateau sera à eux, mais ce ne sera plus un bateau. Ils vont le dévorer comme des fourmis pleines de rouille, sous les pluies incessantes de leur pays, du plus profond de leur désespoir. Mais ils n'auront dans leurs mains blessées qu'une montagne de fer, une baleine mécanique, une onde magnétique.

Une histoire où s'entrecroisent différents récits : quelques traces laissées par Usodimare, quelques souvenirs, l'enquête minutieuse d'un officiel de la compagnie maritime, ... une belle écriture pour un récit insolite et étrange qui semble comme flotter à la dérive, entre deux eaux, entre ciel et mer, tant est proche la fin qui s'annonce.
Usodimare est une sorte de capitaine Achab sur sa baleine mécanique, obsédé par les souvenirs de ses femmes dont l'une lui aurait laissé quelque chose sur le bateau ? Quelque chose qu'il doit découvrir avant que les ferrailleurs de Chittagong ne s'empare de sa carcasse.
Comme tout bon capitaine, Usodimare sera le dernier à quitter son navire, ou du moins ce qu'il en restera une fois échoué sur les tristes plages du Bangladesh.
Un trop minuscule opuscule que l'on a relu après quelques jours pour mieux se laisser bercer par la houle des mots d'Ernesto Franco.


Pour celles et ceux qui aiment les histoires de marins.
L'Arbre vengeur édite ces 76 pages qui datent de 2007 en VO et qui sont traduites de l'italien par Lise Chapuis.
Le breton Raphaël Gromy a réalisé quelques illustrations.
Télérama en parle.

lundi 16 novembre 2009

Cinoche : L’homme de chevet

Parfum de femme.

Le producteur Alain Monne passe derrière la caméra et adapte au cinoche un bouquin d'Éric Holder  : L'homme de chevet.
L'histoire d'une paraplégique qui embauche à son service un ancien boxeur déchu devenu alcoolique.
Un scénario qui risque de faire fuir bon nombre de spectateurs comme il a fait fuir bon nombre de producteurs (Alain Monne aura eu 13 ans pour "mûrir" son projet !).
Pourtant ce serait dommage de passer à côté de cette belle histoire pleine de tendresse.
D'abord, parce que Sophie Marceau et Christophe Lambert sont impeccables.
Ensuite, parce que le film, tout en pudeur, évite rigoureusement mélo et pathos.
Enfin, parce que c'est une très belle histoire des corps vivants : celui, brisé et inerte, de Sophie Marceau, clouée dans son lit mais qui ne demande qu'à profiter d'un rayon de soleil, d'une brise de vent ou d'un parfum. Celui, brisé et imbibé, de Christophe Lambert meurtri par la vie lui-aussi et qui ne demande qu'à redonner un sens à la sienne.
Tous deux avaient jadis un corps plein et vivant qui n'est plus.
Pour faire bonne mesure, un troisième personnage (1) donne tout son sens à ce poème : Carthagène, puisque c'est en Colombie qu'Alain Monne a choisi de planter sa caméra.
La chaleur et la moiteur tropicales, les parfums et les senteurs, la mer et le vent, la vie bouillonnante (drogue, prostitution, boxe, ...) des colombiens et la sensualité des colombiennes, ... tout cela fait écho à ce qui se passe (à ce qui passe) entre Mr. et Mme.
Une histoire d'amour sans sexe mais pleine de sensualité.
Il est également question de littérature dans ce film (forcément Madame passe son temps dans les livres) puisqu'on commence avec Bukowski et qu'on termine sur cet extrait d'un poème de Francis Ponge sur l'eau :

C’est toujours les yeux baissés que je la regarde. Comme le sol, comme une partie du sol, comme une modification du sol.
Elle est blanche et brillante, informe et fraîche, passive et obstinée dans son seul vice : la pesanteur ; disposant de moyens exceptionnels pour satisfaire ce vice : contournant, transperçant, érodant, filtrant.
A l’intérieur d’elle-même ce vice aussi joue : elle s’effondre sans cesse, renonce à chaque instant à toute forme, ne tend qu’à s’humilier, se couche à plat ventre sur le sol, quasi cadavre, comme les moines de certains ordres. Toujours plus bas, telle semble être sa devise : le contraire d’excelsior.

Étrange de constater que l'on ne retrace du film, ici, que cette puissance poétique des corps et de la vie. Alors qu'une bonne partie de l'histoire est en réalité consacrée à leurs déchéances : celle d'une belle femme riche, libre et intelligente devenue infirme et haineuse, celle d'un champion du ring déchu devenu un ivrogne des bas quartiers, sans compter le refus de Mme de se livrer en confiance à Mr.
C'est sans doute que le message du film d'Alain Monne est bien celui de la vie : sachons profiter de cet héritage et le partager.

(1) un personnage introduit par Alain Monne : l'histoire du livre se situait en France.


Pour celles et ceux qui aiment la tendresse des belles histoires.
Un film accompagné par la Fondation Groupama-Gan pour le cinéma.

Cinoche : 2012

Après eux le déluge !

