jeudi 29 octobre 2009

Miousik : Jane Birkin

Jane B.

Jane Birkin revient au Palace le 13 décembre.
Pour patienter d'ici là, on peut profiter de son CD enregistré lors de son dernier passage.
Bien sûr on y retrouve plusieurs chansons de Serge Gainsbourg, y compris certaines que Jane n'avait pas ou peu reprises à son compte.
Comme Sous le soleil exactement  que Serge avait dédicacée à Anna Karenine.
L'orchestration est particulièrement soignée qui met en valeur la voix de Jane B.
Un petit côté classique (violoncelle, piano, ...) comme si les standards du grand Serge avaient désormais atteint une sorte de Panthéon musical.
Un petit côté très actuel (quelques lignes de piano comme celle qui accompagne Yesterday par exemple) qui permet de redécouvrir avec bonheur aujourd'hui quelques oubliés : L'anamour, Les p'tits papiers, ...
De quoi redécouvrir la qualité des musiques et des textes de Gainsbourg.
Jane y reprend également certaines de ses dernières interprétations comme celle de la chanson des Souchon père et fils : Période bleue .
Dire que Jane est, pour nous, un coup de cœur est un euphémisme : elle et Serge nous ont accompagnés un long bout de chemin ... alors on aura encore rendez-vous le 13 au Palace.


Pour celles et ceux qui aiment la poésie.

mardi 27 octobre 2009

Bouquin : Sur le sable

Improbable rencontre.

Après Simple chute et Le canapé rouge que nous avions adorés, on ne pouvait manquer le dernier roman de Michèle Lesbre, Sur le sable.
Clignement d'œil D'autant qu'il nous est arrivé dédicacé par l'auteure grâce aux bons soins de Nadine  : Sur le sable, cette rencontre improbable où la mémoire se mêle aux vagues ...
Michèle Lesbre place ses histoires (ses rencontres) entre parenthèses, dans l'intervalle, dans l'entrebâillement temporel qui s'ouvre lors d'un voyage.
C'était en train dans ses précédents romans, c'est ici entre deux hôtels, sur la grève de sable entre terre et mer.
Un homme et une femme s'y retrouvent un soir, tous deux largués de leur passé.
Lui, se raconte peu à peu. Elle, se souvient.
Au fil des chapitres, son histoire à lui et ses souvenirs à elle vont et viennent comme le ressac de la mer à leurs pieds.
[...] Son discours parfois incohérent exerçait sur moi un effet d'hypnose dans lequel je m'étais peu à peu installée et très vite je n'ai plus été tout  fait présente, j'étais là et ailleurs, comme lorsqu'un choc vous met dans une absence artificielle, une parenthèse.
Mais il semble que ce roman nous a moins accrochés que les précédents.
Michèle Lesbre en a-t-elle fait quelque chose de trop personnel, trop intime ? Peut-être aussi les références à Patrick Modiano sont elles trop appuyées, même si elles constituent un bel hommage et donnent envie de le (re)lire ?
Reste l'évidence de l'écriture impeccable de cette auteure qui ne cède ni aux modes ni aux tics de la sphère franco-littéraire. Rien que pour cette belle et sobre plume, elle mérite notre fidélité.


Pour celles et ceux qui aiment les parenthèses.
Sabine Wespieser édite ces 148 pages qui datent de 2009.
Bellesahi, Hélène, Lilly, ont aimé. Pascale l'a interviewée.

vendredi 23 octobre 2009

Bouquin : Petits crimes japonais

Petits crimes entre amis japonais.

Savoureuses petites nouvelles policières venues du pays du soleil levant.
Un peu dans la même veine que les nouvelles de Matsumoto Seicho dont on avait parlé en début d'année, voici un recueil de Kyotaro Nishimura : Petits crimes japonais.
On y retrouve un peu de cette fascination pour le crime parfait et de cet amour des histoires policières à l'ancienne.
Les sept nouvelles sont inégales mais plusieurs valent le détour par Tokyo.
Comme celle de ce policier compatissant qui alpague les SDF pour les mettre à l'abri en prison, à leur demande.
De quoi lui donner l'idée d'un crime sinon parfait, du moins avec un coupable consentant ... ou presque, bien sûr !
Ou encore celle du pickpocket qui ouvre le bouquin et les poches de ses voisins de métro. La plus réussie avec un dénouement tout en subtilité qu'on prend la liberté de vous dévoiler ici.
D'autres sont plus "japonaises", plus étranges, comme celle du jeu de la charité où tel est bien pris qui croyait prendre.
Loin des agitations occidentales, Kyotaro Nishimura prend son temps pour nous emmener en quelques pages au cœur de son lointain pays.


