mardi 30 septembre 2008

Cinoche : Braquage à l’anglaise

God save the queen.

Ce petit film sympa vaut bien mieux que son titre Braquage à l'anglaise (Bank job ou Baker street en VO).
Nous voici au cœur de Londres (à Baker street, donc) dans les années 70 (ah nostalgie !).
Pour une histoire vraie (c'est à la mode), celle d'un faux casse, fomenté par les barbouzes du MI-5 ou du MI-6 (on ne sait jamais ils portent les mêmes chemises et sortent de la même école) pour récupérer au coffre, des photos compromettantes de la princesse royale en train de se livrer à des ébats peu chrétiens.
Sauf que la bande de petits malfrats qui ont été mis sur le coup à l'insu de leur plein gré récupèrent aussi quelques millions de livres et le livre de compte d'un mafieux qui arrose toute la police municipale. Et tant qu'à faire, d'autres photos, celles de Lords en train de se livrer aux mains expertes des dames employées par ce même mafieux. Bref, c'est la cata.
Un peu d'humour, pas mal de suspense, un peu d'action, ne boudons pas notre plaisir.
D'autant que c'est filmé sans esbroufe, juste pour nous faire partager une histoire, une histoire étouffée en son temps par l'establishment londonien : quand on voit ce que cachait les coffres de la Lloyds de Baker Street, on comprend ! Tous ripoux !
Morale de l'histoire : quand vous braquez une banque, contentez-vous des espèces sonnantes et trébuchantes, c'est plus sûr !


Pour celles et ceux qui aiment bien les braquages et pas les ripoux.
Pascale a bien aimé, Herwann aussi.

samedi 27 septembre 2008

BD : Maus

Des souris et des hommes.


On avait pourtant lu de nombreux éloges sur cette BD mais le dessin (entre Comics et manga) nous avait jusqu'ici rebuté.
Il aura fallu que Frédéric nous prête son Maus pour qu'on regrette vivement nos hésitations et qu'on achète sans plus tarder cette incontournable BD.
Non seulement on s'habitue très vite au dessin (une planche ici), pourtant bien loin de la ligne claire à laquelle on est habitué, mais on tient là un excellent album.
C'est autobiographique et Art Spiegelman nous raconte son histoire, ou plus exactement celle de son père, juif en Pologne au pire moment et rescapé d'Auschwitz.
Enfin, Art Spiegelman nous raconte aussi son histoire à lui aussi : et c'est même là tout l'intérêt du bouquin, pardon de la BD (ça se lit comme un roman).
Art, le fils, part à la recherche de la mémoire de Vladek, le père.
Le plus vieux et le plus jeune se chamaillent sans cesse et les deux histoires s'entremêlent habilement : les dialogues entre père et fils où le jeune essaie de soutirer la mémoire du vieux et bien sûr les terribles souvenirs du père, broyé par la Grande Histoire, écrasé par le devoir de mémoire, taraudé par la culpabilité des survivants, incapable de «refaire sa vie» comme on dit (comme avec sa nouvelle épouse, la première n'ayant pas survécu à Birkenau à quelques kilomètres d'Auschwitz).
Un peu comme dans le récent dessin animé de Ari Folman, le dessin semble être là pour à la fois mettre un peu de distance entre nous et d'effroyables événements mais aussi pour nous y attirer avec encore plus de force et  conviction.
Bien sûr, tout le monde connait ces terribles moments dont on nous a rebattu les oreilles, les yeux et la conscience.
Mais il n'est jamais inutile de rouvrir les yeux de temps à autre ... et de renouveler la conscience justement.
La vie du père Spiegelman, marchand juif plus vrai qu'une caricature, est décrite sans complaisance. Ses petits trafics pour échapper aux rafles, puis pour survivre dans les camps, ... il n'en est que plus humain dans ce monde qui ne l'était plus. Et au passage, Spiegelman épingle l'anti-sémitisme polonais (heureusement pour nous, le père de Spiegelman n'est pas né en France).
Comme dans Le Pianiste, on approche encore une fois le mystère incompréhensible de ces gens qui n'ont pas fui mais attendu presque patiemment la solution finale, encadrés par leur propre milice.
Déjà reprise dans Fievel, l'allégorie est évidente lorsque les chats nazis traquent les souris juives. Mais si Spiegelman a choisi une souris (Maus en allemand) c'est aussi en hommage à une célèbre Mouse américaine puisque le petit Mickey avait été mis à l'index des nazis.
Et Spiegelman de citer un journal des années 30 :
[...] le plus grand porteur de bactéries du règne animal ne peut être le type animal idéal. Finissons-en avec la tyrannie que les Juifs exercent sur le peuple ! À bas Mickey Mouse ! Portez la croix gammée !
Maus sera récompensée plusieurs fois à Angoulême et Spiegelman recevra le prix Pulitzer en 1992.
Il est grand temps de (re)découvrir cette BD (idéale aussi pour les ados).