Depuis une certaine Tour Infernale, BMR est plutôt bon public pour ce qui est des films catastrophes.
Alors bien sûr 2012, la cata des catas, je pouvais pas le louper ! Et je m'y suis bien amusé ! (1)
Nyah-NyahAttention : je dis presque tout ...
L'histoire d'abord (c'est tellement compliqué, faut que j'explique, c'est quand même la fin du monde) : les mayas l'avaient prévu puisque leur calendrier s'arrête en décembre 2012, alors bien sûr les frustrés de 12.1999 ou même de 09.2001 escomptent bien entendre les trompettes du jugement dernier en 12.2012.
Dans le film, les cassandres sont des scientifiques qui, dès 2010, observent une activité solaire anormale et un bombardement de neutrinos (habituellement inodores et indolores) qui réchauffent le cœur de notre planète, façon micro-ondes, ... et comme il n'y a pas de soupape ...
Alors ça pète de tout côté : tremblements de terre, éruptions volcaniques, tsunamis et raz-de-marée, dérive accélérée des continents, tout y passe !
Disons le tout de suite, c'est plutôt bien amené, bien vu et bien fait : superbes images, poursuites infernales, pièges géodiaboliques, rythme d'enfer, etc...
Sauf que c'est pas tout : puisque les scientifiques ont annoncé tout ça en 2010 (voilà ! y'en a qu'ont pas suivi, pfff) certains ont eu le temps de se préparer à sauver le monde (à commencer par eux-mêmes).
Et c'est là que passe la subliminale leçon de géopolitique de Roland Emmerich : les gouvernements du G8 (les autres peuvent crever, ils ont l'habitude) se réunissent en 2010 (sous les huées des altermondialistes) et préparent en catimini un plan secret que l'on découvre peu à peu tout au long du film. Il s'agit tout simplement de construire des arches de Noé (façon Enterprise Star Trek) dans une haute vallée du Tibet (qui sera inondée en dernier).
D'ailleurs qui d'autre que l'efficacité chinoise (je cite) pouvait venir à bout de ce projet dans des délais aussi serrés ?
Comme y'en n'aura pas pour tout le monde, on vend les places à 1 milliard d'euros (le dollar n'a plus la côte) aux milliardaires et autres mafieux russes.
Pour que le plan reste secret, il faut libérer les lieux et déplacer les indigènes et comment fait-on en Chine pour déplacer en masse les populations ? On leur annonce qu'on va construire un barrage !!! Le film est bourré d'allusions de ce genre, absolument iconoclastes, hilarantes et politiquement incorrectes !
Le président US est un vieux black qui pourrait être le père de Michelle Obama, les moines tibétains prennent le thé sur leurs montagnes en attendant zen la montée des eaux, le conservateur du Louvre (faut bien sauver La Joconde) s'explose en voiture dans le tunnel de Lady Di, ...
Quelques clins d'œil à la clientèle européenne (rappelez-vous : le G8 ...) comme par exemple le décollage poussif des héros dans un gros Antonov qui décime un monument pyramidal et élancé tout en fer : merde, c'était pas la Tour Eiffel ? Si ! Ou presque, puisque c'était ... celle qui est en face du Caesars Palace à Las Vegas !!!
Moralité (ou plutôt amoralité) du film : à la cata, survivront les états-majors du G8, quelques milliardaires et bandits, 4 tibétains plus futés que les autres et une poignée de héros (7, si j'ai bien compté). Après eux le déluge !
Seul scène morale du film que j'ai pu relever : le Pape et ses cardinaux se réfugient bêtement dans la prière à Saint-Pierre de Rome et prennent le plafond de la Chapelle Sixtine sur la tête ...
Bref, c'est pour dans trois ans : dépêchez-vous de trouver 1 milliard d'euros ou bien à défaut, l'endroit secret où nos gouvernements avisés planquent leurs navettes ! Si ça se trouve, le global warming c'est juste pour nous endormir d'ici là (2).
Tout cela est bien sûr à prendre au second degré, si, si.

(1) d'abord parce que dans la salle (comble) il fallait au moins 2 ou 3 des (jeunes) spectateurs pour faire mon âge et je parle pas de l'âge mental : portables, blabla, sms, pop-corn, blabla, bruits divers, blabla, sms, ... ont-ils eu le temps de jeter un œil sur l'écran pourtant géant ?
(2) ça c'est pas dans le film.


Pour celles et ceux qui aiment les catastrophes.
Cedric a compris mais on peut aussi trouver ça nullissime.

vendredi 13 novembre 2009

Cinoche : Micmacs à tire-larigot

Sérieux s’abstenir.