Pour celles et ceux qui aiment les crimes presque parfaits.
Clancier Guenaud édite ces 212 pages en poche qui datent de 1978 en VO et qui sont traduites du japonais par Jean-Christian Bouvier ou de l'anglais par Jean-Paul Gratias.
Cottet en parle.

vendredi 16 octobre 2009

Bouquin : L’acrobatie aérienne de Confucius

Quinte flush royale.

Dai Sijie n'est pas un inconnu.
Depuis Balzac et la petite tailleuse chinoise, dont on parlait il y a deux ans, un livre qu'il a mis lui-même en images.
Le revoici de nouveau avec (encore un titre improbable) : L'acrobatie aérienne de Confucius.
Comme dans son précédent bouquin, Dai Sijie excelle dans l'art d'interpeller la littérature pour mieux la mêler à son propre roman. 
Il est par exemple ici question de Rabelais ou encore d'un manuscrit de Tomé Pires, une sorte de Marco Polo portugais.
Dai Sijie construit sa propre histoire sur une anecdote (une légende ?) historique : celle de l'empereur chinois Zheng De qui, vers 1500, craignait tellement pour sa vie qu'il s'était entouré de quatre sosies parfaits. On l'appelait (on les appelait) la Quinte Souveraine.

[...] Voilà un surnom qui mérite des éclaircissements : connu pour sa peur obsessionnelle de la mort, cet empereur apparaissait toujours, en public ou en privé, accompagné par quatre sosies qui, non seulement lui ressemblaient comme des gouttes d'eau, mais avaient atteint une telle perfection dans l'art de synchroniser leurs mouvements, leurs mimiques, leurs paroles que personne ne pouvait dire lequel d'entre eux était le vrai, pas même sa mère, ni l'Impératrice ou les concubines auxquelles il accordait ses faveurs, encore moins ses ministres.

L'Empereur finira noyé dans un accident, mais s'agit-il d'un accident ou d'un attentat et s'agit-il de l'Empereur ou de l'un des sosies ?
Une idée plutôt originale qui en croise une autre, lorsque les chinois de l'époque découvre leur premier Noir (qu'ils confondent avec ... une autruche) :

[...] Comme trophées, il avait capturé quatre animaux exotiques :
un couple de rhinocéros,
un éléphant,
une créature muette, d'origine africaine, qu'un marchand d'Ormuz avait vendue, avec une girafe, au cirque du roi Birman. Elle était noire de la tête aux pieds, à l'exception du blanc des yeux. Une espèce jamais répertoriée dans notre Empire.

Comme chacun sait les Noirs sont équipés d'un membre viril imposant (1).
L'Empereur Zheng De se fait donc greffer celui du malheureux captif et se retrouve obligé de faire peindre ceux de ces sosies dans la même couleur, même si la taille n'y est pas ...
On passe alors dans le registre coquin, celui du roman historico-érotique ...
D'où ce fameux titre :

[...] " L'acrobatie aérienne de Confucius ! Il l'a réussie, dit le Monarque."

Mais voilà que moi aussi, comme Dai Sijie, je me mets à plaisanter ...
Malheureusement n'est pas Umberto Eco qui veut. Et Dai Sijie empile ici les anecdotes amusantes, les histoires érudites, les polissonneries chinoises ... sans vraiment réussir à nous embarquer sur sa jonque impériale.
Il y avait peut-être de quoi donner vie à une nouvelle ou deux mais la dilution dans le roman finit par ôter toute saveur à la soupe qui se voulait pourtant épicée.
Dai Sijie s'amuse, visiblement, mais malheureusement un peu tout seul.

(1) : mais ça, pour le coup, c'est vraiment une légende, n'est-ce pas les filles ?!