Pour celles et ceux qui aiment garder les yeux ouverts. 
Flammarion édite ces 296 pages (l'intégrale des 2 volumes) traduites de l'anglais par Judith Ertel. 
Yohann en parle, comme d'autres : ici, ou .

samedi 20 septembre 2008

Miousik : Émiliana Torrini

Chaud et froid.

Après avoir écouté il y a peu ici même Émilie Simon, nous revoici de nouveau avec du sucre glace entre les oreilles avec une presqu'autre Émilie : Émiliana Torrini.
De père italien, de mère islandaise, le pays d'Indridason , le pays du moment !
Et bien le mariage est réussi entre la chaleur d'une très belle voix et l'étrangeté glacée de vocalises ou d'arrangements à la Björk.
On vous laisse tomber sous le charme de ces Ha ! Ha ! Ha ! : Ha Ha .
Ah ! ces Ha ! Ha ! c'est trop fort !

Anger steaming up your glasses
you've been holding parties all your life
'cause it's long gone down
you're still hanging around
it's not over til it starts again
ha ha ha hear me laughing
ha ha ha
ha ha ha ha it died
out long ago ...

Mais, si vous préférez, la dame est aussi capable d'un swing endiablé et on vous laisse découvrir Jungle Drums.
En concert le 14 octobre au Trabendo.


Pour celles et ceux qui aiment faire fondre la glace.

jeudi 18 septembre 2008

Bouquin : Quand l'empereur était un dieu

Interdit aux Japs.

Quand l'empereur était un Dieu, de l'américaine Julie Otsuka.
Un petit bouquin obligatoire pour prendre connaissance d'une sombre page de l'histoire US : après Pearl Harbor, tous les américains d'origine nippone sont évacués dans des zones de regroupement, bref en d'autres termes, déportés dans des camps de concentration.
D'une voix blanche, Julie Otsuka nous conte l'horreur tranquille vécue par ses grands-parents.
Presque sans émotion, elle décrit le quotidien le plus banal. Le plus terrible.