Il semble de bon ton de critiquer ça ou le dernier film de Jeunet : Mic-macs à tire-larigot.
Les marchands d'armes dont il est question (les méchants du film) ne font-ils plus recette ? Il serait pourtant bon de se rappeler que Pasqua et ses complices ne sont toujours pas derrière les barreaux et que Handicap International mobilise toujours aussi régulièrement la planète pour ériger des montagnes de chaussures (et ce sont bien les mines antipersonnel qui sont visées par Jeunet).
Mais finalement, quoiqu'on pense de ce contexte politique, l'industrie de l'armement est surtout chez Jeunet un prétexte bien vu pour fournir des méchants au profil idéal (Dussollier, excellent !).
Face à ces affreux jojos, une bande de joyeux drilles, marginaux de la récup (façon Max et les ferrailleurs) qui prennent fait et cause pour Dany Boon victime des méchants (son papa a sauté sur une mine et lui-même a pris une balle perdue).
Dans l'équipe des gentils, on trouve en vrac aux côtés du Ch'ti (qui heureusement n'en fait pas trop) :
- la Môme Caoutchouc qui se plie en quatre pour entrer dans une valise ou un frigo, au choix selon les besoins du moment,
- le black ethnologue qui collectionne sur sa machine à écrire Remington toutes les expressions imagées dont est le français est si friand (genre : si tu fais chou blanc alors les carottes sont cuites et le beurre va manquer dans les épinards)
- la petite Calculette qui calcule tout
- le géo-trouvetout qui concocte des machineries inutiles, superflues, voire même utiles parfois, (et à côté duquel McGyver fait figure d'enfant de chœur n'ayant jamais touché un Meccano)
- les impayables Marielle en chiffonnier-ferrailleur et Yolande Moreau en mama-gâteau.
Une fois les présentations faites, c'est parti pour un film hilarant, déjanté, sans queue ni tête, plein d'humour (finaud) et de poésie (drôle).
Jeunet ne sait peut-être pas dessiner ni faire de bonshommes en pâte à modeler, alors ne pouvant ainsi faire des dessins animés ... il fait des films !
Car on n'est pas loin de Tex Avery : dans un superbe Paris Art-Déco, l'équipe de joyeux lurons montent des combines abracadabrantes et des machineries alambiquées pour rouler les vilains méchants dans la farine. On rit beaucoup, genre fou rire inextinguible (n'est-ce pas MAM ?), tellement s'empilent et s'enchaînent les gags et les incongruités. Jeunet est tellement sûr de son coup qu'il se paye même le luxe de nous annoncer le gag quelques secondes avant et on rit d'avance, avant, pendant, après ...
Il faut avoir l'œil dans tous les coins pour saisir toutes les farces (la photo de Sarko, les affiches du film dans le film, ...) et tous les hommages de Jeunet au cinéma de notre enfance (le générique, le vidéo-club, les sketches à la Tati ou à la DeFunès, ...).
Tout cela (sauf le rire) est dosé juste comme il faut : rien de trop lourd, rien de trop long, rien de trop appuyé (ou si peu).
L'utilisation de l'islam terroriste dans le dénouement est, à ce titre, une perle d'intelligence et de finesse, chapeau ! j'en connais qu'auraient des leçons à prendre !
Certes tout cela n'a guère de prétentions, certes Jeunet utilise toujours la même palette de décors et de personnages (comme Walt Disney), certes ..., mais en cette journée de la gentillesse, il serait bien dommage de manquer ce sympathique dessin animé (pardon : film), marrant, malin et malicieux.


Pour celles et ceux qui aiment les joyeux-doux-dingues-dong.
Pascale a honte d'avoir aimé, Agnès a bien apprécié. Rob est sévère.

Bouquin : Les conspirateurs

Sexe, mensonges et vidéo.

C'est grâce à la BoB team de BlogOBoook (et au Livre de Poche) que Les conspirateurs de Shan Sa sont tombés dans notre PAL.La bOb Team
Rappelez-vous il y a vingt ans : quelques mois avant la chute du Mur dont nous venons de parler, en juin 89, la Chine sortait de plus de vingt ans de RévoCul et l'Empire tremblait sur ses bases ...
Shan Sa, une chinoise qui vit en France (et écrit en français) a été naturellement profondément troublée par ces évènements et tente d'en retrouver le sens dans plusieurs de ses bouquins, au travers d'Ayamei, une jeune chinoise supposée avoir été au cœur de ces troubles.
Déjà croisée dans la Porte de la paix céleste, revoici Ayamei espionne à Paris.
Ils sont beaux, ils sont encore jeunes, ils ont de l'argent, ils voyagent, ils fréquentent les beaux hôtels et les grands restaurants, ils sont amoureux, ils habitent de grands et beaux appartements du V° avec vue imprenable sur le jardin du Luxembourg (1) ...
Elle est chinoise, c'est une espionne et doit le séduire. Il est américain, c'est un espion et doit la séduire.
Ces deux conspirateurs sont plus ou moins agents doubles ou triples (plutôt plus que moins : à eux deux, ça doit faire au moins quatre ou cinq espions !) et les chapitres successifs du roman retourne le lecteur comme on retourne un espion.
Raconté ainsi, on dirait un roman de série B, ce que laisse d'ailleurs croire la quatrième de couverture (2).
Mais on connaît Shan Sa depuis longtemps maintenant  (c'était avec La joueuse de go, déjà un duel) et il faut donc se garder de cette première lecture trop rapide, même si on est quand même loin de l'inspiration de la très belle joueuse de go.
Ce qui intéresse Shan Sa ce sont ces deux personnages désincarnés, sans vie et sans âme, qui ont abandonné leur destin depuis belle lurette en des mains supérieures qui tirent leurs ficelles.
Ils sont sans passé (ou avec des passés multiples et mensongers ce qui revient au même), sans personnalité (ou avec des personnalités multiples et mensongères, ce qui revient au même). Ils ne sont plus eux-mêmes, se trompant même parfois de "personnage" en jouant leur rôle avec une épouse ou un amant.
Un peu de sexe, beaucoup de mensonges et même un tout petit peu de vidéo.
Le bouquin se lit facilement et rapidement : on ne fait qu'effleurer la surface de ces deux fantômes, de ces deux marionnettes.
C'est glaçant, sinistre, cynique et désabusé, triste à mourir (oui, justement).
Deux êtres broyés depuis longtemps sur l'autel de la raison d'état et dont il ne reste pas grand chose, que cette enveloppe charnelle qui continue à jouer, manipuler, mentir, ...
Entre l'américain et la chinoise : un français, Philippe, ministrable ambitieux, affairiste et roulé dans la farine (et les bras de la chinoise), comme notre République sait si bien en produire.