Pour celles et ceux qui aiment les curiosités.
Flammarion édite ces 249 pages qui datent de 2009.
D'autres avis sur Critiques Libres.

jeudi 15 octobre 2009

Miousik : Kokia

Sucrerie extrême-orientale.

Curieuse découverte que cette japonaise Kokia, sorte de Kate Bush ou Enya nipponne.
On vous propose deux extraits : ici  et   pour accompagner quelques lectures japonaises.
On a lu quelque part que la dame avait dû se battre becs et ongles pour venir faire une tournée en Europe : sa maison de disque natale ne voyant pas l'intérêt de dépenser l'argent d'une tournée à l'étranger vu le succès remporté au Pays du Soleil Levant (le deuxième marché de disques in the world après les US) !


Pour celles et ceux qui aiment le Japon.

lundi 12 octobre 2009

Cinoche : À propos d’Elly

L’honneur perdu d’Elly.

Portrait de groupe. Iranien.
Ces trois ou quatre mots pourraient résumer le film du réalisateur iranien Asghar Farhadi qui retrace le week-end de quatre couples d'amis partis, depuis Téhéran, en week-end au bord de la mer.
La première partie de ce À propos d'Elly est absolument fascinante : il faut moins de deux minutes à Asghar Farhadi pour que l'on fasse partie de la bande, que l'on joue avec eux, danse avec eux, cuisine avec eux. En oubliant complètement que l'on est en Iran, tant ce groupe d'amis à l'ambiance bon enfant pourrait être au bord du Pacifique en Californie ou ailleurs encore. Quel talent de cinéaste !
Dès ces premières minutes on est plongé, sans aucune exposition ni explication, au cœur de ce petit week-end entre amis que l'on ne connait pas et la mise en scène très elliptique stimule notre intérêt et nous laisse deviner peu à peu que la belle Sepideh a tout organisé et monté un plan un peu foireux pour qu'une invité surprise, la fameuse Elly, fasse la connaissance de l'un des leurs, célibataire.
Une belle phrase de Farhadi :

[...] J'aime l'idée qu'un film ressemble à des mots croisés dont on demande au public de remplir les cases.

Les décors sont pouraves (une baraque déglinguée au bord de l'eau), les costumes sont iraniens (jeans, survèts, baskets pas lacées et foulards sur la tête), mais les acteurs et actrices rayonnent de justesse.
Golshifteh Farahani (Sepideh, en gros plan sur l'affiche) est magnifique(1).
Et puis rapidement (trop ! on aimerait tant que la fête se prolonge !) la tension monte et l'on sent que le drame viendra de la mer dont la baraque est beaucoup trop proche ...
On ne vous en dit pas plus sur la démonstration de la seconde moitié du film, qu'on a trouvée malheureusement un peu longue et un peu lourde (tant la première partie était subtile !).
Mais visiblement Asghar Farhadi veut nous faire comprendre que sous la surface moderne, enjouée, heureuse, insouciante de ces iraniens de Téhéran, couvent les conflits ancestraux entre hommes et femmes. Le drame qui survient mettra à jour des comportements soumis à une morale qui, pour le coup, est cette fois bien iranienne et l'on comprendra enfin ce qui motivait la mystérieuse Elly à partir en week-end ...
Ce petit film que l'on visionne un peu tard est une belle révélation de cette rentrée.
L'un de ses mérites, et non des moindres, est également de nous faire découvrir un Iran très proche de nous et donc très loin des clichés médiatiques habituels : instructif et passionnant.
Si l'on veut bien nous permettre de remplir quelques lignes de la grille de mots croisés proposée par Asghar Farhadi (mais au crayon ! chacun pourra gommer et voir à sa guise ce film aux multiples facettes !), on devine un pays en plein bouillonnement, en pleine transformation (le voyage en voiture au début du film) où tant les hommes que les femmes ont bien du mal à retrouver un équilibre relationnel et à retomber sur leurs pattes (nos années 70 en quelque sorte !).

(1) : on l'avait déjà aperçue dans Mensonges d'État : c'était l'infirmière dont Leonardo tombait amoureux.