Celui d'une famille d'américains moyens, enfin de ressortissants japonais, une famille brisée (le père est envoyé à l'autre bout de l'état, la mère et les deux filles se retrouvent seules), qui aura tout perdu et ne retrouvera jamais son équilibre.
une lettre à son père
[...] «Papa, il y a pas mal de soleil ici aussi, dans l'Utah. La nourriture n'est pas trop mauvaise et nous avons du lait tous les jours. À la cantine, nous faisons la collecte des clous pour l'oncle Sam. Hier, mon cerf-volant est resté coincé sur la clôture».
Les règles concernant la clôture étaient simples : interdiction de passer par-dessus, interdiction de passer par-dessous, interdiction de passer autour, interdiction de passer au travers.
Et si votre cerf-volant restait coincé dessus ?
Là, c'était encore plus simple : on devait l'abandonner.
Il y avait également des règles concernant le langage : Ici, on dit
«salle à manger» et non «cantine», «conseil de sûreté» et non «police interne», «résidants» et non «évacués»,  enfin et surtout «climat mental» et non «moral».
Il y avait des règles concernant la nourriture : il était interdit de se resservir, sauf du lait et du pain.
Et concernant les livres : pas de livres en japonais.
Il y avait aussi des règles concernant la religion : pas de shintoïstes, avec leur culte de l'empereur.
Et plus loin :
[...] Au début de l'automne, les grandes exploitations agricoles envoyèrent des agents de recrutement et le Service du transfert des populations autorisa de nombreux jeunes gens - hommes et femmes - à aller aider aux travaux des récoltes. [...] D'aucuns [...] revinrent avec les mêmes chaussures qu'ils portaient à leur départ, jurant que plus jamais ils ne quitteraient le camp. Ils racontaient qu'on leur avait tiré dessus, craché dessus, refusé l'entrée au restaurant du coin, au cinéma, au magasin de nouveautés. Ils expliquaient que, partout où ils étaient allés, ils avaient vu la même pancarte en vitrine : INTERDIT AUX JAPS. La vie était plus simple de ce côté-ci de la barrière, concluaient-ils.
Derrière un style d'apparence glaciale, au-delà de l'énumération clinique, couve l'émotion pure :
[...] À la tombée du jour, alors que le soleil virait au rouge sang, sa soeur l'entraînait à la lilmite des baraquements pour aller admirer le coucher de soleil sur les montagnes. «Regarde, détourne les yeux. Regarde, détourne les yeux.» C'était ainsi qu'il convenait d'observer le soleil, lui apprit-elle. Si on le fixait trop longtemps du regard, on devenait aveugle.
Alors, pour ne pas rester aveugle, il faut lire ce petit bouquin qui cache sous son écriture d'apparence froide et placide, un véritable réquisitoire.
Une belle histoire humaine aussi entre cette mère et ses deux filles.

Pour celles et ceux qui aiment savoir.
10/18 édite ces 152 pages qui datent de 2002 en VO et qui sont traduites de l'américain par Bruno Boudard.
Célia en parle (très bien), Naina aussi. La Nymphette vient juste de le lire également.

lundi 15 septembre 2008

Cinoche : Jar city

Foutu marécage !

Que ceux qui ne connaissent pas encore la prose islandaise d'Arnaldur Indridason se précipitent sur le roman : La cité des jarres, dont a parlé il y a quelques jours.
Et que ceux qui ont déjà lu le bouquin courent dans la salle de ciné la plus proche (elles ne sont malheureusement pas nombreuses) pour voir Jar City.
Car l'adaptation, très attendue, s'avère très réussie : malgré quelques raccourcis destinés à faciliter la construction du film (l'intrigue est assez complexe avec de multiples personnages) on retrouve l'intégralité du bouquin, souvent mot pour mot, même si les rapides sous-titres ne valent pas la traduction d'Éric Boury.
L'ambiance inoubliable est là, filmée avec une image à gros grains. C'est froid, pluvieux, sinistre.
Visiblement le syndicat d'initiative de Reykjavik n'a pas visionné le film, sinon il ne serait jamais arrivé jusqu'à nous.
Car on a droit à une Islande bien différente de celle des catalogues de voyages : les campagnes sont plates, les villes sont tristes, c'est battu et rebattu par les vents, la mer, la pluie, ...  seuls les oiseaux de mer y semblent à l'aise.
Mais que font donc les 300.000 islandais perdus là-bas ?
Ce pays où soufflent le chaud et le froid doit être plein de contrastes : on peut avoir en tête les nuits agitées de Reykjavik (oui, avec une nuit de 6 mois ils ont intérêt à rester branchés), mais l'échantillon de la population locale que nous donne à rencontrer ce film est bien loin de Björk : quel casting !
Des gens qui ont les pieds bien enracinés dans leurs bottes et leur île, comme pour résister aux vents marins.
Mon billet sur le roman était sous-titré "foutu marécage" d'une citation tirée du bouquin : le film s'en fait l'écho et nous colle les pieds dans la gadoue. L'humanité s'y retrouve comme engluée.
Et puis au ciné, en plus du livre, il faut une bande son : Jar City est accompagné de chœurs poignants qui mettent en relief les paysages désolés de l'île et la misère des hommes.
Comme si le chant était la dernière solution pour élever notre âme et quitter le marécage humain. D'ailleurs, à la fin du film, l'inspecteur Erlendur semble retrouver un semblant de sourire en chantant avec ses collègues de la chorale de la police (dans le bouquin c'était en s'endormant sur l'épaule de sa fille).
On ne répètera pas ici l'intrigue qui n'est autre que celle du roman. Les fans de l'inspecteur Erlendur retrouveront tous leurs personnages préférés : le beau Sigurdur Oli, Elinborg (qui ressemble, on s'en doutait, à Marge Gunderson du Fargo des frères Cohen), et bien sûr Erlendur lui-même, une sorte d'inspecteur Derrick au pôle nord.
On regrette juste de ne pas avoir aperçu l'énigmatique Marion Brem qui aura sans doute pâti de la nécessaire simplification de l'intrigue, déjà passablement compliquée.
Il se dit que, Indridason ayant finalement apprécié cette adaptation de son roman, Baltasar Kormakur, le réalisateur, préparerait une adaptation de La femme en vert. On a hâte de repartir pour cette sinistre contrée !


