vendredi 26 décembre 2008

Cinoche : Secret défense

Pestacle de marionnettes.

Un pestacle de marionnettes pour adultes : Secret Défense.
Un film d'espionnage sur le même thème que Mensonges d'État sorti récemment également.
Et dans la même veine que, plus ancien, l'excellent Spy Game. La veine du «qui manipule qui ...».
Mais là où Mensonges d'État explore le côté occidental de la force, Secret Défense établit le parallèle entre les défenseurs de l'ordre (ici la DGSE, l'équivalent de la CIA d'outre-Atlantique) et le côté obscur de la force, les islamistes.
Avec un habile jeux de miroirs entre deux destins : une jeune fille un peu paumée se laisse enrôlée par les services français, un jeune homme un peu paumé se laisse embrigadé par les islamistes.
La première histoire, celle de la jeune fille, ressemble un peu trop à celle de Nikita pour être vraiment crédible. Celle du jeune homme est étonnante de réalisme, grâce notamment au jeu de Nicolas Duvauchelle.
Conclusion : il est plus facile d'imaginer qu'on peut tomber dans les bras des intégristes plutôt que de croire qu'on peut se dévouer corps et âme au service de l'état français ...
Au générique du début du film, une exergue : tant que tu n'auras pas vendu ton âme au diable, le diable essaiera de te l'acheter ...
On pense bien sûr aux deux héros, le jeune homme et la jeune fille, auxquels différents diables font des offres qu'on ne peut guère refuser et qu'ils ont toutes les bonnes raisons d'accepter.
Mais un autre personnage justifie cette citation : le rôle tenu par Gérard Lanvin (qui pour une fois ne joue pas Gérard Lanvin, il est excellent), l'officier traitant, comme on dit, de la jeune fille. Dur en affaire (et c'est pas peu dire) il a appris à ne jamais considérer ses agents comme des êtres humains (mais comme des armes). Lui, c'est clair et c'est le message final du film, il a vendu son âme au diable.
On pense évidemment à Russel Crowe dans Mensonges d'État : le Russel Crowe bedonnant, papy revenu du terrain, en train de poser ses gosses en voiture à l'école, téléphone vissé sur l'oreillette et en train de dicter ses ordres en Irak ou ailleurs. Quand il reprend le volant, une fois les gosses expédiés avec leurs cartables, il y a eu quelques morts de plus sur "le terrain".
Gérard Lanvin et Russel Crowe tiennent le même rôle et ont perdu toute humanité.
C'est peut-être le prix à payer dans la guerre contre le terrorisme (c'est l'autre message de ce film de Philippe Haim).
Un petit film bien intéressant, mené tambour battant mais loin des jeux de guerre US auxquels le cinéma américain nous avait habitués.
Surprenant. En bien.


Lo et Pascale en parlent. Sandra aussi.
Le Monde est beaucoup trop méchant.

lundi 22 décembre 2008

Cinoche : Largo Winch

Gosse de riche.

On n'avait pas encore été piqué par le virus de la BD Largo Winch qui inonde les rayons des librairies. Le film nous sera peut-être fatal.
En tout cas MAM est tombée sous le charme du beau Largo, alias Tomer Sisley, au point d'avoir eu parfois du mal à suivre certaines péripéties et d'autres rebondissements du scénario. En effet, beaucoup de méchants se cachent derrière d'apparents gentils, et parfois réciproquement, et si vous gardez les yeux rivés sur Largo/Tomer, il vous faut un voisin pour vous expliquer où on est de temps en temps, un voisin qui a d'autres centres d'intérêt dans la vie que les fesses ou le développement de la musculature de Largo/Tomer.
Quelqu'un comme BMR qui suit les développements de l'intrigue et profite des beaux paysages puisque ce film, sorte de 007 à la française (délicieux accent anglais des acteurs, c'est comme ça qu'on aime la VO !), ce film donc nous promène depuis Hong-Kong jusque dans les îles de Méditerranée.
On ne s'y ennuie pas une minute (contrairement au dernier 007 justement) et l'intrigue est plutôt bien ficelée (c'était Van Hamme aux commandes du scénario de la BD) avec, pour maintenir le rythme, d'habiles retours sur le passé mystérieux de cet héritier décontracté.
On ne se prend pas trop au sérieux, y'a de l'humour, des acteurs sympas (Kristin Scott-Thomas, Gilbert Melki, Anne Consigny, ...), des trahisons, des bagarres, des poursuites, des beaux bateaux, des beaux paysages, ... et MAM de rajouter : et un beau gosse (et BMR de compléter : ... de riche).
Et bien malgré les critiques peu flatteuses lues ici ou , nous y avons passé un bon moment, qui valait largement le décevant James Bond dont nous n'avions même pas su quoi dire ici.
Cocorico !