Pour celles et ceux qui aiment les iraniens vus par les iraniens.
Lustucru en parle, Le Monde et Critikat aussi.

jeudi 8 octobre 2009

Bouquin : Bangkok psycho

Voyage à Bangkok.

John Burdett nous avait déjà emmenés à Hong-Kong et surtout en Thaïlande avec Bangkok 8. On avait apprécié l'humour futé de ce voyage dans les bas-fonds du district 8 de la cité des anges (Krung Thep en VO) et l'intelligence amusée avec laquelle cet auteur américain essayait de nous instruire du fossé culturel entre les occidentaux (nous, les farangs) et les asiatiques.
Il récidive avec Bangkok Psycho (entre temps il y aura eu Bangkok Tattoo, qu'on n'a pas lu).
De nouveau Burdett met en scène Sonchaï, le flic métis qui a raté sa vocation de moine bouddhiste et l'américaine Kimberley, miss FBI, élevée au biberon judéo-cartésien, ce qui lui fournit bien évidemment tous les prétextes pour opposer les deux cultures.
[...] - Bon, d'accord [...] pour toi, l'esprit occidental est le croisement digne de Frankenstein d'une religion mal ficelée et des idées d'une bande de pédophiles grecs [...] ? 
- Oui, à peu près.
Ah, celle-là je l'adore ! Aristote et Platon doivent se retourner dans leur tombe !
Ou encore (c'est toujours miss FBI qui parle)  :
[...] Tu es le fils d'une pute, proxénète, tu diriges un bordel, tu fais partie d'une des polices les plus corrompues d'Asie, mais tu es innocent. 
Je n'ai jamais enfreint une loi, fraudé, menti ni participé à une affaire tordue de ma vie, et pourtant je suis corrompue, je me sens sale.
Dans cet épisode, Kimberley tombe même amoureuse du bel adjoint de Sonchaï ... un transsexuel sur le point de se faire opérer ! Kimberley considère cela comme un véritable gâchis (!) et n'aura de cesse de convaincre Sonchaï d'amener son ami(e) à renoncer !
Comme Bangkok 8, la première partie de Bangkok Psycho est une promenade, certes mouvementée (c'est quand même un polar) mais une promenade quand même, amusante, passionnante, cocasse, pittoresque, instructive, dans la culture thaï et les arcanes d'incompréhension où s'égarent les farangs.
C'est savoureux, finaud, ironique, on avait déjà tout dit dans notre précédent billet sur Bangkok 8 mais on ne s'en lasse pas.
Mais tout comme dans Bangkok 8, la seconde partie du bouquin bascule dans l'horreur, fini de rigoler.
La région n'est pas de tout repos, la vie y est rarement facile et on a même droit à quelques incursions au-delà de la frontière Khmère.
Ça secoue, et je ne parle pas du 4x4 sur la piste !
On y apprend notamment les règles, heureusement méconnues, du jeu de l'éléphant et je peux vous assurer que, lors de votre prochaine visite au zoo, vous ne regarderez plus ces paisibles pachydermes du même oeil ...
Plus sérieusement, John Burdett nous décrit une Thaïlande où nos catégories cartésiennes si commodes semblent se diluer dans la moiteur tropicale.
Il n'y a plus guère de frontière entre les hommes et les femmes : il est beaucoup question dans ce livre des travestis, transsexuels et autres katoeys (un peu l'équivalent des rae-rae de Tahiti).
Il n'y a plus guère de frontière entre le bien et le mal : le grand patron de Sonchaï (Vikorn) est tout autant un parrain de la mafia locale que le colonel en chef de la police et l'on ne sait jamais trop dans quel registre il opère, passant de l'un à l'autre avec une aisance très déconcertante mais toute bouddhiste.
Et il n'y a plus guère de frontière entre les vivants et les morts : au pays de la réincarnation, quand une vie humaine n'est somme toute qu'un petit moment d'un grand tout kharmique, les fantômes viennent vous hanter la nuit, voire reviennent carrément pour solder leurs comptes (le titre en VO est Bangkok Haunts).
Dans la dernière partie du bouquin, John Burdett nous donne (et avec beaucoup d'habileté alors que l'exercice est périlleux) deux versions à comprendre en filigrane d'une même histoire à lire : la version logique où les méchants se font rattraper comme dans toute bonne intrigue policière et puis la version magique où les morts ne se contentent pas de crier vengeance mais entendent bien régler eux-mêmes leurs histoires avec les vivants.
Le plus fort (et Dieu sait qu'on a pourtant été élevé au même biberon que miss FBI) c'est que, malmenés jusqu'ici par l'histoire que nous a contée Burdett, on ne sait finalement pas trop quelle lecture on a envie de privilégier ...
Dans cette aventure, il est également beaucoup question de sexe (bien plus, me semble-t-il, que dans mes souvenirs de Bangkok 8), pas du sexe-galipettes mais du sexe-puissance qui anime les tréfonds de l'âme humaine, du sexe-tsunami.
Comme si Bangkok n'était pas seulement la capitale mondiale du commerce de la chair mais bien plutôt l'épicentre terrestre de cette vague de fond.
Si pour conclure on ajoute que tout démarre avec un snuff-movie (quand sont filmés en direct et pour de vrai, sexe et meurtre mêlés pour de sordides mais riches amateurs) on comprendra que Bangkok Psycho est décidément un roman passionnant mais dérangeant. Très dérangeant.
Alors quand on dit coup de coeur ici, il faut comprendre aussi un peu de tachycardie !