Pour celles et ceux qui aiment les polars d'Indridason.
De rares blogs en parlent ici ou . La critique, toujours sévère, de Critikat.
Pascale, qui n'avait pas lu le livre, a bien aimé le film (et se retrouve condamnée à lire le bouquin !).

dimanche 14 septembre 2008

Cinoche : Inju

Faux semblant.

Notre occident voit le Japon comme un pays où la culture serait extrêmement codifiée.
Pour être plus précis, peut-être, comme une culture où les codes seraient très différents des nôtres et donc difficiles à appréhender.
Avec son dernier film, Inju, Barbet Schroeder s'en donne à cœur joie et tous les clichés nippons sont au rendez-vous : cérémonie du thé, sabres, courbettes, cartes de visite, geishas, écolières en jupette, saké, bondage, rites et rituels, tout y passe comme dans une vidéo pour touristes.
Mais tout cela est à prendre au second degré car, d'entrée le ton est donné : on assiste à un horrible et double crime, puis la caméra prend du recul et l'on se retrouve dans un amphithéâtre (et dans ce mot il y a théâtre) où était projeté le film dans le film.
À plusieurs reprises, ça recommence avec des scènes très attendues dans le déroulement de l'intrigue qui ... se révèlent n'être que des cauchemars du héros ! Barbet Schroeder joue avec nous ! Et on est ravis de jouer avec lui à «plus nippon que moi tu meurs».
Sur un scénario en or : Benoit Magimel, frenchy arrogant, naïf et prétentieux, maître es polar nippons, se rend au pays du soleil levant pour rencontrer un mystérieux auteur que personne n'a jamais vu.
Ça ressemble parfois à un film naïf d'Agatha Christie où le héros, Tintin à Kyoto, tombe dans les pièges les plus grossiers et amoureux de la geisha (et nous avec lui dans les mêmes pièges et dans les mêmes bras).
C'est plein de finesse et d'humour décalé.
En fait, c'est adapté du roman éponyme d'Edogawa Rampo effectivement un peu l'Agatha japonais.
Plus exactement le Edgar Allan Poe japonais (son nom est d'ailleurs la transcription phonétique de celui de l'américain).
Comme dans d'autres de ses films, Barbet Schroeder explore le côté obscur de la force.
C'est très cérébral (mais pas intello : ici personne ne se prend trop au sérieux) et réservé aux amateurs de ciné, de polar et de japoniaiseries.
Bref c'était pour nous et on a bien aimé !
On y a retrouvé avec plaisir l'ambiance des maisons japonaises et de nos voyages (certaines scènes semblent avoir été tournées à Takayama).

Pour celles et ceux qui aiment les mangas.
La critique, toujours sévère, de Critikat.

samedi 6 septembre 2008

Bouquin : La cité des jarres

Foutu marécage !