[...] - Dans ce monde, les forts se maintiennent et les faibles sont éliminés. Ton Américain fait semblant et tu le crois ! Entre vous, il n'y aura jamais de sentiment. Ce sera toujours de la compétition.
Elle secoue la tête.
- Philippe, toi et moi sommes de la même espèce : nous mangeons pour nous emparer de la saveur, nous baisons pour voler un plaisir ou un renseignement, nous courons en avant pour fuir le passé, le présent, l'éternité. Afin de ne jamais faillir dans la manipulation, nous devons d'abord castrer nos émotions, verrouiller nos sentiments. L'amour existe ... mais c'est un sommet qui nous est inaccessible.Une image du film de Lou Ye

On retrouve ici exactement le cynisme de films récents qui évoquaient également ces hommes et femmes vidés de leur substance et transformés en machines à renseignements : Secret défense, Espions, ...
Comme si désormais en ce XXI° siècle l'espion n'était plus ce qu'il était ...
L'autre intérêt (et non des moindres) du roman de Shan Sa, c'est le personnage de l'espionne chinoise rescapée de la place Tianan Men.

[...] Je fréquentais les étudiants des différentes facultés. Les idées nouvelles soufflaient sur Pékin. Les livres censurés, les revues politiques venues de Hong-Kong circulaient en secret. La police faisait irruption dans les concerts de rock clandestins, fermait les expositions de peintures jugées dégradantes, mais les interdits étaient devenus un formidable excitant pour la création. Après dix années de Révolution Culturelle, nous avions enfin l'impression d'entrer dans un cycle positif.

Les souvenirs d'Ayamei ravivent entre ces pages, ce vent de mai 68 qui soufflait alors en 89 sur la Chine. C'était il y a tout juste vingt ans, pendant que s'effritait chez nous, le Mur de Berlin.
On retrouve là toute l'ambiance du film de Lou Ye : Jeunesse chinoise, qui évoquait justement l'ébullition de la jeunesse chinoise en ce printemps 89.
Mais depuis la guerre froide s'est terminée, la planète s'est réchauffée et la Chine s'est réveillée : l'idéologie qui faisait d'Ayamei un agent double au service de la noble cause de son grand pays a fondu au soleil du capitalisme.
Le terrible ennemi occidental est devenu un simple concurrent commercial.

[...] Je me prostituais au nom du communisme alors que le pays ne fonctionnait plus qu'à l'économie de marché.

Cette ambiance de fin de règne ajoute au désespoir de la belle espionne : non seulement elle y a laissé son âme, mais ce fut en vain.
________
Qu'on nous permette de relever un signe des temps modernes : quelques bouquins déjà, quelques films également, se permettent d'insérer de courts passages en VO (ici en anglais basique) sans traduction. Peut-être est-ce encore un effet de mode, Blue Gray y voit là un artifice superflu, mais pour l'instant cela nous intrigue, voire nous amuse. À suivre !

(1) là j'avoue : mesquine jalousie, je le reconnais volontiers
(2) ce qui nous avait d'ailleurs tenus jusqu'ici à l'écart de ce bouquin


Pour celles et ceux qui aiment les mata-hari.
Le livre de poche édite ces 218 pages en poche parues en 2005.
Blue Gray, Lousia, n'ont pas aimé.
Ankya, Typhania, Pisi, sont plus positifs.

mardi 10 novembre 2009

Miousik : Okou

Keep cool in Berlin.

Elle est ivoirienne, il est égyptien, ils viennent tous deux de Berlin, la cool-capitale, et tombent à pic pour fêter en musique l'anniversaire de la chute du Mur.
Voici Okou le duo de Tatiana Heintz et Gilbert Trefzger.
Deux extraits de leur album :
le morceau titre Serpentine
et surtout le très swinguant To the Bone .
Un air bluesy, un zeste de Sade, c'est cool (comme Berlin) et l'on aime le piquant du banjo de Gilbert et la suavité de la voix de la belle Tatiana.


Pour celles et ceux qui aiment les bons côtés de la mondialisation.

lundi 9 novembre 2009

Bouquin : The wall

L’Empire n’a pas contre-attaqué.