Hasard de l'actualité, on vous livre ici le texte intégral d'un article (très intéresant, très "factuel", c'est anglo-saxon) de Courrier International sur les katoeys de Thaïlande (n° 986 du 24.09).
Autre hasard de l'actualité, mais beaucoup moins intéressant, on ne se doutait pas en rédigeant ce billet que notre auto-proclamé ministre de la culture physique allait choisir ce moment pour faire la promo de son bouquin de 2005 vantant les charmes du tourisme sexuel en Thaïlande. Laissons Frédéric Mitterand à ses mensonges et à sa gloire médiatique et reprenons quelques lignes de John Burdett (tirées de Bangkok 8) qui ne s'intéresse dans ses livres ni à sa propre personne, ni aux touristes occidentaux mais aux Thaïs eux-mêmes :
[...] La Thaïlande ne retire pas grand chose d'industries comme celles du vêtement. Les sociétés occidentales se réservent la part du lion. C'est pourquoi nous voyons dans l'industrie du sexe une façon de redistribuer la richesse mondiale de l'Occident vers l'Orient.

Pour celles et ceux qui aiment les fantômes. 
Les Presses de la Cité éditent ces 344 pages qui datent de 2007 en VO et qui sont traduites de l'anglais par Thierry Piélat. 
Jean-Marc pense, comme nous, que John Burdett est incontournable.

mardi 6 octobre 2009

Cinoche : Mary et Max

C’est l’histoire d’un fou …

Voilà bien un étrange film d'animation : Mary & Max de l'australien Adam Elliot, à voir sans les enfants.
Un film sur la correspondance échangée entre une petite fille australienne de la banlieue de Melbourne et un vieux monsieur qui vit au cœur de New-York.
Mary n'est pas très jolie, affligée d'une tâche sur la figure et en proie aux moqueries de ses camarades. Maman boit du sherry et Papa empaille des oiseaux blessés dans le garage.
Max, juif renégat, est boulimique et atteint du syndrome d'Asperger, une forme d'autisme.
Tous deux partagent le même plaisir du chocolat et la même incapacité à aimer ou être aimé.
Le film a beau être plein de traits d'humour (Max écrit à Ridiculani, le maire de New-York, il achète et rachète des poissons rouges qui tombent comme des mouches dans la chasse d'eau, ...), tout cela n'est pas très gai et la vie semble bien dure vue par les yeux de Max et Mary. Heureusement les petits personnages de pâte à modeler mettent une relative distance entre le spectateur et cette sombre histoire.
Le film est d'une rare beauté plastique avec une belle unité de tons : sépia et marron pour la petite Mary down-under, noir et blanc pour Max et un New-York plus vrai que nature.
Mais le propos essentiel du film tourne autour de Max et sa maladie, un peu façon Rain Man. Le réalisateur A. Elliot a lui aussi correspondu dans la vraie vie pendant de nombreuses années avec un "aspie". Ce syndrome d'Asperger qui fait de Max un inadapté social, hyper-logique (il attend le bus avec son rubik's cube) mais incapable de saisir les nuances de la communication non verbale : le genre de type qui part avec les meubles quand on lui dit  "mais prenez-donc un siège".
Mary et Max sont entourés de voisins guère mieux lotis : celle de Max est aux trois-quarts aveugle (elle contribuera d'ailleurs à l'hécatombe de poissons rouges !), celui de Mary est agoraphobe.
Mary finira quand même par épouser un petit voisin, un ... grec, qui la quittera pour un éleveur de moutons Néo-Z !
Moralité : on ne choisit ni sa famille, ni son héritage génétique. Acceptons nous tels que nous sommes, cela nous aidera à nous accepter les uns, les autres.
Ou encore : on ne choisit pas sa famille et il n'est pas facile de se faire des amis ...
Après le bipolaire mythomane de The informant, après l'alcoolique du Dernier verre, le cinéma de la rentrée a mal à la tête ...