Le cinoche nous annonce l'adaptation à l'écran d'un polar de l'islandais Arnaldur Indridason : La cité des jarres (ce sera Jar City au ciné).
On ne pouvait donc laisser passer cette occasion de ressortir des étagères le bouquin en question, lu il y a maintenant quelques années, avant même ce blog, un des premiers polars d'Indridason, sur les conseils avisés du vendeur de la librairie Compagnie.
Une belle occasion qu'il ne fallait pas manquer : le bouquin est toujours excellent.
Comme dans toutes les histoires mettant en scène l'inspecteur Erlendur, ça démarre loin dans le passé.
Un passé d'où ressurgissent d'affreux drames.
Il y a 40 ans une sordide affaire de viol s'est soldée par une enquête de police bâclée (c'est peu dire), par la naissance d'une petite fille, par la mort de cette petite 4 ans plus tard d'une tumeur au cerveau et finalement par le suicide de la maman 3 ans plus tard.
40 ans après l'affreux bonhomme à l'origine de tout cela est retrouvé assassiné chez lui.
Bon débarras. Ce pourrait être une simple histoire de vengeance tardive bien sûr.
Mais ce serait beaucoup trop simple pour Erlendur, surtout quand l'affreux bonhomme assassiné ... ressurgit !
C'est peut-être un des romans les plus noirs d'Indridason. Il en a pourtant écrit des durs comme sait l'être la terre d'Islande (La femme en vert, par exemple). Mais celui-ci baigne dans une poisse toute polaire.
Il pleut d'ailleurs tout au long du bouquin.

[...] La pluie cinglait la voiture et Erlendur, qui ne suivait pas le bulletin météo, se demanda si elle allait s'arrêter un jour. Peut-être s'agissait-il d'une version abrégée du Déluge, pensa-t-il en lui-même en regardant à travers la fumée bleutée de la cigarette. Il n'était peut-être pas inutile de laver les péchés du genre humain de temps à autre.

Ou encore quelques pages plus loin :

[...] C'était tôt dans la matinée. Dehors le temps était couvert, il tombait une fine bruine et l'obscurité de l'automne se blottissait contre la ville, comme pour confirmer que l'hiver arrivait à toute vitesse, que les jours raccourcissaient encore plus et que le temps se refroidissait. On disait à la radio qu'on n'avait pas connu d'automne aussi humide depuis plusieurs dizaines d'années.

Dans cette sombre ambiance distillée insidieusement au fil des pages, Indridason et son inspecteur fantasment toujours autant sur les disparitions îliennes (sujet récurrent chez cet auteur : comment donc peut-on disparaître sans laisser de trace sur une petite île comme l'Islande ? une question qui taraude l'inspecteur Erlendur depuis son enfance et la disparition de son frère) :

[...] - Au cours des années 70, l'année de la disparition de Grétar, treize personnes ont disparu, précisa Elinborg. Douze dans les années 80, sans compter les hommes morts en mer.
- Treize disparitions, demanda Sigurdur Oli, est-ce que ça ne fait pas un peu beaucoup ? Aucune n'a été élucidée ?
- Elles ne cachent pas obligatoirement un crime, commenta Elinborg. Les gens disparaissent, s'arrangent pour disparaître, souhaitent disparaître, disparaissent.

Ou encore, un peu plus loin :
- Je ne me rappelle aucun exemple de ce genre, dit Erlendur.
- De quel genre ? demanda Sigurdur Oli.
- D'un homme qui refasse surface après toute une vie. Quand quelqu'un disparaît en Islande, c'est pour toujours. Il n'y a jamais personne qui revienne des dizaines d'années plus tard.
Jamais.