Pour celles et ceux qui aiment les beaux gosses (de riche) ou les beaux paysages, c'est selon.
Playlist en parle.

lundi 15 décembre 2008

Bouquin : La traversée du Mozambique

Tartarin de Tarascon.

Des critiques élogieuses (était-ce Papillon ?) nous avaient guidés vers ce récit de voyage.
On aurait dû fouiller un peu plus sur le web car le périple fut plutôt décevant.
La traversée du Mozambique par temps calme, voilà un titre peu banal.
L'écriture de Patrice Pluyette est du même tonneau. Ça foisonne, ça onirise, ça fait feu de tout bois et de n'importe quoi. Y'a de l'absurde et de la poésie, de la rêverie et du cauchemar, du surnaturel et du pas naturel, une bonne dose d'humour de potache et une pincée de Tartarin ou de Tarascon.
On pense parfois à l'ambiance surréaliste des voyages en bandes dessinées de Fred.
Une brochette de personnages peu banals s'embarquent pour le Mozambique à la recherche d'un trésor et finiront dans les neiges canadiennes ou dans les jungles amazoniennes.
Mais tout ce petit monde s'agite sous nos yeux sans qu'on n'y prenne vraiment part. Un peu comme des clowns de cirque : on regarde, on s'amuse, mais on n'est pas vraiment concernés.

[...] Les grognements se font entendre à peu près chaque nuit depuis trois jours et ça devient inquiétant; de toute évidence un animal féroce, femelle de type panthère d'Amérique, jaguar adulte ou tigre Amba, les suit à la trace. À plusieurs reprises, on a même pu sentir son souffle contre la toile de tente. En vérité, la situation n'offre pas d'échappatoire; le sort de nos aventuriers est lié au bon vouloir de cette bête affamée qui n'attendra pas éternellement que la viande soit cuite; il est probable que notre histoire s'arrête dans trois pages sans plus de personnages à notre charge que cette bête dont nous ne saurions à elle seule tirer une histoire en rapport avec le sujet de la nôtre sans ennuyer le lecteur. Nous dirons donc que les hommes et femmes composant ce récit, nonobstant le danger rôdeur, ne perdent pas leur courage, continuent chaque matin à démonter le camp pour mener à bien leur progression lente et difficile, tous les soirs à planter la tente dans un endroit différent, toutes les nuits à trembler dans leurs lits en s'obligeant à prier, à invoquer l'aide d'un dieu tout-puissant à défaut d'un car de CRS armés.

Qu'on aime ou qu'on n'aime moins, il reste la prouesse technique du sieur Pluyette qui manie la plume avec habileté.


Pour celles et ceux qui aiment les histoires à dormir debout.
Seuil édite ces 317 pages qui datent de 2008.
Papillon a bien aimé, Essel un peu moins.

samedi 13 décembre 2008

BD : Le complexe du chimpanzé (2)

La tête dans les étoiles.

On avait déjà parlé des deux premiers tomes de cette BD il y a peu, et la revoici sur le devant de la scène avec le troisième et dernier volume paru juste avant Noël.
Le complexe du chimpanzé, c'est Marazano à la plume (Genetiks, Zéro absolu, ...) et Ponzio au pinceau (Genetiks, ...).
On aime toujours autant le dessin quasi photographique de Ponzio, qui rappelle celui de Christophe Bec (qui d'ailleurs était déjà le dessinateur de Marazano dans Zéro absolu) dont on avait déjà parlé avec Sanctuaire.
Le scénario de Marazano nous plonge dans un avenir très proche (en 2035), avec juste ce qu'il faut d'anticipation pour rendre crédible le projet de la Nasa d'aller poser le pied sur Mars, même si la crise financière actuelle reporte cela à au moins ... 2035 !
Justement, alors que le Congrès vient de couper les budgets, une mystérieuse capsule amerrit dans l'océan avec à son bord ... Neil Armstrong et Edwin Aldrin ! Apollo 11 est de retour ... à nouveau ?!
Que s'est-il passé en 1969 ? Que faisaient les Russes à cette époque ? Qui sont ces étranges « ersatz » qui reviennent sur Terre 65 ans après ? Le mystère ira en s'épaississant au fil des pages et permet de revisiter l'histoire de la conquête spatiale depuis Gagarine.