Il n'aura échappé à personne que nous célébrons (que dis-je : nous fêtons) cette année les vingt ans de  la chute du mur de Berlin.
Die mauer ist weg !
L'occasion pour Le Monde de sortir un numéro spécial fort bien fait qui met en perspective cet évènement dans le contexte plus général de l'année 1989.
Cette année 1989 (annus miraculis, pour reprendre la formule d'un dirigeant de Solidarnosc) a sans doute marqué la fin de notre XX° siècle aux plans historique et politique, et peut-être social si l'on voit l'Europe actuelle comme la continuité de cette ouverture.
L'histoire au quotidien c'est un peu comme une visite mal organisée des Champs-Élysées : au JT de 20h, tous les soirs, le tour-operator vous amène par une rue transversale et à chaque coin de rue, vous découvrez une nouvelle vue des Champs. C'est pas mal.
Vingt ans plus tard, vous revenez en visite à Paris, le tourisme s'est organisé et Le Monde vous emmène au sommet de l'Arc de Triomphe : voici la perspective royale des Champs, depuis Le Louvre et sa Pyramide jusqu'à la Grande Arche de la Défense en passant par le Carrousel, la Concorde, etc ...
Ça a quand même une autre gueule et on a le sentiment de comprendre quelque chose.
Nos photos des vestiges du mur (en 2008)Ce numéro du Monde nous donne ce même sentiment d'être intelligent ... vingt ans après !
Une intelligence guère partagée à l'époque sans la perspective acquise depuis. Tonton Mitterrand et Papa Bush commençaient tout juste à envisager une Allemagne confédérée d'ici quelques années, Gorbatchev faisait des efforts pathétiques pour contenir les réformes mises en branle, perestroïka [restructuration] et glasnost [transparence] et multipliait depuis des mois les signes vers les pays frères : nous n'interviendrons plus militairement.
En RDA, seul Honecker vieillissant faisait preuve d'une rare clairvoyance : Dans cinquante ans ou cent ans, le Mur sera toujours là. C'était le 19 janvier.
Dix mois plus tard, le mur tombait.
On trouve dans ce numéro spécial plusieurs interviews de personnalités politiques de l'époque dont une de Gorbatchev qui analyse cette année 1989 en parfait marxiste : Nous étions conscients de ce que notre politique, la politique en général, était incapable d'accompagner le processus historique. [...] L'histoire a débordé. [...] L'histoire est sortie de ses gonds.
Pourtant, cette année-là il suffisait de regarder le JT tous les soirs à 20h ...
En janvier 1989, Vaclav Havel, co fondateur de la Charte 77, est emprisonné à Prague après la violente répression des manifestations. En Pologne, Jaruzelski autorise légalement Solidarnosc et entame des négociations avec le syndicat.
En mai, les autorités Hongroise et Autrichienne commencent à cisailler les barbelés le long de leur frontière. Première brèche dans le Rideau de fer, plus de quarante ans après que Churchill rendit cette expression célèbre en 1946 :
[...] De Stettin sur la Baltique à Trieste sur l'Adriatique, un rideau de fer s'est abattu à travers le continent.
En juin, les élections "semi-libres" (le PC se "réservant" une bonne part des sièges) en Pologne se soldent par un raz-de-marée de Solidarnosc. En Hongrie, on commémore officiellement la révolution de 1956.
En juillet, le Soviet Suprême accorde une relative autonomie aux États Baltes.
Dès l'été, les allemands de l'est vont faire du "tourisme" en Hongrie et passent à l'ouest au travers de la frontière autrichienne désormais ouverte, sous l'œil bienveillant des autorités, aussi bien d'est que d'ouest. Les stations-service s'approvisionnent même en mélange 2 temps nécessaire aux fameuses Trabants.
Certains de ces évadés se retrouvent à Berlin-Ouest chez famille et amis, à quelques centaines de mètres de leur point de départ.
En octobre, Gorbatchev est en RDA pour le 40° anniversaire et donne un célèbre baiser empoisonné à Honecker dont il critique ouvertement l'immobilisme : Celui qui vient trop tard sera puni par la vie.
Il y croise un dirigeant de Solidarnosc membre du gouvernement polonais qui lui demande :
[...] - Mikhaïl Sergueïevitch, vous comprenez l'allemand ?
- Suffisamment pour comprendre ce que scandent les manifestants.
- Vous comprenez que c'est la fin ?
- Oui.
Les manifestations se multiplient dans tous les pays, jusqu'en RDA et en Tchécoslovaquie, les pays mieux "tenus".
Le 18 octobre, Erich Honecker démissionne.
Le 9 novembre, lors d'une conférence de presse Günter Schabowski, porte-parole du Polit Buro de RDA, est interrogé par un journaliste italien sur la date d'entrée en vigueur de la nouvelle règlementation assouplie sur les voyages. Question de routine.
Schabowski cafouille, bafouille, ... d'après ce que je sais ... : tout de suite. Immédiatement.
Ça y'est le mur est ouvert. C'était le 9 novembre, il y a vingt ans.
Pour finir cette toujours même année 1989, en décembre, Vaclav Havel sera élu président de la Tchécoslovaquie.
L'un de ces évènements faillit quand même passer inaperçu dans l'actualité quotidienne : le matin du 5 juin après la victoire de Solidarnosc aux élections semi-libres, Sylvie Kauffmann l'envoyée du Monde en Pologne, téléphone au journal pour demander la Une.
Mais l'info polonaise sera reléguée en bas à droite après une énorme manchette sur ... l'intervention des chars chinois sur la place Tiananmen, le 4 juin 1989.
Au même moment, un autre Empire vacillait sur ses bases : vingt ans après, reconnaissons aux dirigeants chinois une clairvoyance politique et historique sans commune mesure avec celle de leurs homologues occidentaux.
Tout cela, et bien d'autres choses, est intelligemment mis en images et en perspective dans ce numéro du Monde.
Une belle leçon d'Histoire, pour nous qui avons attendu le mois de novembre pour enfin en ressentir le vent et pour nos ados qui n'étaient pas encore là.
Nous sommes allés à Berlin en 2000 alors que les différences entre les Berlins Est et Ouest étaient encore trLa boutique de Teleramaès marquées (urbanisme, habillement, ...) et nous y sommes retournés l'an passé pour ramener quelques photos d'une ville où les clivages est/ouest ont désormais disparu.
À compléter par le DVD de Good bye Lenin et surtout celui du très beau La vie des autres, ou plus récemment celui du film de Christian Carion sorti en septembre : L'affaire Farewell.
Telerama n'est pas en reste et sort également son numéro spécial avec en complément du Monde, la perspective murale d'autres dirigeants éclairés : Bush junior à la frontière Mexicaine (1.300 km de clôture aujourd'hui !) ou encore Ariel Sharon en Cisjordanie ...
De quoi alimenter d'autres rétrospectives dans quelques années ...