Brrrrr... à lire par un sombre jour d'automne, un jour de pluie de préférence !
Pour corser le tout, en marge de son enquête, Erlendur le père divorcé, se retrouve à nouveau aux prises avec sa junkie de fille, Eva Lind.
Ce qui nous vaut de très belles pages. On vous en offre ici deux ou trois qui méritent vraiment le détour et qui donnent également en prime, un aperçu de l'enquête (sans rien dévoiler heureusement).
À noter qu'on vous avait déjà offert un chapitre de L'homme du lac, un autre roman d'Indridason : c'est dire si cet auteur compte parmi nos préférés !
Si avec ces quelques mises en bouche vous n'êtes pas encore convaincus qu'il vous faut partir séance tenante à la découverte de cette fameuse cité des jarres ...
Car oui, elle existe bel et bien cette cité des jarres. Et pour de vrai dans la vraie vie.
Enfin dans la vie islandaise bien sûr.
On trouvera sur le web quelques propos sur cette fameuse cité des jarres islandaise, propos qu'on peut lire avant le film mais qu'il vaut mieux éviter avant le bouquin pour ne pas trop en dévoiler et garder le plaisir du mystère : c'est ici.
Indridason avait déjà eu droit au Best-Of 2006 alors désormais on s'interdit chaque année de le nominer à nouveau mais c'est pas l'envie qui nous manque. Espérons que le film sera à la hauteur du roman. Mais c'est un film réalisé par un islandais, alors ça promet !


Pour celles et ceux qui aiment les îles lointaines, même froides et pluvieuses.
Métailié édite ces 286 pages traduites de l'islandais par Éric Boury.
Herwann en dévoile un peu plus. Émeraude et le Lézard l'ont lu également.

Cinoche : Le silence de Lorna

It’s a love world.

On n'est pas trop fan des films des frères Dardenne, mais Le silence de Lorna était annoncé dans un registre différent.
Lorna est une immigrée albanaise, associée à un junkie belge pour un mariage blanc : le junkie a besoin d'argent et Lorna a besoin d'une carte d'identité belge.
Mais ce n'est que l'un des tiroirs de l'histoire : le junkie a été choisi pour que le «mariage» finisse plus vite et, associée à un petit truand, Lorna attend impatiemment de pouvoir faire bénéficier de sa toute nouvelle nationalité un mafieux russe, histoire de doubler la mise pour que tout le monde rentre dans ses frais.
Mais voilà, le junkie résiste à l'overdose, entreprend même un sevrage, s'attache et finit par devenir attachant. Lorna essaie de redresser le scénario prévu ...
On ne vous en dit pas plus pour ne pas gâcher le film mais il faut bien dire que les mystères qui entourent ce scénario dans les critiques (scénario palmé à Cannes) nous ont paru un peu surfaits. Parce que, finalement, y'a quand même pas de quoi se retourner dans son fauteuil.
Ceci dit le film vaut peut-être le détour pour découvrir l'actrice, Arta Dorbroshi, une véritable albanaise qui aura appris le français pour le film. Le scénario, on l'a compris, ne lui permet pas de sourire souvent, mais s'ils sont rares, quels sourires ! Cette superbe actrice nous vaut quelques très belles scènes qui s'étirent malheureusement dans un film plutôt longuet.
Le propos était pourtant prometteur : ces immigrés de l'est exploitent un junkie de l'ouest encore plus mal loti qu'eux mêmes, le tout pour revendre la nationalité belge à un mafieux russe venu d'encore plus loin à l'est. On n'est donc pas si loin de l'exploitation de l'homme par l'homme que dénonçait Ken Loach en début d'année avec It's a free world.
Ici par le biais du mariage blanc, c'est le love world qui est l'objet de tractations et de marchandages. Dans un mariage blanc il faut «faire semblant» pour tromper le monde et les enquêteurs : danser ensemble, habiter ensemble, ...
Là encore, comme chez Ken Loach, il est question d'un ange féminin qui se brûle les ailes à vouloir se frotter à notre monde impitoyable.


Pour celles et ceux qui aiment les anges.
Papillon et Pascale l'ont vu.

jeudi 4 septembre 2008

Bouquin : Battement d’ailes

Deuxième étage de la fusée littéraire sarde.

L'an passé, le premier roman de Milena Agus : Mal de pierres avait fait un tabac, défrayé les chroniques et blogs et tam-tams avaient retenti de son écho.
On s'est donc jeté sur le nouvel ouvrage de cette sarde : Battement d'ailes.
On retrouve comme dans le précédent, le portrait d'un beau personnage féminin un peu décalé, sur fond d'âpres paysages de Sardaigne.
Une femme à l'approche de la cinquantaine qui a, il faut bien appeler ça comme ça, un petit grain, notamment pour les choses de l'amour, voire pour les choses du sexe.
C'est ce qui lui permet sans doute d'échapper à la dure réalité : celle qui a un goût d'épouvante.