[...] Le complexe du chimpanzé, un phénomène qui a été observé pour la première fois chez les chimpanzés ayant servi de cobayes pour des vols spatiaux. Les chimpanzés sont suffisamment intelligents pour comprendre qu'ils sont les sujets d'une expérience qu'ils ne maîtrisent pas ... le stress causé par cette dichotomie entre capacité de comprendre la situation et incapacité à la gérer peut vraiment vous faire péter les plombs.

Sauf que cette fois, les chimpanzés, c'est nous ... !
Au cœur d'un mystère qui met en images le principe d'incertitude d'Heisenberg, auquel on ne comprend plus forcément grand chose mais qui nous fait toujours rêver depuis les bancs de l'amphi !
Au centre de cette histoire, une astronaute de la Nasa qui a la tête dans les étoiles et donc justement, une seule idée en tête : être la première à poser le pied sur Mars. Quitte à entretenir une relation conflictuelle avec sa fille laissée à elle-même en Floride. Ce qui nous vaut une belle alternance de planches entre l'espace (voir un exemple ici) et le bord de mer (un exemple ici).
Une belle histoire pour tous ceux qui comme moi, le 20 juillet 69, avaient le nez en l'air.
Le troisième tome confirme l'intérêt des deux précédents et clôture le bal spatial avec une très belle fin.
Dans notre précédent billet, nous avions repris ce bel aphorisme du russe Tsiolkovski, le père de l'astronautique, cité en tête du second album :

[...] La Terre est le berceau de l'humanité.
Mais passe-t-on sa vie entière dans un berceau ?

L'exergue du dernier tome cite Apollinaire :

[...] Il est grand temps de rallumer les étoiles.

À l'approche de Noël, on peut toujours rêver ...


Pour celles et ceux qui auraient aimé faire un petit pas avec Neil Armstrong.

jeudi 11 décembre 2008

Miousik : Ray Lamontagne

L’air de Lamontagne.

Pour clôturer l'année musicale 2008, belle découverte que la voix et la musique de cet artiste folk US, Ray Lamontagne.
On est resté scotché par le très très beau Empty  : des roulements de tambour à vous donner la chair de poule, une «pedal steel»  à vous arracher des morceaux d'âme, ...
On vous en livre un extrait ici.
Dans un genre plus soul qui nous rappelle Joe Cocker, on vous propose aussi : You are the best thing , avec ces très belles paroles :

and baby
the way you move me, it's crazy

it's like you see right through me
and make it easier
believe me, you don't even have to try
oh, because

you are the best thing
you are the best thing
you are the best thing
ever happened to me


Pour celles et ceux qui aiment les voix éraillées.

Bouquin : Casco bay

Je t'emmène encore dans le Maine.

