dimanche 11 janvier 2009

Cinoche : Un barrage contre le Pacifique

Le paradis est un enfer.

Les romans de Marguerite Duras en Indochine adaptés au ciné sont une valeur sûre.
Voici donc, Un barrage contre le Pacifique adapté au grand écran par le cambodgien Rithy Panh (auteur du terrible S21 sur les geôles khmères de Pol Pot).
En haut de l'affiche, Isabelle Huppert est parfaite dans le rôle de la mère (la mère de Marguerite Duras) possessive et maladive.
Comme un Don Quichotte indochinois, elle s'entête contre vents et marées (vent colonial et marée du Pacifique) à mettre en valeur des rizières envahies régulièrement par l'eau salée de l'océan et convoitées par les nouveaux colons chinois pour y planter des poivriers.
À demi ruinée, elle s'obstine au point de vouloir vendre sa fille à un riche chinois (et c'est son fils qui finira par se vendre à son tour).
Car il y a au moins deux histoires dans ce film.
L'une, on l' a dit, conte les déboires de ces petits colons blancs des années 30, perdus au bout du monde et pris entre une nature belle mais hostile, des indigènes qui se révolteront bientôt et une administration coloniale brutale et corrompue.
L'autre histoire est celle, plus intime mais tout aussi dure, de la mère et ses deux enfants : je t'aime moi non plus, chantage à la maladie de la part de la mère, chantage au départ de la part du fils, innocence perdue de la fille (ce qui au passage, nous a donné envie de redécouvrir L'Amant).
Les deux volets se déroulent dans des décors somptueux (le film a été tourné sur les lieux mêmes de l'enfance de Duras) : ce décor paradisiaque n'est qu'une façade de carte postale et seules les vacances à Phuket peuvent avoir encore pour certains le goût du paradis. La nature y est violente (mousson, grandes marées, cyclones, ...) et finalement reflète la violence des passions humaines.
Un film qui vaut avant tout pour Isabelle Huppert dans ce rôle de femme qui construit ce «barrage» pour lutter contre sa propre fin, colmatant les brèches de sa propre vie qui semble se diluer inexorablement dans ce climat humide, la tête et les pieds dans l'eau : elle a perdu son mari, elle perd ses rizières et sa santé, elle perdra ses rêves et ses enfants ...
C'est aussi la fin d'une époque, la fin du rêve colonial : le film se clôture sur de nouvelles images de 2007 où, sur ces mêmes lieux, les paysans cambodgiens cultivent désormais ... un polder, pour un riz d'appellation contrôlée « les rizières de la dame blanche ».
La dame blanche n'aura peut-être pas tout perdu ...


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