Pour celles et ceux qui aiment recevoir du courrier.
Alexis, Pascale, Valérie, Marion en parlent.

lundi 5 octobre 2009

Cinoche : The informant

C’est l’histoire d’un fou …

On n'est pas allés voir The informant. On n'est même pas allés voir le dernier Soderbergh.
Non, on est allés voir Matt Damon, tant il est vrai qu'il porte le film, l'histoire et le personnage sur ses épaules.
Matt Damon a pris au moins quinze kilos et incarne de manière stupéfiante ce cadre du middle-west américain (moustache, moumoute, imper, tout y est), directeur de production dans un trust agro-alimentaire.
Le film est tiré d'une histoire vraie du début des années 90 : le bonhomme en question a roulé dans la farine en vrac, ses patrons, sa femme, le FBI, le Ministère de la Justice, ses avocats, ceux de ses patrons, ses amis, les journalistes, et j'en passe ...
Mis sous pression après des problèmes de production, il invente (?) une taupe japonaise venue saboter l'usine. Ses patrons font appel au FBI.
Il se tire de son premier mensonge en imaginant une embrouille et déclare au FBI qu'il veut mettre à jour l'entente illicite sur les prix entre ses patrons et leurs concurrents japonais. De cette mystification il sortira par une pirouette et un nouveau mensonge. Qui appellera une autre affabulation. Etc, etc ... un véritable festival d'arnaques et d'imbroglios dans lequel il entraîne tout le monde autour de lui.
Le bonhomme manipulateur se voyait bien en espion (0014, doublement plus futé que 007) et aurait bien dégommé tout le staff de sa boîte pour se retrouver PDG.
On est restés un peu mitigés sur ce film : pas vraiment accrochés et tenus à l'écart, un peu ennuyés, par la distance que mettait Soderbergh entre nous et l'écran. Il est vrai que le personnage de Matt Damon n'est pas très sympathique, du moins au début.
Et puis Soderbergh filme tout cela façon années 70 (alors que l'histoire a moins de quinze ans) ce qui accentue encore le recul.
Reste les dernières vingt minutes avec notamment une scène époustouflante où Matt Damon est enfin confondu de l'un de ses bobards (une erreur de date de quelques jours sur un faux courrier) et où ses voix intérieures viennent lui souffler les nouveaux mensonges à empiler, à enfiler, pour se tirer de ce mauvais pas : il s'enfonce encore plus loin dans ses bobards, sa femme se met à pleurer à ses côtés, l'enquêteur du FBI ne sait plus où se mettre ...
Car Matt Damon (enfin, son personnage) est un malade, mythomane, bipolaire, peu importent les étiquettes et c'est ce qui nous le rend finalement sympathique et (enfin) humain, malgré l'énormité de l'empilage d'affabulations ... auxquelles tout le monde a cru ...
Sa femme (Mélanie Lynskey) trouve d'ailleurs là un rôle intéressant : nunuche potiche de province au début du film, elle se transforme au fil de ces quelques années et se révèle finalement la seule à comprendre et aimer son mari.
On aurait apprécié que cet aspect humain de l'histoire soit plus développé et non le volet juridico-financier, finalement moins intéressant ...