Comme promis il y a quelques semaines après une Dérive sanglante, on a enchaîné avec le second volume de William G. Tapply : Casco Bay.
Nous voici donc repartis sur les rivages du Maine où l'on a retrouvé avec grand plaisir Stoney Calhoun et son passé d'amnésique, la belle Kate et le shérif Dickman.
Ah, j'allais oublier Ralph, le chien.
Les cadavres s'accumulent sur les îles de la baie de Casco et même si les histoires de pêche à la mouche sont toujours là (et on les aime, pourtant dieu sait qu'on n'y connait rien !), cette fois le bouquin ressemble un peu plus à un vrai polar, c'en est presque dommage tellement on avait apprécié l'ambiance équivoque (entre deux eaux, c'est le cas de le dire !) du premier épisode. Ici Stoney Calhoun arbore même un temps l'étoile d'adjoint de son pote le shérif.
Visiblement, Tapply installe et développe ses personnages et, pour une fois, on ne saurait trop vous conseiller de lire ces deux tomes dans l'ordre (celui-ci est le second) de façon à profiter pleinement du charme du premier.
[...] Il fallut une bonne minute à Calhoun pour reconnaître ce qu'il avait sous les yeux. 
Un corps humain. 
Un cadavre noir comme du charbon, calciné, assis sur le dos contre le mur est du bâtiment, les mains reposant sur ses genoux, les jambes étendues devant lui et la tête inclinée en avant. 
Vecchio, tournant les yeux vers Calhoun, murmura : 
- Un fantôme ? 
- M'étonnerait, dit Calhoun ... 
Une faible odeur de chair pourrie flottait dans l'air humide. 
- ... je ne pense pas que les fantômes puent comme ça.
Et Calhoun s'y connait en fantômes ...
On en a maintenant l'habitude : les drames du Maine d'aujourd'hui sont fortement ancrés dans ceux d'hier ...
[...] - Quelqu'un s'est dit qu'il y avait autant d'îles dans Casco Bay que de jours dans le calendrier. Et je crois bien que si vous y mettez les rochers découverts à marée basse, on n'est pas loin du compte. Bon, ils ont construit cette sorte d'hôpital ici, sur Quarantine Island, pour les immigrants qui arrivaient en Amérique. Ils les gardaient ici avant de les laisser mettre le pied sur le continent. Tous ceux qui d'après eux pouvaient avoir la grippe, ou bien avaient été en contact avec un malade - ou, comme c'est probable, ceux dont ils n'aimaient pas l'allure tout simplement -, ils les envoyaient ici. Hommes, femmes, vieillards, même les bébés. Des Italiens, pour la plupart. C'étaient des religieuses catholiques qui s'occupaient de cet établissement. Elles ne soignaient pas les gens avec des médicaments, c'était pas vraiment un hôpital. Elles les gardaient là, juste pour qu'ils n'aillent pas contaminer les citoyens américains. Bon, une nuit, en février 1918, l'établissement a été détruit par un incendie et tout le monde est mort. Les religieuses, les enfants, tout le monde. À peu près deux cent personnes.Ils n'avaient pas d'équipement pour lutter contre l'incendie, bien sûr. Ils n'ont rien pu faire. Entre le feu et le froid terrible, personne n'a survécu. 
[...] On a suspecté quelques bons citoyens de l'État du Maine d'être venus en barque cette nuit-là avec des torches pour mettre le feu à l'établissement. On n'a jamais rien pu prouver. Officiellement ce fut un incendie accidentel.
Comme lors du premier épisode, l'intrigue policière est mince et importe peu : c'est elle, le décor, et pas le Maine.
Le plaisir vient des histoires racontées ici ou là avec, au final, l'impression d'avoir passé une semaine de vacances au bord de la mer à écouter les vieux pêcheurs nous parler de leur métier et de leurs histoires.
Tapply confirme qu'on tient là une bonne série ! à suivre donc.

Pour celles et ceux qui aiment toujours la pêche à la mouche. 
Gallmeister édite ces 291 pages traduites de l'américain par François Happe. 
Jean-Marc en parle. D'autres avis sur Critiques Libres.

mardi 9 décembre 2008

Bouquin : Lac

Fausse modestie.

C'est sans doute la sortie récente de Courir qui aura fait revenir sur le devant des rayons des libraires un autre ouvrage de Jean Échenoz : Lac, qui date de 2005.
Un des rares bouquins d'Échenoz qui ne traînait pas encore dans nos étagères aux côtés de l'Équipée malaise, de Je m'en vais et autres Cherokee.
Bref, l'occasion de re-découvrir plusieurs années après, cet excellent auteur français trop discret, à l'écart des modes.
Et avec un roman «facile» d'accès, car ce Lac est un faux-polar ou plus exactement un faux-roman d'espionnage.
Un espionnage à l'humour pince-sans-rire et très second degré, aux relents de DST et aux odeurs de Piscine, avec un petit air rétro qui évoque les films de Bernard Blier ou Lino Ventura.
Mais ce décor de 007 franchouillard  n'est qu'un simple prétexte à une galerie de personnages dépeints avec la feinte nonchalance habituelle d'Échenoz, une sorte de dandy de l'écriture, coutumier de la meilleure des proses.
[...] Une petite dizaine de clients de l'hôtel se trouvaient à cette heure-ci sur la terrasse, sur les fauteuils blancs bardés de coussins vifs. Au milieu se reposaient, affalés, deux ou trois nababs dont le visage cuivré d'ultra-violets dénotait l'aisance, l'usure, accompagnés de secrétaires mammaires et d'épouses à vapeur.
Sans avoir l'air d'y toucher, Échenoz, justement, touche souvent à l'essentiel :
[...] Suzy, bien sûr, n'était pas folle quand elle était petite, c'est juste qu'elle baptisait les organes de son corps : son estomac s'appelait alors Simon, son foie Judas, ses poumons Pierre et Jean. Son cœur changeait à volonté d'identité, ayant d'abord à l'âge de quatorze ans pris celle d'un nommé Robert qui avait été le premier à l'embrasser. Suzy l'avait bien aimé, Robert, il n'était pas tellement causant mais c'était sûrement lui le plus joli garçon de la Zup. Avant qu'il ne parvienne à l'embrasser vraiment, pendant des semaines ils s'étaient tenu la main pendant des heures, adossés côte à côte au mur près des garages, sans se parler, considérant les autres qui riaient fort en faisant vrombir leurs mobylettes gonflées à l'éther, ensuite ils se raccompagnaient indéfiniment à travers la cité, du pied d'une tour à  l'autre. Après Robert, la succession de prénoms attribués au cœur de Suzy n'était plus très distincte, elle se souvenait de ceux du frère de sa correspondante anglaise, puis du fils d'un officier de gendarmerie, pas mal de bruns dans l'ensemble dont un maître-nageur assez mou mais très, très marrant. Gérard.
L'écriture d'Échenoz est toute en fausse modestie, en fausse nonchalance : on se laisse emberlificoter, emmener par une main faussement innocente qui pendant quelques mots nous promène ici ou là et, toc, au détour d'une ligne, le maître es observation nous aura asséné quelques moments de pure poésie du quotidien. Et comme ça tout du long de ses bouquins, de paragraphe en page puis en chapitre.
Découvrez vite Jean Échenoz, sans tarder. Ou relisez-le, encore. Et encore.