[...] Un jour Madame a pris son courage à deux mains, et a demandé à l'amant s'il l'aime un peu. Il a souri et il a dit qu'on n'aime pas un peu. Ou on aime, ou on n'aime pas. Madame était allongée sur le lit, nue à côté de lui, qui s'est relevé brusquement, s'est rhabillé, est passé dans la pièce d'à côté. Alors Madame a senti l'épouvante la frôler, elle s'est rhabillée aussi en se promettant de ne plus jamais poser de questions aussi idiotes. Des questions aussi idiotes détruisent toute la magie et, sans magie, la vie a un goût d'épouvante.

L'écriture est toujours aussi belle et chacune des phrases semble être ciselée pendant de longs après-midi au soleil méditerranéen sans pour autant sombrer dans les effets de style à la mode.
Mais ...
Est-ce parce qu'on attendait trop et que la magie de la première découverte ne se répète pas ?
Est-ce parce que le bouquin hésite entre plusieurs personnages et plusieurs histoires ?
Est-ce parce que cela nous est raconté par la voix et les yeux d'une jeune adolescente ?
Il semble que, paradoxalement, une certaine froideur (et non pas le soleil) baigne ce roman et que Milena Agus mette une certaine distance entre ses personnages et nous.
Comme si on était passé à côté de quelque chose.
C'est l'occasion pour celles et ceux qui n'avaient pas encore découvert Milena Agus de se plonger dans le Mal de pierres.


Pour celles et ceux qui ont aimé le Mal de pierres.
Cathe partage un peu notre avis comme Benoit.
Bien sûr d'autres blogs en parlent comme Papillon ou Sylvie.
D'autres avis encore sur Critiques Libres.

mercredi 3 septembre 2008

Bouquin : Brothers

Faux-frères.

Excellente découverte que ce Brothers du chinois Yu Hua (un ancien dentiste !).
Un auteur contemporain qui décrit la Chine contemporaine.
Son bouquin est une véritable saga qui déroule cinquante ans de l'Histoire récente de la Chine moderne, depuis avant les années noires de la Révolution Culturelle jusqu'à l'avènement de l'économie de marché, il y a peu.
Rien que pour ce passionnant voyage dans le temps, ce gros pavé mérite le détour.
On retrouve là un peu de l'intérêt qu'on avait porté aux écrits de Chi Li (dans Tu es une rivière, par exemple) qui faisait, elle aussi, défiler l'Histoire de la Chine moderne.
Mais la comparaison s'arrête là : le néo-réalisme de Chi Li nous décrivait une Chine pauvre, misérable, sordide.
Au contraire, Yu Hua donne dans le truculent, l'humour bon enfant, et même le grivois, pour nous raconter la vie de deux demi-frères, Song Gang et Li Guangtou.
Même si cette ironie et ces amusements parfois un peu naïfs (à la chinoise) ne cherchent même pas à cacher l'émotion.
La réalité décrite par Chi Li et Yu Hua est pourtant la même et les dures années de la Révolution Culturelle auront également marqué tous les chinois.
D'ailleurs, les deux demi-frères de Brothers y perdront leurs parents, piétinés par la révolution prolétarienne en marche et s'y retrouveront orphelins. Ça crée des liens, comme on dit.

[...] Il avait eu un frère, nommé Song Gang, auquel il était très lié. Song Gang était son aîné d'un an, il le dépassait d'une tête et c'était un type honnête et intransigeant. Il était mort trois ans auparavant et n'était plus qu'un tas de cendres dans une minuscule boîte en bois. Quand Li Guangtou pensait à cette petite boîte où Song Gang était enfermé, il soupirait : même un arbuste calciné aurait produit plus de cendres.

Des liens indéfectibles qui marqueront la vie de ces deux personnages tout au long du roman.
Au point qu'ils tomberont amoureux de la même femme.
Ce roman social ou historique est donc aussi une belle histoire d'amour, dans le décor exotique d'une petite ville de Chine.