Pour celles et ceux qui aiment qu'on leur raconte des histoires.
Timothée en parle, Pascale et Cluny également.

samedi 3 octobre 2009

Bouquin : Shutter island

C’est l’histoire d’un fou …

L'annonce de la prochaine adaptation ciné (par Scorcese avec Di Caprio) de ce bouquin de Dennis Lehane nous a poussés à (re)découvrir cet auteur dont on parle beaucoup ici ou là mais qu'on ne connaissait guère (il est pourtant l'auteur de Mystic River, autre film superbe).
Alors nous voici embarqués pour Shutter Island, qu'on avait déjà dû lire il y a quelques années mais sans grand souvenir.
Plutôt que de polar, c'est de thriller qu'il s'agit, suspense et angoisse un peu façon Stephen King mais sans le côté gore.
Roman TGV aux personnages sans grande épaisseur, mais plutôt bien écrit, au-dessus de la moyenne dirons-nous.
Et où tout est dans l'intrigue.
Au large de Boston, battue par les flots et les vents, Shutter Island est une sorte d'asile pénitencier pour criminels barjos et violents.
L'une des "pensionnaires" a disparu et le marshal Teddy débarque avec son co-équipier pour mener l'enquête. Les péripéties s'accumulent et c'est vraiment too much. Teddy sort à peine de son veuvage, sa chérie a péri dans un incendie criminel, la tempête fait rage et bloque toute l'île, le pyromane de sa femme pourrait bien être interné sur place, les toubibs sont inquiétants à souhait et semblent se livrer à des expériences peu orthodoxes, ...
Le tout dans une ambiance digne du Village du Numéro 6.
Mais on aurait bien tort de s'en tenir à cette première lecture et la pirouette finale remettra tous les compteurs à zéro !

Au point qu'il vaut peut-être mieux ne pas lire ou relire le bouquin avant le film ...

[...] À votre avis, Chuck, qu'est-ce qui se passerait si vous donniez des hallucinogènes à des malades atteints de schizophrénie extrême ?
- Personne ne ferait une chose pareille.
- Ça se pratique, et c'est parfaitement légal. Seuls les humains souffrent de schizophrénie. Pas les rats, ni les lapins, ni les vaches. Alors, comment tester les traitements d'après vous ?
- Sur des humains.
- Bravo.

Après Clint Eastwood et Mystic River, on peut faire confiance à Martin Scorcese pour nous mettre en images Shutter Island. De là à conclure que les histoires de Dennis Lehane inspirent les grandes caméras et connaissent une vie meilleure à l'écran que dans ses propres bouquins ...
Ce serait loin d'être un sot métier. 


Pour celles et ceux qui aiment les châteaux de sorcières.
Rivages Noir (ré-)édite ces 393 pages qui datent de 2003.
Amanda en parle, Black aussi. D'autres avis sur Critiques Libres.

vendredi 2 octobre 2009

Miousik : Mélanie Pain

Soucrerie miousikale.

On savait la douce Mélanie Pain très en vogue, branchée dans des duos très à la mode.
On l'avait découverte figure de proue de la Nouvelle Vague (on en parlait ici et ), on l'avait croisée de nouveau qui mettait en valeur Julien Doré (c'était ), mais la voici qui fait la preuve qu'elle se suffit à elle-même avec son album : My name (et oui, son sien à elle !).
Même si on y retrouve Helsinki  avec J. Doré et si elle y chante un nouveau duo avec Thomas Dybdhal, l'essentiel est quand même en solo, en français ou en anglais.
Comme ce très doux Peut-être pas .
Ou cette très belle Cigarette .

[...] Ne fais donc pas cette tête
c'est toi qui me laisse là
toi qui veut que l'on arrête
toi qui, ce soir, tourne le pas ...

Dans les chansons de Mélanie, ce simple mot ... toi ... semble souffler d'une douce planète ...
Vous avez compris : on AIME la voix de Mélanie !
Que ceux qu'horripilent ces voix trop sucrées, même à petites doses, passent leur chemin et nous retrouvent un peu plus loin !


Pour celles et ceux qui aiment les chansons au miel.
Playlist en parle.