Pour celles et ceux qui aiment la belle langue.
Les éditions de minuit éditent en poche ces 192 pages qui datent de 1989.
Une bio d'Échenoz.
Les Éditions de Minuit proposent intelligemment de découvrir les premières pages du bouquin : c'est ici.

dimanche 7 décembre 2008

Cinoche : Le prix de la loyauté

Fucking Christmas.

C'est la période des fêtes de fin d'année et les films de Noël envahissent les écrans.
À New-York aussi ça va être Noël, il y a de la neige dans les rues et chacun prépare ses cadeaux.
Enfin pas tous. Car ne vous fiez pas à l'ambiance de fête, Le prix de la loyauté n'est pas un film pour les fêtes, mais alors pas du tout.
On a rarement vu aussi violent, aussi dur et tendu. Peut-être Les Infiltrés vus à la même période, il y a deux ans.

Aucune subtilité, Gavin O'Connor tape direct là où ça fait mal : une famille de flics, le père (John Voigt) est quasiment à la retraite, le fils aîné (Noah Emmerich) commande le commissariat d'un quartier pourri et l'autre fils (Edward Norton) est dans un placard après une sombre histoire ancienne réglée en famille mais réglée de travers.
Même le beau-frère (Colin Farrell) est dans le NYPD, sous les ordres du fils aîné.
Je cite ces quatre acteurs car il n'y a qu'eux dans le film. Heureusement ils sont très bons car tout tourne autour de ces quatre personnages, le reste, femmes, enfants ou truands, n'est que décor de Noël.
Mais voilà qu'une interpellation tourne mal et quatre flics se retrouvent sur le carreau. Le papa rappelle le fils écarté et tout le monde se mobilise pour retrouver l'affreux méchant auteur du massacre. Jusqu'à ce que le fils honnête et droit découvre que tout le monde dans la famille (et dans la grande famille qu'est le NYPD) n'est pas aussi honnête et aussi droit. Le merdier général finira donc en merdier général.
Que retirer de ce film ? Rien qui n'ait déjà été dit par d'autres. Rien qui puisse nous toucher dans la chaleur de nos quartiers sympas : où vivent ces gens ? quand vivent ces gens ?
Le NY décrit ici est une fucking jungle où survivent de fucking martians, quelque soit le côté de la ligne où on les a placés.
Un moment, l'un des personnages craint d'aller brûler en enfer : il ne se rend pas compte qu'il vit déjà en enfer.
Reste une démonstration de force de Gavin O'Connor : le film s'ouvre sur la fin d'un match de football (foot américain bien sûr) hyper-stressant, hyper-tendu.
La caméra, sans doute tenue par Speedy Parkinson, n'arrange rien et on est d'entrée de jeu scotché au fauteuil.
On ne lâchera pas les accoudoirs de tout le film. Ce fucking movie est vraiment raide.


Pour celles et ceux qui aiment les sensations fortes.
Pascale est beaucoup plus dure que nous, même si elle a un faible pour Edward Norton.
Telerama a bien aimé.

samedi 6 décembre 2008

Bouquin : Loin de Chandigarh

Kamasutra.