Pour celles et ceux qui aiment notre Histoire.

dimanche 8 novembre 2009

Miousik : Kid Harpoon

Allez, on se bouge !

Histoire de secouer la grisaille et la froidure, voici une pop enjouée et rythmée venue d'outre-manche avec Kid Harpoon (de son vrai nom Tom Hull).
Deux extraits de son album Once :
Flowers By The Shore
et Burnt Down House
C'est frais, ça balance et c'est ce genre de ritournelles qui, le matin, vous donnent l'air idiot sur le chemin du boulot, claquant des doigts et fredonnant ...

[...] I'm coming out to find you
I'm coming out to take you home
I'm packing shotguns and rifles
I left my flowers by the shore ...
Oh oh oh ...     'sais pas ce qu'elle lui a fait, mais ça va barder ...


Pour celles et ceux qui aiment les refrains qui swinguent.

samedi 7 novembre 2009

Bouquin : Un peu plus loin sur la droite

Souvenir de Port-Nicolas.

Suite de notre retour aux sources dans les premiers polars de Fred Vargas.
Avec Un peu plus loin sur la droite, quatrième opus de la dame et suite de Debout les morts puisqu'on y retrouve deux des apôtres : Saint-Mathieu et Saint-Marc.
Avec cette fois Louis Kehlweiler aux commandes de l'enquête. Après le Vandoosler des épisodes précédent, Kehlweiler se révèle un cousin très proche de la future star Adamsberg (apparu quelques mois plus tôt dans L'homme aux cercles bleus).
Kehlweiler erre sur les quais de Paris entre bancs et arbres numérotés par ces soins, archivant dans son appartement du V° toute sorte de coupures de journaux et de paperasses, de quoi faire trembler la République.
Il parle (simplement) à Bufo, son crapaud qu'il loge dans la poche de son manteau :

[...] - Je lui parle comme ça parce qu'il est un peu con, je vous l'ai déjà expliqué. Faut être simple avec Bufo, n'utiliser que les notions de base : les gentils, les méchants, la bouffe , la reproduction, le sommeil. Il ne sort pas de là. Parfois, je tente des discours un peu plus ardus, philosophiques même, pour lui éveiller l'esprit.
- L'espoir fait vire.
- Il était beaucoup plus con quand je l'ai eu. Plus jeune aussi.

Au cours d'une de ses promenades au fil des bancs de Paris, il découvre un reste d'os dans une crotte de chien. Un os humain, cela va sans dire.
De là, tout un long fil d'Ariane à dérouler, à démêler, de digression en fausse-piste, jusqu'au petit bourg breton de Port-Nicolas.
Une enquête prétexte à de savoureux dialogues entre Kehlweiler, ses deux apôtres et toute une galerie de personnages pittoresques et plus ou moins déjantés.
Comme lorsque notre héros arrive à Port-Nicolas et entame la conversation avec la femme d'un mari un peu inquiétant ...

[...] - Il n'est pas encore rentré ? demanda-t-il.
- Si, mais il est à la cave avec une nouvelle. Ça peut durer une demi-heure ou plus, on ne peut pas le déranger.
- Ah. [...] Mais pourquoi la cave ?
- C'est moi qui l'ait exigé. La cave ou rien. Je ne veux pas de pagaille dans la maison, il y a des limites. J'ai posé mes conditions, parce que si on l'écoutait, il les installerait n'importe où. Après tout, c'est ma maison aussi.
- Bien sûr. Ça arrive souvent ?
- Assez. Ça dépend des périodes.
- Où les prend-il ?
- [...] Où il les prend ? Ah ... ça vous intéresse bien sûr ... Il les prend là où il les trouve, il a ses circuits. Il cherche un Fred Vargaspeu partout, et quand il les embarque, croyez-moi elles n'ont pas fière allure. Personne n'en voudrait, mais lui, il a l'œil. C'est ça le truc, et je n'ai pas le droit de vous en dire plus. Et après la cave, de vraies princesses. moi, à côté on dirait que je n'existe pas.
- Ce n'est pas très marrant, dit Louis.
- Question d'habitude.

Ça paraissait en 1996 chez Viviane Hamy : Vargas avait trouvé le bon rythme, ample et poétique.
Récit, intrigue, digressions, tout est totalement maîtrisé. Le sens aigu de l'observation des "gens", le savoir-faire dans la description des personnages, denses, épais, tout est là.
Adamsberg et les épisodes suivant le confirmeront.


Pour celles et ceux qui aiment les chiens et la thalasso.
J'ai lu édite ces 254 pages qui datent de 1996.
D'autres avis sur Critiques Libres.

vendredi 6 novembre 2009

Miousik : Émilie Simon

La Schtroumpfette à New-York.