[...] Avant de quitter le bourg des Liu pour prendre son deuxième envol, Li Guangtou se rendit comme l'autre fois à la boutique de dim sum de la mère Su pour y manger des petits pains farcis à la viande. Tout en mastiquant, il sortit son passeport de sa veste râpée et le montra à la mère Su pour élargir son horizon. La mère Su prit le document avec curiosité, l'examina sous toutes les coutures et, comparant la photo du passeport avec l'individu qu'elle avait sous les yeux, elle remarqua :
- On dirait vraiment que le type sur la photo c'est toi.
- Comment ça, on dirait ? mais c'est moi, répliqua Li Guangtou.
La mère Su n'arrivait pas à détacher ses yeux du passeport :
- Et avec ça, tu peux sortir de Chine et aller au Japon ? s'étonna-t-elle.
- Évidemment, répondit Li Guangtou, qui reprit son passeport des mains de la mère Su : Tu as les mains grasses.
La mère Su, confuse, s'essuya les mains sur son tablier, et Li Guangtou frotta le passeport avec sa manche râpée pour en effacer les taches de gras.
- Tu vas aller au Japon habillé comme ça ? demanda la mère Su en regardant les vêtements râpés de Li Guangtou...

Au fil des pages, des saisons et des ans, on partage la vie de ces deux frères et de leur village en route vers la modernité.
On regrettera juste dans le dernier quart du bouquin l'apparition d'un personnage un peu fantasque qui donne l'occasion de quelques péripéties grivoises et peu crédibles. Mais cela ne suffit pas à gâcher le voyage.
Un livre idéal pour découvrir la Chine et ses chinois.


Pour celles et ceux qui aiment les sagas lointaines.
Actes Sud édite ces 693 pages qui datent de 2005 en VO et qui sont traduites du chinois par Angel Pino et Isabelle Rabut (dont il faut, au passage, saluer les notes explicatives sur le contexte historique ou social du pays).
Une interview de Yu Hua (en anglais).

mardi 2 septembre 2008

Bouquin : Rue Sans-souci

Il y a des tziganes en Norvège !

Sans doute le meilleur polar lu cet été (si l'on excepte l'inclassable japonais Out).
Un excellent Jo Nesbo, très supérieur au récent Bonhomme de neige, lu, lui aussi, cet été.
Assurément l'un des meilleurs polars de cet auteur, même s'il n'a pas l'exotisme de L'homme chauve-souris (en Australie) ou des Cafards (à Bangkok).
Enfin, on a quand même droit ici à une petite excursion au Brésil, sur les traces de l'inénarrable inspecteur Harry Hole, toujours aussi imprévisible pour ses collègues.
On retrouve également le vilain ripoux Waaler, ennemi juré de l'inspecteur.
Côté romance (si avec Harry on peut appeler ça comme ça !), Rakel et son petit Oleg sont à Moscou en train de négocier avec le père du garçon.
Rue Sans-souci (Sorgenfri Gatan en VO), c'est l'adresse où l'on retrouve le cadavre d'une ... amie de Harry (amie avec laquelle il vient de passer la soirée).
Ça commence mal pour l'inspecteur qui a déjà la gueule de bois !
Dans le même temps, un braquage tourne mal et la caissière de la banque est froidement descendue.
On errera bien évidemment de fausses pistes en coups tordus tout au long de cette captivante enquête.
Dans Rouge-Gorge, Jo Nesbo  convoquait déjà une figure de la mythologie (Urias) et cette fois c'est Némésis, la déesse de la vengeance, qui est au rendez-vous.
La toile de fond de l'intrigue dépeint le milieu des tziganes (mais oui il y en a aussi en Norvège !), un peuple au cœur de l'actualité cette année.
Si comme nous, vous voulez en savoir un peu plus sur ces Roms méconnus venus du fin fond du Rajasthan, on vous propose un intéressant article de Courrier International paru cet été.


Pour celles et ceux qui aiment les polars instructifs.
Folio édite ces 587 pages traduites du norvégien par Alex Fouillet.
Herwann l'a lu et l'a aimé cet été lui aussi. Polar Noir et Jean-Marc en parlent.