Un petit tour en Inde, un grand voyage plutôt puisqu'il s'agit d'un pavé de près de 700 pages.
Un roman en deux parties, presque deux histoires en une, un peu l'histoire dans l'histoire, puisqu'il est question d'un écrivain qui bien sûr cherche l'inspiration qui lui dictera son roman.
On commence par la fin, et au final on se retrouvera au début du livre : la boucle sera bouclée.
La première partie justement décrit les affres de l'écrivain en panne d'inspiration.
C'est touffu, foisonnant, exotique, mais on n'accroche guère (lire le billet de Babsid sur Critiques Libres).
Et personnellement on a trouvé que Tarun J Tejpal se regardait un peu trop le nombril (voire un peu en-dessous), tout comme (hasard ?) un autre indien qu'on a lu il y a peu : Hanif Kureishi.
Il faudra attendre la seconde partie, l'histoire dans l'histoire, pour vraiment décoller, lorsque l'écrivain tourmenté découvre les carnets intimes d'une anglaise de l'époque post-coloniale.
Cette seconde partie nous conte l'histoire d'une dame anglaise mariée à un prince indien (on est au pays des maharajas) mais qui, malheureuse en mariage comme l'on dit, découvrira les sommets du plaisir dans les bras d'un ou deux autres amants indiens.
Le charme sensuel de ces deux histoires tient à leur sujet commun : l'alchimie du désir (c'est le titre original en VO), la chimie des corps et du plaisir.

[...] Il n'y a pas de doute : dans le sexe, les hommes stationnent au camp de base. Ils peuvent jouir des nombreux plaisirs de la moyenne montagne, mais les sommets vertigineux leur sont refusés. Il leur manque le souffle, l'imagination, l'abandon, l'anatomie. Leur tâche consiste à préparer les vrais grimpeurs : les femmes, artistes des hautes cimes. Ces chamois capables de sauter d'arête en arête, de sommet en sommet, jusqu'à la vastitude de l'éternité. Depuis des millénaires les hommes luttent contre cette certitude. Ils connaissent l'existence des altitudes inaccessibles.

Ce gros pavé est une ode sensuelle entièrement consacrée à la femme et à son plaisir (et donc, en miroir, au désir de l'homme). Nulle pornographie, à peine quelques pages d'érotisme (un peu quand même sur 700 !), mais surtout un fleuve débordant de sensualité car on s'y frotte, caresse et baise sans fin. Qu'il s'agisse des ébats de l'auteur avec son épouse dans la première partie (si l'écrivain est en panne d'inspiration, il n'y a rien d'autre en panne chez lui !) ou qu'il s'agisse des amours tumultueuses de l'anglaise dans la seconde histoire. De l'exotisme et de l'érotisme !
Quelques pages superbes dans ce roman touffu qu'on aurait voulu plus économe, comme cette description d'un interminable embouteillage à un passage à niveau, lorsque le «serpent de voitures» attend le passage du train :

Le python semblait avoir sombré dans le coma, incapable de se ranimer. Puis tout à coup, un frémissement le parcourut. Un mouvement, un bruissement. Le train n'était ni visible, ni audible. Pourtant, des hommes, des femmes et des enfants remontèrent à bord des véhicules. Nous aussi. Les moteurs vrombirent. Au loin, un sifflement retentit, une trépidation parcourut le sol, il y eut un cliquetis de roues d'acier; sans avoir rien vu, on comprit que le train était passé. Tout était figé. Les derniers pisseurs avaient émergé des fossés pour regagner leur voiture. Le serpent semblait retenir son souffle. Puis, dans un rugissement et un crachat soudains, il entra en action. D'abord il se souleva, ondula, s'ébranla. Ensuite, le serpent venant en sens inverse commença à se mouvoir vers nous. Et le nôtre à se redresser : tout ce qui dépassait s'aligna, dans un tumulte de cris et d'insultes. Le serpent devait passer par un sas étroit et il s'effila de lui-même pour s'y faufiler. Après de longues minutes de klaxons, coups de freins et bousculades, on franchit la bosse de la double voie ferrée, tandis que le serpent avançait en face.


Pour celles et ceux qui aiment, tout simplement.
Le livre de poche édite ces 692 pages qui datent de 2005 en VO et qui sont traduites de l'anglais par Annick Le Goyat.
Ducharme, Fashion, Florinette et Katell en parlent avec plus d'enthousiasme que nous. D'autres avis sur Critiques Libres.