Émilie Simon nous avait été révélée par la BOF des manchots et l'une de ses chansons reprise par une pub, on en parlait l'an passé. On appréciait à petites doses cette voix éthérée et cette musique électronique.
Cette fois la belle Émilie a traversé, non pas l'arctique, mais l'atlantique et nous a concocté son nouvel album depuis New-York.
De la Big Apple est donc sortie The ballad of the big machine .
C'est plus rock, plus swing avec des airs de Kate Bush.
Les fans de la première heure seront peut-être déçus mais nous on gagne au change.
Voici encore un extrait : The devil at my door .


Pour celles et ceux qui aiment l'électronique.
Y'a même des fans comme Nothing Special ou Benjamin. Mais le billet de Culturopoing est plus amusant.

mercredi 4 novembre 2009

Bouquin : Debout les morts

Hêtre ou ne pas hêtre.

Suite de la soirée Fred Vargas de l'autre dimanche avec Debout les morts.
Adamsberg n'est toujours pas là et comme dans le précédent bouquin, Ceux qui vont mourir ..., , on retrouve un trio improbable : cette fois ce sont trois chercheurs surnommés Saint Luc (spécialiste de la guerre de 14, comme le frère de Fred Vargas), Saint Marc  (médiéviste comme Fred Vargas herself) et Saint Matthieu (préhistorien). À leurs côtés, l'oncle de Saint Marc, Armand Vandoosler, flic défroqué ou déchu, au passé un peu trouble. À droite, une voisine fort sympathique. Une autre à gauche, ancienne cantatrice, mais celle-là disparait après avoir découvert qu'un arbre avait mystérieusement été planté une nuit dans son jardin ...
Fred Vargas est visiblement plus à l'aise à Paris qu'à Rome (oui, ben nous on la comprend) et les personnages, tout aussi insolites mais plus travaillés que ceux de son précédent roman (on les retrouvera d'ailleurs dans certains des épisodes suivants), se mettent en place plus rapidement.
La machine Vargas à produire du polar surréaliste démarre dès quelques dizaines de pages.
Armand Vandoosler navigue dans cette intrigue comme à la pêche à la baleine (c'est lui qui le dit) : du haut de sa vigie (il reste perché à sa fenêtre du 4° étage !), il laisse filer la ligne pour voir où la baleine va sonder puis réapparaître ...

[...] - parce que je préférais laisser croire à l'assassin, quel qu'il fût, que ses plans fonctionnaient. Lui laisser la bride sur le cou, laisser filer la ligne, voir où l'animal, en liberté et sûr de lui, allait réapparaître.
[...] On ne peut pas tout saisir, tout geler, tout surveiller le premier jour d'une enquête.Fred Vargas
[...] Laisser l'action se dérouler, les évènements se succéder, se précipiter. Et voir comment l'assassin allait en tirer parti. Il faut laisser les mains libres aux assassins pour qu'ils puissent commettre une erreur.

Vandoosler, c'est un peu le prototype du futur Adamsberg. De même que son ex-collègue le breton têtu et cartésien Leguennec préfigure un peu le Danglard des futurs épisodes.
Un bouquin de Vargas c'est un peu comme une tablette de chocolat. Avant de l'ouvrir on est sûr que ce sera bon. Ensuite on passe la soirée avec la main dans la tablette, découvrant au fil des carrés des saveurs surprenantes lorsque les pépites craquent sous la dent.
La tablette est vite finie et on court voir s'il en reste dans le placard, pour demain.
Et puis, comme le chocolat, c'est bon pour le moral.
Ceci étant dit, il vaut sans doute  mieux découvrir ces deux ou trois "premiers romans" en visite amicale, après avoir été totalement convaincu par la maîtrise des plus récents.


Pour celles et ceux qui aiment les petites rues de Paris.
J'ai lu édite ces 283 pages qui datent de 1995.
Madame Charlotte en parle. D'autres avis sur Critiques Libres.

dimanche 1 novembre 2009

Bouquin : Ceux qui vont mourir te saluent

Tous les chemins mènent à Rome.

L'autre dimanche, soirée Fred Vargas. La voisine du 4° avait décidé de faire du vide dans son grenier et mettait à disposition des occupants de l'immeuble deux ou trois cartons de bouquins, façon bourse aux livres, servez-vous. On y a pioché quelques Fred Vargas, des vieux qu'on relira avec plaisir et des vieux qu'on n'avait pas encore eu le plaisir de lire.
MAM tape évidemment au hasard dans la pile (pfff...) mais BMR commence sagement par le début avec Ceux qui vont mourir te saluent l'un de ses tout premiers romans (1994).
Nous voici à Rome à la poursuite de dessins de Michel-Ange mystérieusement disparus de la Vaticane, la grande bibliothèque locale.

[...] - Tu es donc en cheville avec le banditisme romain ? Tu trafiques ?
- Mais non. C'est ma valise qui trafique. Quand j'arrive à Rome, il n'y a rien dedans. Quand je repars, il y a des tas de trucs inouïs. Qu'est-ce que je peux y faire ? Elle vit sa vie de valise, cette valise. Si ça lui plait de trimbaler des tas de bricoles, c'est son affaire, je ne vais pas m'en mêler. On ne quitte pas une valise sous prétexte qu'elle prend de temps en temps son indépendance.

Sans le soutien qui viendra plus tard du commissaire Adamsberg, Fred Vargas peine un peu pendant quelques chapitres pour mettre en place ses personnages.
On se fait l'effet d'une soirée mondaine où, l'air un peu emprunté, on salue d'autres invités inconnus : un trio de fils à papa oisifs qui traînent dans les études d'art et surtout les fêtes chic et décadentes de Rome (ils ont pris les noms des empereurs romains, Néron, Claude et Tibère). La mère de l'un d'eux, femme fatale et fantasque. Un inspecteur italien charmeur et bavard. Un monseigneur papiste qui semble s'arranger facilement de la conscience divine. Un missi dominici au caractère odieux envoyé par un ministère parisien pour étouffer l'affaire.

[...] Gabriella resta les yeux dans le vide, tournant une cigarette entre ses doigts.
- Tu penses à Richard Valence ? demanda Lorenzo.
Tu te dis qu'il a malgré tout quelque chose d'irrésistible et tu te demandes ce que ça pourrait bien être ?
- Lorenzo, tu es exactement le genre de curé que j'adore. On a à peine le temps de commencer à penser que c'est déjà déchiffré, formulé, disposé en petits carrés sur la table. Il devait y avoir la queue à ton confessionnal.
L'évêque rit.

Mais une fois que l'on a fait connaissance avec tous les invités, le spectacle peu commencer.
Fred Vargas démontre une profonde et humaine tendresse pour ses personnages et c'est forcément communicatif.
Ce presque premier roman nous permet de découvrir la construction Vargas de manière quasi transparente : l'auteure s'intéresse avant toute chose à ses personnages. Des figures un peu déjantées, des tronches décalées, des personnalités insolites. Une fois ceux-ci en place et connus du lecteur, la machine se met en marche et nous pond du dialogue poétique et surréaliste, en veux-tu en voilà.
Au fil des chapitres elle sème de ci de là, le ton badin : une phrase innocente ici, un personnage anodin par là, une Fred Vargasaction insignifiante plus loin, ...
Et puis, au détour d'une page,  vient le moment espiègle de la récolte : ça fait plop, plop, et l'on jubile de voir comment elle détourne et assemble toutes les pièces pour dessiner un surprenant puzzle.
À cela il faut ajouter que Fred Vargas ne se prend pas au sérieux et ne nous prend pas la tête. Ses bouquins se lisent d'une traite comme des histoires gentilles et sympathiques où les méchants ne sont jamais très méchants et où tout est bien qui finit bien.
Pour le seul plaisir de la langue et de la lecture.


Pour celles et ceux qui aiment les bibliothèques et les histoires de famille.
J'ai lu édite ces 190 pages qui datent de 1994.
D'autres avis sur Blog-O-Book et sur Critiques Libres.

Cinoche : Le ruban blanc

Les choristes.

Eichwald, un petit village de l'Allemagne profonde.
Plongé en plein Moyen-Âge, ce petit hameau survit sous la coupe rigoriste de l'Église réformée. Une poigne de fer.
Les femmes y sont bafouées, humiliées, asservies. Les enfants attachés, battus, violés.
Violence sociale également sous la régence du baron, seul employeur du village, qui règne en maître sur ses serfs.
Michael Hanecke (La pianiste, Funny games, ...)  nous montre peu de choses à l'écran : la tension est sourde, la violence se cache derrière les portes.
Une voix off (celle de l'instit, façon Rapport de Brodeck) nous raconte les étranges incidents survenus cette année-là.
Au cœur de ces évènements, les enfants du village qui tentent de grandir sans tendresse dans cet absolutisme qui se veut purificateur et qui n'engendre que haîne et mort.
Des enfants à qui l'on noue Le ruban blanc pour leur rappeler l'innocence qu'ils doivent conserver et la pureté qu'ils doivent atteindre. Celle de l'austérité puritaine, de la blancheur immaculée, celle de la neige qui recouvrira la campagne cette année-là.
Des enfants qui forment la chorale lors des messes à l'église où le village se retrouve pour communier.
Des enfants qui, cette année-là, rodent autour des victimes de ces accidents étranges, tels les oiseaux d'Hitchcock.
Mais on n'est pas au Moyen-Âge : on est en 1913, à la veille de l'attentat de Sarajevo et de la déflagration de la Grande Guerre. Tant de sourde violence, c'est manifeste selon Haenecke,  ne pouvait conduire qu'à une si sombre tragédie.
Le film, tout en noir et blanc, se termine à la messe dans un fondu au noir : l'inatteignable blancheur de l'innocence disparaît définitivement.
Élevés par des parents rigoristes et autoritaires qui croyaient visiblement bien faire, ces enfants auront une trentaine d'années vers 1930 lorsque montera le grondement fanatique d'une autre guerre ...
Pouce baisséMAM n'a pas vraiment apprécié et trouve qu'Haenecke en fait trop, ce qui nuit à sa démonstration pas vraiment subtile et beaucoup trop longue, d'autres films, d'autres cinéastes auraient peut-être eu besoin d'une palme d'or à Cannes ... mais ceci est une autre histoire.


Pour celles et ceux qui aiment l'innocence perdue.
Guillaume est partagé, Jullelien en parle, Ludo également. Pascale partage l'avis de MAM.